mercredi 1 août 2018

Un mix estival et éclectique, mi-pop mi-électronique, réalisé par un de mes contacts sur RYM :






Ma compile perso de pistes d'Aphex Twin :


1. “On” (On)
2. “Cordialatron” (Joyrex J4, Caustic Window Compilation)
3. “Xtal” (Selected Ambient Works 85-92)
4. “Icct Hedral” (…I Care Because You Do)
5. “jynweythek” (drukqs)
6. “aussois” (drukqs)
7. “Come to Daddy (Pappy Mix)” (Come to Daddy)
8. “Crying in Your Face” (Analord 4, Chosen Lords)
9. [white blur I] (Selected Ambient Works, Volume II)
10. “Ageispolis” (Selected Ambient Works 85-92)
11. “(CAT 00897-AA1)” (Analogue Bubblebath 3)
12. “Windowlicker” (Windowlicker)
13. “You Can't Hide Your Love (Hidden Love Mix)” (26 Mixes for Cash)
14. “En Trance to Exit” (Analogue Bubblebath)
15. “Every Day” (Hangable Auto Bulb)
16. “Polynomial-C” (Xylem Tube or Classics)
17. “On (µ-Ziq Mix)” (On Remixes)

samedi 28 juillet 2018

♪ 71 : Le vortex des perles fétichistes du zéro naturel

Nao a une voix un peu acidulée que j'aime beaucoup, et elle fait du R&B contemporain funky, électropop, avec pas mal de sonorités électroniques qui rappellent les années 90. (Ce qui me fait un peu penser à Art Angels de Grimes, même si les similarités s'arrêtent là.) C'est en tout cas un de mes albums préférés parmi les disques de R&B « alternatif » récents, genre où jusqu'ici j'ai surtout trouvé des EPs et singles qui brillaient.

Pas que For All We Know soit parfait ; c'est le genre d'album-collection sans thème particulier, avec de vrais tubes, des expériences plus ou moins mémorables, on touche un peu à tout et on voit ce qui marche. Ce qui me convient sans problème quand le niveau est aussi bon.

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Oil of Every Pearl's Un-Insides de Sophie (son premier véritable album, si on considère que Product était une compilation de singles) est un album brillant à la limite du supportable, une musique pop extrême et résolument hyper-artificielle qui est aussi une œuvre personnelle et touchante.

Heureusement que le disque commence en douceur avec “It's Okay to Cry”, parce que les singles suivants (“Ponyboy” et “Faceshopping”) sont tellement durs que je n'ai pas pu les écouter jusqu'à la fin quand les clips sont sortis. (Ils passent nettement mieux en entier et en contexte.) La suite de l'album est variée, avec la synthétique mais quasi-éthérée “Is It Cold in the Water?”, le tube pop “Immaterial”, une ou deux pistes d'ambient, et surtout le final “Whole New World / Pretend World” qui pousse l'intensité encore plus loin que les pistes précédentes. Le tout (qui doit aussi beaucoup au chant de Cecile Believe, présente sur la plupart des pistes) peut s'écouter à la fois comme l'expérience personnelle de l'artiste et comme un état des lieux du monde actuel, anxiogène, fabuleux, horrible, où la sensibilité autant que l'artificialité sont exacerbées.

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Moor Mother fait du hip hop de cauchemar pour faire entendre une réalité intenable. Pour vous faire une petite idée du son, imaginez un croisement entre Death Grips et Meira Asher ; une musique amère, acide et psychédélique. Les paroles sont revendicatrices à la limite de la rage et du désespoir, la mort y est omniprésente (l'artiste elle-même s'y voit morte, encore et encore), les voyages temporels aussi. On y entend, autant dans les paroles que dans les sons, l'histoire et la musique noires aux États-Unis, avec plusieurs périodes qui se téléscopent et se répondent.

Fetish Bones est aussi kaléidoscopique dans sa structure : les pistes sont courtes, obliques, ont une étrangeté qui attire toujours l'attention même si peu de choses là-dedans sont conçues pour être plaisantes à l'écoute et que certaines ne tiendraient pas plus longtemps que deux minutes. La voix de Moor Mother n'est pas en reste, étrange mais qui me plaît bien. Moi qui n'aime pas Death Grips à cause de la voix du MC, je n'y perds pas au change !

▷ Bandcamp

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Hiroshi Yoshimura a sorti de bons albums d'ambient, mais il a aussi écrit les compositions du premier album de Koto Vortex, un quatuor de kotoïstes (parmi lesquelles Michiyo Yagi, que vous avez peut-être entendue sur le coffret Improvised Music for Japan ou chez Hoahio, et qui a sorti quelques magnifiques pistes en solo).

Koto Vortex I va de l'aérien à une certaine forme de pastoralité mélancolique, toujours de manière subtile et enchanteresse, les mélodies sont à la fois immédiatement touchantes et ont quelque chose de difficile à saisir quand elles sont jouées comme ça à quatre mains. (Je n'arrive pas à décrire mieux que cela — je viens de chercher des critiques pour avoir de l'inspiration, je n'ai pas trouvé grand chose si ce n'est un commentaire sur cette page —je ne connais pas l'album dont ils parlent, mais du coup je viens de le télécharger aussi !)

Koto Vortex a sorti un deuxième album que j'aimerais bien écouter, mais il est complètement introuvable (à part une piste, la reprise de Moondog). Seuls quelques boutiques japonaises et coréennes le proposent à la vente.

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Definition de Murmer est un beau disque où les sons se développement tout naturellement, où les frontières s'effacent entre phonographies et compositions minimalistes. “Oracle Extended” est proche du drone avec sa boucle de synthé comme une vague qui va et vient continuellement, ponctuée par d'autres sons par moments ; “Spoke Speak” fait penser à une composition pour métallophone et bouteilles, mais tout y est joué avec une roue de vélo ; “Liquid Solid”, la plus particulière des trois, combine sons de pluie, d'un réfrigérateur, d'une lampe fluorescente, d'un train d'atterissage et d'une alarme. Si ces descriptions vous paraissent étranges, les pistes ne le sont pas, elles semblent couler de source et tout est très agréable.

Le disque est disponible en téléchargement gratuit ici sur le site officiel de l'artiste.

▷ Murmer
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Natural Control de Jensen Interceptor & Assembler Code est un très bon EP d'electro ou de techno industrielle atmosphérique ; “Pipe” en particulier est exceptionnelle avec son ambiance à la fois mécanique et feutrée, je pourrais l'écouter pendant des heures.








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Une fois n'est pas coutume, un disque de Richard Chartier (spécialiste des paysages sonores ténus, souvent à la limite de l'audible) s'écoute à fort volume ! Sur Central, son hommage à Mika Vainio*, les sons sont des présences colossales, étranges et hypnotisantes ; une sorte de signal d'alarme lent et diffus, à l'échelle d'une planète. Il y a des accalmies aussi, tout est en flux progressif… mais seule la toute fin de la seconde piste (noise), sur même pas une minute, semble pointer une sorte de soupir, une émotion, un certain calme. Tout sonne très juste, on y entend autant le style de Chartier que l'influence de Vainio.

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* Artiste connu notamment pour faire partie du duo Pan Sonic, mort en 2017.

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LP Zero d'Ella Guro* est une petite histoire de voyage et de science-fiction introspective, sous la forme d'un album qui ressemble à une bande son de jeu vidéo (et l'est en partie : quelques pistes ont été utilisées pour l'un ou l'autre jeu indépendant). Chaque piste est accompagnée d'une illustration pixellisée, glitchée au point d'être semi-abstraite, qu'on imagine être la surface d'un autre environnement ; il y a de quoi s'imaginer sa propre histoire, ça marche vraiment bien. Seules les joyeuses “Wake Up” et “Flowers” sont moins réussies ; les contemplatives “Planet 193 (Unknown Anomaly)” et “Planet 768 (Out of This World)” sont magnifiques.

* Références à “Ella Guru” de Captain Beefheart et au “guro”, type de pornographie gore extrême japonaise que je vous déconseille fortement de chercher sur internet.

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mercredi 25 juillet 2018

Yo, j'ai dessiné un dinosaure. Avec des plumes parce que d'après la science ils ont des plumes.

dimanche 22 juillet 2018

Rêve n° 43

Dans la cour intérieure d'un bâtiment (un musée peut-être ?), il y a des limaces. Notamment une énorme limace jaune et brune.


Je me dis que cette limace pourrait attirer des visiteurs au musée. Un employé qui transporte des oreillers dans une chambre à coucher historique n'est pas emballé par l'idée.


Des sortes de petites sangsues-mille-pattes mordent la peau des gens et s'enfoncent à l'intérieur. Ça pique. On peut les retirer à l'aide de pincettes,



mais il faut faire attention de ne pas couper la bestiole en deux, sinon il est très difficile de retirer la partie à l'intérieur de la peau.

mardi 26 juin 2018

♪ 70 : Trois yeux de pluie orientent les deux montagnes

Le nouvel album de Witxes travaille les mêmes matières sonores, mais change de palette et d'approche. Sorcery/Geography et A Fabric of Beliefs étaient plutôt nocturnes et labyrinthiques, avec des tons profonds et chatoyants ; Orients a des couleurs vives et une composition plus abstraite. Très peu de passages évoquent des influences tirées d'autres genres musicaux cette fois-ci, ce qui n'enlève rien à la beauté et à la richesse des sons (je dirais même que c'est le plus réussi à ce niveau !), et l'album est plus concis, cohérent, percutant. Ça s'écoute d'une traite, mais le final en particulier est incroyable.

(Et je vais quand même finir par adopter un nom pour ce genre, plutôt que de ressortir toujours la même comparaison à Tim Hecker ! J'ai demandé sur RYM, ma suggestion préférée pour le moment est “harsh ambient”.) [edit] OK, Maxime m'a signalé que le webzine Fact appelait ça “power ambient” — ça me va !

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Dans ma tête, le gabber (vous savez, la techno extrême qui fait BOUMBOUMBOUMBOUM sur laquelle sautent les drogués néérlandais), c'était un genre laid et insupportable. Et surtout pas du tout fait pour être écouté chez soi, sobre, avec un casque sur les oreilles et une tasse de thé !

Liza N'Eliaz a réussi à complètement changer mon opinion. Artiste géniale, à contre-courant même de l'underground avec ses foulards et gilets surannés et son goût pour les chansons pop, c'était une DJ qui arrivait à ce qu'il paraît à mixer quatre disques à 120 BPM décalés pour obtenir un set à 480 BPM, avait un goût évident pour l'expérimentation, et qui a également signé des chansons bizarroïdes aux sons amateurs. Comme “Y'a des nuages”, loufoque et géniale, qui me fait penser à ces chansons qu'on enregistrait et partageait sur les forums musicaux dans les années zéro, ou “TV Waves”, tube pop qui fait onze minutes sans en donner l'impression. D'après les articles que j'ai lus, Liza était à la fois adulée et incomprise de ses fans, qui ont fini par la surnommer “reine de la terreur” alors qu'elle ne pensait pas du tout sa musique comme quelque chose de sombre.

… Bon, là je viens en partie de vous recracher ce que j'ai lu dans des pages qui lui étaient consacrées sur des webzines. Je serais incapable de vous dire où elle se situe par rapport au reste du genre, parce que je n'y connais encore rien ! Mais sa compilation éponyme de trois heures est incroyable, je l'ai écoutée en entier sans aucune lassitude, à croire qu'elle n'était jamais à court d'idées. Elle commence par les pistes les plus hard pour finir par ses chansons, en passant par une multitude de sons variés qui surprennent toujours, entre rock, ambient house, rythmes syncopés, et une myriade d'expérimentations psychédéliques.

(Il s'agit par ailleurs d'une vraie compilation « définitive », l'artiste l'ayant conçue pendant les derniers mois de sa vie avant de mourir d'un cancer… Sa musique n'étant sortie qu'en EPs auparavant, comme le veut le genre ; c'est donc le seul long format studio que l'on aura d'elle.)


Si vous avez envie d'un peu d'air, de diversité sonore et que vous aimez les randonnées en forêt, je vous recommande July Mountain (Three Versions) de Michael Pisaro et Greg Stuart. Une composition nommée d'après un poème de Wallace Stevens (cf. ci-dessous), où une belle mélodie de piano épars à la Feldman se détache sur des drones et bruissements instrumentaux (drones ou percussions qui sont à la limite du drone) qui m'évoquent l'activité urbaine, le tout en contraste avec des phonographies prises en pleine nature. L'effet peut paraître paradoxal, mais ces éléments forment un tout cohérent ; cette profusion de stimuli un peu dans tous les sens crée un environnement complet, où un élément en particulier (le piano, donc) appelle l'attention.

La composition réclame dix phonographies de dix minutes chacune assemblées en fondu à intervalles réguliers, et dix instruments. Ce qui est étonnant, c'est à quel point la deuxième piste du disque, une version instrumentale (à écouter en tant que telle ou bien à superposer à des enregistrements pris soi-même), paraît elle aussi « naturelle » dans son esthétique.

(À mes oreilles du moins. D'autres n'y entendront peut-être qu'un piano qui joue une note par-ci par-là sur des bruits d'aspirateurs, parce que même s'il n'y a pas d'aspirateurs là-dedans, il y a quand même des sons qui y ressemblent.)

Je vous recommande la critique de Lucas Schleicher sur Brainwashed si vous voulez une analyse plus détaillée.

We live in a constellation
Of patches and of pitches.
Not in a single world,
In things said well in music,
On the piano, and in speech,
As in a page of poetry—
Thinkers without final thoughts
In an always incipient cosmos,
The way, when we climb a mountain,
Vermont throws itself together.

— Wallace Stevens


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Scenes from the Second Storey de The God Machine : du rock amer, puissant, mené par une rage contenue ; un disque long et qui peut paraître aride, mais qui accroche plus qu'il n'y paraît. Le son du groupe tient à la fois du rock indus, du stoner et un peu du grunge ; il n'y a que peu de changements de style là-dedans, et ceux qui sont là (la plus mélodique et percussive “Desert Song”, la “Piano Song” finale) restent dans la continuité des autres… à tel point que je m'étonne presque d'aimer ce disque à ce point.

C'est vrai quoi, j'ai laissé tomber Swans parce qu'ils finissaient par me lourder avec leurs albums moroses interminables, j'ai du mal à accrocher à la moitié des classiques rock et à la plupart des classiques metal, j'écoute nettement moins de musiques sombres ou à énergie négative ces dernières années : Scenes from the Second Storey avec ses 77 minutes sans joie avait de bonnes chances de me gonfler. Ou de me plaire une fois, peut-être deux, avant que je ne l'oublie. Mais non, ce disque n'est pas seulement réussi, il hante, il sonne vraiment juste.


Danielle Dax est une de mes nouvelles artistes préférées. Pop-Eyes (1983) est un album de charmantes petites bizarreries, dix chansons pop qui ont toutes quelque chose d'un peu décharné, décalé, démonté et remonté pas tout à fait dans le bon sens. La pochette (un collage hideux de photos de chairs qui forment un visage difforme) laisse imaginer un univers sonore torturé, mais la musique est grinçante sans excès ni lourdeurs ; on s'y aventure avec curiosité sur des terrains jazz, arabisants, synthétiques ou autres selon les pistes, j'aime beaucoup la voix de Danielle et surtout, les chansons sont très bonnes.

L'album suivant, Jesus Egg That Wept (1984). est plus étoffé, avec des références plus affirmées — synthpop, rock gothique… et un blues (voire honky tonk) sulfureux, qui était complètement absent avant. Les paroles sont plus dérangeantes, et il y a de vrais tubes cette fois, comme “Pariah” ou “Ostrich”. Excellent disque aussi, je ne saurais pas dire lequel des deux je préfère !


Cold & Rain de Fracture fait une synthèse entre drum and bass classique et bass music contemporaine, une réaction bouillonnante entre les sons froids, déformés des années dix et la chaleur d'un chant quasi-r'n'b, découpé sans être dénaturé, qui domine encore tout. La drum and bass a toujours été basée sur des contrastes, mais ici c'est renouvelé et sacrément efficace.

L'EP est tout à fait recommandable en entier : “Your Time” penche plus vers la froideur contemporaine avec ses percussions et sa voix masculine (c'est la piste que j'aime le moins), “On My Mind“ penche un peu plus du côté chaud de la drum and bass des années 90, “So High” avec Alix Perez fait de nouveau le grand écart mais avec en plus une distortion étonnante, presque cartoonesque, sur la voix pitch-shiftée (très réussie aussi).

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Rêve n⁰ 42

 

La gare de Lyon à Tokyo est une petite place qui me paraît très française : on entend l'accordéon d'un musicien de rue, il y a un kiosque à journaux… Pour rentrer dans la gare proprement dite, il y a un tout petit bâtiment carré en pierre décoré, genre trois mètres carrés. L'intérieur est un « couloir » en spirale carrée (à peine assez large pour qu'une personne y passe) qui débouche sur une trappe à air comprimé ; quand on s'y installe, pschtt, on tombe en bas vers une station de métro qui est la vraie gare.

jeudi 31 mai 2018

♪ 69 : La mort par flétrissure du sphinx crayonné du quatrième étage

Rainbow of Death est une déflagration multicolore de powerviolence pop, une salve de douze pistes en-dessous de 40 secondes où hurlements féroces et guitares du chaos sont suivis tout naturellement par des « pa-pa-pala-pa ! ♫ » — le tout suivi d'un grand final en plusieurs mouvements avec solos qui dure carrément trois minutes trente-cinq. Plaisir d'écoute : 10/10.

Détail amusant, il s'agit d'un projet alternatif d'un groupe de funeral doom metal appelé Monarch!, donc avec des pistes longues, a priori lentes et sombres. J'écouterai ça une autre fois ! En attendant, j'écoute Rainbow of Death en boucle. C'est dur de s'arrêter.

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١

Just as I Am de Bill Withers est un magnifique album de soul (un classique ? peut-être, beaucoup de gens disent qu'il mériterait d'être plus connu). L'artiste a une voix superbe, ses chansons sont subtilement accrocheuses et surtout très émouvantes, avec retenue et élégance ; quand Withers s'autorise un petit effet, comme le break sur “Ain't No Sunshine”, c'est toujours à bon escient. Il y a un peu d'influences folk là-dedans aussi, comme sur la minimaliste “Hope She'll Be Happier”.




٢

Ce que fait Yikii parlera à qui a passé son adolescence (et plus) à explorer des mondes imaginaires, à tenir un journal intime où déverser son vague à l'âme, ses angoisses et ses dessins bizarroïdes. Ce sont ses pochettes qui m'ont donné envie d'écouter ; pas toutes, mais celle de son mini-EP de reprises avec la zombie à couettes par exemple, on dirait une capture d'écran d'un cauchemar ! Dans sa musique, on trouve du mignon torturé, du psychédélisme, de l'expressionnisme… parfois on dirait la bande son d'un jeu vidéo d'aventure-horreur, avec du piano, des sons plus ou moins bizarres, quelques paroles sussurées en mandarin. Le genre d'univers que j'aime beaucoup explorer. Tout sonne amateur, quelquefois un peu brouillon et on peut reprocher à l'artiste d'abuser du pathos et des “la la la” fragiles sur certains disques, mais elle a aussi plein d'idées qui fonctionnent carrément, de belles mélodies et un style personnel, original et varié qui me parle.

Tous ses disques ont un thème ; parmi ceux que j'ai écoutés, je recommande en priorité a sleeping girl (« disque d'hallucinations », peut-être le plus abouti, moins sombre que les autres) et  chaos dream (sur l'impossibilité de trouver du sens, plus agressif avec quelques influences techno, indus et noise, mais aussi un beau final avec piano et chant).

▷ Bandcamp


٣

Mark Fell, artiste de glitch connu notamment au sein du duo SND, s'est mis à la house en 2012 en collaborant avec DJ Sprinkles, puis en sortant des EPs sous l'alias Sensate Focus. Des disques réalisés entièrement avec l'outil « crayon » dans le logiciel Digital Performer (ne m'en demandez pas plus, je n'y connais rien), disons house expérimentale avec des éléments de glitch et de juke, juste assez découpée pour former des sortes de syncopes. Le genre de dance music oblique, à la croisée de la piste de danse, du psychédélisme et des expériences pour nerds. J'ai particulièrement accroché au n° 5 pour le moment, mais les autres valent le coup aussi.

Les vinyles sont livrés avec un crayon de papier.

(Et si vous voulez un album complet, il y a Sentielle Objectif Actualité, signé Mark Fell plutôt que Sensate Focus, qui consiste en sept remixes de la série.)

▷ Bleep

٤

Riddles of the Sphinx de Mike Ratledge est la bande son d'un film expérimental sorti en 1977. Cette musique captive, intrigue et hante, en dix « séquences » répétitives d'électronique progressive qui hypnotisent en douceur (pensez un peu à Tangerine Dream mais en plus sobre, dépouillé, répétitif, avec une certaine ambiguité). Les fragments parlés issus du film laissent imaginer une histoire intéressante, avec allégories et rêves ou événements surnaturels, symbolique, politique ; je n'ai pas encore regardé le film… en partie parce que j'aime bien l'imaginer moi-même et garder le mystère pour le moment.

“I was looking at an island in the glass. It was an island of comfort in a sea of blood. It was lonely on the island. I held tight. It was night and, in the night, I felt the past. Each drop was red. Blood flows thicker than milk, doesn't it? Blood shows on silk, doesn't it? It goes quicker. Spilt. No use trying. No use replying. Spilt. It goes stickier. The wind blew along the surface of the sea. It bled and bled. The island was an echo of the past. It was an island of comfort, which faded as it glinted in the glass.”

(J'ai appris en tapant ce paragraphe que Mike Ratledge est plus connu pour être membre de Soft Machine. J'ai bien Third sur mon ordinateur mais je ne l'ai écouté qu'une fois sans qu'il me donne envie d'y revenir ; Riddles of the Sphinx n'y ressemble pas.)

▷ Bandcamp

٥

Fatboy Slim, vous connaissez, vous serez d'accord ou pas si je vous dis qu'il va du génial au gonflant. En tout cas, c'est l'un des seuls artistes qui arrive à me faire non seulement avaler mais aimer du skank (ce rythme à contre-temps des musiques jamaïcaines). J'ai entendu dire que son mix de la série On the Floor at the Boutique était le meilleur disque qu'il ait signé, et je dois dire qu'il me plaît carrément ! Comme celui de Jacques lu Cont dont je parlais l'autre mois, il pourrait faire aimer l'EDM aux fans de pop.

Pas de temps à perdre, on commence tout de suite par un refrain — d'une chanson qu'on ne retrouvera en entier que cinq minutes plus tard — tout de suite suivie des cuivres funk, une référence à Funkadelic sur des lignes de 303, du cut-up, ça danse dans tous les sens, un melting-pot de plein de genres. Dans la seconde moitié, on a droit (après une piste assez laide qui sont le seul point faible du disque) à un changement de style temporaire mais radical : il y avait déjà de l'acid avant, mais les cinq minutes en apnée sur “Acid Enlightenment” d'Aldo Bender tiennent de l'extrémisme ; certains adoreront et d'autres détesteront. (En passant, la piste originale, plus fournie, vaut l'écoute.) C'est même un soulagement d'enchaîner sur le hip hop pourtant très tendu de “Psychopath” de Hardknox… et quand cette tension-là finit par claquer d'un coup, on revient tout de suite à un groove beaucoup plus funky et mélodique, ça fait du bien. Quant au final, il est remarquable : Fatboy Slim fait anticiper son “Rockafeller Skank” plusieurs pistes à l'avance, avec une série d'autres sons qui lui ressemblent de plus en plus. On a beau connaître la piste par cœur, elle n'a jamais sonné aussi bien qu'ici.

▷ Mixcloud

٦

Avant toute autre chose, il vaut peut-être mieux dire que The Fourth Bully de /f est un très bon album d'improvisation libre électro-acoustique, avec une bonne dose de glitch et, selon les pistes : saxophone alto, violon, double basse, piano. (Il paraît qu'il y a une vocaliste aussi mais je ne me souviens pas l'avoir entendue.) Que si cet album a de longues plages dissonantes (surtout “girl who has led a sheltered life I”), il est aussi très vivant, avec de grandes gestuelles imprévisibles et même quelques rythmes très prenants (sur “出社して目が覚めて金曜日上司に言われます!” et “Oil Torture”).

Voilà. Mais ces titres, ce nom, la tortilla sèche et les composants électroniques inclus dans la version physique de l'album, ça paraît complètement aléatoire et pourtant ça intrigue ; il y a un sens à tout cela ?

… Probablement pas. Et l'explication pourrait venir du label : d'après un entretien avec l'artiste (effacé sur le site original mais accessible via archive.org), Psalmus Diuersae est un collectif complètement anarchique et chaotique. /f alias Perry Trollope l'a créé, puis donné le mot de passe à des amis, musiciens et autres, en les encourageant à tout modifier comme bon leur semble. Il n'y a aucune règle, et des disques apparaissent, sont renommés, changent ou disparaissent inopinément sans aucune explication. Trollope dit être étonné que personne n'ait décidé de tout effacer. Ce qui m'étonne le plus pour ma part, c'est qu'un vrai bon disque soit sorti d'un tel projet ! Qu'est-ce qui là-dedans est bien l'œuvre de Trollope, y a-t-il eu des modifications et, si oui, lesquelles ? Allez savoir. Tout est instable. Bienvenue au vingt-et-unième siècle.

La dernière fois que j'ai regardé, The Fourth Bully était encore disponible sur Bandcamp à prix libre. Allez savoir pour combien de temps encore.

▷ Bandcamp
▷ Psalm.us