samedi 22 juin 2019

♪ 82 : Cités folles informatiques


« Il pleut ; c'est tout ce qu'il sait faire… » J'aime bien Brigitte Fontaine. Ce premier disque (ou second, mais elle a renié le premier) est poétique, accrocheur, très fantaisiste, parfois engagé mais léger et avec humour, concis, plein d'idées que j'aime. Une ou deux chansons ne semblent certes être conçues que pour être écoutées une fois (c'est le défaut des chansons à texte), mais avec les arrangements de Jean-Claude Vannier, le tout tient carrément bien la route. Ça date de 1968. La première édition vinyle avait des petites taches de couleur incrustées dans le disque.





Sur un fond de drone nocturne, un chant plutôt mélancolique. La musique s'enrichit d'une vielle à roue. Une belle association de musiques contemporaines et anciennes, le lien paraît si évident qu'on ne les distingue plus, comme si on se trouvait hors du temps. RASA est une seule piste d'une demi-heure, signée CHVE soit Colin H. Van Eeckhout — membre de plein de groupes qui vont folk au metal, le plus connu étant Amenra. Je n'ai toujours pas écouté l'album d'Amenra que j'avais téléchargé il y a des années, mais je trouve que RASA est un superbe EP ! Si vous aimez The Remote Viewer de Coil, jetez-y une oreille.


Il existe aussi une version live, 10910, où la même piste est raccourcie puis se fond en une reprise du “Petit chevalier” de Nico et en “Charon”, troisième phase avec des percussions sombres et profondes. À vous de voir laquelle vous préférez ; 10910 est plus populaire mais “Le petit chevalier” perd de sa belle simplicité, je crois que je préfère la version studio.




Autre disque monopiste (j'aime vraiment beaucoup les disques monopistes !): Blackened Cities de Mélanie de Biaisio. 25 minutes entre post-rock et jazz vocal, rythmé, plutôt planant, mélancolique, avec un crescendo qui reste discret à l'arrière-plan. Ça peut rappeler un peu Talk Talk par certains côtés. C'est moins noir que le titre et la pochette ne pourraient le laisser supposer, même s'il y a bien quelques accents sombres ; par contre ça collerait très bien pour une virée en ville ou dans un train, quand il n'y a pas grand monde, la tête dans les rêves.





Ideepsum de Sublee est un album d'une efficacité et d'une élégance remarquables. Une musique électronique en apparence minimaliste, mais avec des grooves carrément efficaces tout le long (soit : de la tech house qui ressemble à de la techno minimale) — et qui fonctionne pour toutes humeurs et tous degrés d'attention : en musique de fond, ce sont les rythmes qui dominent tout, super fluides et entraînants, quand on y prête attention on se rend compte que les détails sont parfaitement travaillés. Ça me fait penser à ce que disait je ne sais pas qui sur le design, soit que le meilleur est invisible. Transparent, mais sans jamais être lassant ni ignorable. Ce n'est pas si évident que cela d'y arriver !




Traduction (sans doute inutile) de ce post du blog IP's Ancient Wonderworld, parce que je ne voyais pas de raison de modifier le texte :

« Dans mes recherches pour documenter les débuts de l'histoire de l'informatique, j'ai déniché une autre perle rare des premiers jours. Voici l'histoire de Philips Technisch Tijdschrift Jaarg. 24 (1962) No. 4/5 „Rekengeluiden Van Pascal“, étonnante capsule temporelle audio dont l'importance fut largement ignorée jusqu'ici.

Nous sommes en 1960. Après des débuts plutôt poussifs, la révolution informatique prend son essor aux Pays-Bas. Au laboratoire Natuurkundig à Eindhoven, Philips vient d'achever la construction de leur deuxième ordinateur, le Philips Akelig Snelle Calculator (soit : calculateur Philips méchamment rapide), ou PASCAL pour faire court.

Le chef du labo de l'époque, un certain W. Nijenhuis, avait eu l'idée d'installer un petit amplificateur et un haut-parleur sur le PASCAL afin de détecter les interférences radioélectriques générées par la machine. Comme on pouvait s'y attendre, les choses suivirent leur cours habituel : le but du haut-parleur était certes de diagnostiquer des problèmes de la machine, mais on découvrit rapidement que l'on pouvait en tirer parti pour générer de la musique. Et monsieur Nijenhuis, plutôt que de réprimander son équipe qui avait perdu un précieux temps de calcul, décida d'enregistrer ces “rekengeluiden” (sons de calculs) sur 45 tours.

Une image de la bête. Mouais, y'a plus joli quand même.
Ainsi naquit “Rekengeluiden van PASCAL”. La face A du disque contient des enregistrements de la machine durant des opérations normales, avec les sons mécaniques également produits par le calculateur. De même sur la première piste de la face B, où l'on entend PASCAL calculer un nombre premier. À l'écoute de ces enregistrements, on peut comprendre où commença l'engouement pour les disques d'enregistrements d'interférences radio : ces algorithmes ne produisent pas de simples bip-boup aléatoires mais des sons qui ont une certaine beauté, et rappellent certaines compositions modernes de bytebeat.

La deuxième piste de la face B est une jolie interprétation d'un menuet de Mozart. Mais Nijenhuis ne s'arrête pas là. La dernière piste de la face B, “Stochastische melodie“, va plus loin — elle n'est pas seulement jouée mais également composée par l'ordinateur.

Le disque fut distribué en bonus avec la revue interne de l'entreprise, le Philips Technisch Tijdschrift du printemps 1962. Les chances d'en trouver un exemplaire aujourd'hui sont quasiment nulles ; heureusement, une âme charitable a mis en ligne une version mp3. J'espère que vous apprécierez cet enregistrement unique dans l'histoire de l'informatique ! »

… D'une pierre deux coups, je viens de découvrir l'existence du bytebeat ! (Et c'est le disque le plus court et le plus anecdotique au niveau musical qui a droit au texte le plus long ce mois-ci, du coup.)

dimanche 16 juin 2019

Mondes digitaux (1)


Dans mon enfance, ce que j'aimais plus que tout, c'était les jeux vidéo. Surtout les jeux de plate-forme sur Super Nintendo et Megadrive (c'était un peu le genre principal), mais aussi Myst et Riven sur ordinateur, des jeux où l'on pouvait explorer librement et en solitaire des univers mystérieux… Je n'ai jamais réussi à résoudre les énigmes (super tordues), mais le sentiment d'immersion était impressionnant.



Aujourd'hui, je joue moins, mais j'aime toujours beaucoup m'évader dans ces autres univers. C'est même la raison principale pour laquelle je joue, plus que par défi ou autre !


Mon adolescence a été transformée par internet. C'est grâce au web que j'ai commencé à m'épanouir, à pouvoir m'exprimer comme je le voulais, à prendre ma liberté — c'est là que j'ai pu développer mes centres d'intérêt, rencontrer d'autres personnes qui les partagent. On m'a souvent dit que j'étais une personne très différente sur internet et « en vrai » — et de fait, j'étais super timide en vrai, le genre à ne rien oser dire ni faire, alors que sur internet je me lâchais. Encore aujourd'hui, ma vie sociale, c'est internet avant tout.




J'ai pu construire une personnalité sur internet qui me plaît plus que celle du monde physique. (On dit parfois “meatspace” en anglais ! Je ne sais pas s'il y a un équivalent français courant… « espace-viande » ça sonne assez dégueu, ou comme un nom de rayon de supermarché.)

Aujourd'hui, internet a largement perdu de son aspect utopique, et surtout perdu sa qualité d'autre monde à explorer, à bâtir. C'est devenu une extension du monde physique et on a du mal à s'y cacher. Il faut quitter les sentiers battus pour être un peu tranquille avec, par exemple, des forums et sites à l'ancienne… ça reste possible.

J'ai eu pas mal de chance de naître en 1985 et de pouvoir explorer l'internet de l'an 2000. J'aurais bien aimé connaître l'internet d'avant aussi, mais c'était très lent et avec des connexions tarifées à l'heure ! Pas d'images haute résolution, pas de vidéos… nettement plus austère.


Lié à tout ça, il y a un courant qui me tient aussi à cœur et qui a aussi nourri mon imagination, c'est le cyberpunk. Serial Experiments: Lain, Neuromancer, Ghost in the Shell. Une vidéo cool sur le sujet (en anglais), l'idéal que ça pouvait représenter et qu'on a un peu perdu :




… J'ai re-regardé Serial Experiments: Lain il y a quelques mois. C'est toujours génial, touchant, effrayant. Et toujours pertinent. Tout est sur Youtube si vous ne l'avez jamais vu.

mercredi 22 mai 2019

♪ 81 : L'écho des miaulements de la machine dénaturée

Nature Denatured and Found Again est une œuvre massive (quatre heures de musique), conceptuelle, expérimentale, et pourtant presque légère à l'écoute. Si vous aimez les sons de la nature et les musiques expérimentales minimalistes, je vous la conseille.

De 2011 à 2015 se déroula le projet flussaufwärtstreiben : cinq jours par an, six musiciens se promenèrent le long d'un affluent du Danube. Ils écoutèrent les sons environnants, chacun s'intallait à un endroit donné pour y jouer de son instrument ou un enregistrement donné. Ce qui forma le matériau de base de Nature Denatured and Found Again, quintuple album où chaque disque se base sur une année du projet et un concept, le tout se voulant (entre autres) une illustration des changements dans notre environnement.

C'est la nature qui tient le rôle principal ici, les instruments n'étant qu'un élément presque secondaire ; il y a même deux disques dont ils sont complètement absents. Mais le traitement des enregistrements, avec coupures, superpositions, juxtapositions, donne à chaque piste un caractère distinct. Plusieurs instruments utilisent aussi des drones ou autres ondes sinusoïdales, ce qui donne un aspect clinique / analytique. En fait, Nature Denatured and Found Again traite autant de notre environnement que de notre manière de l'écouter… Je vous conseille de suivre la musique avec le livret, qui explique le projet et chaque piste en détail ! Cerise sur le gâteau, toutes ces musiques peuvent s'écouter normalement ou simultanément, il y a plein de configurations possibles.




… Et pour continuer avec les mêmes artistes mais en intérieur :

Le collectif Wandelweiser (où l'on retrouve donc Michael Pisaro, Jürg Frey, Manfred Werder, Radu Malfatti et pas mal d'autres) est connu pour ses compositions expérimentales très minimalistes, avec beaucoup de silence, souvent conceptuelles. C'est du « réductionnisme », genre dont je n'ai entendu parler qu'étonnamment tard alors que ça fait des décennies que j'aime le lowercase ! Disons que c'est l'étape suivante après Morton Feldman et Jakob Ullmann (que j'aime beaucoup), et une alternative aux compositions numérotées de John Cage (auxquelles je n'accroche pas pour le moment).

Wandelweiser und so weiter est un gros coffret de six disques dans lequel j'aime bien piocher un peu au hasard, comme dans le méga-coffret Improvised Music from Japan. Drones, notes éparses, dissonances, silences, c'est souvent étonnamment simple tout en étant résolument inhabituel. Certaines pistes me laissent de marbre (“‘t’ aus ‘etwas (lied)’” par exemple, une des pistes les plus « foutage de gueule » de toute ma musicothèque… ce qui n'est pas peu dire). Mais beaucoup d'autres sont légères, intrigantes et très agréables. Undertows par exemple, le cinquième disque, est vraiment beau.

Vous pouvez aussi lire cet article signé Michael Pisaro, où il décrit un peu le collectif. Cet article du New Yorker (en anglais) en parle aussi (attention, le nombre de visites sur le site est limité).




Les scénarios d'effondrement de notre civilisation deviennent de plus en plus probables. Tous les rapports sur le changement climatique, les extinctions d'espèces sont plus alarmants les uns que les autres. Et parmi les humains, le ressentiment, la colère, le mépris et la haine semblent gagner partout, les protestations, l'extrême droite, l'autoritarisme. Honnêtement, aujourd'hui, se taper un bulletin d'informations c'est se faire du mal ; tout semble désespérant. Du coup j'écoute Drone Machines d'Author & Punisher. Plus d'une heure de drone metal industriel, massif, brutal, un son qui combine rage humaine et matière sonore insensible, implacable, qui écrase tout. C'est plus du médicament qu'une musique que j'aurai envie d'écouter souvent, mais dans le genre, ça le fait.

Demain, je regarderai un dessin animé à la Ghibli plutôt ! Si vous avez des recommandations, je prends.




L'EP électronique du mois, c'est Clarence Mews de Late Night Approach. C'est de l'electro (pour rappel : genre dérivé du hip hop, proto-techno à l'origine, avec souvent un son synthétique qui rappelle la science-fiction un peu rétro). Ça envoie carrément, tout dans les rythmes, aucun temps mort, et comme je ne sais pas décrire les rythmes et que tout le reste est « équilibré », je vais m'arrêter là.

Allez voir en passant les pochettes du label (Klakson), j'aime beaucoup l'idée — à chaque fois une photo en noir et blanc d'une scène de la vie quotidienne où le titre du disque est inclus « en vrai » !




Souvent, une esquisse est plus belle qu'un dessin fini. World of Echo d'Arthur Russell me fait un peu l'effet d'un disque entier d'esquisses ; rien ne s'y pose vraiment, tout ressemble à des débuts ou à des fins d'enregistrements plus classiques, des sons qui reviennent et disparaissent… C'est aussi comme un album acoustique minimaliste, mais avec des effets de réverbération ou de guitares saturées. Qui prennent ici des aspects dépouillés. Word of Echo est un album léger, sans vrai moment fort, mais qui marque. Je ne connais pas d'autres disques qui lui ressemblent vraiment.




La jolie pochette avec un album que je n'ai pas écouté à l'intérieur du mois :  苟且ラブ de 100回嘔吐. C'est de la J-pop au Vocaloid, l'artiste qui a fait le dessin s'appelle kumamiso. J'avais pas envie d'écouter de la J-pop au Vocaloid, du coup j'ai écouté Paul's Boutique des Beastie Boys plutôt. C'était bien !

vendredi 10 mai 2019

Rêves 46, 47 et 48

Utilisations inhabituelles d'aliments dans mes rêves :


Avoir un orgasme en posant les phalanges de ses trois mains sur du marc de café chaud.



Construire un igloo en pâte de gâteau.



Voguer sur la rivière en utilisant un pain de seigle géant en guide de radeau.

lundi 29 avril 2019

♪ 80 : Les murs de la cité s'inclinent et descendent vers la roche noire

Yugen Blakrok – Anima Mysterium (2019)
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J'aime les musiques qui, sous des airs austères, révèlent des teintes cachées. Anima Mysterium est un album de hip hop gris - irisé, avec une MC au flow monocorde mais dynamique, une belle voix, une production atmosphérique nocturne (un peu trip hop ?), des thèmes mystiques quasiment psychédéliques. “Picture Box”, la piste la plus immédiate, est géniale et ce n'est pas la seule. Les clips avec leurs personnages surnaturels filmés dans la pénombre illustrent bien l'univers.

▷ Bandcamp




Bows – Blush (1999)
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Pas la première fois que ça m'arrive d'avoir un coup de cœur teinté de nostalgie pour un album de trip hop… et je sens que celui-ci pourrait devenir un de mes albums préférés. Blush est crépusculaire, mais n'a ni menace, ni amertume ni larmes ; c'est plutôt un album tendre et introspectif. Parfois c'est même proche de la dream pop, mais avec des beats hip hop et parfois jungle*. Séducteur sans être trop évident. L'un des membres de Bows est Luke Sutherland, qui a aussi fait partie d'un groupe de post-punk nommé Long Fin Killie, si ça vous dit quelque chose (perso je ne connais pas encore) !

* D'ailleurs c'est quoi la différence entre jungle et drum and bass ? Une recherche internet rapide me dit qu'il n'y en a pas vraiment..?




f(x) – 4 Walls (2015)
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C'est moi ou les artistes de Corée sont en vogue ces derniers temps ? Dans plein de genres différents : Peggy Gou, Yaeji, Park Jiha, Mid-Air Thief… enfin il me semble. Toujours est-il que j'ai écouté mon premier disque de K-pop et que j'ai franchement aimé. Il y a encore quelques années, « K-pop » ça m'évoquait surtout des boys bands et girls groups, plus populaires pour leur apparence que pour leur son (qui me donnait tout de suite envie de fuir), mais ce serait ridicule de penser qu'aucun bon groupe de pop n'existe dans le pays.

4 Walls en tout cas est carrément réussi. Rien de révolutionnaire dans le style, c'est de la dance-pop / électropop avec un peu de hip hop, 100 % compatible radio, ou comme l'écrit flyingwill (fan malgré l'image du genre) : de la « musique pop aseptisée ultra-speedée pour midinettes écervelées ». Mais c'est carrément bon. 35 minutes de mélodies qui font mouche et des rythmes qui font danser, dans les grandes lignes comme dans les détails ; pas d'entourloupe, pas de ballades à la noix, sur les dix pistes il y en a neuf que je garde et quatre qui sont de vrais bijoux.




Scott Walker – Tilt (1995)
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La mort de Scott Walker me touche quand même. J'avais hâte d'entendre ce qu'il allait sortir ensuite…

Sa carrière était hors du commun. Dans les années 60, de la belle pop baroque, en solo comme au sein des Walker Brothers (avec de magnifiques pistes sur Scott 4 notamment). Une grosse baisse dans les années 70 avec des albums de reprises que tout le monde ignore aujourd'hui(, que je n'ai jamais écoutés) et qu'il considère lui-même comme ses « années perdues ». Un quasi-silence radio dans les années 80, à part quelques pistes sur Nite Flights et l'album Climate of Hunter, qui changent déjà nettement de style — plus sombres, plus expérimentales, ambiguës… et avec du rock aussi, ce qui ne durera pas. Puis une renaissance sombre et expérimentale qui débutera en 1995 et se poursuivra ensuite, avec des disques uniques : théâtraux (Tilt), effrayants (The Drift), complètement fous (Bish Bosch).

Je fais toujours écouter Scott 4 aux personnes qui ne connaissent pas et ne se passionnent pas pour la musique expérimentale (même s'il y a des pistes que j'aime nettement plus que d'autres dessus). J'ai eu un beau coup de cœur pour Climate of Hunter, puis pour Bish Bosch… à sa mort j'ai replongé dans Tilt, et je crois que c'est encore celui-là que je préfère, toujours aussi séduisant et mystérieux.




Unknown Damage – Fish City Seasons (2019)
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Un album de house printanier voire estival, avec des inspirations deep house, hip hop… et la moitié des sons qui proviennent de fontes sonores de jeux vidéo ! Ce sont les timbres de Mother 3, Donkey Kong Country, Kirby 64, la série Spyro entre autres que l'on retrouve, plus subtil que du chiptune ou des références directes. Ça groove bien, c'est concis (38 minutes en tout), très fluide, on dirait un mini-mix.

▷ Bandcamp





Darren Harper – Descend (2010)
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Un bon album d'ambient aux sons plutôt naturels, relativement sombre mais c'est l'obscurité du soir plutôt que quoi que ce soit de mauvais augure que l'on ressent. Classique mais de bonne facture, et disponible gratuitement !

▷ Archive.org

mardi 26 mars 2019

♪ 79

Je ne vais pas prétendre que je comprends Paraffin d'Armand Hammer. C'est une culture que je connais toujours très peu, je ne capte aucune référence et même avec les paroles sous les yeux, les trois quarts me passent au-dessus de la tête. Mais j'adore ces instrus décalés et super inspirés qui combinent quasi-industriel, rythmes dansants, saxophone et larsens, juste la bonne dose de bruitisme ; j'adhère aussi carrément à la voix et au flow du MC, dru sans être agressif. Avec ma vision super partielle et biaisée du truc j'y ressens une amertume et une énergie assez folles ; ça me fait le même effet que quand j'ai découvert Absence de dälek, ce qui n'est pas peu dire. 43 minutes dix, pas un skit, pas une faute, plein de frissons et de virages inattendus. Respect.




Ça me paraît ridicule d'essayer d'écrire un paragraphe potable sur ぶっ生き返す de Maximum the Hormone avec mon manque total de spontanéité. Un type sur RYM a titré sa critique “SO MUCH FUN!!!” et j'ai envie de m'en tenir là, ça vous va ?

… Sinon : c'est du metal festif, un peu barré dans ses influences mais franchement direct dans ses accroches, quasi-pop, connu parce que l'anime Death Note a utilisé une chanson pour son générique. Perso j'ai découvert via le clip de “Bikini Sports Ponchin”, sur un site qui s'appelait WTF Japan Seriously? et qui maintenant s'appelle Flipside Japan. (Le clip même a été supprimé partout, allez savoir pourquoi.) Le titre “チューチュー ラブリー ムニムニ ムラムラ プリンプリン ボロン ヌルル レロレロ” consiste uniquement en onomatopées sexuelles (allez traduire ça !). Le groupe a aussi sorti une chanson qui s'appelle “霊霊霊霊霊霊霊霊魔魔魔魔魔魔魔魔”, une qui s'appelle “ざわ・・・ざわ・・・ざ・・ざわ・・・・・・ざわ”, un album dont le titre signifie « disque de merde »,  et il paraît que lors des concerts du groupe, les gens mettent des casques pour pogoter. Et non, je ne sais pas du tout qui c'est sur la pochette. (C'est bon, j'ai rempli mon paragraphe.)

Leur album suivant, 予襲復讐, est nettement moins direct et plus complexe. Bien aussi, mais ce ne sont pas du tout les raisons pour lesquelles j'ai accroché à ぶっ生き返す du coup je l'écoute moins !




cxvi d'Akira Rabelais est un superbe album d'ambient à l'atmosphère mystérieuse. Un disque admirable aussi pour sa parcimonie, avec des sons aussi épars que sur une composition de Morton Feldman (d'ailleurs la fin de la première piste y ressemble sacrément, à du Feldman), différents selon les passages mais toujours avec la même légèreté dissimulatrice. Une musique qui tisse sa toile, semble vouloir engourdir qui l'écoute, comme une agréable et séduisante hypnose.

Le texte chuchoté sur la seconde piste provient de La femme 100 têtes de Max Ernst.  Je sais que j'avais déjà vu ou entendu la phrase « Se nourrissant souvent de rêves liquides et tout à fait semblables à des feuilles endormies, voici mes sept soeurs ensemble » avant, mais je n'arrive pas à me rappeler où…




Muslimgauze est connu pour avoir sorti… plus de cent disques de tribal ambient semi-électronique arabisant pro-palestiniens, avant de mourir à 37 ans. Passionné par ce qu'il faisait, Bryn Jones semble n'avoir passé son temps qu'à ça ; son nom est devenu une référence, même s'il n'aura connu qu'un succès d'estime. En fait c'est assez fou qu'avec un concept aussi simpliste, basé sur des samples et sans considération pour les caractéristiques des musiques dont il s'inspirait (ce que déplore notamment Simon Crab sur cet article de The Quietus), ces disques soient aussi marquants — on y ressent l'énergie, le danger, la rage parfois, et surtout la beauté singulière de paysages sonores semi-imaginaires qui ne se situent ni en Angleterre ni en Palestine et en révèlent bien plus sur son créateur que sur son sujet. Les disques les plus ambient du projet (Al-Zulfiquar Shaheed ou Zul'm) vont très bien avec un bon bouquin de SF genre Dune.

Pour s'y retrouver dans sa discographie, je vous conseille par exemple le Muslimgauze Primer de blaerg. Perso j'ai et je recommande : Al-Zulfiquar Shaheed, Zul'm, Citadel, Mullah Said




… et Azzazin, qui n'a quasiment rien à voir (et divise les fans, il paraît que c'est son plus atypique). Un album qui se base intégralement sur un type de son, des oscillations électriques constantes ; au casque, on a l'impression de porter une bobine Tesla autour du crâne. C'est à la fois oppressant et psychédélique. Quelques samples (une sonnerie lointaine, une respiration inquiète, des machines, parfois une lame qui tranche) donnent l'impression que ces phénomènes font partie du monde réel et ne font qu'augmenter la tension déjà impressionnante. Rien d'orientalisant là-dedans ou presque, c'est une seule idée approfondie de treize manières différentes avec des effets différents à chaque fois. Ça peut lasser si on n'est pas dedans, pour ma part j'accroche tout le long.




Je crois que je vais finir par choper le catalogue entier de chez Whities, et le recommander par la même occasion. C'est un label spécialisé dans les musiques électroniques à l'intersection du laboratoire, de la piste de danse et du jacuzzi ; 4/5 pour ce petit EP d'Overmono, qui détend son IDM / drum and bass sur un fond ambient — trois pistes, chacune plus douce que la précédente.

(Si vous voulez savoir, le texte en petit sur la pochette vient de cet article Wikipedia sur le pont Monnow, au Pays de Galles.)

mercredi 27 février 2019

♪ 78 : Îles tropicales enneigées rivales

Alex Kassian
Hidden Tropics

(Utopia Records, 2018)
Dans le domaine des musiques mi-deep house, mi-ambient exotiques, dont le groove est tellement posé qu'il s'évapore presque, je vous recommande carrément Hidden Tropics d'Alex Kassian (DJ et compositeur de musiques pour danse et théâtre, si ça peut vous aider à le situer). La description officielle n'évoque que le Japon comme influence, ce qui s'entend dans certaines structures minimalistes, mais j'ai l'impression qu'il pioche des éléments un peu partout pour brouiller les pistes, inventer un cadre imaginaire. Il y a autant sinon plus d'instruments à vent, bois, percussions acoustiques diverses que de beats ici, en fait il n'y a que la piste titre qui tient de la house ; toutes les autres forment un environnement ambient coloré plus mystérieux à explorer, structure qui fonctionne étonnamment bien, je n'ai pas arrêté d'écouter ce disque ces derniers jours.

C'est le seul EP de l'artiste pour le moment, mais si ça vous plaît, jetez aussi une oreille aux autres disques du label (Utopia Records) !




Patti Austin
Every Home Should Have One
(Qwest, 1981)
Every Home Should Have One de Patti Austin est à l'image de sa pochette, avec ses effets sur les synthés et les guitares, son glamour, son rose néon — les années 80 plein les yeux et les oreilles ! Parfois j'aime vraiment quand la musique a un côté daté ; ça dépend surtout de si elle a gardé son énergie ou pas, ici rien à redire, ce type de pop vieillit très bien.* La meilleure chanson est la première (Do you looove meCan we still be a part of tomorrow ♬) mais l'album en entier est concis, accrocheur, avec assez de groove pour que même la plupart des ballades tiennent la route. À noter que c'est Quincy Jones qui a produit le disque, on me dit qu'il faudra que j'écoute d'autres disques de Quincy Jones en plus d'autres disques de Patti Austin. Je précise que je n'ai prêté aucune attention aux paroles, j'ai juste remarqué que celles de la piste-titre ressemblent plus à une réclame pour de l'électroménager qu'à une déclaration d'amour ; c'est sans doute cet aspect-là de la musique qui a mal vieilli et qu'on pourra lui reprocher. En même temps, bon, les chansons d'amour…

* Autre exemple que j'adore : “Don't Make Me Wait” de Bomb the Bass (encore mieux avec le clip). Sur l'album Into the Dragon, qui ressemble plus à un maxi single pour “Megablast (Hip Hop on Precinct 13)” qu'à un vrai album, mais il vaut le coup pour ces deux pistes-là plus une ou deux !




Burial
Rival Dealer

(Hyperdub, 2013)
Tout ce que je connaissais de Burial jusqu'à présent, c'était Untrue — un disque sur lequel j'avais changé pas mal d'avis, pour finalement concéder que seule “Etched Headplate” me plaisait vraiment là-dedans. Untrue se répète un peu trop, son ton est juste mais monotone, avec les mêmes rythmes et idées qui reviennent en boucle…

Je lui préfère nettement Rival Dealer. On sent que c'est le même artiste, mais tout sur cet EP est heurté, fragmenté, les beats comme échos pour s'y retrouver dans le chaos urbain, des présences humaines que l'on perd et que l'on retrouve, une véritable histoire se laisse deviner. Un message, aussi, inattendu et qui fait du bien ! C'est un disque sensible, marquant. Inégal aussi, parce que si Burial est carrément doué pour jouer dans les tons bitume, nuit noire et néon, ses teintes gaies et colorées sont trop appuyées, limite laides. Ce qui aurait coulé un disque moins bon, mais ici, et avec de tels contrastes, ça fonctionne quand même.




Sachiko M + Ryuichi Sakamoto
Snow, Silence, Partially Sunny
(Commmons, 2012)
Comment j'ai pu rater ça : une collaboration entre Sachiko M et Ryuichi Sakamoto ! Snow, Silence, Partially Sunny est une composition élégante, délicate mais austère et presque brutale, en plusieurs phases qui vont du plus sombre et froid au plus coloré. Sachiko M est parfaitement dans son élément avec des ondes sinusoïdales pures, Ryuichi Sakamoto la suit au début avec de l'atonalité, des grincements métalliques stridents, des grondements sombres et lointains… Plus loin, quelques notes apparaissent, fragiles, éparses, comme des flocons ou des perce-neige. Les mélodies n'éclosent qu'à la fin dans cette série de scènes hivernales. Tout me plaît mais c'est à ce moment-là que la musique prend une autre dimension, comme si des personnages émergeaient, ou du moins un personnage émergeait dans le paysage.

Alors oui, il faut aimer les dissonances et le bruit pour apprécier ce disque, le passage le plus accessible étant quand même des « iiiiiiiii » stridents électroniques superposés à des mélodies lentes au piano. D'ailleurs attention aux bourdonnements si vous écoutez au casque. Mais si on aime, c'est vraiment très beau !

Si vous n'aimez pas le bruit, écoutez plutôt async de Ryuichi Sakamoto en solo si vous ne l'avez pas fait, il n'y a pas de « iiiiiiii » stridents là-dedans et c'est super aussi.




Michael Prime
Borneo
(Mycophile, 2007)
Borneo de Michael Prime est une exploration de l'île et des espèces qui y vivent, perçue avec deux sens différents — l'un humain, l'autre non. On commence en pleine ville où tout va très vite, l'agitation humaine est partout, la foule, les bruits, les musiques ; on n'entendra plus aucune présente humaine par la suite, mais planter le décor de cette manière colore tout ce qui suivra. Prime se focalise ensuite sur un lieu ou une espèce par piste… et ce qui est particulier, c'est qu'en plus des enregistrements audio directs, on a des enregistrements de signaux bioélectriques de la faune et de la flore, soit des sons aux timbres électroniques (un peu acidulés) mais de facture complètement organique. Le voyage sonore dure deux heures. Et on passe de sujets clairement identifiés (“Rafflesia”, “Montane Forest”) à des présences complètement inconnues, parfois déstabilisantes (“Hungry Ghosts”). La dernière partie de cette piste-là est un peu longuette, tout le reste est super.

vendredi 15 février 2019

Divinités / religions

Ça m'étonne toujours un peu de me rendre compte que la majorité des êtres humains, malgré des cultures très différentes, sont croyants. Pourquoi cette idée, pourtant complexe et loin d'être évidente, est-elle si répandue ? Avons-nous un manque « naturel » que comble la croyance ? Même si l'athéisme a pu être plus répandu dans le passé qu'on ne pourrait le croire, reste que le pourcentage des croyants dans le monde est… autour de 90 % grosso modo.

Il y a des hypothèses intéressantes qui expliqueraient la présence de la religion au sein de l'évolution de l'espèce humaine ; par exemple, supposer un agent (plutôt que le hasard) derrière chaque événement serait un trait avantageux pour la survie. Pascal Boyer, quant à lui, explique que la religion émerge de manière tout à fait naturelle si l'on considère les manières dont les humains pensent en général… et souligne le fait que la religion n'est pas n'importe quoi, ni un simple « sommeil de la raison ». (Je résume ça très grossièrement.) Je ne sais pas si ces hypothèses sont étayées ou s'il ne s'agit que de pistes.

Mais qu'est-ce que ça veut dire au juste, croire en Dieu ?

Le concept me paraît loin d'être évident. Notre univers est-il éternel et en changement perpétuel, a-t-il une origine précise, ou y a-t-il d'autres possibilités ? (Les deux premières me paraissent improbables, je n'ai aucune idée de ce à quoi une troisième pourrait ressembler.) Imaginer qu'une entité — au sens le plus large possible — ait pu créer notre univers ne me paraît pas déraisonnable en tout cas. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est probable, je n'en sais rien. Mais ça se laisse envisager.

De là à considérer que cette entité soit (a) vivante, (b) consciente, (c) omnisciente, (d) omnipotente, (e) bonne si ce n'est infiniment bonne, (f) à l'image de l'être humain, (g) masculine, (h) à notre écoute, (i) qui contrôle nos êtres qui (j) sont en réalité des « âmes » immatérielles et (k) éternelles et (l) qu'il faut prier pour Lui même si personne ne L'a jamais vu à part des mystiques dont les témoignages paraissent impossibles et … (m n o p etc.) bref, tout ça, ça me paraît tellement injustifié et improbable que ça tient de la folie. (Rien que les trois premiers points sont incompatibles entre eux ou avec la réalité telle qu'on la connaît, quoi qu'en dise Leibniz. Des philosophes croyants ont bien essayé de réconcilier cela avec des « théodicées » mais je n'en ai vu aucune qui me convainque.)

En fait, il me paraît faussé de parler de « croire en Dieu » ou pas. Le pari de Pascal par exemple ne tient pas la route, c'est un faux dilemme — on pourrait tout aussi bien imaginer une entité qui punirait toute personne croyante. Ou une infinité d'autres possibilités.

J'aime bien la conception de Spinoza, qui considère (en très gros, je résume au bulldozer encore une fois) que Dieu serait la nature même. C'est la seule conception de Dieu que j'ai lue qui me paraît sensée. Et c'est peut-être aussi la seule hypothèse d'un monde avec des divinités qui ne soit pas glaçante ! Pour moi, c'est absolument horrible de penser qu'on puisse être sous la coupe d'une entité éternelle qui peut faire ce qu'elle veut de nous, je n'y vois aucun réconfort. Et je me demande d'ailleurs combien de personnes croyantes n'ont pas, au fond d'elles-mêmes, peur de Dieu. Le mot “God-fearing” est utilisé en anglais en tout cas, pour désigner quelqu'un de très croyant. Peut-être y a-t-il aujourd'hui de la peur et de l'amour mêlés, en plus d'autres choses ? Je m'y connais trop peu pour dire.

Sinon, les histoires de mythologies, en général c'est trop dérangeant pour moi. Mais à choisir, je préfère un peu le polythéisme au monothéisme, et je ne vois pas en quoi l'un serait plus probable que l'autre.

D'après une citation de Stuart Chase : « Pour qui a la foi, aucune preuve n'est nécessaire ; pour qui ne l'a pas, aucune preuve n'est possible. »

lundi 11 février 2019

Itayaxa (1)


Itayaxa est la grande déesse aléatoire et la grande déesse de l'aléatoire, ou peut-être n'est-elle que l'une d'entre elles. Peut-être est-elle plus. Difficile à dire parfois. Si vous croyez en elle, vous aurez une chance aléatoire que quelque chose d'aléatoire vous arrive, et cela ne sera probablement pas de sa faute.

Itayaxa n'existe a priori pas en ce monde, mais c'est vrai aussi d'autres divinités et ça n'a jamais empêché qui que ce soit de croire en elles. Ça ne l'empêche pas de croire en elle-même aussi, quand elle en a envie.

Il n'est pas interdit de représenter Itayaxa (elle n'est pas chiante comme d'autres), sauf qu'elle change tout le temps. Toutes les représentations ont donc une chance aléatoire d'être exactes.

La plupart des montres en état de fonctionnement retardent ou avancent, ou les deux en même temps selon votre point de référence. Une montre arrêtée dit l'heure exacte deux fois par jour, sauf si c'est une montre arrêtée inhabituelle, comme une montre sans aiguilles qui dans ce cas ne l'indique qu'à la fin du temps. Itayaxa porte une montre aléatoire, qui indique une heure aléatoire.

Ce blog était censé être dédié à Itayaxa, je ne sais pas s'il l'est toujours en théorie, mais je l'ai perdue de vue avant d'avoir écrit le premier article. Elle revient de temps en temps cela dit. Le tout est de la reconnaître. Il faut dire que ce blog est mal organisé mais pas assez chaotique.

vendredi 25 janvier 2019

♪ 77 : L'air de ma montagne personnelle est pharmaceutique

Plux Quba de Nuno Canavarro est une terre presque sauvage, en dehors de tout courant ; ce disque date de 1988 mais pourrait tout aussi bien être sorti vingt ans plus tôt ou vingt ans plus tard. Il est peuplé d'espèces acoustiques et électroniques étranges et charmantes, c'est expérimental, parfois atonal, mais parfois aussi très harmonieux, ça n'a rien de prétentieux ou d'intimidant. On peut entendre des voix chuchotées — mais ne me demandez pas en quelle langue… (si ça se trouve c'est simplement du portugais et j'imagine du mystère là où il n'y en a pas !) Au bout d'un moment, les présences humaines se font civilisation, il y a des chants, des musiques plus enfantines ou du moins candides. Et du silence parfois. La moitié des pistes seulement ont un titre. C'est inclassable.



… Et bien que Plux Quba a la réputation d'être unique, je trouve que 鯰上 (On the Quakefish) de Sugai Ken s'en rapproche pas mal ! Un univers un peu plus proche de civilisations connues et plutôt nocturne, mais avec le même mélange énigmatique et séduisant de dissonances et d'harmonies. Plein de jolies petites boucles, de carillons, quelques fragments inspirés de musiques japonaises traditionnelles il me semble. Il ne faut pas avoir envie de grands développements, mais si on aime l'exploration, c'est un très bon disque.

(Quant à 岩石考 -yOrUkOrU-, EP sorti cette année, il se rapproche plus de certaines musiques concrètes. Intéressant aussi mais je lui préfère On the Quakefish.)




Ça remonte maintenant, l'époque où j'avais écouté les débuts du vaporwave et trouvé ça naze. Pharma de Nmesh, c'est du sérieux — autant au niveau de la qualité que du ton. Quitte à vivre dans un monde qui ressemble de plus en plus à une dystopie de science-fiction saturée de stimuli et où la connexion est devenue obligatoire, autant s'y préparer ; on est loin des bidouillages nostalgiques ou ironiques ici, le son est travaillé, personnel, plutôt sombre et même mordant. On trace son chemin à travers la jungle de néon, la route est tortueuse et psychédélique, et pourtant on ne s'y perd pas — tout est net, il y a toujours des rythmes, mélodies, boucles comme autant de guides pour ne pas sombrer dans la noirceur et l'angoisse. Et j'ai l'impression qu'on se prépare à un conflit ou quelque chose du genre. (Si la tracklist excessive vous intimide, sachez que le disque original ne contient « que » vingt-six pistes, c'est beaucoup mais pas trop. Vous pouvez laisser les remixes qui suivent de côté pour le moment.)



Felt Mountain de Golfrapp me suit depuis longtemps. La dance pop à paillettes de leurs disques suivants (Black Cherry et Supernature) me séduit plus facilement, c'est plus mon style ; la pop aérienne que le groupe a sorti ensuite (Seventh Tree, Tales of Us) est agréable aussi… mais ce sont les chansons de Felt Mountain qui sont les plus mémorables et ont la personnalité la plus intéressante. Qui n'est pas si évidente à décrire, d'ailleurs — ça me fait penser à une atmosphère de film plus qu'autre chose (mais quel film ?), séduisant mais avec une dose d'étrangeté, pas vraiment de noirceur mais presque, et quelque chose de pastoral comme dans les photos du livret alors même qu'il y a beaucoup de sons synthétiques là-dedans. D'ailleurs il n'y a que le son un peu bourdonnant du synthé que je reproche à “Utopia”, chanson géniale qui évoque le transhumanisme.

Sinon, le dernier, Tales of Us, est pas mal. De très beaux arrangements, une élégance urbaine qui n'est pas pour me déplaire, un mini-concept (chaque piste parle d'une personne différente — joli petit détail, la tracklist est écrite en autant d'écritures manuscrites différentes). Seulement, après trois écoutes, il n'y a qu'“Annabel” dont je me souviens vraiment. Une chanson a-t-elle besoin d'être accrocheuse pour être réussie ? Sans doute pas, et Tales of Us vaut l'écoute, mais perso, mon deuxième disque préféré de Goldfrapp, c'est Supernature. Celui avec le plus de danse et de paillettes.



Le disque récent avec lequel j'ai passé le plus de temps : Air Texture Volume VI, une compile de pistes inédites sélectionnées par Steffi et Martyn. Qui a des airs d'années 90, quand l'IDM commençait à émerger de l'ambient techno et que le futurisme faisait rêver. C'est aussi rythmique qu'atmosphérique (donc parfait pour écouter en musique de fond en lisant un bouquin — et se trémousser en lisant ledit bouquin), avec de vraies perles comme les pistes de 214 et As One sur le CD 2, ou dBridge & Lewis James puis Tracing Xircles sur le CD 1… Des artistes que j'avais déjà écoutés faire de la bass music, parce qu'il y a de ça aussi dans ce disque, simplement avec un ton posé qui ne rappelle que très peu les tendances contemporaines plus agressives et dissonantes. Air Texture VI ne révolutionne absolument rien, mais ce sont deux heures quinze qui me plaisent sacrément.



OK, le punk n'a jamais trop été ma tasse de thé, mais Personal Best de Team Dresch me touche. Parce que c'est assez proche du noise rock et que j'aime le noise rock, parce que j'aime la voix de la chanteuse, parce que c'est du queercore, que ce disque a quelque chose à dire, que les paroles ont assez de détails pour ressembler à une œuvre « tranche de vie » (j'adore les BDs de ce genre), parce que je déteste aussi la droite chrétienne, parce qu'il y a de vraies chansons d'amour là-dedans qui sont émouvantes et pas mièvres (et que c'est le seul type d'amour que j'aime imaginer parce que je n'ai jamais cru une seconde aux chansons écrites pour séduire genre « tu es tout pour moi » bla bla bla), parce que même s'il y a des pistes qui ne me font pas grand chose sur ce disque alors qu'il est vraiment court, il y a ne serait-ce que ce passage dans “She's Amazing” qui transcende tout, la force de ce son de guitares saturées, ces mélodies et ce chant sous le coup de l'émotion sans en rajouter, ça me donne des frissons et la larme à l'œil, ne me demandez pas pourquoi.