dimanche 29 mars 2020

♪ 91 : Couleurs d'un printemps calme

Satoshi Ashikawa
Still Way
1982


Un album de compositions pour harpe, piano, flûte et vibraphone qui dégage une impression de fragilité, une atmosphère paisible et agréable, empreinte de mystère. Ces mélodies semblent tourner en boucles lentement et laissent toujours quelque chose en suspens, des petites tensions irrésolues dans les espaces entre les notes.

Ce très beau disque sera malheureusement le seul de l'artiste, qui mourra peu de temps après ; et Wave Notation, c'est la série d'albums qu'il avait commencé à publier, et qui n'en comptera donc que trois (les autres sont un album d'ambient signé Hiroshi Yoshimura et des interprétations de Satie par Satsuki Shibano).

Je vous conseille l'édition avec la piste bonus, “Wrinkle”, un peu moins aérienne et plus sombre que les autres — comme un réveil dans une réalité qui ne serait pas moins étrange que les rêves qui l'ont précédée.

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Carolina Eyck & American Contemporary Music Ensemble
Fantasias for Theremin and String Quartet
2016


La dernière fois que j'ai vu un thérémine en vrai, un c'était dans un musée : on pouvait l'essayer et il y avait un groupe de jeunes qui se marraient franchement en faisant des des wouuUUIIIOOOUuuuOOUIIIiiiu rigolos. J'ai attendu mon tour avant de faire moi aussi des ouIIIIIoouuWWwwiiOOUUU ridicules. Excellent instrument, y'a pas à dire.

Carolina Eyck en joue sérieusement ici, et ça me plaît beaucoup (1) que le son de l'instrument reste incongru et bizarroïde même quand il est maîtrisé et (2) que l'on laisse ce drôle d'oiseau prendre la place d'honneur ! Accompagné d'un quatuor à cordes sur des compositions élégantes, à l'étrangeté assumée, très évocatrices et très vivantes. Honnêtement j'adore, dommage que l'album soit si court (une demi-heure).

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Slayyyter
Slayyyter
2019


À l'époque où est sorti “Toxic” de Britney Spears, je n'avais pas voulu m'avouer que j'accrochais à ce tube. Pareil avec l'eurodance qui passait à la radio des années auparavant. C'était en partie du snobisme — envie d'affirmer mon style en écoutant des disques obscurs, inécoutables, « bonjour je suis nihiliste et j'écoute des trucs bizarres » (ce qui n'était pas faux, c'est toujours le cas, mais pourquoi se limiter à ça ? et pourquoi croire que les musiques plus difficiles seraient meilleures, ou plus respectables ?). C'était aussi en partie parce que j'avais vraiment du mal avec les musiques trop joyeuses, trop extraverties, surtout quand elles semblaient n'avoir aucun contrepoint et être un peu superficielles.

Cet album, c'est de l'électropop à la Britney Spears mais avec un petit peu de bubblegum bass en plus, elle enchaîne tube sur tube, tout est intense et cette fois je ne boude pas mon plaisir.




BRS (British Rhythm Services)
Spring Dom
2003


Si vous aimez la house funky avec du chant, cet EP est un petit bonbon : “Spring Dom” pour son chant qui me rappelle le trip hop à la Lamb, “Clubtronic” pour son vibrato sur les synthés (effet rétro que j'adore), “Miss You” pour son style nettement plus en retrait, presque évanescent, et pourtant carrément dansant. Trois pistes, trois réussites, rien à redire.




Stray
Chatterbox
2014


“Eazy Boy” m'est revenue dans la tête constamment ces derniers jours, elle m'obsède presque avec son atmosphère nocturne déformée dans tous les sens, cette basse qui pèse des tonnes, ces lumières éblouissantes, et surtout ce chant qui s'étire dans un psychédélisme à la limite du bad trip. Et le reste de l'EP vaut le coup aussi ! C'est du drum'n'bass / juke / footwork / ce genre de trucs.

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Taku Sugimoto, Masahiko Okura, Antoine Beuger et Toshiya Tsunoda interprétés par Rhodri Davies et Ko Ishikawa
Compositions for Harp and Sho
2006

Si vos oreilles sont aguerries aux musiques expérimentales les plus radicales, que vous pouvez vous enquiller un album entier d'onkyo et prendre au sérieux les compositions les plus osées du groupe Wandelweiser, je vous recommande ce disque sans hésitation.

… Si vous hésitez, je vous le recommande quand même — ces genres dépassent souvent mes limites, pas mal de disques d'onkyo « pur » m'ennuient (y compris certains de Sugimoto — et pareil pour plusieurs disques d'Antoine Beuger). Mais ce disque-là me plaît beaucoup, pour ses équilibres subtils toujours maintenus entre harmonies et dissonances, présences et absences, timbres agréables et stridents (d'ailleurs il n'y a pas que de la harpe et du sho ici, la piste 4 utilise un dispositif électronique qui fait penser à une série d'alarmes). On est à mi-chemin entre la musique de chambre intimiste et le test ORL, la délicatesse et la froideur. Cette musique a sa propre beauté et surtout son propre sens.




落差草原 WWWW (Prairie WWWW)
盤 (Pán)
2018

Ce sont les rythmes qui m'accrochent en premier sur ce disque — deux percussionnistes qui jouent dans un style « tribal », du genre qu'on pourrait entendre chez ˙O˙Rang ou dans certains projets ambient. Là-dessus, le groupe développe une musique psychédélique, proche du folk, expérimentale. Il y a une chanteuse et un chanteur, tout est chanté en mandarin (je crois — le groupe est taïwanais) et les sonorités de cette langue apportent aussi pas mal je trouve ! Cet album est censé évoquer une île imaginaire et je trouve qu'il y parvient.

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samedi 7 mars 2020

Lectures (13)


La grande eau
de Živko Čingo : L'histoire de deux garçons dans un orphelinat en Macédoine. C'est un récit difficile, la cruauté de ce monde clos et de ses gardiens se ressent à chaque chapitre, mais il y a assez d'étrangeté et de poésie dans le texte pour qu'il laisse une impression douce-amère et pas horrible. La voix du narrateur est très personnelle (avec un tic de langage qui revient tout le temps). J'ai bien aimé.

Vingt-mille lieues sous les mers de Jules Verne (non, je ne l'avais pas encore lu, il y a encore plein de classiques que je n'ai pas lus !) : Agréable, mais… l'histoire et les personnages manquent de profondeur, non ? À part Nemo. La grande héroïne du livre semble être la science, ou plutôt la foi qu'a l'auteur en la science qui nous mènera toujours vers le progrès ; mais on n'apprend que peu de choses à la lecture du roman, vu que tout y est spéculatif. Les énumérations sans fin d'espèces marines sont presque absurdes (il était payé au mot, monsieur Verne ?). Reste une atmosphère prenante, et les gravures qui accompagnent le texte sont belles. J'avais arrêté la lecture en cours de route, je l'ai reprise pour le plaisir.

Perto do Coração Selvagem (Près du cœur sauvage) de Clarice Lispector : Un récit complètement imagé et subjectif, ce qui en fait à la fois l'intérêt et la difficulté — je l'ai trouvé parfois très beau, parfois complètement abscons, selon ma capacité à suivre le fil et à me retrouver dans les pensées de l'autrice.

Jérusalem de Gonçalo M. Tavares : Court et intense. Une histoire très dure, sur la violence, la folie et la foi, avec une souffrance et une injustice quasi-intenables (un personnage en particulier est peut-être l'homme le plus haïssable que j'ai jamais rencontré dans un livre), racontée de manière concise et extrêmement analytique. Par moments j'ai beaucoup aimé ce livre pour son originalité (je n'ai jamais rien lu de tel), par moments je l'ai trouvé trop froid. Ça m'a donné envie d'en lire d'autres du même auteur.

La mer de Yōko Ogawa : Pas mal mais j'en attendais davantage. Certaines de ces nouvelles sont belles, d'autres un peu trop anecdotiques pour être mémorables, quelques-unes semblent vouloir être plus subtiles qu'elles ne sont. L'histoire avec la dactylographe par exemple : elle est bonne mais aurait été vraiment meilleure si Ogawa s'était simplement arrêtée avant, quand tout était déjà parfaitement suggéré !

Marelle de Julio Cortázar : L'histoire d'un expatrié argentin qui vit à Paris dans les années 1950 avec sa compagne et une bande d'intellos ; le type est introverti, c'est un peu un goujat (comme tous les hommes du livre d'ailleurs — à me demander si l'auteur en est un aussi). Le roman est expérimental et peut se lire avec ou sans des chapitres bonus qui comprennent pas mal de fragments extradiégétiques, des citations etc. Très bon bouquin, que j'aurais aimé encore plus si je me passionnais pour les discussions et analyses littéraires. Le poème d'Octavio Paz inclus dans les chapitres bonus est le passage que j'ai préféré ! (Et maintenant je me demande si quelqu'un de l'Oulipo a réalisé ce que je croyais être le concept de Marelle avant de le lire : soit un roman qui pourrait se lire dans deux ordres différents mais où ces deux ordres donneraient deux histoires différentes… peut-être une « histoire dont vous êtes le héros » ?)

Ru de Kim Thúy : Une série de chapitres très courts, comme autant d'instantanés, sur la vie d'une immigrante qui quitte le Viêt Nam pour s'installer au Québec. Peut-être en partie autobiographique ; minimaliste, élégant, clair, très vivant, j'ai aimé.

Certainement pas de Chloé Delaume : Sacré bouquin, celui-là. Sordide et déprimant mais aussi très ludique et drôle à sa manière, un roman expérimental qui parle de six patients internés dans un hôpital psychiatrique qui sont aussi des suspects dans une partie de Cluedo (pas de suspense, ils sont annoncés dès le départ comme tous coupables) ; la narratrice omnisciente est elle-même un autre personnage, l'autrice une autre encore… Alors certes, les chapitres n'ont aucun équilibre, il y a de longues traversées de noirceur et de nausée absolues, le coup d'insérer des noms comme des adjectifs au milieu des phrases sans même une conjonction ne sera pas du goût de tout le monde, mais c'est aussi une lecture vraiment marquante, très originale et très personnelle. J'ai aimé mais je comprendrais parfaitement que l'on déteste ! Ou qu'on aime et qu'on déteste en même temps.

7 de Tristan Garcia : Sept nouvelles par un auteur-philosophe, chacune basée sur un objet ou phénomène imaginaire. Ce qui est drôle avec ce livre, c'est que toutes ces histoires sont intéressantes sans qu'aucune soit vraiment crédible — on dirait sept expériences de pensée réécrites en histoires, et à chaque fois ça fonctionne presque mais il y a des détails qui laissent une impression d'artificiel. Ce qui aurait dû « tuer » le livre, et pourtant j'ai plutôt accroché ! Le concept des hémisphères (communautés fermées basées chacune sur un principe, une croyance, une passion etc.) me paraît bien trouvé aussi, pertinent dans le monde actuel en tout cas.

La disparition de Georges Perec : J'aime Perec, je trouve que La vie mode d'emploi est un chef d'œuvre, mais cette Disparition n'arrive pas à me faire oublier qu'elle est une performance (impressionnante) avant d'être une histoire (farfelue). Du coup, à la lecture, c'est sympa mais anecdotique.

Le cœur cousu de Carole Martinez : Clairement influencé par les Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez ; on y retrouve cette atmosphère étrange de réalisme magique dans un village du sud, mais avec un point de vue féminin — l'histoire d'une mère, de ses filles et d'une boîte magique (qui donne à chaque génération de la famille un pouvoir spécial… ou autre chose). La narration fait aussi plus de place aux sentiments des personnages que chez Márquez. J'ai beaucoup aimé !

The Amazing Adventures of Kavalier & Clay de Michael Chabon : Génial. À moins que vous ayez une aversion pour l'univers des comics, l'histoire du vingtième siècle ou l'amitié, je vous le recommande carrément.

L'ombre animale de Makenzy Orcel : Extrêmement vivant, marquant, unique, mais pas facile à lire — autant par le sujet très dur (la vie à Haïti d'une femme mariée à un homme violent) que par le style, oral mais sans aucun point pour souffler, un enchaînement de virgules quasi-ininterrompu (c'est fou comme ça perturbe au début). Sans doute parce que c'est une morte qui parle. L'un des personnages a le nom de l'auteur, un autre s'appelle Toi, il y a des mots haïtiens que je n'ai pas trouvés même sur internet (Google n'a pas encore tout conquis). Je ne peux pas dire que j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, mais il m'a impressionnée et je le recommande quand même.

Mr Fox de Helen Oyeyemi : Un auteur de romans à succès doit faire face à la femme qu'il tue toujours dans ses histoires. Mr Fox n'est pourtant pas un livre engagé (ou alors pas seulement) ; il est nettement plus oblique et surprenant qu'il n'y paraît ! Ce sont les petites histoires dans l'histoire qui le rendent particulièrement intéressant, pas tant au début, mais de plus en plus par la suite… et on pourra s'interroger sur le rôle qu'y tient, pas tant St John Fox, mais Helen Oyeyemi elle-même. Je n'en dis pas plus, d'ailleurs je ne pense pas que je pourrais vraiment le résumer !

Une si longue lettre de Mariama Bâ : … Pas réussi à rentrer dedans. L'histoire est émouvante, le propos important, mais ce style est si formel qu'il me laisse une impression de distance, d'impersonnalité ; comme si c'était un discours de cérémonie et pas une lettre.

Vies minuscules de Pierre Michon : Belle écriture, mais l'auteur n'a réussi ni à m'intéresser ni à me toucher avec ces portraits de vies ordinaires du siècle passé… J'ai eu l'impression qu'il voulait enjoliver ce peu de fond avec la forme la plus travaillée possible, mais franchement je me suis un peu ennuyée, j'ai lu les trois premiers et j'ai abandonné.

A Day, A Night, Another Day, Summer de Christine Schutt : Des nouvelles étranges, qui semblent décrire plutôt joliment des scènes du quotidien mais où l'on risque souvent de tomber sur un choc — quelque chose de douloureux, de glauque, de dissonnant. Pas toujours, mais souvent. Je n'ai pas aimé toutes les histoires, parfois la « surprise » est trop crue voire vulgaire, parfois il semble ne pas y en avoir — mais les meilleures m'ont laissé l'impression très intéressante d'un pressentiment, d'un frisson jamais tout à fait confirmé et qui pourtant ne disparaît pas après la lecture, comme si quelque chose m'avait échappé, une étrangeté glaçante au sein de cette familarité.

vendredi 28 février 2020

♪ 90 : Intérieurs futuristes exotiques et madeleines aux légumes

The Exotica Album d'Øyvind Torvund est un petit album adorable d'exotica expérimentale interprétée par un ensemble de musique de chambre. Plutôt excentrique (il y a même un court passage de noise là-dedans !) mais toujours très agréable, mélodique et coloré, on sent que le compositeur aime vraiment ce genre au charme un peu désuet et tenait à lui rendre un bel hommage. C'est parfaitement réussi, ce disque me donne le sourire à chaque écoute.









Veggie
de Food est un album de jazz expérimental qui commence par des touches colorées, intrigantes, électriques, des textures inhabituelles — avant que tout cela prenne forme, des solos sur des arrière-plans mi-chaotiques mi-atmosphériques, puis se définisse de plus en plus selon les pistes. Qui ne se ressemblent d'ailleurs pas tant que ça, on a l'impression de changer de genre à chacune. J'y découvre de nouvelles choses à chaque écoute. C'est édité chez Rune Grammofon, à rapprocher de Supersilent entre autres ! Mais avec des teintes plus vives.





Urban Sax est un projet nettement plus orienté vers la scène que vers les albums studio. Costumes étranges, lieux prestigieux, « murs de saxophones » joués par des dizaines de musiciens… je n'ai pas eu la chance d'assister à un de leurs concerts mais j'aimerais bien, ça a l'air spectaculaire ! En attendant, leurs albums studio valent aussi le coup : j'ai écouté leur premier, sorti en 1977, et leur dernier, Inside, sorti en 2014 — c'est celui-là que je préfère, avec un son plus clair, plus défini, plus subtil. On pourrait s'attendre à une puissance massive avec un tel ensemble mais cette musique est toute en retenue, c'est un orchestre de saxophones (et chœurs, et xylophones, et…) quasi-ambient qui joue en teintes discrètes et peu communes — parfois mélancoliques ou exotiques, parfois plus proches de compositions classiques propices à la rêverie, une musique qui révèle beaucoup de détails au fil des écoutes. J'avais découvert ça il y a quelques mois déjà et aimé, je n'avais pas trouvé les mots pour le décrire, j'y reviens aujourd'hui et j'aime encore plus.





Collaboration réjouissante pour les fans d'industriel et de dark ambient : Grav, où l'on retrouve, en plus de Merzbow qu'on ne présente plus, Asmus Tietchens (artiste expérimental dont la plupart des disques évoluent entre lowercase et industriel, avec une ou deux incursions dans la synthpop et un ton entre le sérieux cadavérique et le pince-sans-rire) et Kim Cascone (artiste qui a exploré glitch, microsound, lowercase, ambient psychédélique… PGR est son projet dark ambient). Résultat : des formes de vies sonores monstrueuses mais fascinantes, psychédéliques, où l'on entend la patte de chaque artiste (l'un ou l'autre domine selon les moments). C'est sorti en 1991 chez Silent Records.





Coup de cœur pour Sci-Fi Hi Fi: 04 de Funk D'Void, un mix de tech house avec une montée cool, psychédélique, des tendances progressive house et deep house — et un peu de mélancolie, sous-jacente au début mais qui prend les devants juste quand le mix atteint son apogée : le DJ ralentit un peu le tempo, la mélodie reste la même mais le style se fait un peu plus grave et bifurque sur deux chansons d'amour nostalgiques au milieu de cette urbanité futuriste. La descente, même si elle reste dans un style similaire, a des teintes plus sombres, un son plus techno aussi — il y a un petit passage où ça stagne un peu, mais le reste est vraiment super !





Je suis toujours fan d'FKA twigs ; son premier album était un peu décevant par rapport à ses EPs, mais Magdalene est excellent ! On y retrouve le R&B étrange et sensuel qui m'avait séduite dès ses débuts (surtout sur “Fallen Alien”, un coup de cœur immédiat, la clé qui m'aura finalement fait aimer tout l'album), mais ce disque-là est plus art pop, plus romantique, une tendresse avec une pointe d'étrangeté, une beauté qui se révèle moins facilement. “Cellophane” par exemple m'avait laissée de marbre quand je l'ai entendue en single mais fait une finale parfaite.






… Et parmi les bonnes suites de 2019 que j'ai écoutées (je ne fais pas de top cette année, la flemme, mais j'ai quand même regardé vite fait et trouvé plein de trucs que j'adore), je recommande :

 le dernier Bat for Lashes, Lost Girls — résolument dance pop, le style qui lui va le mieux (avec une “Vultures” qui ressemble à un clin d'œil au “Lazarus” de Bowie !),

 Animated Violence Mild de Blanck Mass, qui reprend la formule jouissive de World Eater mais est plus égal en qualité (World Eater était d'enfer sur les trois premières pistes et pas mal ensuite, ici tout est très bon) — soit de l'électro-industriel dansant et accrocheur, aux couleurs fluo, avec un chant hurlé-découpé où le chaos laisse entendre ce que l'on veut,

 Analog Fluids of Sonic Black Holes de Moor Mother est peut-être encore meilleur que son Fetish Bones précédent, clairement à écouter si vous avez envie d'un hip hop vraiment expérimental, torturé et que vous avez trouvé There Existed an Addiction to Blood trop classique,

 No Geography des Chemical Brothers vaut le coup si vous aimez le groupe (sinon vous pouvez l'ignorer),

 Le meilleur titre pour un album de Mézigue, j'y reviendrai peut-être plus tard mais il est déjà clairement plus réussi que Votez Mézigue ; “Du son pour mes chaussures” est un tube dans son style house habituel, “Plus jamais le même” est un tube aussi dans un style très différent, plus sérieux et moins orienté dancefloor,

 … et d'autres que j'oublie (faudra que je réécoute le Kate Tempest et le Matmos entre autres) !

samedi 22 février 2020

Rêves 51 à 54





51. Je suis dans une sorte d'institution (un couvent où l'on suit des cours) avec une fille musulmane. Pour le cours de sciences naturelles, on doit insérer le cadavre d'un geai ou d'un rat dans une toute petite bouteille et le dissoudre.








52.
Papi se plaint du bruit, il dit que sa tête va exploser si ce boucan continue. J'éteins la radio. Mais il y a une autre radio allumée à côté alors je l'éteins aussi. J'en remarque une troisième, je l'éteins encore. Je ne sais pas combien il y a de radios à éteindre, ça paraît sans fin.












53. Parfois, quand j'ouvre la porte, elle s'ouvre vers le passé, quand l'immeuble était encore en construction. Alors je la ferme et je la rouvre jusqu'à ce qu'elle s'ouvre de nouveau sur le présent.






54.

lundi 27 janvier 2020

♪ 89 : Ode au sang sombre qui vit dans les bois

There Existed an Addiction to Blood de clipping. a des airs de long film d'épouvante. Les images sont frappantes dès l'intro, qui plante la scène sur le bord d'une autoroute — nuit noire, glaciale, ville hostile, et de véritables monstres prêts à vous sauter à la gorge. Ce n'est pas un album à concept mais ça y ressemble, et sa noirceur est fascinante (l'instru de “Club Down” à elle seule fait froid dans le dos). Disque accrocheur aussi, avec assez d'éléments mélodiques et entraînants (soul, gospel, chœurs ou simplement le flow incroyable de Daveed Diggs) pour ne pas que le disque sonne aride ou inhumain. (Cf. “Blood of the Fang” ou “He Dead”.) Expérimental toujours, comme les collaborations avec des artistes noise (notamment Pedestrian Deposit que j'aime beaucoup) — ou le final de dix-huit minutes, “Burning Piano” d'Annea Lockwood, composition qui consiste à mettre le feu à un piano et à enregistrer le tout, avec en option d'en jouer tant que c'est possible. Le groupe n'en fait rien et laisse parler les flammes et les cordes. Ces artistes savent mériter leurs longs plans-séquences; à part une ou deux pistes qui patinent un peu (“The Show” notamment), c'est un album magistral.


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Sutarti de Joshua Sabin : Une musique électro-acoustique au design impeccable, dont les dynamiques vont de plongées angoissantes à des dissonances rugueuses, le genre qui fait penser à des gouffres neigeux abrupts, beaux autant qu'hostiles — avec une certaine mélancolie entre les deux, dans ces samples vocaux fantômatiques.

L'album repose en plus sur un concept que je n'aurais probablement jamais deviné à l'écoute : il est basé sur des éléments de musiques folkloriques lithuaniennes, notamment un effet de canon volontairement dissonant (Schwebungsdiaphonie en allemand — ne m'en demandez pas plus, je n'ai toujours pas lu le PDF d'introduction à la théorie de la musique que j'ai téléchargé il y a dix ans).

C'est KiidCathedrale qui m'a fait découvrir, allez donc lire ce qu'elle écrit !


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Si vous aimez le violoncelle et les musiques instrumentales épurées mais émouvantes, je vous recommande Dark Wood de David Darling. Avec un tel instrument, même des touches subtiles résonnent avec gravité et profondeur, et l'artiste joue parfaitement de cet effet : sa musique paraît à la fois légère et solennelle. Si chaque piste évoque une image claire, il est difficile de mettre un nom sur les sentiments qu'elles évoquent. D'ailleurs, plutôt que de parler de la musique, le livret contient une courte nouvelle. Plusieurs compositions de David Darling ont été utilisées dans des films, je comprends pourquoi !


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L'Ode to the Queer Steppas de CCL — que Soundcloud m'a envoyé direct dans les oreilles sans que je le demande, j'oublie toujours qu'il y a une lecture automatique sur ce site — est un mix crépusculaire, sans point culminant ni drop, avec très peu de mélodies mais des rythmes fascinants. Et il captive une heure comme ça, rien qu'avec des rythmes. De quoi se rappeler que le dubstep pouvait aussi être un genre subtil (ce que Shackleton avait déjà su démontrer, d'ailleurs on le retrouve ici, aux côtés de Laurel Halo entre autres).


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16kbp Future Nostalgia (projet de ChickenHat sur RYM) est un album d'ambient en 16 kbps, comme son nom l'indique. Ça ne ressemble pas directement à de la musique de jeu vidéo — il y a pas mal de synthés mais aussi des violons, des percussions, même un tout petit peu de chant à un moment — mais ça donne un effet narcotique et très agréable de cocooning digital, carrément beau sur “Opiates” et “Arctic Landscape Studies” qui rajoutent des rythmes distants, psychédéliques, et une touche d'isolation / arctic ambient.

Je recommande ce disque aux personnes qui, comme moi, sont du genre à jouer seules à Undertale tasse de thé en main à une heure du mat', à mettre sur pause dans le monde de l'eau parce que l'endroit est agréable, pour écouter la musique de fond en boucle.


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“Held” de Malibu était la piste qui m'avait le plus marquée sur Mono no Aware, le très bon album multi-artistes du label Pan sorti en 2017. L'artiste vient de sortir son premier album, One Life : l'un des disques d'ambient les plus émouvants que j'ai pu écouter. Comme des chansons sans paroles et presque sans voix, incroyablement touchantes. Vingt-huit minutes à peine, mais vingt-huit minutes sublimes.