mardi 26 juin 2018

♪ 70 : Trois yeux de pluie orientent les deux montagnes

Le nouvel album de Witxes travaille les mêmes matières sonores, mais change de palette et d'approche. Sorcery/Geography et A Fabric of Beliefs étaient plutôt nocturnes et labyrinthiques, avec des tons profonds et chatoyants ; Orients a des couleurs vives et une composition plus abstraite. Très peu de passages évoquent des influences tirées d'autres genres musicaux cette fois-ci, ce qui n'enlève rien à la beauté et à la richesse des sons (je dirais même que c'est le plus réussi à ce niveau !), et l'album est plus concis, cohérent, percutant. Ça s'écoute d'une traite, mais le final en particulier est incroyable.

(Et je vais quand même finir par adopter un nom pour ce genre, plutôt que de ressortir toujours la même comparaison à Tim Hecker ! J'ai demandé sur RYM, ma suggestion préférée pour le moment est “harsh ambient”.)

▷ Bandcamp


Dans ma tête, le gabber (vous savez, la techno extrême qui fait BOUMBOUMBOUMBOUM sur laquelle sautent les drogués néérlandais), c'était un genre laid et insupportable. Et surtout pas du tout fait pour être écouté chez soi, sobre, avec un casque sur les oreilles et une tasse de thé !

Liza N'Eliaz a réussi à complètement changer mon opinion. Artiste géniale, à contre-courant même de l'underground avec ses foulards et gilets surannés et son goût pour les chansons pop, c'était une DJ qui arrivait à ce qu'il paraît à mixer quatre disques à 120 BPM décalés pour obtenir un set à 480 BPM, avait un goût évident pour l'expérimentation, et qui a également signé des chansons bizarroïdes aux sons amateurs. Comme “Y'a des nuages”, loufoque et géniale, qui me fait penser à ces chansons qu'on enregistrait et partageait sur les forums musicaux dans les années zéro, ou “TV Waves”, tube pop qui fait onze minutes sans en donner l'impression. D'après les articles que j'ai lus, Liza était à la fois adulée et incomprise de ses fans, qui ont fini par la surnommer “reine de la terreur” alors qu'elle ne pensait pas du tout sa musique comme quelque chose de sombre.

… Bon, là je viens en partie de vous recracher ce que j'ai lu dans des pages qui lui étaient consacrées sur des webzines. Je serais incapable de vous dire où elle se situe par rapport au reste du genre, parce que je n'y connais encore rien ! Mais sa compilation éponyme de trois heures est incroyable, je l'ai écoutée en entier sans aucune lassitude, à croire qu'elle n'était jamais à court d'idées. Elle commence par les pistes les plus hard pour finir par ses chansons, en passant par une multitude de sons variés qui surprennent toujours, entre rock, ambient house, rythmes syncopés, et une myriade d'expérimentations psychédéliques.

(Il s'agit par ailleurs d'une vraie compilation « définitive », l'artiste l'ayant conçue pendant les derniers mois de sa vie avant de mourir d'un cancer… Sa musique n'étant sortie qu'en EPs auparavant, comme le veut le genre ; c'est donc le seul long format studio que l'on aura d'elle.)


Si vous avez envie d'un peu d'air, de diversité sonore et que vous aimez les randonnées en forêt, je vous recommande July Mountain (Three Versions) de Michael Pisaro et Greg Stuart. Une composition nommée d'après un poème de Wallace Stevens (cf. ci-dessous), où une belle mélodie de piano épars à la Feldman se détache sur des drones et bruissements instrumentaux (drones ou percussions qui sont à la limite du drone) qui m'évoquent l'activité urbaine, le tout en contraste avec des phonographies prises en pleine nature. L'effet peut paraître paradoxal, mais ces éléments forment un tout cohérent ; cette profusion de stimuli un peu dans tous les sens crée un environnement complet, où un élément en particulier (le piano, donc) appelle l'attention.

La composition réclame dix phonographies de dix minutes chacune assemblées en fondu à intervalles réguliers, et dix instruments. Ce qui est étonnant, c'est à quel point la deuxième piste du disque, une version instrumentale (à écouter en tant que telle ou bien à superposer à des enregistrements pris soi-même), paraît elle aussi « naturelle » dans son esthétique.

(À mes oreilles du moins. D'autres n'y entendront peut-être qu'un piano qui joue une note par-ci par-là sur des bruits d'aspirateurs, parce que même s'il n'y a pas d'aspirateurs là-dedans, il y a quand même des sons qui y ressemblent.)

Je vous recommande la critique de Lucas Schleicher sur Brainwashed si vous voulez une analyse plus détaillée.

We live in a constellation
Of patches and of pitches.
Not in a single world,
In things said well in music,
On the piano, and in speech,
As in a page of poetry—
Thinkers without final thoughts
In an always incipient cosmos,
The way, when we climb a mountain,
Vermont throws itself together.

— Wallace Stevens


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Scenes from the Second Storey de The God Machine : du rock amer, puissant, mené par une rage contenue ; un disque long et qui peut paraître aride, mais qui accroche plus qu'il n'y paraît. Le son du groupe tient à la fois du rock indus, du stoner et un peu du grunge ; il n'y a que peu de changements de style là-dedans, et ceux qui sont là (la plus mélodique et percussive “Desert Song”, la “Piano Song” finale) restent dans la continuité des autres… à tel point que je m'étonne presque d'aimer ce disque à ce point.

C'est vrai quoi, j'ai laissé tomber Swans parce qu'ils finissaient par me lourder avec leurs albums moroses interminables, j'ai du mal à accrocher à la moitié des classiques rock et à la plupart des classiques metal, j'écoute nettement moins de musiques sombres ou à énergie négative ces dernières années : Scenes from the Second Storey avec ses 77 minutes sans joie avait de bonnes chances de me gonfler. Ou de me plaire une fois, peut-être deux, avant que je ne l'oublie. Mais non, ce disque n'est pas seulement réussi, il hante, il sonne vraiment juste.


Danielle Dax est une de mes nouvelles artistes préférées. Pop-Eyes (1983) est un album de charmantes petites bizarreries, dix chansons pop qui ont toutes quelque chose d'un peu décharné, décalé, démonté et remonté pas tout à fait dans le bon sens. La pochette (un collage hideux de photos de chairs qui forment un visage difforme) laisse imaginer un univers sonore torturé, mais la musique est grinçante sans excès ni lourdeurs ; on s'y aventure avec curiosité sur des terrains jazz, arabisants, synthétiques ou autres selon les pistes, j'aime beaucoup la voix de Danielle et surtout, les chansons sont très bonnes.

L'album suivant, Jesus Egg That Wept (1984). est plus étoffé, avec des références plus affirmées — synthpop, rock gothique… et un blues (voire honky tonk) sulfureux, qui était complètement absent avant. Les paroles sont plus dérangeantes, et il y a de vrais tubes cette fois, comme “Pariah” ou “Ostrich”. Excellent disque aussi, je ne saurais pas dire lequel des deux je préfère !


Cold & Rain de Fracture fait une synthèse entre drum and bass classique et bass music contemporaine, une réaction bouillonnante entre les sons froids, déformés des années dix et la chaleur d'un chant quasi-r'n'b, découpé sans être dénaturé, qui domine encore tout. La drum and bass a toujours été basée sur des contrastes, mais ici c'est renouvelé et sacrément efficace.

L'EP est tout à fait recommandable en entier : “Your Time” penche plus vers la froideur contemporaine avec ses percussions et sa voix masculine (c'est la piste que j'aime le moins), “On My Mind“ penche un peu plus du côté chaud de la drum and bass des années 90, “So High” avec Alix Perez fait de nouveau le grand écart mais avec en plus une distortion étonnante, presque cartoonesque, sur la voix pitch-shiftée (très réussie aussi).

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Rêve n⁰ 42

 

La gare de Lyon à Tokyo est une petite place qui me paraît très française : on entend l'accordéon d'un musicien de rue, il y a un kiosque à journaux… Pour rentrer dans la gare proprement dite, il y a un tout petit bâtiment carré en pierre décoré, genre trois mètres carrés. L'intérieur est un « couloir » en spirale carrée (à peine assez large pour qu'une personne y passe) qui débouche sur une trappe à air comprimé ; quand on s'y installe, pschtt, on tombe en bas vers une station de métro qui est la vraie gare.

jeudi 31 mai 2018

♪ 69 : La mort par flétrissure du sphinx crayonné du quatrième étage

Rainbow of Death est une déflagration multicolore de powerviolence pop, une salve de douze pistes en-dessous de 40 secondes où hurlements féroces et guitares du chaos sont suivis tout naturellement par des « pa-pa-pala-pa ! ♫ » — le tout suivi d'un grand final en plusieurs mouvements avec solos qui dure carrément trois minutes trente-cinq. Plaisir d'écoute : 10/10.

Détail amusant, il s'agit d'un projet alternatif d'un groupe de funeral doom metal appelé Monarch!, donc avec des pistes longues, a priori lentes et sombres. J'écouterai ça une autre fois ! En attendant, j'écoute Rainbow of Death en boucle. C'est dur de s'arrêter.

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١

Just as I Am de Bill Withers est un magnifique album de soul (un classique ? peut-être, beaucoup de gens disent qu'il mériterait d'être plus connu). L'artiste a une voix superbe, ses chansons sont subtilement accrocheuses et surtout très émouvantes, avec retenue et élégance ; quand Withers s'autorise un petit effet, comme le break sur “Ain't No Sunshine”, c'est toujours à bon escient. Il y a un peu d'influences folk là-dedans aussi, comme sur la minimaliste “Hope She'll Be Happier”.




٢

Ce que fait Yikii parlera à qui a passé son adolescence (et plus) à explorer des mondes imaginaires, à tenir un journal intime où déverser son vague à l'âme, ses angoisses et ses dessins bizarroïdes. Ce sont ses pochettes qui m'ont donné envie d'écouter ; pas toutes, mais celle de son mini-EP de reprises avec la zombie à couettes par exemple, on dirait une capture d'écran d'un cauchemar ! Dans sa musique, on trouve du mignon torturé, du psychédélisme, de l'expressionnisme… parfois on dirait la bande son d'un jeu vidéo d'aventure-horreur, avec du piano, des sons plus ou moins bizarres, quelques paroles sussurées en mandarin. Le genre d'univers que j'aime beaucoup explorer. Tout sonne amateur, quelquefois un peu brouillon et on peut reprocher à l'artiste d'abuser du pathos et des “la la la” fragiles sur certains disques, mais elle a aussi plein d'idées qui fonctionnent carrément, de belles mélodies et un style personnel, original et varié qui me parle.

Tous ses disques ont un thème ; parmi ceux que j'ai écoutés, je recommande en priorité a sleeping girl (« disque d'hallucinations », peut-être le plus abouti, moins sombre que les autres) et  chaos dream (sur l'impossibilité de trouver du sens, plus agressif avec quelques influences techno, indus et noise, mais aussi un beau final avec piano et chant).

▷ Bandcamp


٣

Mark Fell, artiste de glitch connu notamment au sein du duo SND, s'est mis à la house en 2012 en collaborant avec DJ Sprinkles, puis en sortant des EPs sous l'alias Sensate Focus. Des disques réalisés entièrement avec l'outil « crayon » dans le logiciel Digital Performer (ne m'en demandez pas plus, je n'y connais rien), disons house expérimentale avec des éléments de glitch et de juke, juste assez découpée pour former des sortes de syncopes. Le genre de dance music oblique, à la croisée de la piste de danse, du psychédélisme et des expériences pour nerds. J'ai particulièrement accroché au n° 5 pour le moment, mais les autres valent le coup aussi.

Les vinyles sont livrés avec un crayon de papier.

(Et si vous voulez un album complet, il y a Sentielle Objectif Actualité, signé Mark Fell plutôt que Sensate Focus, qui consiste en sept remixes de la série.)

▷ Bleep

٤

Riddles of the Sphinx de Mike Ratledge est la bande son d'un film expérimental sorti en 1977. Cette musique captive, intrigue et hante, en dix « séquences » répétitives d'électronique progressive qui hypnotisent en douceur (pensez un peu à Tangerine Dream mais en plus sobre, dépouillé, répétitif, avec une certaine ambiguité). Les fragments parlés issus du film laissent imaginer une histoire intéressante, avec allégories et rêves ou événements surnaturels, symbolique, politique ; je n'ai pas encore regardé le film… en partie parce que j'aime bien l'imaginer moi-même et garder le mystère pour le moment.

“I was looking at an island in the glass. It was an island of comfort in a sea of blood. It was lonely on the island. I held tight. It was night and, in the night, I felt the past. Each drop was red. Blood flows thicker than milk, doesn't it? Blood shows on silk, doesn't it? It goes quicker. Spilt. No use trying. No use replying. Spilt. It goes stickier. The wind blew along the surface of the sea. It bled and bled. The island was an echo of the past. It was an island of comfort, which faded as it glinted in the glass.”

(J'ai appris en tapant ce paragraphe que Mike Ratledge est plus connu pour être membre de Soft Machine. J'ai bien Third sur mon ordinateur mais je ne l'ai écouté qu'une fois sans qu'il me donne envie d'y revenir ; Riddles of the Sphinx n'y ressemble pas.)

▷ Bandcamp

٥

Fatboy Slim, vous connaissez, vous serez d'accord ou pas si je vous dis qu'il va du génial au gonflant. En tout cas, c'est l'un des seuls artistes qui arrive à me faire non seulement avaler mais aimer du skank (ce rythme à contre-temps des musiques jamaïcaines). J'ai entendu dire que son mix de la série On the Floor at the Boutique était le meilleur disque qu'il ait signé, et je dois dire qu'il me plaît carrément ! Comme celui de Jacques lu Cont dont je parlais l'autre mois, il pourrait faire aimer l'EDM aux fans de pop.

Pas de temps à perdre, on commence tout de suite par un refrain — d'une chanson qu'on ne retrouvera en entier que cinq minutes plus tard — tout de suite suivie des cuivres funk, une référence à Funkadelic sur des lignes de 303, du cut-up, ça danse dans tous les sens, un melting-pot de plein de genres. Dans la seconde moitié, on a droit (après une piste assez laide qui sont le seul point faible du disque) à un changement de style temporaire mais radical : il y avait déjà de l'acid avant, mais les cinq minutes en apnée sur “Acid Enlightenment” d'Aldo Bender tiennent de l'extrémisme ; certains adoreront et d'autres détesteront. (En passant, la piste originale, plus fournie, vaut l'écoute.) C'est même un soulagement d'enchaîner sur le hip hop pourtant très tendu de “Psychopath” de Hardknox… et quand cette tension-là finit par claquer d'un coup, on revient tout de suite à un groove beaucoup plus funky et mélodique, ça fait du bien. Quant au final, il est remarquable : Fatboy Slim fait anticiper son “Rockafeller Skank” plusieurs pistes à l'avance, avec une série d'autres sons qui lui ressemblent de plus en plus. On a beau connaître la piste par cœur, elle n'a jamais sonné aussi bien qu'ici.

▷ Mixcloud

٦

Avant toute autre chose, il vaut peut-être mieux dire que The Fourth Bully de /f est un très bon album d'improvisation libre électro-acoustique, avec une bonne dose de glitch et, selon les pistes : saxophone alto, violon, double basse, piano. (Il paraît qu'il y a une vocaliste aussi mais je ne me souviens pas l'avoir entendue.) Que si cet album a de longues plages dissonantes (surtout “girl who has led a sheltered life I”), il est aussi très vivant, avec de grandes gestuelles imprévisibles et même quelques rythmes très prenants (sur “出社して目が覚めて金曜日上司に言われます!” et “Oil Torture”).

Voilà. Mais ces titres, ce nom, la tortilla sèche et les composants électroniques inclus dans la version physique de l'album, ça paraît complètement aléatoire et pourtant ça intrigue ; il y a un sens à tout cela ?

… Probablement pas. Et l'explication pourrait venir du label : d'après un entretien avec l'artiste (effacé sur le site original mais accessible via archive.org), Psalmus Diuersae est un collectif complètement anarchique et chaotique. /f alias Perry Trollope l'a créé, puis donné le mot de passe à des amis, musiciens et autres, en les encourageant à tout modifier comme bon leur semble. Il n'y a aucune règle, et des disques apparaissent, sont renommés, changent ou disparaissent inopinément sans aucune explication. Trollope dit être étonné que personne n'ait décidé de tout effacer. Ce qui m'étonne le plus pour ma part, c'est qu'un vrai bon disque soit sorti d'un tel projet ! Qu'est-ce qui là-dedans est bien l'œuvre de Trollope, y a-t-il eu des modifications et, si oui, lesquelles ? Allez savoir. Tout est instable. Bienvenue au vingt-et-unième siècle.

La dernière fois que j'ai regardé, The Fourth Bully était encore disponible sur Bandcamp à prix libre. Allez savoir pour combien de temps encore.

▷ Bandcamp
▷ Psalm.us

mercredi 16 mai 2018

Langues (1) : français (1)


Je me rappelle d'un concours dans un magazine pour enfants où il fallait écrire un petit texte expliquant pourquoi on aime particulièrement la langue française. J'avais séché. Qu'est-ce qui me plaît dans cette langue ? Me plaît-elle seulement ? Comment le savoir quand on a sept ou huit ans et qu'on ne connaît que peu les autres langues ?

Aujourd'hui, je peux répondre : j'ai un point de vue mitigé sur la langue française. J'aime bien sa préciosité, son esthétique particulière où l'écrit et l'oral se différencient complètement. Mais j'ai aussi et surtout plein de choses à lui reprocher.

(Et ça donne un post trop long parce que j'ai passé trop de temps dessus.)




C'est un détail, mais les règles pour les majuscules dans les titres sont vraiment mal pensées. D'après l'Académie Française :

Dans tous les titres d’œuvres, le premier terme au moins (ainsi bien sûr que les noms propres) prend la majuscule.

Si le titre commence par un article défini, le premier nom qui suit cet article ainsi que les adjectifs et adverbes le précédant éventuellement prennent la majuscule : Les Misérables, Les Très Riches Heures du duc de Berry, Le Petit Chaperon rouge, Le Vilain Petit Canard.


L’article défini en tête de l’œuvre ne prend la majuscule que s’il fait intrinsèquement partie du titre, et n’est pas contracté : l’Iliade ; Les Bienveillantes, mais un chapitre des Bienveillantes.

Si le titre ne débute pas par un article défini ou s’il consiste en une phrase conjuguée, seul le premier terme prend la majuscule (sauf s’il s’agit d’un adjectif : dans ce cas, le substantif suivant prend aussi la majuscule) : À la recherche du temps perdu, Terre des hommes, Un taxi mauve, Le train sifflera trois fois, Tristes Tropiques.

Si le titre est double ou s’il met en opposition ou en parallèle deux termes, on applique les règles précédemment citées aux deux parties du titre, mais si la deuxième partie est introduite par un article défini, celui-ci perd sa majuscule : Le Rouge et le Noir, Vendredi ou les Limbes du Pacifique.

http://www.academie-francaise.fr/questions-de-langue


Le résultat est singulièrement déséquilibré : regardez les minuscules à « duc » et « rouge » dans les exemples du deuxième paragraphe ! D'ailleurs, de nombreuses publications ne respectent pas ces règles (regardez les titres des livres dans votre bibliothèque…), et les paragraphes trois à cinq ressemblent à des demi-solutions de fortune pour tenter de limiter les dégâts.

Comme j'aime beaucoup les règles anglaises, intuitives et élégantes, j'ai essayé de voir ce qu'elles pourraient donner transposées en français… mais que faire de « qu'il », « c'est », ou même « un » (qui peut correspondre à “a” ou à “one” en anglais) ? Par contre, la règle toute simple — utilisée en allemand ou en espagnol — consistant à mettre une majuscule au premier mot et rien d'autre, ça me va très bien. C'est ce que j'utilise quand j'ai le choix, dans mes publications privées.

L'Académie Française, bien sûr, n'est pas d'accord. Ça m'est bien égal, je préfère avoir une langue vivante qu'une langue réglée par une élite. (Et enfreindre les règles en connaissance de cause me paraît plus légitime que les enfreindre par ignorance ou inadvertance.)




En parlant d'usage non conforme : on a parlé beaucoup d'écriture inclusive ou épicène ces derniers temps, écrire par exemple « physicien·ne·s » plutôt que « physiciennes et physiciens » ou « physiciens ». L'intention est louable, mais le résultat est encombrant et peu pratique : passe pour un slogan, mais tout un roman écrit comme ça serait pénible ; même écrire un texte un peu long comme ça aurait tendance à m'agacer. (En passant, si vous voulez taper un point médian, c'est alt+0183 sous Windows, alt-maj-F sous OS X — ça peut se modifier avec un utilitaire si besoin est.) Ça me paraît être une mauvaise solution à un vrai problème.

La langue française est sexiste : cela me paraît indéniable. Le masculin est le genre dominant et il l'emporte toujours, il n'y a pas de féminin de « vainqueur », de féminin de « génie » ni de masculin de « pute », « le plus grand physicien de notre temps » désigne a priori la personne la plus douée dans ce domaine alors que « la plus grande physicienne de notre temps » laisse clairement entendre qu'un homme a pu faire mieux… comme si les femmes ne pouvaient rivaliser qu'entre elles, comme en sport, contrairement aux hommes. (Ne parlons pas de l'ambiguité des noms de métiers, heureusement en train de disparaître.)

On peut certes prétendre que tout ça n'est qu'un ensemble de conventions. Sauf que des études ont montré que le genre grammatical des mots influence la manière dont on perçoit les choses (par exemple : « le mot pont, féminin en allemand (die Brücke), est “beau, élégant, fragile, impassible, joli et mince” chez les germanophones, tandis qu’en espagnol, “el puente” est perçu comme “grand, dangereux, large, fort, stable et énorme” »), et qu'il est attesté que des réformes ont été menées au dix-septième siècle dans le but avoué d'associer le masculin à tout ce qui est noble et de rabaisser le féminin, quitte à effacer certaines formes. (Et après, il y a des conservateurs qui crient au scandale dès qu'on veut réformer un peu dans l'autre sens.) Nos mots sont souvent l'unique mode d'expression de nos pensées, ils sont la carte sur laquelle chaque personne se représente chemins et territoires, et qu'ils se basent sur des règles qui, elles, sont bien sexistes. Bien sûr qu'on peut parler français sans être sexiste. Mais la langue nous pousse toujours un peu, insidieusement, à l'être.

Du coup, que faire ?

L'idée de créer un genre neutre ou collectif me plaît beaucoup. (D'ailleurs, en plus de faire la part belle au masculin, le français est aussi une langue excessivement genrée — essayez donc, il est nettement plus facile de rester neutre en anglais qu'en français…) Reste à le rendre attractif ! « Iel », ça sonne bien, ça me plaît ; « celleux » par contre non merci. Cette page (longue et bien argumentée) recense plusieurs propositions, en général j'aime bien. Évidemment, cette complexification de la langue a peu de chances de prendre si la plupart des gens ne se sentent pas concernés ou n'approuvent pas. Mais je soutiens l'initiative.

Une solution alternative consisterait à prendre le parti du chaos et à utiliser féminin ou masculin comme on veut en l'absence de raison objective pour choisir. Par exemple, « toutes les Françaises » pourrait tout aussi bien désigner les femmes que toutes les personnes de nationalité française. Ça ferait hurler les vieux de l'Académie ainsi qu'une bonne partie de la population, ça introduirait de la confusion et de l'aléatoire plus ou moins arbitraire, mais honnêtement ça ne me déplairait pas.

En attendant, en pratique, je privilégie la gymnastique verbale. Même si j'avoue avoir envie de privilégier d'autres langues à cause de ça.

P.S. Lisez Ad Absurdo.




Les règles complètes pour l'accord du participe passé — exceptions comprises, la version qui prend sept pages et demie dans le Bescherelle — sont si complexes et peu usitées qu'elles en sont ridicules. En pratique, tant que l'on n'a pas de supérieur hiérarchique qui juge, note ou paie derrière, on peut se contenter d'appliquer les règles simplifiées… même le Bescherelle indique que les complètes sont « peu respectées » et que « la règle d'accord du participe passé avec le complément d'objet antéposé est l'une des plus artificielles de la langue française ». Il paraît que l'italien, qui avait inspiré à Clément Marot ces règles en 1538, s'est affranchi de tous ces chichis depuis longtemps. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?




… Et les Français sont plutôt élitistes et très conservateurs, dans ce domaine comme dans bien d'autres. Ce qui n'est pas vraiment à notre honneur. Regardez par exemple toutes les levées de bouclier dès que l'on veut toucher à l'orthographe ! Comme si « nénuphar » était plus légitime ou plus beau que « nénufar ». (Pour respecter l'étymologie, on devrait bien écrire « nénufar » !)

Personnellement, ces réformes ne me font ni chaud ni froid. Parce que l'orthographe du français ne sera jamais simple ni logique, à moins de repenser la langue de fond en comble (ce qui équivaudrait à en créer une nouvelle). Le français est, profondément, une langue qui se donne de grands airs et se refuse à être pratique ; l'anglais paraît si naturel à côté, l'allemand si logique.

Certes, je préférerais que le français cède à la beauté plutôt qu'à la tradition et à la difficulté. Mais ce refus de la facilité et de la logique fait un peu son charme malgré tout. (L'apprendrais-je si je ne la connaissais pas déjà ? Je pense que non, elle me découragerait !)




Bon, il y aurait encore plein de choses à dire sur le français, notamment sur sa prononciation et ses sonorités, les particularités régionales etc. mais je laisse ça pour une autre fois. En attendant, je vous recommande vivement la lecture des Cahiers Science & Vie sur la langue française ! Le dossier est très intéressant.

lundi 23 avril 2018

♪ 68 : Deux oiseaux lumineux sur zéro lignes téléphoniques

Noname
Telefone
(2016, hip hop)
Telefone de Noname donne le sourire et peut faire verser quelques larmes en même temps. Un album de hip hop introspectif qui danse sur une corde raide entre ses mélodies gaies, sa candeur désarmante et la dureté des thèmes abordés. Assez peu d'œuvres évoquent la mort sans tomber dans la tristesse, la noirceur ou le cynisme ; Noname le réussit tout le long, ce qui n'est peut-être pas si difficile quand on évoque le souvenir de sa grand-mère, mais allez sortir une chanson sur un avortement qui soit réellement tendre et pleine d'amour sans qu'il y ait de contradiction ! Et à part sur le final “Shadow Man” où la lumière commence à baisser (pas ma piste préférée, on y entend un peu trop les MCs masculins alors que c'est elle que j'ai envie d'écouter, mais je chipote), tout est plein de belles mélodies, qui savent aussi être entraînantes (“Diddy Bop“ ♥ ♥ ♥). Trentre-trois minutes, un album qui va à l'encontre de tous les a priori négatifs qu'on peut avoir sur le hip hop, un beau disque.




Hecq
0000
(2007, Hymen, ambient glitch/IDM)
0000 de Hecq est un album d'ambient glitch qui commence de manière presque évanescente, une musique vaporeuse qui berce les oreilles tout doucement (“0001”). Puis un rythme vient s'y poser (“0002”), qui laisse la place à un autre plus dansant (“0003”)… et commence un jeu de cachés - dévoilés qui se poursuit tout le long, de manière imprévisible, sans que le flux ne se brise. Je me rends compte en reparcourant les pistes individuellement que c'est plus un album d'IDM qu'un d'ambient glitch, en fait, mais il est si prenant qu'il fonctionne des deux manières.

L'album est accompagné par un deuxième disque de remixes et collaborations, plus rythmées, tout à fait bienvenues également.




Christoph de Babalon
If You’re Into It, I’m Out of It
(1997, Digital Hardcore,
breakcore atmosphérique)
Christoph de Babalon ne fait pas de compromis et n'a aucune envie de plaire à tout le monde. If You're Into It, I'm Out of It ne prend ses fans supposés qu'à rebrousse-poil, d'abord avec une remarquable introduction ambient de quinze minutes trente, solennelle, introspective et psychédélique, puis en balançant des beats angulaires, biscornus, qui ne donnent pas tant envie de danser qu'ils sont l'expression d'une énergie à contre-courant de tout. Il y a de sacrés bangers là-dedans malgré cela, comme “Dead (Too)” — et plein de moments étonnants, comme “Damaged III” où c'est une boucle (qui ressemble à un CD passé en avance rapide) qui structure le morceau face à des beats imprévisibles. Tout a une couleur particulière, toutes les pistes se démarquent. Le mois dernier, j'avais dit que la drum and bass était un genre souvent impersonnel : voilà un superbe contre-exemple. À écouter la nuit. “Crucial shit” indeed.




Roger Rodier
Upon Velveatur
(1972, Columbia, folk)
Upon Velveatur de Roger Rodier est un très bel album. D'une grande douceur, avec de très belles mélodies souvent mélancoliques, et quelques éléments rock pour le contraste ; honnêtement, je n'ai rien à redire, je le recommande vivement.

… Si tant est que je puisse recommander quoi que ce soit dans un genre que je connais si peu ! Je n'ai quasiment que Nick Drake comme référence (et encore, j'ai tapé “Nick Cave” avant de me relire), et je n'aurais peut-être jamais écouté Upon Velveatur si Oneohtrix Point Never ne l'avait pas samplé sur Garden of Delete (“You give so many reasons for the weakness you hide” — j'aime bien cette idée d'avoir le même son dans deux contextes complètement différents).





Mr. Oizo
Stade 2
(Because, 2011, electro house)
Mr Oizo, moins connu sous le nom de Quentin Dupieux, est célèbre pour sa peluche Flat Eric, son tube “Flat Beat” et ses disques et films déjantés. Et pour une fois, je dois dire que j'ai bien fait d'aller à l'encontre de la vox populi, parce que c'est clairement un de ses disques les moins bien notés que je préfère !

Analog Worms Attack est une déconstruction de hip hop instrumental jusqu'à l'effilochage, Moustache (Half a Scissor) est un disque de musique électronique complètement barge où tout est déconstruit et reconstruit dans tous les sens — mais ils ne m'accrochent qu'assez peu. Stade 2, par contre, j'aime sans réserve ! C'est un disque bizarroïde, incongru, avec des sons élastiques et volontiers bruitistes ou dissonants, mais avec des beats bien solides qui accrochent efficacement (de traviole ou la tête en bas, mais ils accrochent). Parfois ça ressemble à du trollisme ou à du vrai foutage de gueule, ce qui n'est pas pour me déplaire non plus. “Eve-ry-bo-dy-dance-now. Blip bloup bloup pfouitch pflouitch bulubup bulupbup pfouitch.”

Je continuerai à écouter ses autres disques, la prochaine fois j'essaie The Church.




Port-Royal
Flares
(2005, Resonant, ambient + post-rock)
Il y a des fusions de genres qui sont intéressantes parce qu'inattendues, et d'autres qui semblent tellement évidentes à l'écoute qu'on se demande pourquoi on n'a pas entendu ça avant. Ainsi, le mélange downtempo + deep house chez Crazy Penis dont j'avais parlé il y a quelques mois ; et sur Flares de Port-Royal, c'est de l'ambient électronique et du post-rock qui se mêlent. C'est extrêmement fluide, super agréable.

Merci à space_ritual pour la découverte !

mercredi 11 avril 2018

Actualités (3)

Même principe que précédemment, à savoir :
1) Se rendre sur un site d'actualités ;
2) combiner des bouts de titres ensemble sans réfléchir ;
3) imaginer et dessiner les événements décrits par le nouveau titre obtenu.
(Vous pouvez cliquer ici pour tout voir en grand !)




mercredi 28 mars 2018

Actualités (2)

Même principe que précédemment, à savoir :
1) Se rendre sur un site d'actualités ;
2) combiner des bouts de titres ensemble sans réfléchir ;
3) imaginer et dessiner les événements décrits par le nouveau titre obtenu.
(Vous pouvez cliquer ici pour tout voir en grand !)




mardi 27 mars 2018

♪ 67 : Sublimation de têtes blessées et coups de cœur autonomiques

“Sticky” était une de mes chansons préférées l'an dernier : syncopée, espiègle, élastique avec un chant en transformation perpétuelle qui ne rate jamais sa cible, une véritable perle. L'EP entier (Crush) est sorti : pas de miracle, “Sticky” reste la meilleure piste dessus, mais “Closer” la suit étonnamment bien en déclinant ce style de r'n'b sur un rythme plus lent et langoureux. Les trois pistes suivantes sont bonnes aussi mais éclipsées par les deux premières ; prenez-vous le single ou l'EP, à vous de voir, mais jetez-y une écoute si vous aimez le r'n'b ! (À noter que tout est produit par Steve Lacy.)




Injuries d'Angles 9 : neuf musiciens dont cinq cuivres, je ne m'y connais pas en big band mais si ça ressemble souvent à ça, il va falloir que je m'y mette. Les deux premières pistes sont bougrement entraînantes, des concentrés d'énergie avec quelques influences folkloriques sur “Eti” il me semble ; on change totalement de registre sur “A Desert on Fire, a Forest / I've Been Lied To”, passage mémorable à travers une nuit si dense qu'on dirait presque du dark jazz. La lumière revient tout progressivement à la fin pour éclairer une scène désolée, et le groupe d'enchaîner, sans que ça paraisse incongru, sur la très dansante “Ubabba”. La piste-titre, plus tard, commence à brouiller les lignes mais garde son énergie malgré le chaos ; et “Compartmentalization” finit sur la note la plus rythmée. Irréprochable, du moins à mes oreilles.




Le trois mars, c'est l'Acid Day, où l'on célèbre le fameux synthétiseur TB-303 qui a donné son son à l'acid house, l'acid techno, l'acid trance etc. (Ça aurait plus de sens de fêter ça le 30 mars du coup, mais bon, les Américains..!) Du coup ce jour-là je me suis fait une journée 100% TB-303. Une recommandation au pif parmi les disques que j'ai écoutés : Off the Leash de Textasy, un artiste qui a le vent en poupe ces derniers temps. “Illusions of the Mind” est un très bel hommage à l'electro de Cybotron qui incorpore une mélodie orientalisante et même à la fin un solo de guitare déformé vers la fin ; l'artiste envoie ensuite de la techno plus lourde mais qui ne manque ni de finesse ni d'une pointe d'humour, comme sur “Acid Bleach (i live with my mom edit)”… et surtout “Bustanut”, hommage à un certain aspect de la sexualité masculine qui dépasse sans difficulté son aspect comique parce qu'elle cartonne sur tous les points.




D'habitude, j'aime tout particulièrement les montées en puissance, mais c'est étonnant de voir à quel point la stratégie inverse fonctionne sur Fabriclive 50: Autonomic de dBridge et Instra:mental. Il faut dire que c'est un mix particulièrement tranquille. Ainsi, les deux artistes commencent tout de suite par un petit bijou accrocheur et mélancolique, “Seems Like” de Riya… et les huit pistes suivantes se déroulent comme une longue coda, rythmée mais surtout atmosphérique, qui évolue si progressivement et de manière si cohérente qu'il faut vraiment tendre l'oreille pour savoir où les pistes commencent et finissent. Pourtant les couleurs changent, tour à tour plus froides, plus calmes… et on se rend à peine compte que c'est de la drum'n'bass, vu à quel point c'est posé. Avant que le souffle ne finisse par retomber, on relance un coup le mix avec un hybride, a capella de r'n'b (chœurs inclus) combiné à des beats d'n'b. La suite alterne joliment entre explorations atmosphériques et hooks parcimonieux qui tombent toujours à point nommé. C'est un des mixes les plus fluides que j'ai pu écouter, qui donne beaucoup sans en avoir l'air.




Alors évidemment, après ça, j'ai écouté l'album de Riya. C'est un album de collaborations dans l'ordre inverse de l'habituel : Riya y assure toujours le chant, mais chaque piste est produite par un autre artiste. Parfois ils s'y mettent carrément à trois, mais il faut être honnête, les beats de drum'n'bass classique, c'est aussi efficace qu'impersonnel ; la plupart des producteurs sont interchangeables, ce sont bien les chansons qui font la différence (et si on se focalise là-dessus, l'album prend presque des airs de r'n'b). Le plaisir d'écoute est là en tout cas.

Là où j'accroche moins, ce sont sur les quelques pistes qui usent de ce son de basse déformé lourd, dissonant et vulgaire (que tout le monde a déjà dû entendre dans le dubstep). Et pourtant… il y a une piste en particulier, “I Don't Need” (co-signée Break), qui ne s'en prive pas mais joue si bien avec les contrastes (piano et basse à mi-vitesse contre progression lente contre synthés et percus frénétiques, chant qui tourne en rond avant de s'envoler contre grosse basse qui tache…) que ça en devient carrément ma préférée. Comme quoi.




Le club expérimental de RYM a ressuscité (et je vais recommencer à parler de mes préférés). Casse-tête de Bernard Bonnier est un album qui prouve qu'on peut donner dans l'expérimentation sans bouder les plaisirs immédiats : chaque piste est un assemblage insolite d'éléments disparates qui confinent à l'absurde, créent ensemble des scènes évocatrices — et surtout sont carrément rythmés. Ça ressemble à certains passages de Nurse with Wound, sans noirceur et sans temps morts. En fait, Casse-tête est meilleur que la plupart des albums de Nurse with Wound.

Dommage que l'artiste n'ait sorti que cet album-là ! Mais il a aussi collaboré avec Pierre Henry, il faudra que je jette une oreille aux disques sur lesquels il a joué.




Non, John Cassavetes n'a pas à ma connaissance composé de musique. Ekkehard Ehlers Plays n'est pas, comme je l'ai cru au départ, un disque d'interprétations (d'ailleurs je me demanderais bien à quoi ressembleraient les partitions de ces musiques !) ; c'est une série d'hommages à Cornelius Cardew¹, Hubert Fichte², John Cassavetes³, Albert Ayler⁴ et Robert Johnson⁵. Et un disque dont on ne fait pas le tour facilement.

Si la première piste de Cornelius Cardew est très belle avec son orgue calme et ses petits sons de-ci de-là, la deuxième exprime ce même calme avec un torrent qui enveloppe (et un sample en arrière-plan que je connais mais que je n'arrive plus à replacer). Les pistes pour Hubert Fichte sont plus étranges et prennent volontiers à rebrousse-poil, en fait la seconde est le seul passage que je n'aime pas sur la compilation. John Cassavetes a droit à vingt minutes de superbe “fuzzy ambient” qui fait partie du meilleur que l'on peut trouver dans le genre, avec une boucle de violon du plus bel effet (que vous reconnaîtrez sans doute) ; pour Albert Ayler, on sort les violoncelles et on glitche tout, et on continue d'enchaîner les surprises jusqu'à la fin.

En cherchant des informations sur l'artiste, j'ai vu qu'il a aussi sorti un album de blues, étudié Theodor Adorno et travaillé avec les Red Hot Chili Peppers (groupe que je n'aurais jamais pensé citer). Éclectique, décidément.

¹ D'après Wikipédia, un compositeur communiste qui renonça à la musique expérimentale en cours de carrière pour se consacrer à une musique politique. ² Écrivain. ³ Cinéaste. Vous, vous le connaissez sans doute ; moi pas encore. ⁴ Jazzman. ⁵ Bluesman. (Heureusement que je l'écris, je me rends compte que j'avais confondu avec Daniel Johnston jusqu'à présent.)

mardi 27 février 2018

♪ 66 : Quatre-vingt-dix images azimutales formées par des isthmes acides

9T Antiope – Isthmus
(Eilean Rec., 2017)
Un duo franco-iranien de musique électro-acoustique avec chant, sons électroniques, phonographies et violon. Si la voix de la chanteuse, harmonieuse et comme suspendue, peut avoir des airs de légèreté, l'environnement dans lequel elle évolue est un tumulte, au mieux simplement agité, parfois violent. Les enregistrements pris dans les deux pays ancrent la musique dans le monde réel quitte à la brusquer (de quoi faire réfléchir à la place de la musique dans le monde ? quelque chose d'intangible, fugace, futile, et pourtant sans ça tout serait tellement plus froid ?) ; le violon, lui, relie les deux et fait autant écho à la sensibilité du chant qu'à la tension et à la violence des éléments plus bruitistes. C'est un élément structurant, parfois il ne fait que renforcer l'anxiété que l'on ressent, parfois il va plutôt du côté de la mélancolie.

Isthmus fait quatre pistes pour trente-cinq minutes ; c'est assez court et je pense que le groupe a encore du potentiel à développer, mais leur son est déjà saisissant.




Kenny Larkin – Azimuth
(Warp, 1994)
Ma meilleure découverte du mois. C'est de la Detroit techno de génie avec des courtes boucles rythmiques (qui me font penser à Robert Hood, dont il faudra que je parle aussi par ailleurs), des développements mélodiques quasi-ambient techno, des pistes à la Carl Craig mais en encore mieux, une ambiance futuriste-spatiale, des polyrythmes et autres expérimentations. Peut-être mon disque préféré du genre pour le moment.

Il paraît que l'album suivant est encore meilleur, je l'écouterai mais j'ai du mal à imaginer.






Kat Onoma – Far from the Pictures
(EMI / Dernière Bande, 1995)
Du rock à écouter la nuit. Avec cette basse qui s'entend parfois plus que la guitare, ces saxophones sur quelques titres, et surtout ce chant mi-parlé mi-chanté, qui sans aller jusqu'à la froideur d'autres groupes français (Diabologum, Mendelson) donne aux chansons une allure introspective. Far from the Pictures joue entre deux pôles, et serait loin de fonctionner aussi bien s'il penchait résolument côté rock (comme sur “Idiotic”, un des meilleurs titres et pourtant tout un album comme ça aurait pu être un peu artificiel ou manquer de souffle) ou côté intimiste (“La chambre”, belle, plus naturelle avec son texte parlé en français, mais tout un album comme ça aurait pu devenir lassant). Rodolphe Burger a un accent français sacrément marqué, qui marche plus ou moins bien selon les pistes mais que j'aime beaucoup en général. (Le rock parlé fonctionne-t-il naturellement mieux en français et le rock chanté en anglais ? Je n'en sais rien.)

(Aujourd'hui je pourrais donc enfin répondre à la question « quel artiste connu vient de votre ville natale ? » sans avoir à rougir.)




808 State – 90
(ZTT, 1989)
C'est vrai que le monde de la musique électronique et celui de la pop ont des conventions différentes, mais honnêtement, 90 cartonne peu importe le barème utilisé. De l'acid house expérimentale et accrocheuse, une idée différente par piste, c'est réjouissant d'entendre ce groupe s'inspirer du hip hop de l'époque (1989) avec des voix de dictée magique, tester des sons orientalisants, sampler Cybotron avec bonheur… il y a peut-être même quelques passages qui annonceraient la trance, mais là je m'avance peut-être un peu. Le tout avec d'excellentes mélodies. Moins de quarante minutes, pas une de gaspillée : un classique.




The Mars Volta – The Bedlam in Goliath
(Universal, 2008)
Cet album est sorti il y a dix ans et je me fiche complètement de ce genre d'anniversaire, mais comme RYM en a parlé pour l'occasion j'en ai profité pour le réécouter aussi. The Mars Volta reste mon groupe de prog préféré, d'assez loin même (à moins de compter Tool dans le genre) ; parmi les  autres grands noms du genre, il y en a quand même un bon paquet qui me laissent de marbre ou me gonflent vaguement avec leurs froufrous et leurs arabesques vaniteuses(*).

Alors que The Bedlam in Goliath, c'est un déluge de tubes. Honnêtement. Il ne laisse pas une seconde pour souffler et est tellement accrocheur que ses 75 minutes passent comme un paquet de cacahouètes, tant pis pour les allergiques ; il ne commence à pêcher qu'à partir de la huitième piste, où certains passages ralentissent le rythme et s'égarent un peu, mais il n'y a pas une seule piste qui n'ait pas son moment fort. Une telle intensité, ça force le respect et surtout ça me fait toujours autant plaisir.

(* Je sais, je dis ça alors que Frances the Mute — que je considère comme un vrai chef d'œuvre — traîne un sacré paquet de passages vaguement atmosphériques que l'on peut en toute bonne foi trouver vains et ennuyeux. Mais ce disque garde sa cohérence à mes oreilles, alors que d'autres passent continuellement du coq à l'âne rien que pour épater la galerie. Genre Close to the Edge de Yes, c'est un très bon disque, mais dont l'ambition principale reste quand même de péter plus haut que n'importe quel cul et qui m'épuiserait s'il durait plus que ses 38 minutes. C'est ce que je ressens en tout cas. Peut-être que mon ressenti est de mauvaise foi.)




Mileece – Formations
(Lo, 2003)
En 2003, la Britannique Mileece Abson sort un petit disque réalisé avec des programmes qu'elle a écrit elle-même et qui s'inspirent de formations naturelles comme la croissance des plantes ou la structure des flocons de neige. Ce qui se traduit par de l'ambient très organique plein de petites touches, des berceuses pointillistes qui font entendre une forme de vie à travers les sons synthétiques ; seule la dernière piste apporte une présence humaine directe, avec du chant et du violon. C'est joli comme tout.

Et ça donne envie d'en entendre davantage, sauf que Mileece est une des artistes les moins prolifiques qui existent ; depuis Formations, elle n'a sorti qu'une ou deux pistes pour des compilations et une installation du nom de Sonic Garden où des senseurs convertissent les données émises par des plantes en sons pour générer de la musique (les visiteurs pouvaient notamment toucher les plantes pour faire de la musique). Ça peut être un peu frustrant, mais à la réflexion je préfère ça aux discographies qui se répandent dans tous les sens au point de décourager.

dimanche 11 février 2018

Le Récepteur


Une nouvelle bande dessinée ; celle-ci est courte et sérieuse, c'est une tentative de faire une histoire d'horreur (ou quelque chose qui s'en rapproche). C'est la première et peut-être la dernière fois que j'en fais une où un avertissement sur le contenu se justifie.

Cliquez ici ou sur l'image pour la lire ! (Il y a aussi une version en anglais ici.)

mercredi 31 janvier 2018

♪ 65 : MMXVII × 2⁵ + 3 (+13)



Bonjour ! Cette année, une fois n'est pas coutume, je publie un top. J'ai passé le mois de janvier à n'écouter quasiment que des disques de 2017, en écumant les tops, les /strm_relyear,ss.rd.d/2017 et quelques catalogues de labels. Y'a de sacrés bons trucs. Du coup je vous passe ça à la place de mes recommandations mensuelles habituelles, il y a quelques reposts mais pas mal de disques dont je n'avais pas parlé.



(Je ne mets pas de numéros parce que mon classement est super vague ; tous ces disques valent 8/10 selon moi, sauf les cinq ou six premiers à qui je mets 9/10. Pas de grand chef-d'œuvre indétrônable comme l'an dernier où Juntaro avait tué la mort.)

[Repost de novembre] Le dernier Ben Frost fait mal (et fait du bien). C'est un disque brutal, radical, beau, éminemment actuel — et aussi, pour la première fois, politique. Le titre vient d'un poème de W. B. Yeats, “The Second Coming” ; je vous conseille de le lire en entier et en version originale si vous ne le connaissez pas déjà, sinon ce passage vous donnera une idée : « Tout se disloque. Le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde comme une mer noircie de sang : partout on noie les saints élans de l’innocence. Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises. » (trad. Yves Bonnefoy)

The Centre Cannot Hold présente des actes de violence d'une esthétique superbe, accompagnés de moments de douceur fugaces — quelques secondes d'anticipation avant la déflagration comme sur “A Single Hellfire Missile Costs $100,000”, ou bien la beauté du désespoir sur “All That You Love Will Be Eviscerated”. Comme ses albums précédents, The Centre Cannot Hold est inclassable. S'agit-il encore de musique électronique ? Très peu de sons ont l'air électroniques ici. On retrouve Steve Albini à la production, et si vous aimez le style Albini, vous devriez vous régaler. J'avais reproché à A U R O R A sa trop grande linéarité, ici rien à redire — malgré son agressivité, le disque ne manque jamais de subtilité.

Seule la pochette semble manquer d'esthétique au premier abord, mais elle prend sens avec l'écoute ; son allure de drapeau, cette tension irréconciliable entre deux éléments tranchés. Sur le CD, il y a une face mate, une face brillante et le titre gaufré, et à l'intérieur, une marée de liquide bleu et noir qui engloutit tout.
The Centre Cannot Hold




[Repost de novembre] Broken Glass Arch de Djrum est un vrai bijou. La piste-titre combine polyrythmes, xylophones, claquements de mains, chants… en un hommage aux musiques africaines qui pourrait aussi rappeler certains titres récents d'UK bass si on les sortait de leur urbanité glauque ; la première partie de “Showreel”, sans beats mais avec piano, basse et violon, n'est que pure émotion, et la seconde partie combine les deux en rajoutant une touche de bass music. C'est magistral. Inclassable aussi, honnêtement Resident Advisor classe ça dans la techno mais ça n'y ressemble pas.
Broken Glass Arch




World Eater de Blanck Mass : une sacrée claque. Un album d'électro-industriel furieux mais aussi mélodique et véritablement accrocheur, avec plein de courtes boucles rythmiques (j'adore les courtes boucles rythmiques) et du grand spectacle. L'intro “John Doe's Carnival of Error” touche déjà au génie : sa petite mélodie pseudo-enfantine qui ne trompera personne annonce tout de suite la déflagration à suivre, sauf qu'avant ça arrivent un rythme entraînant, un chant découpé qui apportent un groove complètement inattendu, tous les éléments se mettent en place — et on enchaîne direct avec “Rhesus Negative”, bombe hurlante, chaos aussi intense que maîtrisé. Les collages vocaux reviennent sur “Please”, tube puissant, doux et mélancolique en même temps, et là c'est bon, Blanck Mass a déjà fait carton plein. Le reste de l'album continue d'explorer des terrains similaires (à part la suite “Minnesota / Eas Fors / Naked”) et ça suffit pour donner un excellent album.
World Eater




Sarah Davachi avait déjà sorti de bons albums de drone auparavant, mais elle vient de franchir un grand pas avec All My Circles Run. Plus de synthétiseur cette fois, tout est acoustique ; une piste pour instruments à cordes, une pour chant, une pour orgue, une piste pour piano. On entend chaque instrument sous plusieurs facettes à la fois, de longues notes superposées qui forment, lentement, de belles mélodies d'une beauté crépusculaire ; au centre de l'album, une piste deux fois plus courte répète calmement une boucle au piano et quelques craquelures.

L'album est court (41 minutes) et très beau. Je pense qu'il pourra convaincre même des gens qui n'aiment pas le drone.
All My Circles Run




[Repost de décembre] Le premier album d'Ariadne, Tsalal, était déjà impressionnant : un contraste intense entre un chant lumineux et solennel inspiré par la musique sacrée, et du dark ambient distant mais monstrueux qui, parfois, déformait tout. Entre les deux éléments, un vide glaçant, six longues pistes qui faisaient ressentir autant de beauté que de noirceur et de solitude.

Sur Stabat Mater, la figure angélique a plongé dans les enfers et nous y entraîne. Douleurs, osmose paradoxale, oppression, jeux de miroirs et illusions — c'est un cauchemar effrayant et magnifique. Les pistes sont courtes, la tension quasiment insoutenable.

Ce grand écart entre musiques anciennes et glitch ultra-contemporain est unique à ma connaissance ; on la retrouve dans les paroles aussi, adaptées d'écrits de Hildegarde de Bingen, Thérèse d'Avila… et d'Aase Berg, une poète surréaliste contemporaine. L'album s'accompagne d'une série de vidéos en vue subjective, de quoi plonger encore plus dans le cauchemar.
Stabat Mater




[Repost de décembre] Je peux remercier flyingwill du forum RYM pour m'avoir fait découvrir DOLL$BOXX, un groupe de cinq japonaises qui joue du power trance metal. Leur EP High $pec commence de manière fulgurante : un riff synthétique acide, une guitare tonitruante, un cri infernal qui enchaîne direct avec un chant parfaitement clair, autant de claques en trente secondes ! La maîtrise technique des artistes metal se perd parfois dans des esthétiques ostentatoires (voire ridicules) ou qui tournent à vide, mais ici, les chansons sont aussi accrocheuses que de la pop. High $pec ne fait que cinq chansons mais ces chansons sont du tonnerre.




J'avoue que je ne connais encore que très mal Ryuichi Sakamoto — juste cet album, Insen en collaboration avec Alva Noto, et un de Yellow Magic Orchestra. Va falloir que je rattrape ça.

Ça ne m'empêche pas de trouver async fabuleux : un album incroyablement riche, serein, quelque peu mélancolique mais surtout contemplatif, et un des disques d'ambient les plus variés que j'ai pu écouter. Entre les mélodies assez directes, les passages subtils presque atonaux avec juste une percussion, un ou deux passages avec voix qui ressemblent à des poèmes, on n'en fait pas le tour rapidement. D'ailleurs « poétique » est sans doute le mot qui le décrit le mieux.




Face Your Fear de Curtis Harding est un album de soul. Pas de neo-soul, de soul parfaitement traditionnelle, seuls certains détails (notamment dans la production) laissent entendre que c'est un disque récent. C'est l'album le plus direct de mon top, j'ai eu un coup de cœur dès le début, ma bonne impression s'est confirmée tout le long et à chaque réécoute, c'est émouvant, groovy, les chansons me reviennent souvent en tête, rien à redire.
Face Your Fear




Vous aimez Steve Reich, Terry Riley, John Adams..? D.K. (de son vrai nom Dang-Khoa Chau) les pompe allègrement sur Distant Images, un EP downtempo qui a aussi une touche d'exotisme, des synthés et des effets rétro. C'est soit un peu kitsch et artificiel, soit un vrai bijou — à vous de voir ! Moi en tout cas j'accroche carrément.
Distant Images





Saagara est un ensemble de jazz fusion qui tire son inspiration de traditions indiennes et européennes. Le groupe est composé d'un Polonais (connu pour d'autres projets aussi, il s'appelle Wacław Zimpel) et de quatre Indiens, c'est super accessible et agréable, avec en général une ou deux lignes libres sur des éléments rythmiques répétitifs. Ça dure 39 minutes, c'est très réussi et c'est sur Bandcamp.

(Et si vous voulez plus de jazz, La Saboteuse de Yazz Ahmed et Fly or Die de Jaimie Branch sont bien aussi. Je ne les mets pas dans mon top parce que ça reste des genres que j'écoute peu, mais ils figurent dans d'autres tops.)
2




Il est intéressant d'entendre des artistes qui ont fait leurs preuves depuis longtemps s'essayer à quelque chose de différent. Ainsi Éliane Radigue, qui après avoir expérimenté avec des bandes magnétiques et du feedback au début de sa carrière, est surtout connue pour ses drones subtils sur synthétiseur ; sa Trilogie de la Mort est le chef d'œuvre du genre. Et puis, après trente ans passés avec cet instrument, elle a complètement abandonné son ARP 2500 pour écrire des compositions acoustiques… même si, pour elle, ce n'était qu'une extension naturelle de son travail*.

Pour être honnête, je n'ai jamais vraiment aimé la première œuvre acoustique que j'ai écoutée d'elle, Naldjorlak — morose et interminable.

Mais Occam Ocean, c'est autre chose. “Occam River I” est ce que j'aurais aimé que Naldjorlak soit : une musique toute en nuances diffuses, changeantes, superposées par transparences, grave mais belle. Les “Occam” suivants, pour instruments seuls, sont des études de détail, on a l'impression de toucher les cordes tant les sons sont tangibles ; je n'ai lu aucune critique encore mais j'imagine que tout le monde n'aimera pas “Occam III”, où le souffle et les efforts de la musicienne sur son birbyné se font autant entendre que l'instrument lui-même — je me prends à inspirer et à expirer en même temps qu'elle. Sur “Occam Delta II”, il y a presque un sentiment d'alerte. Si les noms (rivières, deltas…) correspondent à la formation qui joue chaque pièce, la compositrice cherche personnellement avec chaque instrumentiste une image précise, personnelle, associée à l'eau*.

Tout ça remplit deux CDs pour le moment, et ce n'est qu'une partie de l'ensemble : Occam est un projet-fleuve avec vingt pièces, vingt-deux solos modulables. On peut aussi écouter des performances d'“Occam Ocean” (pour orchestre) sur Youtube, je vous le conseille.

Contrairement à l'album de Sarah Davachi, Occam Ocean 1 est une œuvre à réserver aux oreilles averties, mais elle vaut vraiment le coup.

* Je tire ça de cet article, intéressant à lire si vous vous intéressez à l'œuvre.




De l'ambient techno bien deep avec des rythmes qui frappent juste ce qu'il faut là où il faut, des inspirations de drum'n'bass sans que ça ressemble à de la drum'n'bass ; deux pistes plus ambient et deux plus rythmées, même si toutes les quatre jouent des deux côtés. Et une toute petite référence à Roy Ayers en passant, c'est rien mais ça fait toujours plaisir. Rien à redire, cet EP de Skee Mask est un bijou. Pas de vrai titre, le numéro de catalogue est ISS002. (Et ça me donne carrément envie d'écouter son album entier sorti l'an dernier, je vais m'y mettre dès que j'aurai posté ce top !)
ISS002




[Repost d'août] Patterns of Consciousness de Caterina Barbieri est un excellent album minimaliste avec de très belles mélodies.

Sauf que comme je ne sais pas comment décrire une mélodie, je vais parler vite fait du concept : les compositions sont basées sur des motifs dont seule une partie est entendue à chaque fois, comme si une caméra se déplaçait progressivement le long de la partition. Les trois premières pistes sont présentées en deux versions — la première intense, claire, rapide et rythmée, la seconde plus minimaliste, plus lente, où les notes s'étirent et se superposent… Enfin le final, lent, clair et crépusculaire, fait la synthèse des deux approches. J'ai balancé le mot « crépusculaire » comme ça mais il conviendrait à tout l'album, je trouve.

Le choix du tout-synthé rappelle certains disques d'électronique progressive, mais l'œuvre dans son ensemble est plus proche du minimalisme qu'on peut entendre chez Steve Reich ou Philip Glass. Mais émouvant d'une différente manière. Je recommande vivement.
Patterns of Consciousness




Drifter, compositions de Linda Catlin Smith interprétées par l'Apartment House & Bozzini Quartet, est un album de musique contemporaine (de chambre / expérimentale) qui tempère son austérité avec une belle sensibilité. Les compositions ne font entendre que peu d'instruments à la fois, avec volontiers des vides si ce n'est des silences, et les harmonies n'y sont pas une évidence ; en fait, la musique se meut le plus souvent entre assonances et dissonances sans toucher l'une ni l'autre. Mais chaque ligne est pertinente, provoque une réaction inattendue et belle à sa manière, rugosité, souplesse, solitude temporaire ou union éphémère. Moi qui suis d'habitude peu sensible aux musiques classiques et contemporaines à part les impressionnistes, j'ai beaucoup aimé et j'ai souvent eu envie d'y revenir. Tout au plus puis-je reprocher à cet album d'avoir quelques longueurs.




Yaeji est une artiste qui plait autant aux fans de pop et r&b qu'aux fans de house ; son EP2 a les pieds sur le dancefloor et la tête dans les nuages. Le single “Raingurl” est entêtant, avec le refrain le plus basique du monde mais une production deep parfaite, et les autres pistes sont une deuxième belle surprise : nettement plus diffus et introspectifs, toujours rythmés mais presque ambient. Ça donne envie d'en entendre davantage !






Je recommande en passant 金606 de YYY (je crois que c'est le nom de la série de disques, qui ne sont pas signés par les artistes). C'est pas grand chose, juste un petit EP de deux pistes entre microhouse et deep house, mais qui ont une super progression, du style, et sont irréprochables dans le genre. Un disque que j'ai découvert tôt et que je n'ai pas oublié de l'année.








Il m'a fallu quelques écoutes avant d'accrocher vraiment à Ctrl de SZA. (En fait, la première piste que j'avais entendue d'elle, je l'avais zappée !) C'est certes du r'n'b classique dans le style, le genre à laisser attendre des titres accrocheurs et sensuels de la manière la plus classique, et pourtant ce n'est pas ça qui le fait tenir : il n'y a aucun tube évident ici, simplement plein de petits passages qui touchent juste mine de rien, et qui au fil des écoutes donnent de plus en plus envie d'y revenir. Si il y a des thèmes ouvertement sexuels (“Doves in the Wind” en devient presque comique), ces chansons me paraissent plus introspectives qu'aguicheuses… et le double final avec “Pretty Little Birds” et “20 Something” est superbe.




Je suis toujours aussi fan de Session Victim. Listen to Your Heart est leur album le plus chaud et le plus cohérent à ce jour, de la house bien deep avec samples de jazz et légères influences disco, qui bouge tranquillement mais sûrement. Rien de vraiment nouveau, mais c'est maîtrisé, fait avec le cœur et ça fait carrément du bien. “Moons and Flowers” fait partie des meilleures pistes de l'année (une de plus — Session Victim est le groupe qui a le plus de pistes dans mon top 100 avec Sonic Youth, Orbital et Underworld).
Listen to Your Heart




[Repost de juillet] Si vous avez envie de vous intéresser aux musiques expérimentales actuelles mais que vous n'aimez pas la vulgarité ni l'agressivité, je vous conseille de jeter une oreille à Mono no Aware du label PAN. Seize pistes inédites par dix-huit artistes, des impressions mêlées de paix, de mélancolie, d'anxiété… On peut se laisser bercer, le disque est proche de l'ambient, mais jamais dénué d'une certaine étrangeté. Crépusculaire.

Tout l'album est bon, et étonnamment cohérent d'ailleurs (je me demande s'ils ont donné des consignes spécifiques aux artistes ?), mais s'il y a une piste qui se démarque vraiment dessus à mes oreilles, c'est celle de Malibu, une artiste française (qui n'a pas encore sorti d'album ni d'EP complet mais qui me donne envie d'en écouter plus) ; cette “Held” me fait penser à un pendant intimiste et peut-être accidentel de la sublime “Batwings” de Coil.
Mono no Aware





JASSS cache son jeu avec Weightless : une pochette et un titre qu'on dirait tirés d'un album de dream pop (rien à voir, c'est de l'électro-industriel), une musique qui prend des chemins détournés constamment, comme avec la boucle arabisante glauque sur “Danza”, le jazz qui sort de nulle part mais reste en arrière-plan de gémissements chelous sur “Cotton for Lunch”, le compte sur la piste-titre qui tourne en boucle… Ce disque est retors, déstabilisant, volontairement difficile à cerner. Et en même temps il a plein de passages accrocheurs, en plus d'être original. C'est un jeu du chat et de la souris. Je parie que d'ici quelques mois ou quelques années, un rythme ou une mélodie me reviendra en tête et que je n'arriverai pas à me rappeler de quel album il s'agit !




Lack (惊蛰) de Pan Daijing (潘岱静) est un album expérimental cru, qui fait entendre l'animal dans l'humain, ne dit rien ni ne cache rien. Dix pistes qui ne cherchent ni la beauté ni la laideur, simplement à sortir quelque chose de l'intérieur, tremblant, sanglant, et à le présenter ; l'artiste dit qu'en finissant son album, elle n'avait plus l'impression d'écouter des pistes mais un processus psychoanalytique. Ça s'entend. De l'angoisse, du bruit, des instruments en métal, toutes sortes de vocalises mais pas de chant, un rythme dissonant aussi absurde que prenant sur “The Nerve Meter” (神经之量), des grincements, gémissements et autres bruits corporels sur “Practice of Hygiene” (洁净之用) — la piste qui fait le plus réagir, il y en a qui la trouvent répugnante, d'autres inécoutable, d'autres fascinante. Je dis oui, mais je comprends tout aussi bien son inclusion dans plusieurs tops de webzines que sa note plutôt faible sur RYM. À vous de voir !
Lack 惊蛰




Volumi Dinamici de Claudio PRC, c'est le genre de techno atmosphérique minimaliste que je prends toujours beaucoup de plaisir à écouter. Je sais, j'ai toujours la même référence depuis des années, mais au début je me suis dit que ça me rappelait Voices from the Lake avec de l'air, du béton et du métal à la place des paysages organiques sous-marins… Autre grande différence : les pistes sont séparées et ne forment pas de grand arc, ce qui pourrait être une faiblesse mais permet aussi plus de variété dans les pistes. Excellent disque en tout cas. Avec un coup de cœur particulier pour “Materia”, la dernière piste, qui fait monter la pression très progressivement sans s'arrêter et présente même un rythme bien dansant, juste pour la fin.
Volumi Dinamici





Transitions of Life de Synthek aurait pu être la bande son d'un film de cyberpunk noir à la Blade Runner. C'est de la techno, un peu sombre mais plus tendue que glauque, avec quelques passages apaisés et étonnamment accrocheuse.

En fait, je trouve qu'il colle mieux aux décors et à l'ambiance de Blade Runner (comme je me l'imagine) que la vraie B.O. du film… mais il est vrai que la techno est née en même temps que ce film, et ne ressemblait pas encore à ça à l'époque.
Transitions of Life





Layering Time d'Eva-Maria Houben et Ernesto Rodrigues ressemble beaucoup à une improvisation très éparse pour piano et alto en extérieur, un jour d'automne ou d'hiver ; zen, belle et un peu solennelle. Les bruits ambiants y tiennent une place si importante — le vent, un clocher au loin, deux passants, et surtout des corbeaux — que les instruments ne semblent là que pour les souligner et leur donner une légère teinte. Si vous avez besoin d'air après avoir écouté trop de chansons, c'est souverain.

Il s'agit en fait d'une reconstruction à partir d'enregistrements, mais ça sonne tellement naturel que je ne l'aurais probablement pas deviné.
Layering Time




Stack Music de Konrad Sprenger est un album minimaliste pour guitare électrique contrôlée par ordinateur suivant des algorithmes. Les compositions sont basées sur des motifs rythmiques, le système accorde la guitare tout en jouant, c'est beau, hypnotique et on a du mal à croire qu'il s'agit d'un seul instrument. J'aime beaucoup ce genre de musique, quand un principe simple révèle beaucoup de détails et de facettes. (Cf. aussi par exemple l'album de Seth Horvitz avec ses études pour piano automatique dont j'avais parlé il y a quelques mois.)
Stack Music





When Lobster Comes Home de Machine Woman est un EP plus que sympathique qui remplit plein de bonnes cases :
☑ accrocheur
☑ original (et difficile à classer dans un genre précis)
☑ noms de pistes rigolos
☑ sons inattendus et bizarroïdes…
☑ … qui n'empêchent pas la musique d'être dansante
☑ et le petit sample gratuit de Mortal Kombat (vous vous rappelez, le jeu vidéo ultraviolent avec la pub débile où un gamin se plante au milieu de la rue, étend les bras, crie « MORTAL KOMBAAAT ! » sans raison et y'a plein de gens qui accourent sans raison ?).

When Lobster Comes Home




全知全能 de Polkadot Stingray : rock dans les sons, pop dans l'esprit. 100 % mélodique, ça swingue tout le temps, et pas une piste qui atteigne les cinq minutes — j'ai eu l'impression d'être sur des montagnes russes au début ! Toute la force du disque est dans ses accroches, sinon c'est très classique au niveau du style. Ce que je déplore surtout, c'est le mastering avec du clipping qui s'entend ; pas de quoi empêcher le disque d'être très recommandable et “人魚” et “Synchronisica” de faire partie des meilleures chansons de l'année.






Il y a une certaine nostalgie très agréable qui se dégage des quatre pistes de cet EP de Giraffi Dog. Je ne saurais trop dire pourquoi, c'est de la house contemporaine, mais ce sont ces mélodies et ces sons synthétiques chauds qui me font penser à quelque chose qui sortirait des années 80 ou 90 ; d'ailleurs ce n'est pas si commun d'entendre un EP de dance music qui brille par ses mélodies sur chaque piste. En tout cas c'est du très bon.








[Repost d'octobre] Every Time Feels Like the Last Time de Daniel W J Mackenzie est un album d'ambient avec un côté acoustique mélancolique (violoncelle, piano, phonographies…) et un côté mystérieux, qui n'est pas étranger au bruitisme ni même à un peu de cruauté (on n'est pas chez Ben Frost, mais il n'est pas si loin que cela). Ce n'est pas du dark ambient, mais c'est clairement un disque à écouter la nuit.

Le label, Eilean, associe à tous ses disques une couleur, une saison ainsi qu'un point sur une carte ; pour cet album-ci, ils disent blanc, gris et hiver, mais je trouve que c'est déjà parfait pour l'automne avec les couleurs qui rougissent et le froid qui s'annonce. [edit : Et encore une fois on n'a pas d'hiver digne de ce nom. Bordel. Va falloir que je déménage en Norvège.]
Every Time Feels Like the Last Time





À mi-chemin entre Ryuichi Sakamoto et Ben Frost (je sais, ça fait une bonne distance !), il y a Fibolae, un des deux albums de Scanner sortis cette année. Une musique mi-rythmique mi-ambient, mi-électronique mi-acoustique, qui a par moments des allures de musiques de film, par moments rappelle certains disques d'IDM chauds comme ceux de Plaid ou de Telefon Tel Aviv, par moments envoie des percussions sacrément puissantes. Aucun adjectif, aucune couleur, aucun sentiment ne le définit à lui seul, c'est un réseau d'éléments éclectiques. D'ailleurs le mot “fibolae” n'existe pas et n'a aucun sens. C'est le seul défaut de ce disque, d'ailleurs : il me fait beaucoup d'effet quand je l'écoute (et je l'ai pas mal écouté), mais j'ai du mal à en garder une impression nette en mémoire ensuite.





Ça m'étonne, mais on trouve encore des albums de rock qui sont bons et originaux en 2017* ! Ainsi, Man Forever Play What They Want, qui a la bonne idée de laisser les guitares bien en retrait et se concentrer sur les percussions, le chant et quelques arrangements inhabituels (harpe, piano), en jouant du mystère et du suspens plutôt que de l'énergie ou du sentimentalisme. Il y a une piste de huit minutes avec Yo La Tengo, une de neuf minutes avec Laurie Anderson, j'y retrouve un peu de ce que j'aime chez ces deux artistes. En fait, le seul moment où le groupe se plante, c'est quand il essaie d'être direct et plutôt joyeux sur “Debt and Greed” (et même si elle est courte, sur une petite galette de cinq pistes pour 35 minutes, ça fait une tache qui se remarque) ; tout le reste est très bon.

* Peut-être que je surestime son originalité, parce que j'ai beaucoup de lacunes dans tout ce qui est rock indé des années 20XX.
Play What They Want





Pluto de Xu Cheng (徐程) est un voyage de plus d'une heure dans le quasi-vide intergalactique, une seule très longue piste de dark ambient minimaliste qui fait entendre la plus grande solitude… et puis, au fil du temps, des paysages changeants. Une certaine sérénité. Plus loin encore, une rencontre encore plus inattendue avec des synthés Berlin school qui change tout le disque. L'influence de Zeit de Tangerine Dream est évidente, mais le style est très différent, austère au point de faire presque disparaître la musique.
Pluto





[Repost de mai] Where Are We Going? : Octo Octa a fait son coming out et sorti un très bon disque de deep house pour l'occasion. Un album autobiographique, principalement instrumental mais qui prend une autre dimension quand on fait les liens avec les titres (principalement au niveau des émotions, mais il y a aussi par exemple une piste qui évoque la vie de l'artiste à quinze ans avec des samples de musiques qu'elle écoutait à l'époque)… Et c'est un sentiment d'espoir, de soulagement et d'optimisme qui ressort de l'album en entier. Ça fait plaisir à entendre !

Le son rappelle un peu celui de DJ Sprinkles, et je ne dis pas ça seulement à cause des thèmes. Si ça vous intéresse, il y a un entretien entre les deux artistes à lire ici.
Where Are We Going?



Il y a un style d'ambient populaire en ce moment, parfaitement représenté par le label Audio. Visuals. Atmosphere., qui joue du lo-fi et de sentiments mélancoliques voire carrément désespérés, avec des drones chauds et des expérimentations froides. En général ça sort sur cassette, et ça ressemble étrangement à certaines pistes calmes de… power electronics. (Si, si, ça existe, les pistes calmes de power electronics. Même si le genre est basé sur des prédateurs sexuels tueurs en série qui gueulent des horreurs sur du bruit qui casse les oreilles.) Je pense que je le rajouterai prochainement à ma page ambient sous le nom “desolate ambient” ou quelque chose comme ça.

Dans le genre, je peux recommander Housewife at the End of the World de Sofia Ozdravovna (le disque qui m'a fait découvrir le label, merci à Vincent Glandier), Bodies of Water de Head Dress, A Double Life d'Alocasia Garden (recommandé par L'Ombre sur la Mesure) — mais mon disque préféré, c'est Anatomy of Modern Paintings de Micromelancolié. (Sic. Oui, ça me dérange aussi de placer cet accent aigu là.) Que j'ai failli ne pas inclure sur ce top parce que la seconde piste me plaisait moins que la première… avant d'avoir l'idée d'en inverser l'ordre, ce qui fonctionne nettement mieux à mes oreilles. Le collage de la face B s'enchaîne étonnamment bien avec la boucle douce, triste et agréable, presque engourdissante, de la face A.
Anatomy of Modern Paintings





[Repost d'octobre] Māyopama de Miguel Isaza est un album basé sur le concept bouddhiste du même nom, qui se décline sur autant de pistes en : rêve, illusion magique, hallucination, mirage, écho, « cité de Gandharvas », réflection et apparition. C'est une musique très discrète, composée principalement à partir de phonographies qui, sans être reconnaissables, semblent changer l'espace dans lequel on les écoute. Quasiment rien n'arrive, mais c'est vraiment beau quand on y prête attention.
Māyopama






La plupart ont des clips aussi. Celles avec un bonhomme de neige figurent aussi dans le top albums (j'ai essayé de ne pas trop faire de redites, sauf quand il y a une piste vraiment exceptionnelle que j'ai écouté au moins une fois toute seule) !

☃  “Shout Down” de Doll$boxx (power trance metal). Big up à la batteuse aux cheveux bleus qui tue la mort avec son cri au début !

Aladdin” de Wednesday Campanella / 水曜日のカンパネラ (hip house). Tout l'album est très bon ! Juste un poil trop pop, joyeux et avec quelques effets qui m'agacent un peu pour que je le mette dans mon top, mais si j'avais essayé d'en faire un plus « objectif », il aurait mérité d'être dedans. Oh allez je l'inclus. Oh et puis non il est déjà tard et mon bras fatigue.

☃  “Synchronisica” de Polkadot Stingray (rock).

Sticky” de Ravyn Lenae (r'n'b). Le single est sorti fin décembre mais la piste fait aussi partie d'un EP à paraître.

Peter Hitchens” de Pessimist (drum'n'bass industrielle / techno).

☃  “Moons and Flowers” de Session Victim (deep house).

Pay Up” de Rapsody (hip hop). L'album vaut probablement le coup d'être écouté si vous aimez le hip hop, mais j'avoue qu'il est un peu long et dense pour moi — cette piste-là est vraiment ma préférée, super dansante.

LMK” de Kelela (r'n'b).

Dancing Is the Best Revenge” de !!! (dance-punk). Par contre l'album est tout naze à part cette piste.

Raingurl” de Yaeji (house, r'n'b).

Your Love Is a Power” de Lewis James feat. DanDansK (drum'n'bass).

High Enough” de K.Flay (rock). Très classique mais j'aime bien son style, il y a de bons trucs sur son disque.

Diamonds” de Xordox (synthés de l'espace).

Drive” de DJ Central & Erika Casier (house), et le remix de DJ Sports qui va bien aussi.

Search. Reveal.” de M.E.S.H. (IDM).

Underwater Lake” de Scanner (ambient), sur son autre album qui est nettement plus ambient.

… et puis toute la playlist Best of House 2017 des Chineurs, honnêtement, je ne l'ai pas encore finie mais j'ai la certitude qu'elle contient plein de pistes qui auraient encore mérité des places dans ce top.


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Statistiques, poussières et fonds de tiroir :

J'aurai fait ma sélection sur 178 disques, enfin un peu moins, il doit y en avoir une quinzaine là-dedans que j'ai téléchargés et pas encore écoutés.

L'album de Mézigue est décevant (surtout par rapport à ses EPs), mais il gagne quand même le prix du meilleur titre de piste de l'année avec “Je ne me déplace qu'en ascenseur ou en baskets lumière”.

Pour le packaging-gadget de l'année, je nomine l'ampoule USB de Gavin Miller (trouvée sur la liste d'A Closer Listen qui en a d'autres belles)… et j'élis la scie circulaire de Sujo, avec des sillons gravés, que l'on peut en théorie lire sur platine. Aux risques et périls de ladite platine.

Le disque le plus bizarre que j'aurai essayé (et je n'ai pas encore d'opinion à son sujet) est Sacred Horror in Design de Sote.

Le disque que j'aurai le plus écouté en 2017 aura peut-être été le Fabriclive 09 de Jacques Lu Cont (j'en ai parlé je ne sais plus quand), et ma piste la plus écoutée peut-être “Funky Souls” de Robert Hood / Floorplan.

Et le plus mauvais truc que j'aurai écouté est TapirLandia de Szarfaszú Vizelet, un disque de metal amateur hongrois de 11 minutes avec une pochette ultra-moche et toutes les pistes qui font référence à des tapirs. Ça peut avoir l'air génialement nul dit comme ça, mais la musique est simplement nulle, le genre de truc enregistré à l'arrache par deux ou trois potes qui voulaient s'amuser et c'est tout.