mardi 26 mars 2019

♪ 79

Je ne vais pas prétendre que je comprends Paraffin d'Armand Hammer. C'est une culture que je connais toujours très peu, je ne capte aucune référence et même avec les paroles sous les yeux, les trois quarts me passent au-dessus de la tête. Mais j'adore ces instrus décalés et super inspirés qui combinent quasi-industriel, rythmes dansants, saxophone et larsens, juste la bonne dose de bruitisme ; j'adhère aussi carrément à la voix et au flow du MC, dru sans être agressif. Avec ma vision super partielle et biaisée du truc j'y ressens une amertume et une énergie assez folles ; ça me fait le même effet que quand j'ai découvert Absence de dälek, ce qui n'est pas peu dire. 43 minutes dix, pas un skit, pas une faute, plein de frissons et de virages inattendus. Respect.




Ça me paraît ridicule d'essayer d'écrire un paragraphe potable sur ぶっ生き返す de Maximum the Hormone avec mon manque total de spontanéité. Un type sur RYM a titré sa critique “SO MUCH FUN!!!” et j'ai envie de m'en tenir là, ça vous va ?

… Sinon : c'est du metal festif, un peu barré dans ses influences mais franchement direct dans ses accroches, quasi-pop, connu parce que l'anime Death Note a utilisé une chanson pour son générique. Perso j'ai découvert via le clip de “Bikini Sports Ponchin”, sur un site qui s'appelait WTF Japan Seriously? et qui maintenant s'appelle Flipside Japan. (Le clip même a été supprimé partout, allez savoir pourquoi.) Le titre “チューチュー ラブリー ムニムニ ムラムラ プリンプリン ボロン ヌルル レロレロ” consiste uniquement en onomatopées sexuelles (allez traduire ça !). Le groupe a aussi sorti une chanson qui s'appelle “霊霊霊霊霊霊霊霊魔魔魔魔魔魔魔魔”, une qui s'appelle “ざわ・・・ざわ・・・ざ・・ざわ・・・・・・ざわ”, un album dont le titre signifie « disque de merde »,  et il paraît que lors des concerts du groupe, les gens mettent des casques pour pogoter. Et non, je ne sais pas du tout qui c'est sur la pochette. (C'est bon, j'ai rempli mon paragraphe.)

Leur album suivant, 予襲復讐, est nettement moins direct et plus complexe. Bien aussi, mais ce ne sont pas du tout les raisons pour lesquelles j'ai accroché à ぶっ生き返す du coup je l'écoute moins !




cxvi d'Akira Rabelais est un superbe album d'ambient à l'atmosphère mystérieuse. Un disque admirable aussi pour sa parcimonie, avec des sons aussi épars que sur une composition de Morton Feldman (d'ailleurs la fin de la première piste y ressemble sacrément, à du Feldman), différents selon les passages mais toujours avec la même légèreté dissimulatrice. Une musique qui tisse sa toile, semble vouloir engourdir qui l'écoute, comme une agréable et séduisante hypnose.

Le texte chuchoté sur la seconde piste provient de La femme 100 têtes de Max Ernst.  Je sais que j'avais déjà vu ou entendu la phrase « Se nourrissant souvent de rêves liquides et tout à fait semblables à des feuilles endormies, voici mes sept soeurs ensemble » avant, mais je n'arrive pas à me rappeler où…




Muslimgauze est connu pour avoir sorti… plus de cent disques de tribal ambient semi-électronique arabisant pro-palestiniens, avant de mourir à 37 ans. Passionné par ce qu'il faisait, Bryn Jones semble n'avoir passé son temps qu'à ça ; son nom est devenu une référence, même s'il n'aura connu qu'un succès d'estime. En fait c'est assez fou qu'avec un concept aussi simpliste, basé sur des samples et sans considération pour les caractéristiques des musiques dont il s'inspirait (ce que déplore notamment Simon Crab sur cet article de The Quietus), ces disques soient aussi marquants — on y ressent l'énergie, le danger, la rage parfois, et surtout la beauté singulière de paysages sonores semi-imaginaires qui ne se situent ni en Angleterre ni en Palestine et en révèlent bien plus sur son créateur que sur son sujet. Les disques les plus ambient du projet (Al-Zulfiquar Shaheed ou Zul'm) vont très bien avec un bon bouquin de SF genre Dune.

Pour s'y retrouver dans sa discographie, je vous conseille par exemple le Muslimgauze Primer de blaerg. Perso j'ai et je recommande : Al-Zulfiquar Shaheed, Zul'm, Citadel, Mullah Said




… et Azzazin, qui n'a quasiment rien à voir (et divise les fans, il paraît que c'est son plus atypique). Un album qui se base intégralement sur un type de son, des oscillations électriques constantes ; au casque, on a l'impression de porter une bobine Tesla autour du crâne. C'est à la fois oppressant et psychédélique. Quelques samples (une sonnerie lointaine, une respiration inquiète, des machines, parfois une lame qui tranche) donnent l'impression que ces phénomènes font partie du monde réel et ne font qu'augmenter la tension déjà impressionnante. Rien d'orientalisant là-dedans ou presque, c'est une seule idée approfondie de treize manières différentes avec des effets différents à chaque fois. Ça peut lasser si on n'est pas dedans, pour ma part j'accroche tout le long.




Je crois que je vais finir par choper le catalogue entier de chez Whities, et le recommander par la même occasion. C'est un label spécialisé dans les musiques électroniques à l'intersection du laboratoire, de la piste de danse et du jacuzzi ; 4/5 pour ce petit EP d'Overmono, qui détend son IDM / drum and bass sur un fond ambient — trois pistes, chacune plus douce que la précédente.

(Si vous voulez savoir, le texte en petit sur la pochette vient de cet article Wikipedia sur le pont Monnow, au Pays de Galles.)

mercredi 27 février 2019

♪ 78 : Îles tropicales enneigées rivales

Alex Kassian
Hidden Tropics

(Utopia Records, 2018)
Dans le domaine des musiques mi-deep house, mi-ambient exotiques, dont le groove est tellement posé qu'il s'évapore presque, je vous recommande carrément Hidden Tropics d'Alex Kassian (DJ et compositeur de musiques pour danse et théâtre, si ça peut vous aider à le situer). La description officielle n'évoque que le Japon comme influence, ce qui s'entend dans certaines structures minimalistes, mais j'ai l'impression qu'il pioche des éléments un peu partout pour brouiller les pistes, inventer un cadre imaginaire. Il y a autant sinon plus d'instruments à vent, bois, percussions acoustiques diverses que de beats ici, en fait il n'y a que la piste titre qui tient de la house ; toutes les autres forment un environnement ambient coloré plus mystérieux à explorer, structure qui fonctionne étonnamment bien, je n'ai pas arrêté d'écouter ce disque ces derniers jours.

C'est le seul EP de l'artiste pour le moment, mais si ça vous plaît, jetez aussi une oreille aux autres disques du label (Utopia Records) !




Patti Austin
Every Home Should Have One
(Qwest, 1981)
Every Home Should Have One de Patti Austin est à l'image de sa pochette, avec ses effets sur les synthés et les guitares, son glamour, son rose néon — les années 80 plein les yeux et les oreilles ! Parfois j'aime vraiment quand la musique a un côté daté ; ça dépend surtout de si elle a gardé son énergie ou pas, ici rien à redire, ce type de pop vieillit très bien.* La meilleure chanson est la première (Do you looove meCan we still be a part of tomorrow ♬) mais l'album en entier est concis, accrocheur, avec assez de groove pour que même la plupart des ballades tiennent la route. À noter que c'est Quincy Jones qui a produit le disque, on me dit qu'il faudra que j'écoute d'autres disques de Quincy Jones en plus d'autres disques de Patti Austin. Je précise que je n'ai prêté aucune attention aux paroles, j'ai juste remarqué que celles de la piste-titre ressemblent plus à une réclame pour de l'électroménager qu'à une déclaration d'amour ; c'est sans doute cet aspect-là de la musique qui a mal vieilli et qu'on pourra lui reprocher. En même temps, bon, les chansons d'amour…

* Autre exemple que j'adore : “Don't Make Me Wait” de Bomb the Bass (encore mieux avec le clip). Sur l'album Into the Dragon, qui ressemble plus à un maxi single pour “Megablast (Hip Hop on Precinct 13)” qu'à un vrai album, mais il vaut le coup pour ces deux pistes-là plus une ou deux !




Burial
Rival Dealer

(Hyperdub, 2013)
Tout ce que je connaissais de Burial jusqu'à présent, c'était Untrue — un disque sur lequel j'avais changé pas mal d'avis, pour finalement concéder que seule “Etched Headplate” me plaisait vraiment là-dedans. Untrue se répète un peu trop, son ton est juste mais monotone, avec les mêmes rythmes et idées qui reviennent en boucle…

Je lui préfère nettement Rival Dealer. On sent que c'est le même artiste, mais tout sur cet EP est heurté, fragmenté, les beats comme échos pour s'y retrouver dans le chaos urbain, des présences humaines que l'on perd et que l'on retrouve, une véritable histoire se laisse deviner. Un message, aussi, inattendu et qui fait du bien ! C'est un disque sensible, marquant. Inégal aussi, parce que si Burial est carrément doué pour jouer dans les tons bitume, nuit noire et néon, ses teintes gaies et colorées sont trop appuyées, limite laides. Ce qui aurait coulé un disque moins bon, mais ici, et avec de tels contrastes, ça fonctionne quand même.




Sachiko M + Ryuichi Sakamoto
Snow, Silence, Partially Sunny
(Commmons, 2012)
Comment j'ai pu rater ça : une collaboration entre Sachiko M et Ryuichi Sakamoto ! Snow, Silence, Partially Sunny est une composition élégante, délicate mais austère et presque brutale, en plusieurs phases qui vont du plus sombre et froid au plus coloré. Sachiko M est parfaitement dans son élément avec des ondes sinusoïdales pures, Ryuichi Sakamoto la suit au début avec de l'atonalité, des grincements métalliques stridents, des grondements sombres et lointains… Plus loin, quelques notes apparaissent, fragiles, éparses, comme des flocons ou des perce-neige. Les mélodies n'éclosent qu'à la fin dans cette série de scènes hivernales. Tout me plaît mais c'est à ce moment-là que la musique prend une autre dimension, comme si des personnages émergeaient, ou du moins un personnage émergeait dans le paysage.

Alors oui, il faut aimer les dissonances et le bruit pour apprécier ce disque, le passage le plus accessible étant quand même des « iiiiiiiii » stridents électroniques superposés à des mélodies lentes au piano. D'ailleurs attention aux bourdonnements si vous écoutez au casque. Mais si on aime, c'est vraiment très beau !

Si vous n'aimez pas le bruit, écoutez plutôt async de Ryuichi Sakamoto en solo si vous ne l'avez pas fait, il n'y a pas de « iiiiiiii » stridents là-dedans et c'est super aussi.




Michael Prime
Borneo
(Mycophile, 2007)
Borneo de Michael Prime est une exploration de l'île et des espèces qui y vivent, perçue avec deux sens différents — l'un humain, l'autre non. On commence en pleine ville où tout va très vite, l'agitation humaine est partout, la foule, les bruits, les musiques ; on n'entendra plus aucune présente humaine par la suite, mais planter le décor de cette manière colore tout ce qui suivra. Prime se focalise ensuite sur un lieu ou une espèce par piste… et ce qui est particulier, c'est qu'en plus des enregistrements audio directs, on a des enregistrements de signaux bioélectriques de la faune et de la flore, soit des sons aux timbres électroniques (un peu acidulés) mais de facture complètement organique. Le voyage sonore dure deux heures. Et on passe de sujets clairement identifiés (“Rafflesia”, “Montane Forest”) à des présences complètement inconnues, parfois déstabilisantes (“Hungry Ghosts”). La dernière partie de cette piste-là est un peu longuette, tout le reste est super.

vendredi 15 février 2019

Divinités / religions

Ça m'étonne toujours un peu de me rendre compte que la majorité des êtres humains, malgré des cultures très différentes, sont croyants. Pourquoi cette idée, pourtant complexe et loin d'être évidente, est-elle si répandue ? Avons-nous un manque « naturel » que comble la croyance ? Même si l'athéisme a pu être plus répandu dans le passé qu'on ne pourrait le croire, reste que le pourcentage des croyants dans le monde est… autour de 90 % grosso modo.

Il y a des hypothèses intéressantes qui expliqueraient la présence de la religion au sein de l'évolution de l'espèce humaine ; par exemple, supposer un agent (plutôt que le hasard) derrière chaque événement serait un trait avantageux pour la survie. Pascal Boyer, quant à lui, explique que la religion émerge de manière tout à fait naturelle si l'on considère les manières dont les humains pensent en général… et souligne le fait que la religion n'est pas n'importe quoi, ni un simple « sommeil de la raison ». (Je résume ça très grossièrement.) Je ne sais pas si ces hypothèses sont étayées ou s'il ne s'agit que de pistes.

Mais qu'est-ce que ça veut dire au juste, croire en Dieu ?

Le concept me paraît loin d'être évident. Notre univers est-il éternel et en changement perpétuel, a-t-il une origine précise, ou y a-t-il d'autres possibilités ? (Les deux premières me paraissent improbables, je n'ai aucune idée de ce à quoi une troisième pourrait ressembler.) Imaginer qu'une entité — au sens le plus large possible — ait pu créer notre univers ne me paraît pas déraisonnable en tout cas. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est probable, je n'en sais rien. Mais ça se laisse envisager.

De là à considérer que cette entité soit (a) vivante, (b) consciente, (c) omnisciente, (d) omnipotente, (e) bonne si ce n'est infiniment bonne, (f) à l'image de l'être humain, (g) masculine, (h) à notre écoute, (i) qui contrôle nos êtres qui (j) sont en réalité des « âmes » immatérielles et (k) éternelles et (l) qu'il faut prier pour Lui même si personne ne L'a jamais vu à part des mystiques dont les témoignages paraissent impossibles et … (m n o p etc.) bref, tout ça, ça me paraît tellement injustifié et improbable que ça tient de la folie. (Rien que les trois premiers points sont incompatibles entre eux ou avec la réalité telle qu'on la connaît, quoi qu'en dise Leibniz. Des philosophes croyants ont bien essayé de réconcilier cela avec des « théodicées » mais je n'en ai vu aucune qui me convainque.)

En fait, il me paraît faussé de parler de « croire en Dieu » ou pas. Le pari de Pascal par exemple ne tient pas la route, c'est un faux dilemme — on pourrait tout aussi bien imaginer une entité qui punirait toute personne croyante. Ou une infinité d'autres possibilités.

J'aime bien la conception de Spinoza, qui considère (en très gros, je résume au bulldozer encore une fois) que Dieu serait la nature même. C'est la seule conception de Dieu que j'ai lue qui me paraît sensée. Et c'est peut-être aussi la seule hypothèse d'un monde avec des divinités qui ne soit pas glaçante ! Pour moi, c'est absolument horrible de penser qu'on puisse être sous la coupe d'une entité éternelle qui peut faire ce qu'elle veut de nous, je n'y vois aucun réconfort. Et je me demande d'ailleurs combien de personnes croyantes n'ont pas, au fond d'elles-mêmes, peur de Dieu. Le mot “God-fearing” est utilisé en anglais en tout cas, pour désigner quelqu'un de très croyant. Peut-être y a-t-il aujourd'hui de la peur et de l'amour mêlés, en plus d'autres choses ? Je m'y connais trop peu pour dire.

Sinon, les histoires de mythologies, en général c'est trop dérangeant pour moi. Mais à choisir, je préfère un peu le polythéisme au monothéisme, et je ne vois pas en quoi l'un serait plus probable que l'autre.

D'après une citation de Stuart Chase : « Pour qui a la foi, aucune preuve n'est nécessaire ; pour qui ne l'a pas, aucune preuve n'est possible. »

lundi 11 février 2019

Itayaxa (1)


Itayaxa est la grande déesse aléatoire et la grande déesse de l'aléatoire, ou peut-être n'est-elle que l'une d'entre elles. Peut-être est-elle plus. Difficile à dire parfois. Si vous croyez en elle, vous aurez une chance aléatoire que quelque chose d'aléatoire vous arrive, et cela ne sera probablement pas de sa faute.

Itayaxa n'existe a priori pas en ce monde, mais c'est vrai aussi d'autres divinités et ça n'a jamais empêché qui que ce soit de croire en elles. Ça ne l'empêche pas de croire en elle-même aussi, quand elle en a envie.

Il n'est pas interdit de représenter Itayaxa (elle n'est pas chiante comme d'autres), sauf qu'elle change tout le temps. Toutes les représentations ont donc une chance aléatoire d'être exactes.

La plupart des montres en état de fonctionnement retardent ou avancent, ou les deux en même temps selon votre point de référence. Une montre arrêtée dit l'heure exacte deux fois par jour, sauf si c'est une montre arrêtée inhabituelle, comme une montre sans aiguilles qui dans ce cas ne l'indique qu'à la fin du temps. Itayaxa porte une montre aléatoire, qui indique une heure aléatoire.

Ce blog était censé être dédié à Itayaxa, je ne sais pas s'il l'est toujours en théorie, mais je l'ai perdue de vue avant d'avoir écrit le premier article. Elle revient de temps en temps cela dit. Le tout est de la reconnaître. Il faut dire que ce blog est mal organisé mais pas assez chaotique.

vendredi 25 janvier 2019

♪ 77 : L'air de ma montagne personnelle est pharmaceutique

Plux Quba de Nuno Canavarro est une terre presque sauvage, en dehors de tout courant ; ce disque date de 1988 mais pourrait tout aussi bien être sorti vingt ans plus tôt ou vingt ans plus tard. Il est peuplé d'espèces acoustiques et électroniques étranges et charmantes, c'est expérimental, parfois atonal, mais parfois aussi très harmonieux, ça n'a rien de prétentieux ou d'intimidant. On peut entendre des voix chuchotées — mais ne me demandez pas en quelle langue… (si ça se trouve c'est simplement du portugais et j'imagine du mystère là où il n'y en a pas !) Au bout d'un moment, les présences humaines se font civilisation, il y a des chants, des musiques plus enfantines ou du moins candides. Et du silence parfois. La moitié des pistes seulement ont un titre. C'est inclassable.



… Et bien que Plux Quba a la réputation d'être unique, je trouve que 鯰上 (On the Quakefish) de Sugai Ken s'en rapproche pas mal ! Un univers un peu plus proche de civilisations connues et plutôt nocturne, mais avec le même mélange énigmatique et séduisant de dissonances et d'harmonies. Plein de jolies petites boucles, de carillons, quelques fragments inspirés de musiques japonaises traditionnelles il me semble. Il ne faut pas avoir envie de grands développements, mais si on aime l'exploration, c'est un très bon disque.

(Quant à 岩石考 -yOrUkOrU-, EP sorti cette année, il se rapproche plus de certaines musiques concrètes. Intéressant aussi mais je lui préfère On the Quakefish.)




Ça remonte maintenant, l'époque où j'avais écouté les débuts du vaporwave et trouvé ça naze. Pharma de Nmesh, c'est du sérieux — autant au niveau de la qualité que du ton. Quitte à vivre dans un monde qui ressemble de plus en plus à une dystopie de science-fiction saturée de stimuli et où la connexion est devenue obligatoire, autant s'y préparer ; on est loin des bidouillages nostalgiques ou ironiques ici, le son est travaillé, personnel, plutôt sombre et même mordant. On trace son chemin à travers la jungle de néon, la route est tortueuse et psychédélique, et pourtant on ne s'y perd pas — tout est net, il y a toujours des rythmes, mélodies, boucles comme autant de guides pour ne pas sombrer dans la noirceur et l'angoisse. Et j'ai l'impression qu'on se prépare à un conflit ou quelque chose du genre. (Si la tracklist excessive vous intimide, sachez que le disque original ne contient « que » vingt-six pistes, c'est beaucoup mais pas trop. Vous pouvez laisser les remixes qui suivent de côté pour le moment.)



Felt Mountain de Golfrapp me suit depuis longtemps. La dance pop à paillettes de leurs disques suivants (Black Cherry et Supernature) me séduit plus facilement, c'est plus mon style ; la pop aérienne que le groupe a sorti ensuite (Seventh Tree, Tales of Us) est agréable aussi… mais ce sont les chansons de Felt Mountain qui sont les plus mémorables et ont la personnalité la plus intéressante. Qui n'est pas si évidente à décrire, d'ailleurs — ça me fait penser à une atmosphère de film plus qu'autre chose (mais quel film ?), séduisant mais avec une dose d'étrangeté, pas vraiment de noirceur mais presque, et quelque chose de pastoral comme dans les photos du livret alors même qu'il y a beaucoup de sons synthétiques là-dedans. D'ailleurs il n'y a que le son un peu bourdonnant du synthé que je reproche à “Utopia”, chanson géniale qui évoque le transhumanisme.

Sinon, le dernier, Tales of Us, est pas mal. De très beaux arrangements, une élégance urbaine qui n'est pas pour me déplaire, un mini-concept (chaque piste parle d'une personne différente — joli petit détail, la tracklist est écrite en autant d'écritures manuscrites différentes). Seulement, après trois écoutes, il n'y a qu'“Annabel” dont je me souviens vraiment. Une chanson a-t-elle besoin d'être accrocheuse pour être réussie ? Sans doute pas, et Tales of Us vaut l'écoute, mais perso, mon deuxième disque préféré de Goldfrapp, c'est Supernature. Celui avec le plus de danse et de paillettes.



Le disque récent avec lequel j'ai passé le plus de temps : Air Texture Volume VI, une compile de pistes inédites sélectionnées par Steffi et Martyn. Qui a des airs d'années 90, quand l'IDM commençait à émerger de l'ambient techno et que le futurisme faisait rêver. C'est aussi rythmique qu'atmosphérique (donc parfait pour écouter en musique de fond en lisant un bouquin — et se trémousser en lisant ledit bouquin), avec de vraies perles comme les pistes de 214 et As One sur le CD 2, ou dBridge & Lewis James puis Tracing Xircles sur le CD 1… Des artistes que j'avais déjà écoutés faire de la bass music, parce qu'il y a de ça aussi dans ce disque, simplement avec un ton posé qui ne rappelle que très peu les tendances contemporaines plus agressives et dissonantes. Air Texture VI ne révolutionne absolument rien, mais ce sont deux heures quinze qui me plaisent sacrément.



OK, le punk n'a jamais trop été ma tasse de thé, mais Personal Best de Team Dresch me touche. Parce que c'est assez proche du noise rock et que j'aime le noise rock, parce que j'aime la voix de la chanteuse, parce que c'est du queercore, que ce disque a quelque chose à dire, que les paroles ont assez de détails pour ressembler à une œuvre « tranche de vie » (j'adore les BDs de ce genre), parce que je déteste aussi la droite chrétienne, parce qu'il y a de vraies chansons d'amour là-dedans qui sont émouvantes et pas mièvres (et que c'est le seul type d'amour que j'aime imaginer parce que je n'ai jamais cru une seconde aux chansons écrites pour séduire genre « tu es tout pour moi » bla bla bla), parce que même s'il y a des pistes qui ne me font pas grand chose sur ce disque alors qu'il est vraiment court, il y a ne serait-ce que ce passage dans “She's Amazing” qui transcende tout, la force de ce son de guitares saturées, ces mélodies et ce chant sous le coup de l'émotion sans en rajouter, ça me donne des frissons et la larme à l'œil, ne me demandez pas pourquoi.