dimanche 23 septembre 2018

Identité



Est-ce uniquement par la différence et la négation que l'on définit quelque chose ? Y compris soi-même ?

L'identité personnelle, est-ce comment l'on se définit soi-même, comment notre entourage nous voit… ou l'intersection des deux — ce qui nous paraît correct dans le reflet que les autres nous renvoient ? (C'est peut-être un peu une bataille sémantique ?)

Je ne ressens pas de sentiment d'appartenance à mon pays, mais je pense qu'en parlant avec une personne d'une culture très différente de la mienne, je remarquerais les différences (dans les habitudes, les incompréhensions…). Je peux dire ce que je ne suis pas plus facilement que ce que je suis.

Sur internet, j'ai plusieurs pseudos (même si j'ai — trop ? — tendance à réutiliser les mêmes). Je regrette de ne pas avoir créé deux ou trois comptes différents sur Facebook, un « professionnel », un « vie réelle » et un « internet ». Des frontières que j'ai vraiment envie de garder. Mais qui ne seraient pas si évidentes que ça à tenir, évidemment.

Parfois, j'ai l'impression d'être comme une caméra, un curseur, qui doit se trimbaler un corps et des responsabilités dont je ne veux pas vraiment. Et que mes préférences personnelles (j'aime le calme, j'aime le thé, j'aime les musiques électroniques…) sont ce que j'ai de plus personnel, parce que j'y tiens plus qu'à mon lieu de naissance, mon corps ou ma situation sociale. Autant de facteurs qui, pourtant, ont déterminé ma vie.

Pour ce qui est de l'identité de genre… J'ai cherché et j'ai eu beaucoup de mal à trouver une définition plus détaillée et explicite que « comment on se sent intérieurement ». Le genre social, performatif, je comprends. Mais se sentir femme ou se sentir homme, je n'arrive pas à m'imaginer ce que cela fait, si ce n'est l'aspect de la préférence esthétique (j'ai l'impression qu'il ne doit pas y avoir que cela). Les seules remarques que j'ai lues qui ont semblé m'éclairer un peu : (a) au sujet de la dysphorie de genre, c'est comme si tout le monde te prenait pour quelqu'un que tu n'es pas ; (b) au sujet de l'identité de genre : accepterais-tu de changer de sexe définitivement si on t'offrait, disons, une grosse somme d'argent ? Sinon, pourquoi ? Intéressant à lire à ce sujet : l'article “Cis by Default” (en anglais), où il apparaît que parmi les personnes cisgenres interrogées, à peu près la moitié n'ont pas d'identité de genre forte et s'accomodent simplement de la situation. (Y a-t-il des personnes qui se situent en dehors de l'axe ♀—♂ sans être « neutres » (neutrois) ou « nulle part » (agenres) ? Il semble que oui, le mot utilisé pour le moment est « maverique ». Je n'arrive pas du tout à me représenter cela, c'est comme si j'avais du mal à voir les couleurs et qu'on m'annonçait qu'on venait d'en découvrir une nouvelle, mais j'aime beaucoup l'idée.)

Souvent, je m'imagine d'autres vies. Je me fais des films, avec d'autres corps, d'autres vies dans d'autres mondes. J'en change très souvent. Je ne m'imagine jamais moi-même quand je fais ça, enfin, moi-même au niveau corporel je veux dire. Si j'avais le choix de devenir une de ces personnes… j'aurais beaucoup de mal à me décider.

J'aime les jeux vidéo où on peut créer son propre personnage, ça me manque quand on ne peut pas le faire. Je ne m'identifie jamais totalement au personnage, mais ça affecte mon sentiment d'implication un petit peu quand même. Et ça me frustre un peu quand le seul choix est d'incarner un personnage qui ne m'a pas l'air sympathique ou que je n'aime pas. Parfois je préférerais même que l'ennemi gagne.

(Bon, je laisse tomber la question des « politiques d'identité », j'ai pas envie d'écrire sur de la politique là.)

Une autre question encore serait celle de la cohésion de tout ça. De ce qui constitue le « soi », si ce n'est pas un bateau de Thésée (et oui, je sais que le « soi » et l'identité personnelle ne sont pas la même chose, mais bon). Un test intéressant à faire (en anglais), et auquel j'ai échoué : “Staying Alive”, sur le site Philosophy Experiments.

Je ne sais toujours pas quoi répondre à la question « qui es-tu ? » ou « qui êtes-vous ? ». Mais je sais dire ce que je fais et ce que j'aime, et c'est peut-être plus intéressant.

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