mercredi 27 novembre 2019

♪ 87 : Les sept petites lumières de la tour de l'orient

D'habitude, les disques très languissants m'ennuient un peu, mais Somi fait ça carrément bien sur Petite Afrique, album de jazz vocal et de soul avec des accents de musiques africaines traditionnelles. Elle y raconte sa vie à Harlem, observe l'évolution du quartier, évoque des sujets concrets comme la gentrification ou la période du ramadan dans la communauté, laisse entendre les conversations dans les rues, les taxis, ou se remémore ses amours passées sur un ton mi-rêveur mi-mélancolique… Les mélodies sont douces et prenantes, la voix de l'artiste est vraiment belle.





Sur 日本の音楽, Hoshina Anniversary prend des éléments de gagaku et en fait des compositions électro-acoustiques étranges, souvent sans mélodie ou à moitié dissonantes, prenantes par leurs rythmes mais déstabilisantes par leur atmosphère. Selon l'humeur, elles peuvent même paraître menaçantes. Un disque qui me rappelle un petit peu le fameux Plux Quba de Nuno Canavarro (et 鯰上 de Sugai Ken, du coup), mais sans candeur, avec des rythmes bien plus présents et un ton plus grave, un peu influencé par certaines musiques électroniques contemporaines glitchées.

L'artiste a aussi fait de la dance music avant ça, acid techno ou electro house (bien éloigné de ce qu'on entend sur 日本の音楽 mais “Zangai”, sortie sur EP, fait la synthèse entre les deux). Il a aussi réalisé le thème pour l'anime Panty & Stocking with Garterbelt, ce que je n'aurais jamais deviné !




Ça fait depuis le début des années 90 que Sōichi Terada et Shinichiro Yokota font de la house qui donne le sourire. Pas très loin de la garage house, avec des sons synthétiques un peu rétro qui font penser aux jeux vidéo de la décennie*, quelques influences hip hop ou rock, une reprise d'Earth Wind & Fire… tout ça est sorti sur EPs vinyle comme il se doit, mais on retrouve aussi ces pistes sur deux compiles au nom du label, Far East Recording, sorties en 1992 et 1993. Il y a du bon sur les deux mais je préfère la première ! Écoutez au moins “Got to Be Real”, “Do It Again” ou “Sun Showered”, ça vous embellira votre journée.

* D'ailleurs Sōichi Terada a composé les bandes son des jeux Ape Escape, je n'y ai jamais joué mais ça me donne envie de tenter. Même si je préfère nettement jouer un singe qu'un garçon qui attrape des singes.




L'EP de musique électronique du mois : Clocktower d'Unknown Mobile, trois pistes pas facilement classables (éléments de deep house, de techno, d'ambient techno… voire de quelque chose comme du breakbeat mais là je m'avance sans doute) dont les rythmes techno, les nappes rêveuses, la progression et certains sons typés 1990s me rappellent une version instrumentale d'Underworld. Avec plein d'influences plus contemporaines en plus ! Deux pistes rythmées et une très calme, du tout bon.






J'avais déjà eu envie de vous parler de l'album éponyme de Black to Comm, mais comme il était difficile à décrire je n'avais fait que noter le nom dans ma grande liste bordélique. Seven Horses for Seven Kings, c'est plus facile : si vous ne l'avez pas déjà compris à la vue de la pochette, le cœur dissonant de trompettes aux allures de mouches géantes qui vous accueille dès les premières secondes vous ôtera tout doute sur là où l'artiste vous emmène — bienvenue en Enfer !

Musique électroacoustique théâtrale, très travaillée, où l'on entend aussi des percussions comme une marche de squelettes effrénée ou un piano lugubre à souhait, des chœurs ou encore un saxophone entre jazz et détresse (et pas question de se poser dans une noirceur confortable à la Bohren & Der Club of Gore — trop de tension pour cela). Quelques drones psychédéliques, de la guitare électrique et une éclaircie inattendue (le power ambient d'“Angel Investor”). L'horreur sur cet album a quelque chose de merveilleux.

(Et sinon, son album éponyme n'a pas cette noirceur infernale mais est très bon aussi, dans un registre expérimental, étrange et psychédélique.)




Récemment, j'ai lu Body and Soul de Frank Conroy, l'histoire d'un jeune pianiste prodige dans le New York des années 1940 ; lire ça en silence me paraissait dommage et je suis rarement d'humeur pour du classique, du coup j'ai mis Night Lights de Gerry Mulligan et c'était super. Un disque de cool jazz aux mélodies douces et à l'ambiance évocatrice : ces grandes villes américaines des décennies passées, les lumières nocturnes, l'avenir qui se dessinait, les belles promesses… à quelle point étaient-elles vraies, je ne sais pas trop. Mais ça reste un décor qui a du charme. Et puis j'aime beaucoup ce coup classique de la reprise de la piste-titre dans deux versions qui se répondent, avec un instrument en plus dans la version de 1965, comme si de nouvelles lumières venaient d'y être installées.

J'ai continué la lecture avec d'autres disques de jazz, c'était l'occasion : Eastern Sounds de Yusef Lateef et Mingus Ah Um de Charles Mingus m'ont beaucoup plu aussi (alors que j'avais toujours eu un peu de mal avec The Black Saint and the Sinner Lady), il y a d'autres classiques genre Brilliant Corners de Thelonious Monk qui me laissent encore de marbre mais j'y reviendrai.

La première partie du roman, où tout est découverte, est la plus réussie — les deux suivantes sont bonnes aussi mais un peu moins, le cadre reste le même et Convoy a du mal à développer son personnage principal de manière convaincante. Encore que, à la fin, j'ai écouté des disques plus sombres, Night Lights n'aurait plus collé.

mardi 29 octobre 2019

♪ 86 : Et dans l'obscurité, les espoirs des rêves amoureux

P.O.S. – Ipecac Neat (2004)
Bonsoir, je commence à découvrir le collectif Doomtree et ça me paraît prometteur !

Ipecac Neat de P.O.S., déjà : du hip hop classé conscious / abstract, avec des instrus plutôt atmosphériques, souvent une belle utilisation d'instruments acoustiques (clarinette sur “Lifetime… Kid Dynamite”, sample d'Ali Farka Touré sur “Duct Tape”) et un MC qui a officié dans des groupes de punk. Son débit est parfois rentre-dedans mais toujours sensible, jamais froid ni brutal, il a des paroles qui peuvent être très émouvantes ; l'album est plein de contrastes dans un registre plutôt sombre et introspectif.

Avec cette pochette je m'attendais à un duo, et les notes font référence à une certaine Emily Bloodmobile qui se serait occupée de la production de certaines pistes, mais la femme à côté de lui, c'est sa pote et tatoueuse…




Dessa – False Hopes (2005)
… Qu'à cela ne tienne : il y a aussi une rappeuse chez Doomtree, et elle assure. Les instrus de Dessa sont également dans un style atmosphérique/acoustique (une prédilection pour les violons), et si son flow claque bien, elle chante aussi sur des pistes qui vont du très énergique à du quasi-trip hop. J'ai écouté son EP False Hopes* et l'album A Badly Broken Code pour le moment, il y a du très bon sur les deux, je conseille de commencer par l'EP — ne serait-ce que pour avoir la première “Mineshaft” avant sa suite. Et pour “Kites” que j'ai écoutée en boucle ces dernières semaines, même si “Children's Work” est sans doute la plus impressionnante.

* Le titre fut repris par tous les membres du collectif, parfois plusieurs fois, du coup il y a quinze disques de chez Doomtree qui s'appellent tous False Hopes.




Freaky Chakra – Blacklight Fantasy (1998)
Blacklight Fantasy de Freaky Chakra : un album de techno qui ressemble à un rêve/cauchemar cyberpunk, où l'on peut entendre selon les pistes des influences electro, de percussions africaines et des flûtes fantomatiques comme autant d'échos de lieux et temps perdus, des airs touchant à la progressive house mais où l'hédonisme aurait été remplacé par des paradis artificiels au sein d'une ville dystopique tentaculaire. Le tout ressemble presque à un film.

Sur “Dreams” par exemple, ces samples vocaux auraient été clichés sur une piste de prog house classique, ici ils semblent ici prononcés par autant d'automates sans âme ou de personnages virtuels dans un jeu vidéo. Autre piste mémorable, “Fascist Funk” avec sa violence tordue qui ne laisse pas un beat pour respirer. Le final de l'album est étonnant, de plus en plus planant alors que l'on sent qu'on n'a pas changé de décor… de là à imaginer une fin faussement heureuse où le seul échappatoire aurait été une plongée dans les drogues ou la réalité virtuelle, j'extrapole sans doute trop mais c'est comme ça que je me l'imagine.




5K HD – And to in A (2017)
Je pourrais décrire And to in A de 5K HD comme un album d'art pop qui séduit d'un côté et effraie de l'autre, mais ça serait réducteur. Les chansons ici sont classiques mais séduisantes (ces sons jazzy), un peu pensives, un peu froides, énigmatiques surtout dans les paroles… et les instrumentations plongent volontiers dans le dissonant, le glaçant — pas tant pour contredire le chant que pour l'éclairer d'une autre manière, faire mieux ressortir leur étrangeté. Sur “What If I” par exemple, ce n'est pas tant le passage instrumental de panique/horreur dissonante qui marque (d'ailleurs on peut trouver mieux dans le genre), mais tout ce qui vient avant.

Cet album vaut le coup d'y revenir : à chaque écoute c'est un moment particulier qui me retient et m'émeut.




Ghostwhip – L'amour toujous (2016)
Une petite sucrerie : L'amour toujours (sic) de Ghostwhip, petit EP qui s'étire entre excitation synthétique (le rythme rapide et les sons qui font bwip-bwip) et langueur house, avec une dose d'excentricité sur des ressorts classiques et des fautes de français gratuites revendiquées sur toutes les pistes. Ainsi la meilleure s'appelle “Je'taime”, re-sic.

(Pour être honnête c'est la seule qui soit indispensable, même si je ne dis pas non au reste !)






DJ Assault – Sex in the City EP (2003)
Sinon, si vous avez envie de danser sur des gros sons funky qui tachent, vous pouvez essayer l'EP Sex in the City de DJ Assault. Le mec est une référence en matière de ghettotech, soit de la dance music pour obsédés sexuels avec des influences hip hop et des textes qui font preuve d'une absence totale de décence ; cet EP-ci est nettement plus house que techno, mais on reste dans le même registre avec des pistes super accrocheuses où le monsieur nous vante les mérites de son gros zizi et les démérites des perruques à queue de cheval (gné ?). J'ai des scrupules à recommander un tel disque, mais niveau grooves, il ne déçoit pas !





Zakè – To Those Who Dwelt
in a Land of Deep Darkness
(2019)
Parfois la musique n'a pas besoin de développement. (Il y avait un groupe qui s'appelait “Vertical Music” sur Last.fm quand j'y étais.) Ainsi To Those Who Dwelt in a Land of Deep Darkness de 扎克 alias Zakè, requiem ambient qui bouge très peu et très lentement, se répète inlassablement et donne l'impression de flotter dans une forêt paisible et sombre le long de ses 38 minutes. La piste-titre est suivie d'un “Addendum” de dix minutes, remix qui évolue à peine davantage. C'est simple et ça tombe parfaitement juste.






Chris Meloche – Recurring Dreams
of the Urban Myth
(1994)
Et un petit peu dans le même genre mais dans un environnement urbain, il y a Recurring Dreams of the Urban Myth de Chris Meloche, composition de six heures à l'origine, sortie en version raccourcie sur le label Fax +49-69/450464 de Pete Namlook en 1994. L'arrière-plan change, la boucle au premier plan reste toujours la même. Ce disque me donne l'impression d'être en sécurité dans une salle et de voir, ou entendre, toute une ville de l'extérieur : cocooning et angoisses distantes. La longueur CD me convient parfaitement, mais si vous voulez la version longue, elle se trouve sur Youtube!

vendredi 20 septembre 2019

♪ 85 : Passages tremblants et contrastes sonores

Four Pictures ~四つの弔歌~ de Trembling Strain est un album très élusif, qui passe de froideurs dissonantes à des beautés mélancoliques avec légèreté. Du folk expérimental dont les percussions, les chants, les mélodies sont comme des îlots qui émergent d'une brume changeante.

Ce n'est pas un disque facile ; aux premières écoutes, j'aurais été complètement incapable de résumer ça tant tous les éléments sont fugaces, des « ôôôôô » gutturaux japonais à la flûte, la harpe, de la guimbarde aux guitares électriques dissonantes, avec des enregistrements de feu ou de pluie… et c'est cette éphémérité qui est au cœur du disque au final. Même la splendide piste centrale, “嘆きの川辺”, ne peut sembler être qu'un élément parmi d'autres. Une belle écoute automnale.

(Cerise sur le gâteau : l'album a une structure palindromique.)




Plus direct, mais toujours dans le folk : Знаєш як? Розкажи de Світлана Охріменко и Олександр Юрченко, joli et intrigant, avec une belle voix, un style un peu lo-fi qui garde une certaine ambiguité avec de légères dissonances et des boucles électroniques primitives en plus des instruments acoustiques. Par exemple une sorte de piano-jouet pour la mélodie et un grattement métallique en texture de fond. Ça semble un peu mystérieux, peut-être parce que je ne parle pas un mot d'ukrainien. Une impression de greniers et de petit soleil lumineux de la saison froide.





Si vous aimez la drum and bass, je vous conseille carrément le Fabriclive 25 de High Contrast. C'est classique mais ça met une pêche incroyable, et il y a plein d'enchaînements géniaux là-dedans — l'enchaînement de “Life Rhythm” à “Flashback” par exemple (encore plus pour moi vu que “Flashback” m'a été passée par un pote à l'époque et me rappelle de bons souvenirs sur internet, mais même, il m'en avait passé d'autres aussi et celle-là a toujours été un coup de cœur), ou le final paixitronné à fond (« quand y'en a plus y'en a encore »), ici ça marche carrément.

Bon, je dis ça, ce sont des plaisirs faciles et ça ne plaira qu'à qui aime vraiment le genre. Mais si c'est votre cas, franchement, ne vous privez pas.





Ma recommandation pop du mois, c'est Rito de Passá de MC Tha. Je ne connais rien au genre, “funk melody”, mais d'après Wikipédia il s'agit d'un grand melting pot populaire qui emprunte du candomblé afro-brésilien à plusieurs styles de hip hop dont le Miami bass, à l'electro, des musiques latines traditionnelles et plein d'autres (mais pas de funk, ce serait trop facile). Que ça se danse, que ça s'écoutait à l'origine dans les favelas et que c'était dénigré ailleurs, ce qui serait en train de changer. Je ne sais pas du tout si ce disque est représentatif du genre, je peux juste vous dire qu'il est nettement plus chanté que rappé malgré le nom de l'artiste ; que l'influence hip hop s'entend dans certains sons et le style de production mais reste en arrière-plan des éléments plus traditionnels, et que les compositions sont clairement plus des chansons que des pistes de dance music (cf. “art pop” en genre secondaire sur RYM). C'est un album court, direct, très chouette.




Les compositions pour musique de Laurence Crane tiennent souvent du minimalisme à la Morton Feldman, tout en étant plus chaudes, avec des notes plus longues et moins isolées, mais en gardant cette certaine ambiguité dans l'humeur et ce degré d'imprévisibilité.

Sur Chamber Works 1992-2009 (interprétations d'Apartment House chez Another Timbre, comme Drifter de Linda Catlin Smith, que j'avais aimé en 2018), on reste dans ce registre doux-ambigu tout le long mais avec des pièces plus évidentes que d'autres. Je préfère piocher dedans à petite dose que me passer le tout, les 138 minutes en entier, c'est trop… et quelques-unes ne me parlent pas, “Ethiopian Distance Runners” par exemple, je ne sais pas si elles sont plus complexes ou simplement moins réussies.

Je préfère Sound of Horse, interprétations d'asamisimasa qui ont plus de contrastes et fonctionnent mieux en tant qu'album, avec du chant sur la série “Events”, la suite-titre qui présente un large éventail de styles (et est dédicacée à Mick Ronson, guitariste qui a joué pour David Bowie) ou encore une piste très courte mais évocatrice qui se résume à une courte boucle (“Old Life Was Rubbish”). C'est plus facile mais tout est harmonieux, il y a plus de surprises, j'aime beaucoup ce disque !

Les deux n'ont que deux pistes en commun (“John White in Berlin” et la quasi-ambient “Riis”), mais elles sont parmi mes préférées. Et je ne saurais pas trop vous dire qui les interprète le mieux.

vendredi 30 août 2019

Recettes (1)



Gâteau de polenta au piment, pour 4 personnes :

  • 160 g de farine (qu'on peut remplacer par de la semoule de maïs, j'ai fait ça une fois par erreur et c'était nickel)
  • 180 g de semoule de maïs (meilleure quand elle est moulue grossièrement / pas trop fine je trouve)
  • 1½ cuillère à café de levure chimique
  • 1 cuillère à café de sel
  • 250 g de yaourt nature
  • 120 ml de lait
  • 2 œufs
  • 80 g de poivron rouge haché
  • 60 g de beurre
  • sauce tomate pimentée

Faire fondre le beurre au four dans le moule, en surveillant bien qu'il ne noircisse pas (sinon ça donne le cancer et c'est pas bon). Mélanger la farine, la semoule, la levure et le sel ensemble dans une jatte. Dans une autre jatte, fouetter le yaourt, le lait et les œufs ; ajouter le mélange aux ingrédients secs avec le beurre fondu et le poivron, mélanger et faire cuire environ 30 minutes à 200°C. Servir avec une sauce tomate pimentée, saupoudrez de fromage si vous aimez, et si vous avez genre des pickles, ça marche très bien avec aussi !

Cette recette est tirée d'un livre de recettes végétariennes avec une couverture orange et des asperges dessus, un peu modifiée.


Croquettes de flocons de millet : Faites bouillir 150 g (= 150 cl) de lait par personne dans une casserole, ajoutez du sel, du poivre et de la noix de muscade. Quant le lait bout, versez-y 75 g de flocons de millet tout en remuant — attention, ça fait des bulles et ça éclabousse un peu ! — jusqu'à ce que ça épaississe et arrête de faire des bulles, ce qui est très rapide, genre en une minute ou deux c'est fait. Versez dans un moule beurré et laissez sécher plusieurs heures ; retournez la préparation (qui devrait faire bloc) et relaissez sécher plusieurs heures.

Découpez en losanges, trempez les croquettes dans le jaune d'oeuf puis la chapelure et faites-les griller dans une poêle.

Servez avec une sauce de votre choix (tomate pimentée, ça marche très bien), ou une ratatouille, ou des légumes autrement, ou ce que vous voulez.

C'est aussi intéressant à faire avec d'autres flocons, genre de sarrasin — plutôt avec des légumes d'hiver qu'avec de la tomate du coup !


Tartines grillées aux aubergines et à la tomate : Préchauffez un four à 225°C. Prenez des aubergines, rincez-les, enlevez le pédoncule et découpez-les en tranches fines ; arrosez d'huile d'olive, saupoudrez de sel et faites cuire 10-15 minutes. Pendant ce temps, faites chauffer ou préparez une sauce tomate avec des câpres, des olives, du piment d'Espelette, du poivron, un peu ce que vous voulez. Faites griller du pain et disposez dessus les aubergines puis un peu de sauce tomate.

(Merci à maman pour m'avoir passé ces recettes !)

mercredi 28 août 2019

♪ 84 : Avant que le diable ne gèle ces milliers de langues

Lonnie Holley — Just Before Music (2012)
Lonnie Holley est né septième enfant d'une fratrie de vingt-sept à l'époque des lois Jim Crow, et raconte qu'il fut échangé contre une bouteille de whisky quand il avait quatre ans. En plus de faire de la musique, Lonnie Holley travaille aussi des objets trouvés pour en faire des sculptures étranges et familières, des trucs collés et assemblés à des bidules tirés du grand bazar d'une vie, ou encore des silhouettes qui partent dans plusieurs directions.

Mais c'est sa voix qui me touche en premier : une voix vraiment belle, sur une musique qui l'est autant et que je ne saurais pas où classer.  Du chant libre sur des boucles rythmiques ou mélodiques, ça peut durer trois minutes comme vingt-cinq, peu importe. Ce style a quelque chose d'intemporel (même quand il utilise des sons électroniques), et pourtant les sujets sont précis et actuels, qu'il parle de lui-même, des ambitions de sa fille ou de l'évolution du cinéma aujourd'hui (sur la piste la plus étonnante, qui tient treize minutes dans un équilibre instable ; d'autres sont très belles dans leur simplicité comme “Here I Stand Knocking at Your Door”).

Je n'ai pas encore écouté les suivants, mais “I Woke Up in a Fucked Up America”, sorti après 2016, est déjà nettement plus sombre…



Frozen Rabbit — 26,000 (2005)
R.I.P. Phil Western, un artiste que je ne connaissais à vrai dire que par ses collaborations : avec cEvin Key de Skinny Puppy sur Download, avec Mark Spybey de :zoviet*france: sur Beehatch… et avec Tim Hill (que je ne connais pas) sur Frozen Rabbit. 26,000 comprend huit pistes, huit styles, un équilibre impeccable entre minimalismes atmosphérique et déstabilisant, un peu de glitch et d'expérimentations que l'on a pu entendre dans ces groupes de musique post-industrielle abstraite. Les répétitions de la voix sur la piste-titre sont incroyables, carrément lumineuses. (D'ailleurs elle est aussi sortie en version très longue, pour constituer un album à elle seule.) Sur “Purification Process”, des chants de gorge sont utilisés sans être modifiés directement mais dans un tel contexte qu'on ne les reconnaît pas tout de suite. Ailleurs, ce sont des jeux plus subtils d'assonances et dissonances, ou parfois de l'arctic ambient classique mais très maîtrisé.

Vous pouvez acheter l'album sur Bandcamp. Mais je ne sais pas où va l'argent quand l'artiste est décédé ?




Ryuichi Sakamoto — Esperanto (1985)
Un point de comparaison évident pour parler d'Esperanto de Ryuichi Sakamoto, c'est Life in the Bush of Ghosts de Brian Eno et David Byrne (sorti quatre ans plus tôt). On retrouve la même idée de musiques experiméntales rythmiques qui empruntent à plein de sources différentes, mais Esperanto est plus heurté, plus vivant, avec des rythmes qui s'arrêtent et recommencent abruptement, des samples tranchés en plein milieu qui créent des rythmes évidents de manière totalement irrégulière. C'est de la découpe-recoupe plus que de la juxtaposition. Sakamoto va aussi plus loin qu'Eno et Byrne dans le minimalisme et la dissonance ; c'est assez fou, ça passe du coq à l'âne constamment, ça a des airs bancaux mais ça reste cohérent et très agréable !

Et puis Esperanto ne cherche pas tant à intégrer des musiques d'autres traditions qu'à surprendre avec sa gamme de sons. Parfois ce sont des instruments « exotiques » mais ça peut tout aussi bien être des guitares électriques (sur “Adelie Penguins”, sorte de tube barré pour lequel une vidéo tout aussi improbable est sortie) ou des chants d'oiseaux.




Current 93 — Lucifer Over London (1994)
Je continue de creuser la discographie de Current 93 ; j'en ai déjà pas mal mais on n'en fait pas le tour facilement ! J'aime la voix de David Tibet, j'aime quand sa musique est mystérieuse*, terrifiante (I Have a Special Plan for This World, Dogs Blood Rising), mélancolique jusqu'à un certain point (Earth Covers Earth, Black Ships Ate the Sky). Je décroche seulement quand il fait du folk acoustique super triste — bel exemple d'un artiste où je ne recommande pas à son œuvre la plus populaire (Thunder Perfect Mind) .

Lucifer Over London est mon préféré parmi les disques que j'ai découverts récemment ; c'est un EP étonnamment rock, avec une première piste qui s'inspire de Black Sabbath suivie d'une reprise d'un groupe de rock peu connu, les Groundhogs (reprise assez directe, ce sont eux qui méritent le crédit, mais elle est réussie et colle bien à l'esthétique du projet) avant d'attaquer la nettement plus mystérieuse et mélancolique “The Seven Seals Are Revealed at the End of Time as Seven Bows: The Bloodbow, the Pissbow, the Painbow, the Faminebow, the Deathbow, the Angerbow, the Hohohobow”. Tu parles d'un titre, mais malgré l'humour c'est plutôt sérieux, et les deux moitiés du disque se complémentent très bien.

(Il y a aussi Jhonn Balance au chant sur ce disque, même si ce n'est pas sa meilleure performance.)

* En général son côté mystérieux est mélangé à d'autres, genre ici sur “The Seven Seals Are Revealed…” — une de ses pistes mystérieuses que je préfère est “Twilight Twilight Nihil Nihil”, si vous connaissez tout un disque comme ça, je prends !




Pom Pom [POM 33] (2010)
Trouvez-moi plus techno que Pom Pom : plus de quarante EPs vinyle sans aucun titre, avec des pochettes unies noires, tout ce qu'on sait desssus c'est que ça vient de Berlin. Comme j'ai entendu du bien du projet, j'ai chopé les n°s 18 (EP), 24 (EP) et 33 (album) — et franchement oui, ça le fait. Une base classique (rythmes minimalistes et répétitifs comme il se doit) et des finitions inattendues qui jettent plein de couleurs dans la mi-ombre. On ne sait jamais à quoi va ressembler la prochaine boucle rythmique ou mélodique, toutes samplées je suppose mais qui viennent de genres très différents; ça va de l'atonal à la pop, parfois on s'étonne d'entendre un piano jazzy sur ce qui semble être des fantômes de chanson dansante, ou encore sur l'excellent final un xylophone et des synthés acidulés.

Il y a aussi un mix de cinq heures et demie dispo sur SoundCloud.

mercredi 24 juillet 2019

♪ 83 : Rêves violets d'oiseaux zombies

Encore un bon album de pop japonaise des années 70 : 胎児の夢 (« Rêve foetal ») de 佐井好子 (Yoshiko Sai). Une jolie préciosité qui s'ouvre sur des passages jazz dansants, des mélodies très bien trouvées, le tout baigne dans une atmosphère onirique. Il y a un final de neuf minutes avec guitare flamenco, saxophone et grandes envolées où le chant quitte le terre-à-terre des mots pour aller papillonner dans les hauteurs, disparaître et revenir.







Les gars de chez D.KO sont revenus sur leur politique de ne sortir leur musique qu'en vinyle ! Ils ont une page Bandcamp maintenant, du coup j'ai enfin pu me payer Kestuf Daronne ? (toujours dans mon top 100) en vrai v0 et écouter ce qu'ils avaient sorti d'autre depuis. J'ai pris l'EP 33 Curial de Gabriel, entre acid et ambient house, super planant, qui prend son temps avec une piste de plus de treize minutes en plein milieu. (Gabriel, il est aussi dans le duo Rag Dabons, qui a sorti un clip à histoire avec Jésus qui serait en réalité Denver le Dernier Dinosaure.)

Mind Motion de Toke est très bon aussi, toujours estival mais dans un style plus rythmé avec des influences electro et broken beat.




J'ai toujours beaucoup aimé “Jynweythek” d'Aphex Twin, la jolie piste au piano préparé qui ouvre drukQs, et j'aurais bien aimé avoir tout un disque acoustique comme ça. Il y a bien eu Computer Controlled Acoustic Instruments pt. 2 récemment, mais… j'y reviens de temps en temps, à chaque fois il me laisse sur ma faim. Ce sont comme vingt minutes d'ébauches, d'esquisses, et ça se termine de façon abrupte, à se demander si Richard n'a pas eu tout simplement la flemme de terminer tout ça. J'ai juste gardé “piano un10 it happened” pour la mettre en avant-dernière piste sur ma compile.

Toujours chez Warp avec du piano préparé mais nettement mieux fini, il y a Ultraviolet de Kelly Moran : onze trajectoires courbes entre ambient et minimalisme, un beau disque avec un son très agréable, pas aussi oblique que celui d'Aphex mais quand même un peu.

Si vous avez d'autres recommandations de disques avec du piano préparé, je prends !


𝄞


Ornitheology de Chubby Wolf est un album d'ambient/drone étonnamment intime et émouvant. Deux longues pistes, qui auraient pu faire un album chacune ; “On Burned, Gauzed Wings” est plutôt calme et apaisante, mais aussi frêle et mélancolique : les drones y sont comme des vagues ou des soupirs retenus qui vacillent entre assonances et dissonances. “Phantasmagoria of Nothingness” est plus classique et plus sereine, mais garde ce sentiment de fragilité.

L'artiste n'a sorti qu'un album solo de son vivant et ce n'était pas celui-là ; si le nom Celer vous dit quelque chose, c'est le projet de Will Long qui fut son mari, ils ont travaillé ensemble sur plusieurs albums. J'aime aussi Celer, mais Ornitheology me parle davantage.




Dire qu'Orienting Reponse est dépouillé serait un euphémisme. C'est du minimalisme extrême, non dénué d'émotions mais austère comme peu de choses peuvent l'être de nos jours ; une composition en multiples fragments répétitifs pour guitare seule, composée par Sarah Hennies pour Cristián Alvear. La guitare n'y est pas toujours jouée comme une guitare, d'ailleurs Sarah Hennies présente la composition comme un défi qu'elle s'est lancée, pour voir si elle pouvait réussir à atteindre la même intensité avec une guitare qu'avec les percussions pour lesquelles elle écrit habituellement.

Il n'y a presque aucune progression ici, seule la répétition puis la non-répétition de phrases très courtes, et les légères imperfections du jeu du guitariste. Ça suffit à émouvoir, d'une manière très singulière.

Il y a des disques pour instrument solo où l'on s'étonne des sons que peut sortir l'artiste de l'instrument, où on a l'impression d'en entendre plusieurs différents ; pas ici. Même si la guitare est parfois utilisée de manière percussive, tout est extrêmement concret. Ce qui impressionne, c'est le dénuement. Et, sans doute un peu par contraste avec les mouvements atonaux, la beauté des accords et mélodies.

Ça dure trois quarts d'heure ou bien le double : les faces A et B sont deux prises de la même composition, identiques à part dans les petites imperfections du jeu. Je le recommande si vous avez aimé Gather & Release de la même compositrice, ou November de Dennis Johnson.


𝄢


Et puis j'ai enfin écouté Fela Kuti. Un album, puis un autre parce que le premier était super, puis un autre, puis un autre. Il y a plein de trucs à dire sur Fela, plein de trucs que vous savez déjà probablement et que je ne sais pas encore, notamment sur son engagement politique et la situation au Nigéria à l'époque (je n'y connais rien !). troutmask sur RYM dit que c'est l'artiste qui a sorti les meilleurs singles dans les années 70, mais qu'il fallait considérer ces singles comme des albums parce que chaque chanson durait un quart d'heure. Je ne saurais pas dire quel disque j'ai préféré, honnêtement tous sont carrément bons.

dimanche 14 juillet 2019

Mystères et Merveilles de l’Unicode (2)



J'ai acheté un PC, du coup j'ai enfin accès aux emoji ! … Et au final je trouve ça un peu décevant, je préfère l'Unicode. Du coup voilà, un autre article sur l'Unicode.

Déjà un article en anglais qui met le doigt sur des insuffisances et manques injustifiés dans le standard, par exemple des caractères bengali manquants alors que tout le script est censé être disponible — peut-être dû au fait que les membres du consortium Unicode sont tous occidentaux : “I Can Text You a Pile of Poo, But I Can’t Write My Name”.


À gauche, sous Windows ;
à droite, sous Linux ou Mac OS.
Le bonhomme de neige Unicode (☃) est connu, mais saviez-vous qu'il existe aussi un bonhomme de neige noir Unicode ? ⛇ À noter que son apparence change pas mal selon le système d'exploitation que vous avez.  Perso j'aime bien la version minimaliste Linux / Mac OS, qui met le doute sur ce que l'on voit. Genre ça pourrait tout autant évoquer un canard de bain maléfique vu de face. Ou un… un drôle de truc en tout cas.

En passant, saviez-vous que les bonhommes de neige ont généralement deux boules en France et au Royaume-Uni, mais trois boules en Allemagne et aux États-Unis ? (Sources : Wikipédia et Karambolage.)


U+058E · ֎
֎ et ֍ sont un symbole arménien symbolisant l'éternité, appelé arevakhach. Il semble qu'il soit très connu et courant là-bas, où il fait partie intégrante de la culture nationale.


U+06DE · ۞
Le symbole ۞ (rub el hizb) est utilisé pour marquer une fin de chapitre en calligraphie arabe. (Et sans le petit rond au milieu, le symbole est utilisé sur la pochette de l'album We Care a Lot de Faith No More, ce qui n'a rien à voir.)


U+06E9 · ۩
۩ est un caractère utilisé dans le Coran pour indiquer quand il faut se prosterner « temps de sujūd » d'après Wikipédia). Sinon il ressemble aussi à une porte dimensionnelle trop cool avec des pourtours en néon qui clignotent ou un truc du genre.


U+07F7 · ߷
߷, appelé gbakurunen et symbolisant trois pierres sur lesquelles on pourrait poser une marmite, est un caractère appartenant à l'alphabet N'ko, créé en 1949 par Solomana Kante pour retranscrire les langues mandingues d'Afrique de l'Ouest. Comme beaucoup de jolis symboles, il est utilisé pour marquer la fin d'une section dans un texte.



L'empereur Claude a inventé trois lettres : le Ↄ, le Ⅎ et le Ⱶ. Ces « lettres claudiennes » ne furent usitées que quelques années, puis abandonnées après la mort de l'empereur. Le Ⅎ aurait servi à distinguer U et V, qui étaient toutes deux écrites V à l'époque ; V aurait été la voyelle U, Ⅎ la consonne V.

U+0F12 · ༒

Rgya gram shad (༒) : encore un caractère pour indiquer les fins de sections de textes ; celui-là est tibétain et utilisé dans les textes bouddhistes.



U+1CC4 · ᳄
Le bindu leu satanga (techniquement , félicitations si ça s'affiche correctement chez vous) est un signe de ponctuation de l'alphabet soundanais — pas soudanais, soundanais, ce qui recoupe une partie de Java ! — dont le sens est « incertain » selon Wikipédia. Oui, on dirait un logo contemporain.


Je me suis demandé pourquoi il existait un caractère pour deux points d'exclamation (‼) : quel intérêt ? En fait c'est pour les scripts qui s'écrivent verticalement.


Plusieurs caractères étranges ont fait partie de l'alphabet phonétique international avant d'être abandonnés en 1976, par exemple le ʆ, le deux barré (ƻ) ou le ƾ (croisement chimérique entre un "t" et un "s").


Avez-vous déjà vu ces symboles circulaires chinois ? Parfois on peut aussi les voir sans cercle, comme celui pour “shòu” qui peut ressembler à un insecte ou à une arête de poisson (voir ci-contre).

Il s'agit de formes stylisées de caractères classiques appartenant à la religion traditionnelle chinoise ou shenisme, et symbolisant respectivement : la chance, la prospérité, la longévité, le bonheur et la richesse. Il est assez intéressant de voir comment les caractères peuvent changer avec cette stylisation !

Cf. la fiche PDF officielle de chez Unicode, qui explique ça avec quelques images en plus.


Sinon je me demande qui a un système capable d'afficher tous les caractères Unicode ? Il y a bien l'impressionnant projet Noto de Google censé remplir cette fonction, mais j'ai testé, tout ne fonctionne pas chez moi. (Et si Windows a bien voulu installer ces 1.1 Go (!) de polices, il n'a pas apprécié des masses le fait de devoir les supprimer ensuite !)

D'autres polices Unicode sont disponibles, comme la famille CODE2000, CODE2001 et CODE2002 qui possèdent déjà un sacré paquet de caractères.

samedi 22 juin 2019

♪ 82 : Cités folles informatiques


« Il pleut ; c'est tout ce qu'il sait faire… » J'aime bien Brigitte Fontaine. Ce premier disque (ou second, mais elle a renié le premier) est poétique, accrocheur, très fantaisiste, parfois engagé mais léger et avec humour, concis, plein d'idées que j'aime. Une ou deux chansons ne semblent certes être conçues que pour être écoutées une fois (c'est le défaut des chansons à texte), mais avec les arrangements de Jean-Claude Vannier, le tout tient carrément bien la route. Ça date de 1968. La première édition vinyle avait des petites taches de couleur incrustées dans le disque.





Sur un fond de drone nocturne, un chant plutôt mélancolique. La musique s'enrichit d'une vielle à roue. Une belle association de musiques contemporaines et anciennes, le lien paraît si évident qu'on ne les distingue plus, comme si on se trouvait hors du temps. RASA est une seule piste d'une demi-heure, signée CHVE soit Colin H. Van Eeckhout — membre de plein de groupes qui vont folk au metal, le plus connu étant Amenra. Je n'ai toujours pas écouté l'album d'Amenra que j'avais téléchargé il y a des années, mais je trouve que RASA est un superbe EP ! Si vous aimez The Remote Viewer de Coil, jetez-y une oreille.


Il existe aussi une version live, 10910, où la même piste est raccourcie puis se fond en une reprise du “Petit chevalier” de Nico et en “Charon”, troisième phase avec des percussions sombres et profondes. À vous de voir laquelle vous préférez ; 10910 est plus populaire mais “Le petit chevalier” perd de sa belle simplicité, je crois que je préfère la version studio.




Autre disque monopiste (j'aime vraiment beaucoup les disques monopistes !): Blackened Cities de Mélanie de Biaisio. 25 minutes entre post-rock et jazz vocal, rythmé, plutôt planant, mélancolique, avec un crescendo qui reste discret à l'arrière-plan. Ça peut rappeler un peu Talk Talk par certains côtés. C'est moins noir que le titre et la pochette ne pourraient le laisser supposer, même s'il y a bien quelques accents sombres ; par contre ça collerait très bien pour une virée en ville ou dans un train, quand il n'y a pas grand monde, la tête dans les rêves.





Ideepsum de Sublee est un album d'une efficacité et d'une élégance remarquables. Une musique électronique en apparence minimaliste, mais avec des grooves carrément efficaces tout le long (soit : de la tech house qui ressemble à de la techno minimale) — et qui fonctionne pour toutes humeurs et tous degrés d'attention : en musique de fond, ce sont les rythmes qui dominent tout, super fluides et entraînants, quand on y prête attention on se rend compte que les détails sont parfaitement travaillés. Ça me fait penser à ce que disait je ne sais pas qui sur le design, soit que le meilleur est invisible. Transparent, mais sans jamais être lassant ni ignorable. Ce n'est pas si évident que cela d'y arriver !




Traduction (sans doute inutile) de ce post du blog IP's Ancient Wonderworld, parce que je ne voyais pas de raison de modifier le texte :

« Dans mes recherches pour documenter les débuts de l'histoire de l'informatique, j'ai déniché une autre perle rare des premiers jours. Voici l'histoire de Philips Technisch Tijdschrift Jaarg. 24 (1962) No. 4/5 „Rekengeluiden Van Pascal“, étonnante capsule temporelle audio dont l'importance fut largement ignorée jusqu'ici.

Nous sommes en 1960. Après des débuts plutôt poussifs, la révolution informatique prend son essor aux Pays-Bas. Au laboratoire Natuurkundig à Eindhoven, Philips vient d'achever la construction de leur deuxième ordinateur, le Philips Akelig Snelle Calculator (soit : calculateur Philips méchamment rapide), ou PASCAL pour faire court.

Le chef du labo de l'époque, un certain W. Nijenhuis, avait eu l'idée d'installer un petit amplificateur et un haut-parleur sur le PASCAL afin de détecter les interférences radioélectriques générées par la machine. Comme on pouvait s'y attendre, les choses suivirent leur cours habituel : le but du haut-parleur était certes de diagnostiquer des problèmes de la machine, mais on découvrit rapidement que l'on pouvait en tirer parti pour générer de la musique. Et monsieur Nijenhuis, plutôt que de réprimander son équipe qui avait perdu un précieux temps de calcul, décida d'enregistrer ces “rekengeluiden” (sons de calculs) sur 45 tours.

Une image de la bête. Mouais, y'a plus joli quand même.
Ainsi naquit “Rekengeluiden van PASCAL”. La face A du disque contient des enregistrements de la machine durant des opérations normales, avec les sons mécaniques également produits par le calculateur. De même sur la première piste de la face B, où l'on entend PASCAL calculer un nombre premier. À l'écoute de ces enregistrements, on peut comprendre où commença l'engouement pour les disques d'enregistrements d'interférences radio : ces algorithmes ne produisent pas de simples bip-boup aléatoires mais des sons qui ont une certaine beauté, et rappellent certaines compositions modernes de bytebeat.

La deuxième piste de la face B est une jolie interprétation d'un menuet de Mozart. Mais Nijenhuis ne s'arrête pas là. La dernière piste de la face B, “Stochastische melodie“, va plus loin — elle n'est pas seulement jouée mais également composée par l'ordinateur.

Le disque fut distribué en bonus avec la revue interne de l'entreprise, le Philips Technisch Tijdschrift du printemps 1962. Les chances d'en trouver un exemplaire aujourd'hui sont quasiment nulles ; heureusement, une âme charitable a mis en ligne une version mp3. J'espère que vous apprécierez cet enregistrement unique dans l'histoire de l'informatique ! »

… D'une pierre deux coups, je viens de découvrir l'existence du bytebeat ! (Et c'est le disque le plus court et le plus anecdotique au niveau musical qui a droit au texte le plus long ce mois-ci, du coup.)