jeudi 26 mars 2015
♪ 31 : Qui sont ces trois serpentes noires qui sifflent sur les pommes plates de l'Antarctique ?
Qu'est-ce donc que cette « musique pour soixante-dix serpents » ? Un disque portugais inclassable, qui date de 1988, dont seule la moitié des pistes sont nommées ; un chaînon qu'on ne savait pas être manquant entre plusieurs tendances expérimentales qui n'ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres.
On y écoute des mélodies rigolotes, mignonnes ou déglinguées, des chuchotements, des silences, du proto-glitch, de l'ambient — et même si cette musique est très expérimentale, elle a aussi une certaine candeur. On peut y entendre, par-ci, par-là, quelques ressemblances avec Asmus Tietchens (en piochant au hasard dans sa discographie), Automatic Writing de Robert Ashley (sorti dix ans avant), mais aussi des disques beaucoup plus faciles comme Sakura de Susumu Yokota (sorti dix ans après). Plux Quba de Nuno Canavarro a été réédité chez Moikai, le label de Jim O'Rourke, dix ans après sa sortie — mais ça aussi, c'était il y a dix ans (voire un peu plus), et il est de nouveau épuisé. C'est dommage parce qu'il est vraiment bien, ce disque !
Sonic Antarctica d'Andrea Polli est un album documentaire. Des phonographies prises aux vallées sèches de McMurdo (en Antarctique) et au pôle sud, des entretiens avec des climatologues et météorologues, et des données scientifiques converties en sons… On a de beaux paysages sonores et des commentaires, c'est vraiment comme dans un reportage vidéo. Ou un journal de bord, sans le côté linéaire.
Ce disque est fait pour être écouté avec attention, mais esthétiquement, c'est proche d'autres disques de phonographies, musique concrète ou même onkyo (les données converties en sons donnent des séries de bips) ; c'est froid, mais intéressant et je trouve ça agréable à écouter.
Je pensais que les voix me gêneraient, que j'aurais envie de les couper pour n'avoir que les autres sons — un disque se réécoute, mais a-t-on envie de réentendre encore et encore un article ou une thèse ? — mais en fait non. Ce n'est pas un album uniquement sur l'Antarctique, c'est un album sur l'étude de notre environnement là-bas, et du coup, c'est cohérent d'avoir les voix des scientifiques (et celle d'Andrea par moments). Je pense que ça pourra gêner d'autres personnes que moi, par contre. À vous de voir.
C'est édité chez Gruenrekorder, un label allemand qui propose aussi des trucs gratuits, comme une grosse archive de presque neuf heures de field recordings (47 pistes par 47 artistes différents).
À la recherche d'autres artistes qui ressembleraient aux Necks*, je pioche des trucs dans cette liste : In a Silent Way: Minimal and Ambient Jazz (en prenant mon temps, ce qui fait beaucoup de temps vu que j'écoute peu de jazz.)
Leucocyte de l'Esbjörn Svensson Trio m'accroche beaucoup. Piano, basse et batterie, comme les Necks. Mais la musique est différente ; il y a des passages rythmés, presque rock (notamment sur la suite-titre), d'autres simples et élégants, presque ambient… C'est très varié, et étonnamment accessible pour un disque de jazz ! La musique est belle, jamais monotone, et surtout claire sans être simpliste.
Il n'y a que deux choses que je reproche un peu à ce disque : (1) “Jazz”, qui part un peu dans tous les sens avec son improvisation (mais c'est peut-être parce que je n'ai pas l'esprit jazz, justement…) et (2) une petite voix nasillarde en arrière-plan sur certaines pistes. Un des musiciens semble croire bon de faire de tout petits « myé myé myé nyyéeuuh » pour s'accompagner, il faudrait lui dire d'arrêter un peu, ça fait débile. Ça ne s'entend qu'en fond à certains moments, heureusement, et ça n'empêche pas d'apprécier la musique. Disons que si je donnais des notes à la Pitchfork, ça ferait passer la note de Leucocyte de 8.6 à 8.3, quelque chose du genre.
* Soit : de l'ambient jazz minimaliste expérimental, de longues improvisations répétitives qui durent de vingt minutes à plus d'une heure chacune. J'en ai déjà parlé et j'en reparlerai encore parce que c'est excellent.
Ça s'entend parfois (DJ Sprinkles entre autres l'a clairement fait entendre) : la deep house est un genre dansant, mais qui peut aussi volontiers être mélancolique.
La face A d'I Am Woman de Marcellis est chargée de mélancolie, la face B de rancœur. La musique reste dansante, mais il y a toujours quelque instabilité, quelque décalage ici, comme sur “You”, une chanson d'amour qui aurait été passe-partout si elle n'était ainsi dépouillée, lente et toute en bémols. C'est une musique qui ne passe pas toute seule, elle attire l'attention. Un peu plus loin, la très belle “Speakeasy” évoque beauté et solitude avec une élégance minimaliste ; de l'autre côté, il y a “Donnie”, la piste la plus dansante et rythmique du lot, très entraînante mais mue par une rage jalouse. Je ne sais pas à quel point les samples sont présents ici, mais j'ai l'impression qu'il y en a moins que d'habitude pour un disque de house. Marcellis chante lui-même en tout cas.
J'aime beaucoup ce disque, mais je ne peux pas passer sur ses défauts : “Wanderland” et “Dang Me” sont de bonnes pistes, mais des pistes d'arrière-plan, qui auraient nécessité plus de titres à côté pour que le disque soit tout à fait cohésif… Et surtout il y a “Because”, qui a retardé à elle seule d'une bonne année l'écriture de cette chronique. C'est la plus longue piste (onze minutes), et Marcellis commence par y chanter d'une voix aiguë fausse et complètement ridicule sur une instrumentation qui paraît elle aussi à côté de la plaque. Les choses se mettent en place progressivement, puis se déglinguent à nouveau. Là, honnêtement, non, pour moi ça ne fonctionne plus. Cette piste fout presque en l'air l'album à elle seule (d'autant plus que c'est un disque vinyle, donc malaisé de la zapper à moins d'écouter un rip).
J'espère que Marcellis sortira un nouveau disque, parce qu'il a du talent et surtout un style original et touchant. Workshop 16 et I Am Woman (ne me demandez pas pourquoi ce titre) sont des disques imparfaits mais vraiment prometteurs…
Flatland d'Objekt a fait beaucoup parler de lui l'an dernier, à raison. C'est de la techno expérimentale aussi rythmée qu'étrange — on pourrait même y entendre une réinvention de l'IDM, qui partirait de la techno (comme l'ont fait Autechre et Aphex Twin à leurs débuts) pour arriver à une musique plus cérébrale, mais en prenant un autre chemin. Les beats sont très présents, classiques et efficaces, mais ils charrient plein de sons inattendus tout le long ; c'est une danse dans l'inconnu, les sons sont trop abstraits pour m'évoquer réellement quoi que ce soit, mais esthétiquement ils sont très intéressants. Le principe a l'air classique, décrit comme ça, mais la musique ne l'est pas !
C'est sorti chez Pan, le même label qui a sorti KOCH de Lee Gamble (j'en avais parlé il y a quelque temps). Les deux albums se ressemblent un petit peu d'ailleurs, et les deux sont très bons ; KOCH est plus progressif, Flatland plus direct. Je crois que Flatland est encore meilleur, ça fait cinq fois que je l'écoute et il me plaît un petit peu plus à chaque fois.
Je m'en veux de ne pas arriver à mettre des mots sur ce qui me plaît tant chez certains artistes du minimalisme, du « presque rien ». Ce qui fait, surtout, que certains se démarquent vraiment alors que d'autres font de la musique complètement anonyme.
3 Renditions de Yann Novak est, en tout cas, un très bon album dans le genre. C'est la pochette qui m'a donné envie de l'écouter, et elle illustre bien la musique : extrêmement simple en apparence mais belle, des drones et phonographies chatoyantes, et surtout des harmonies changeantes et envoûtantes qui contredisent la froideur de ce genre de sons. Si on regarde ces pistes avec un spectrogramme, on obtient presque des tableaux abstraits. Je ne connais pas encore bien Novak, mais il a collaboré avec Richard Chartier, dont j'aime aussi beaucoup le travail ; ça me rappelle aussi un petit peu les travaux d'Andy Graydon, un autre de mes favoris, en plus abstrait.
L'album est disponible à prix libre ici.
When the Pawn Hits the Conflicts He Thinks like a King What He Knows Throws the Blows When He Goes to the Fight and He'll Win the Whole Thing 'fore He Enters the Ring There's No Body to Batter When Your Mind Is Your Might so When You Go Solo, You Hold Your Own Hand and Remember That Depth Is the Greatest of Heights and If You Know Where You Stand, Then You Know Where to Land and If You Fall It Won't Matter, Cuz You'll Know That You're Right de Fiona Apple coucou coucou c'est ici que finit le titre ! J'aime beaucoup ces chansons, et c'est rare au final que j'accroche tant — et surtout, sans réserve — à un album pop/rock qui a un style aussi classique. J'ai plus tendance à écouter des albums de sons que des albums de chansons, et ça fait du bien aussi de changer un peu. Et oui, j'admets que je n'avais jamais écouté Fiona Apple auparavant. C'est loin d'être le seul disque connu que j'ai découvert depuis la dernière fois d'ailleurs, mais c'est un de ceux où je me suis le plus dit « J'ai bien fait de l'avoir écouté, celui-là ! ».
Je n'écris pas de critique parce que 2457 autres personnes l'ont déjà fait mieux que ce que j'aurais pu le faire. J'évite aussi les demi-blagues mi-nazes sur le titre parce que là encore, on a dû épuiser le sujet depuis longtemps (et que je préfère m'en prendre aux longs titres-tirades jérémiadesques d'Efrim Menuck & co). Je me demande quel pourcentage des auditeurs de cet album l'ont écouté sans en lire le titre en entier, d'ailleurs.
Enfin, si jamais vous avez envie d'un peu d'ultraviolence, je vous conseille l'EP éponyme de Затухание. C'est du black noise, soit un mélange de noise et de black metal — inutile de préciser que ça sature à fond, qu'il y a de la distortion partout et qu'il est à peu près impossible de savoir si les voix sont des paroles ou de simples cris d'orfraie ! Pourtant cette musique n'est pas superficielle : chacune des six pistes a son propre style, parfois proche de l'industriel glauque, parfois du punk rock, parfois d'autres formes de metal ; c'est agressif, brutal, mais ça n'est pas idiot ni vain.
C'est le seul truc jamais sorti par le groupe, ça dure dix minutes et cinquante secondes à tout casser et c'est disponible en téléchargement gratuit. Si ça vous tente, aucune raison d'hésiter.
On y écoute des mélodies rigolotes, mignonnes ou déglinguées, des chuchotements, des silences, du proto-glitch, de l'ambient — et même si cette musique est très expérimentale, elle a aussi une certaine candeur. On peut y entendre, par-ci, par-là, quelques ressemblances avec Asmus Tietchens (en piochant au hasard dans sa discographie), Automatic Writing de Robert Ashley (sorti dix ans avant), mais aussi des disques beaucoup plus faciles comme Sakura de Susumu Yokota (sorti dix ans après). Plux Quba de Nuno Canavarro a été réédité chez Moikai, le label de Jim O'Rourke, dix ans après sa sortie — mais ça aussi, c'était il y a dix ans (voire un peu plus), et il est de nouveau épuisé. C'est dommage parce qu'il est vraiment bien, ce disque !
Sonic Antarctica d'Andrea Polli est un album documentaire. Des phonographies prises aux vallées sèches de McMurdo (en Antarctique) et au pôle sud, des entretiens avec des climatologues et météorologues, et des données scientifiques converties en sons… On a de beaux paysages sonores et des commentaires, c'est vraiment comme dans un reportage vidéo. Ou un journal de bord, sans le côté linéaire.
Ce disque est fait pour être écouté avec attention, mais esthétiquement, c'est proche d'autres disques de phonographies, musique concrète ou même onkyo (les données converties en sons donnent des séries de bips) ; c'est froid, mais intéressant et je trouve ça agréable à écouter.
Je pensais que les voix me gêneraient, que j'aurais envie de les couper pour n'avoir que les autres sons — un disque se réécoute, mais a-t-on envie de réentendre encore et encore un article ou une thèse ? — mais en fait non. Ce n'est pas un album uniquement sur l'Antarctique, c'est un album sur l'étude de notre environnement là-bas, et du coup, c'est cohérent d'avoir les voix des scientifiques (et celle d'Andrea par moments). Je pense que ça pourra gêner d'autres personnes que moi, par contre. À vous de voir.
C'est édité chez Gruenrekorder, un label allemand qui propose aussi des trucs gratuits, comme une grosse archive de presque neuf heures de field recordings (47 pistes par 47 artistes différents).
À la recherche d'autres artistes qui ressembleraient aux Necks*, je pioche des trucs dans cette liste : In a Silent Way: Minimal and Ambient Jazz (en prenant mon temps, ce qui fait beaucoup de temps vu que j'écoute peu de jazz.)
Leucocyte de l'Esbjörn Svensson Trio m'accroche beaucoup. Piano, basse et batterie, comme les Necks. Mais la musique est différente ; il y a des passages rythmés, presque rock (notamment sur la suite-titre), d'autres simples et élégants, presque ambient… C'est très varié, et étonnamment accessible pour un disque de jazz ! La musique est belle, jamais monotone, et surtout claire sans être simpliste.
Il n'y a que deux choses que je reproche un peu à ce disque : (1) “Jazz”, qui part un peu dans tous les sens avec son improvisation (mais c'est peut-être parce que je n'ai pas l'esprit jazz, justement…) et (2) une petite voix nasillarde en arrière-plan sur certaines pistes. Un des musiciens semble croire bon de faire de tout petits « myé myé myé nyyéeuuh » pour s'accompagner, il faudrait lui dire d'arrêter un peu, ça fait débile. Ça ne s'entend qu'en fond à certains moments, heureusement, et ça n'empêche pas d'apprécier la musique. Disons que si je donnais des notes à la Pitchfork, ça ferait passer la note de Leucocyte de 8.6 à 8.3, quelque chose du genre.
* Soit : de l'ambient jazz minimaliste expérimental, de longues improvisations répétitives qui durent de vingt minutes à plus d'une heure chacune. J'en ai déjà parlé et j'en reparlerai encore parce que c'est excellent.
Ça s'entend parfois (DJ Sprinkles entre autres l'a clairement fait entendre) : la deep house est un genre dansant, mais qui peut aussi volontiers être mélancolique.
La face A d'I Am Woman de Marcellis est chargée de mélancolie, la face B de rancœur. La musique reste dansante, mais il y a toujours quelque instabilité, quelque décalage ici, comme sur “You”, une chanson d'amour qui aurait été passe-partout si elle n'était ainsi dépouillée, lente et toute en bémols. C'est une musique qui ne passe pas toute seule, elle attire l'attention. Un peu plus loin, la très belle “Speakeasy” évoque beauté et solitude avec une élégance minimaliste ; de l'autre côté, il y a “Donnie”, la piste la plus dansante et rythmique du lot, très entraînante mais mue par une rage jalouse. Je ne sais pas à quel point les samples sont présents ici, mais j'ai l'impression qu'il y en a moins que d'habitude pour un disque de house. Marcellis chante lui-même en tout cas.
J'aime beaucoup ce disque, mais je ne peux pas passer sur ses défauts : “Wanderland” et “Dang Me” sont de bonnes pistes, mais des pistes d'arrière-plan, qui auraient nécessité plus de titres à côté pour que le disque soit tout à fait cohésif… Et surtout il y a “Because”, qui a retardé à elle seule d'une bonne année l'écriture de cette chronique. C'est la plus longue piste (onze minutes), et Marcellis commence par y chanter d'une voix aiguë fausse et complètement ridicule sur une instrumentation qui paraît elle aussi à côté de la plaque. Les choses se mettent en place progressivement, puis se déglinguent à nouveau. Là, honnêtement, non, pour moi ça ne fonctionne plus. Cette piste fout presque en l'air l'album à elle seule (d'autant plus que c'est un disque vinyle, donc malaisé de la zapper à moins d'écouter un rip).
J'espère que Marcellis sortira un nouveau disque, parce qu'il a du talent et surtout un style original et touchant. Workshop 16 et I Am Woman (ne me demandez pas pourquoi ce titre) sont des disques imparfaits mais vraiment prometteurs…
Flatland d'Objekt a fait beaucoup parler de lui l'an dernier, à raison. C'est de la techno expérimentale aussi rythmée qu'étrange — on pourrait même y entendre une réinvention de l'IDM, qui partirait de la techno (comme l'ont fait Autechre et Aphex Twin à leurs débuts) pour arriver à une musique plus cérébrale, mais en prenant un autre chemin. Les beats sont très présents, classiques et efficaces, mais ils charrient plein de sons inattendus tout le long ; c'est une danse dans l'inconnu, les sons sont trop abstraits pour m'évoquer réellement quoi que ce soit, mais esthétiquement ils sont très intéressants. Le principe a l'air classique, décrit comme ça, mais la musique ne l'est pas !
C'est sorti chez Pan, le même label qui a sorti KOCH de Lee Gamble (j'en avais parlé il y a quelque temps). Les deux albums se ressemblent un petit peu d'ailleurs, et les deux sont très bons ; KOCH est plus progressif, Flatland plus direct. Je crois que Flatland est encore meilleur, ça fait cinq fois que je l'écoute et il me plaît un petit peu plus à chaque fois.
Je m'en veux de ne pas arriver à mettre des mots sur ce qui me plaît tant chez certains artistes du minimalisme, du « presque rien ». Ce qui fait, surtout, que certains se démarquent vraiment alors que d'autres font de la musique complètement anonyme.
3 Renditions de Yann Novak est, en tout cas, un très bon album dans le genre. C'est la pochette qui m'a donné envie de l'écouter, et elle illustre bien la musique : extrêmement simple en apparence mais belle, des drones et phonographies chatoyantes, et surtout des harmonies changeantes et envoûtantes qui contredisent la froideur de ce genre de sons. Si on regarde ces pistes avec un spectrogramme, on obtient presque des tableaux abstraits. Je ne connais pas encore bien Novak, mais il a collaboré avec Richard Chartier, dont j'aime aussi beaucoup le travail ; ça me rappelle aussi un petit peu les travaux d'Andy Graydon, un autre de mes favoris, en plus abstrait.
L'album est disponible à prix libre ici.
When the Pawn Hits the Conflicts He Thinks like a King What He Knows Throws the Blows When He Goes to the Fight and He'll Win the Whole Thing 'fore He Enters the Ring There's No Body to Batter When Your Mind Is Your Might so When You Go Solo, You Hold Your Own Hand and Remember That Depth Is the Greatest of Heights and If You Know Where You Stand, Then You Know Where to Land and If You Fall It Won't Matter, Cuz You'll Know That You're Right de Fiona Apple coucou coucou c'est ici que finit le titre ! J'aime beaucoup ces chansons, et c'est rare au final que j'accroche tant — et surtout, sans réserve — à un album pop/rock qui a un style aussi classique. J'ai plus tendance à écouter des albums de sons que des albums de chansons, et ça fait du bien aussi de changer un peu. Et oui, j'admets que je n'avais jamais écouté Fiona Apple auparavant. C'est loin d'être le seul disque connu que j'ai découvert depuis la dernière fois d'ailleurs, mais c'est un de ceux où je me suis le plus dit « J'ai bien fait de l'avoir écouté, celui-là ! ».
Je n'écris pas de critique parce que 2457 autres personnes l'ont déjà fait mieux que ce que j'aurais pu le faire. J'évite aussi les demi-blagues mi-nazes sur le titre parce que là encore, on a dû épuiser le sujet depuis longtemps (et que je préfère m'en prendre aux longs titres-tirades jérémiadesques d'Efrim Menuck & co). Je me demande quel pourcentage des auditeurs de cet album l'ont écouté sans en lire le titre en entier, d'ailleurs.
Enfin, si jamais vous avez envie d'un peu d'ultraviolence, je vous conseille l'EP éponyme de Затухание. C'est du black noise, soit un mélange de noise et de black metal — inutile de préciser que ça sature à fond, qu'il y a de la distortion partout et qu'il est à peu près impossible de savoir si les voix sont des paroles ou de simples cris d'orfraie ! Pourtant cette musique n'est pas superficielle : chacune des six pistes a son propre style, parfois proche de l'industriel glauque, parfois du punk rock, parfois d'autres formes de metal ; c'est agressif, brutal, mais ça n'est pas idiot ni vain.
C'est le seul truc jamais sorti par le groupe, ça dure dix minutes et cinquante secondes à tout casser et c'est disponible en téléchargement gratuit. Si ça vous tente, aucune raison d'hésiter.
lundi 23 mars 2015
Mystères et Merveilles de l'Unicode (1)
J’aime l’écriture et la typographie. L’un des aspects que je préfère dans l’apprentissage d’une langue étrangère, c’est celui de l’alphabet… alors forcément, avoir accès à une gigantesque base de données de caractères, j'aime ça. Et ça permet d'apprendre pas mal de choses. D'où ce sujet un peu geek sur le standard Unicode !
(Si vous ne savez pas du tout ce que c'est, il y a une présentation concise ici.)
On peut explorer la liste des caractères Unicode de plusieurs manières : sur le site officiel directement, sur Unicode Table ou le bon vieux site d’Alan Wood, mais les tableaux PDF du site officiel sont à ma connaissance la seule manière de voir tous les caractères affichés correctement. Pour pouvoir en afficher davantage dans les pages de votre navigateur, il faut installer une police spéciale comme Code2000. Shapecatcher est un autre site utile : il permet de rechercher un caractère Unicode en le dessinant ! (Tout Unicode n'est pas répertorié, mais si vous avez besoin de caractères japonais ou chinois, vous pouvez les dessiner dans Google Translate, ça fonctionne bien.) Et si vous avez du HTML avec des caractères spéciaux à taper, ce convertisseur peut s'avérer pratique.
Mais ce dont je vais parler ici, c'est de caractères inhabituels, trouvés plus ou moins au hasard et que j'ai trouvé intéressants — par leur histoire, leur esthétique ou autre.
Inventé à la fin du dixième siècle et utilisé en Russie jusqu'au début du dix-huitième, l'ancien système de numération cyrillique était basé sur le système ionique et utilisait donc des lettres en guise de chiffres. А pour 1, В pour 2, Г pour 3… Л pour 30, Ѯ pour 60, Ѿ pour 800, etc.
Pour écrire les nombres supérieurs à 10 000, on entourait les lettres d’un cercle ou d'autres symboles. Le symbole cyrillique pour “centaines de milliers” est celui-ci : ҈ . Et celui pour “millions” est encore plus joli : ҉ . Ensuite il y en a d’autres, mais ceux-là sont mes préférés.
![]() |
| 2E0E · ⸎ |
Le coronis ci-contre est celui de la police Universalia. Dans les autres polices, c’est souvent un machin tout simple en deux traits qui n'a rien à voir : ⸎ . Dommage.
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| A66E · ꙮ |
![]() |
| 2E2E · ⸮ |
(Pourtant, sur internet, ça pourrait être utile de temps à autre, tant il peut être difficile de savoir à quel degré prendre certains commentaires anonymes. Voir la fameuse loi de Poe.)
Il existe d’autres signes de ponctuation inventés et inusités ; Wikipédia en recense quelques-uns. Le « point de dépit mêlé de tristesse » peut s'utiliser avec Unicode : ⋮ (22EE · ⋮ il s'agit aussi d'un opérateur mathématique). Par contre, je suis pour l'oubli du point exclarrogatif, assez inutile et surtout carrément laid.
![]() |
| 26B8 · ⚸ |
* Nommée d'après la première femme de la création dans la Kabbale, qui aurait précédé Ève et, refusant de se soumettre à Adam, été considérée comme une démone. Elle est parfois associée à la chouette, ou autres animaux nocturnes.
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| 2766 · ❦ |
Il y a pas mal de caractères typographiques comme ça, purement esthétiques ; certains ont des noms amusants, comme le couillard ou le cul-de-lampe..!
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| 0F17 · ༗ |
Il y a d'autres jolis signes en tibétain, comme ༄ ou ༒, qui indiquent le début ou la fin de sections dans des textes.
J’aime le syllabaire Vaï, inventé par Momolu Duwalu Bukele, probablement vers 1833. Le Vaï est une langue parlée par 105 000 personnes au Libéria et 15 500 au Sierra Leone. Pas d'histoires particulières à raconter ici, c'est simplement un alphabet dont j'aime l'apparence ! On dirait presque des pictogrammes abstraits avec toutes ces courbes, d'ailleurs on peut sans doute y voir divers objets selon ce qu'on a en tête. (L'un des caractères ressemble beaucoup à mon logo-signature, ce qui est un pur hasard.)
J'aime également le Tifinagh, très géométrique et élégant.
![]() |
| AA5C · ꩜ |
Le symbole qui s'en rapproche le plus à ma connaissance, c'est ꩜, un caractère cham (« la langue des Chams, un peuple d'Asie du Sud-Est qui vit dans le centre de l'actuel Viêt Nam et dans une partie du Cambodge actuel » — Wikipédia). Mais ce n'est pas une spirale « propre » comme j'aimerais en avoir. Franchement, j'ai du mal à comprendre cette omission.
Je rajouterai d'autres caractères lors d'un prochain sujet si j'en trouve ; en attendant, si vous en voulez plus, visitez la page “Characters with Character” !
jeudi 19 mars 2015
Liens (3)
D'autres liens, en attendant que je poste de nouvelles choses.
Plein de webcomics : Harpy Gee, une aventure fantasy très sympathique avec un dessin que j'aime tout particulièrement ! * Happle Tea, des strips humoristiques légers accompagnés d'explications intéressantes, sur la mythologie notamment. * Le blog de Janine est particulièrement intéressant au niveau des sujets abordés, c'est plein de sagesse ! * Lead Paint Comics, un blog BD classique mais bien dessiné et amusant. * J’aime beaucoup le dessin de Cleopatra in Space ; ça raconte les aventures de Cléopâtre dans le futur et dans l’espace. * Ellie on Planet X est tout mignon, les aventures d’une petite robote terrienne qui arrive sur une planète inconnue. * Peu de BDs et beaucoup de dessins simples, expressifs, colorés et très réussis : ça s’appelle tout simplement Humeurs. *
Et puis d'autres trucs : * 8-Bit Philosophy : une excellente série d'émissions Youtube qui présentent à chaque fois un point de philosophie, de manière claire et succinte, avec des graphismes de vieux jeux vidéo. * Aeon est un webzine qui aborde plein de sujets : technologie, société, psychologie, histoire… avec des articles de fond. Les questions abordées sont souvent très intéressantes, le niveau en général bon. * Une simulation fabuleuse de système d'exploitation: Windows 93. * Salut C'est Cool, un site trop cool trop kif trop bien trop cool. * Vous avez joué à Skyrim ? (J'en parle ici !) Une série de posts chez Destructoid se propose de voir à quel point l'univers du jeu pouvait se rapprocher, ou non, de la réalité à l'époque médiévale. Le principe est absurde (Skyrim ne prétend aucunement être réaliste) mais c'est très intéressant au final. * J'ai utilisé ce créateur de cartes HTML (image mapper) pour quelques-unes des pages de mon site et il est très bien, nettement meilleur que les premiers résultats Google, donc je lui fais un peu de pub. *
Plein de webcomics : Harpy Gee, une aventure fantasy très sympathique avec un dessin que j'aime tout particulièrement ! * Happle Tea, des strips humoristiques légers accompagnés d'explications intéressantes, sur la mythologie notamment. * Le blog de Janine est particulièrement intéressant au niveau des sujets abordés, c'est plein de sagesse ! * Lead Paint Comics, un blog BD classique mais bien dessiné et amusant. * J’aime beaucoup le dessin de Cleopatra in Space ; ça raconte les aventures de Cléopâtre dans le futur et dans l’espace. * Ellie on Planet X est tout mignon, les aventures d’une petite robote terrienne qui arrive sur une planète inconnue. * Peu de BDs et beaucoup de dessins simples, expressifs, colorés et très réussis : ça s’appelle tout simplement Humeurs. *
Et puis d'autres trucs : * 8-Bit Philosophy : une excellente série d'émissions Youtube qui présentent à chaque fois un point de philosophie, de manière claire et succinte, avec des graphismes de vieux jeux vidéo. * Aeon est un webzine qui aborde plein de sujets : technologie, société, psychologie, histoire… avec des articles de fond. Les questions abordées sont souvent très intéressantes, le niveau en général bon. * Une simulation fabuleuse de système d'exploitation: Windows 93. * Salut C'est Cool, un site trop cool trop kif trop bien trop cool. * Vous avez joué à Skyrim ? (J'en parle ici !) Une série de posts chez Destructoid se propose de voir à quel point l'univers du jeu pouvait se rapprocher, ou non, de la réalité à l'époque médiévale. Le principe est absurde (Skyrim ne prétend aucunement être réaliste) mais c'est très intéressant au final. * J'ai utilisé ce créateur de cartes HTML (image mapper) pour quelques-unes des pages de mon site et il est très bien, nettement meilleur que les premiers résultats Google, donc je lui fais un peu de pub. *
dimanche 22 février 2015
♪ 30 : Déconstruction Manuelle du Temps Disparu de la Disco Spatiale
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Bonjour, vous allez bien ? Aujourd'hui, je vais vous parler de Devin Townsend. Un artiste prolifique, très talentueux, très ambitieux, diagnostiqué bipolaire, dont les disques peuvent aller du thrash metal indus extrême à des expérimentations ambient bruitistes ou au country/blues rock — avec toutefois une prédilection pour le prog metal. On dit parfois de lui que c'est le Frank Zappa du genre (avec moins d'humour gras, quand même).
Il a notamment sorti une tétralogie d'albums qui vaut vraiment le coup qu'on se penche sur elle. Quatre disques en partie écrits en même temps, dans quatre styles complètement différents. (1) Ki : un album de prog rock tout en retenue et en tensions, souvent beau et paisible (parfois proche de l'ambient), à d'autres moments au bord de l'explosion. (2) Addicted : du metal carrément pop, dansant, accrocheur, qui enchaîne les tubes. (3) Deconstruction… j'en parle ci-dessous. (4) Ghost : un album new age serein.
Deconstruction, donc. C'est un album de prog metal très maîtrisé et complètement barré, avec deux batteurs, l'Orchestre Philharmonique de Prague (c'est la première fois que j'entends du metal « symphonique » qui se justifie), une odyssée musicale infernale et chaotique. Aucune idée du nombre de genres qu'il y a là-dedans, et les styles de chant de Devin sont légion (c'est d'ailleurs une de ses spécialités). Et si les mots « prog », « metal » et « symphonique » vous laissent imaginer une triple explosion de mauvais goût, vous n'avez ni tort ni raison : ce disque est extrêmement ambitieux sans se prendre au sérieux, ne se refuse rien et justifie intégralement ses excès, au point que la distinction entre bon et mauvais goût n'a ici plus aucun sens. Deconstruction est tellement maximaliste et excessif qu'il est difficile d'en avoir une vue d'ensemble : fixez votre attention sur une partie, il y en a dix autres qui vous échappent.
Il y a également une histoire dans cet album, ça aurait été dommage de s'en priver : un homme cherche à découvrir la nature de la réalité, et dans son périple, se rend en enfer. Satan lui présente (en lieu et place de la pomme du jardin d'Eden) un cheeseburger magique qui lui dévoilerait les secrets qu'il recherche. Sauf que l'homme est végétarien et n'arrive pas à l'avaler, ça le fait vomir. La piste-titre raconte cet épisode sur neuf minutes dans un grand n'importe quoi qui part en sucette dans tous les sens. L'album contient aussi (1) une première piste paisible et groovy avec des sons électroniques (avant que tout ne sombre dans la folie), (4) un tube schizophrène accrocheur avec des chœurs et des percus-mitraillettes, et (6) un délire fluide polymorphe de seize minutes et vingt-huit secondes, complètement incroyable, avec des « doo-wap shoo-wap », un passage scandé sur un rythme martial avec des bip-bips rigolos, et une dizaine d'autres genres qui se fondent les uns dans les autres. Son titre est parfait lui aussi : “The Mighty Masturbator” !
… Bon, il faudrait des pages pour parler de tout Devin Townsend, et d'ailleurs je suis loin de connaître sa discographie complète. Mais si vous voulez une présentation plus détaillée, avec des extraits musicaux et tout, il y a cette émission Youtube très sympathique que je vous recommande : Enjoy the Noise #7: Devin Townsend.
Pour donner mon avis vite fait sur la tétralogie dans son ensemble : Deconstruction est mon album préféré, mais Addicted est sacrément fun lui aussi (pour peu qu'on aime le style, sinon c'est pas la peine de forcer). Ki est un très bon disque, beau et intéressant, avec une approche inhabituelle et peu évidente du prog (aucune grande envolée mais une multitude de directions différentes, des résolutions plus suggérées que balancées, ce qui au final fonctionne très bien). Quelques belles surprises aussi, et pas mal de subtilité. J'ai mis plus de temps à l'apprécier, mais il vaut vraiment le coup ; à noter qu'il n'a que très peu d'éléments metal, je le conseille donc même aux réfractaires au genre. J'accroche moins au new age un peu kitsch et facile de Ghost. On peut tout à fait écouter les quatre indépendamment, et chacun semble être l'antithèse des trois autres.
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[9 février] Là j'ai une foutue sinusite qui m'a fait passer une nuit blanche, le cerveau en compote, j'écoute U.M.A. de Progenie Terrestre Pura et ça fait carrément du bien. Peut-être l'effet cathartique du côté « gros son massif dans la gueule » ? C'est une combinaison de black metal, d'IDM et de psybient, première fois que j'entends ça. Classé dans le « space black metal » (j'imagine bien un androïde maquillé en squelette d'alien qui essaierait de faire brûler des églises dans l'espace, lol). En tout cas ça me paraît vraiment bien. Faudra que je réécoute ça sans sinusite.
[14 février] Je n'ai plus de sinusite, et à la deuxième écoute U.M.A. me plaît toujours autant. Pour le décrire un peu mieux, c'est une variante inspirée du black metal atmosphérique — la violence crade des guitares et les nappes électroniques propres et envoûtantes se complémentent d'excellente manière. Deux opposés reliés par des blast beats (ce genre de percus extrêmes qu'on entend dans le grind ou le metal indus), des guitares plus atmosphériques, une impression simultanée d'intensité folle et de paix.
(D'ailleurs, pourquoi certaines musiques rappellent-elles l'espace comme ça ? Sur cet album, OK, il y a la pochette et le nom, mais 76:14 de Global Communication me fait la même impression et cet album-là n'a aucune image spatiale. Il n'y a aucun son dans l'espace. C'est un lien qui a commencé avec une œuvre en particulier ?)
[22 février] Une comparaison à laquelle je n'avais pas pensé les fois précédentes : Touched de Nadja, cet excellent disque que j'aime décrire comme du doom metal onirique. U.M.A. a un son et une ambiance différentes, mais fonctionne d'une manière similaire. Les voix sont ici des instruments parmi les autres, presque en retrait ; ce qui est mis en avant sur ce disque, en plus du chaud-et-froid sonore, ce sont les mélodies. L'album a beau être brutal, il est également subtil. Non, y'a pas à dire, c'est un très bon disque.
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The Hands of Caravaggio de MIMEO (Music In Movement Electronic Orchestra) et John Tilbury est un concerto électro-acoustique inspiré de L'Arrestation du Christ, un tableau du Caravage. C'est Keith Rowe qui a eu l'idée d'interpréter le tableau pour en faire de la musique : « L'œuvre est surprenante par son animation des mains et des têtes ; c'est presque un croisement entre une série d'instantanés tirés d'un film et une photo pour tabloïd, “prise sur le fait” avec un flash », dit-il.
On a donc treize musiciens (pianos, guitares et plein d'instruments électroniques), dont John Tilbury, connu pour ses interprétations de Morton Feldman et pour avoir fait partie — avec Keith Rowe — du groupe d'improvisation AMM. Plus quelques noms que j'ai vus sans me rappeler trop où, comme Kaffe Matthews. Et Kevin Drumm, qui remplace Christian Fennesz pour l'occasion.
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| Michelangelo Merisi da Caravaggio Cattura di Cristo vers 1602; huile sur toile, 133,5 × 169,5 cm National Gallery of Ireland, Dublin |
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Un seul mot m'a suffi pour avoir envie d'écouter Mirrors in Your Eyes de Soundpool. Ce mot est “discogaze”.
Oui, c'est bien un album de chansons pop/rock avec des murs de guitares psychédéliques et des percussions dansantes ! Disco + shoegaze, pas de tromperie sur la marchandise. Rien ne s'oppose à ce que ça fonctionne, j'aime beaucoup l'idée, et pourtant je n'ai jamais entendu ça ailleurs.
OK, mais est-ce un bon disque de discogaze ? Hé bien… ça aurait pu être mieux. Ni les rythmes, ni l'écriture ne se démarquent vraiment, c'est du shoegaze de base mélangé à du disco de base, et le disque vaut l'écoute surtout parce que c'est le seul à ma connaissance à avoir ce son-là. Pas que ça soit mauvais, hein, mais c'est… ordinaire. Dommage.
Un utilisateur sur RYM recommande Ceremony comme alternative. J'écoute donc un de leurs albums, Disappear, sorti en 2007. C'est effectivement meilleur ! Mais aucune ambiance disco ici : c'est du shoegaze qui sent le post-punk et le rock gothique, une pop dansante, des mélodies et des boîtes à rythmes efficaces qui résonnent à travers le feedback, un chant sombre et des paroles simplistes du type « journal intime d'ado gothique après une dépression amoureuse » (au moins évitent-elles les envolées poétiques maladroites). On est bien plus proches de Jesus & Mary Chain et Bauhaus que des couleurs, des pattes d'eph' et des paillettes. Pas vraiment ce que je recherchais donc… Mais au final, je ne boude pas mon plaisir, Disappear est un bon album.
Prochaine étape : trouver du disco black metal. Ou du disco lowercase.
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Un disque d'ambient techno qui rend hommage à la Detroit techno tout en accueillant ce genre encore naissant qu'était l'IDM, avec une pochette rétrofuturiste qui pourrait tout aussi bien sortir d'un jeu WipEout que d'un vieux roman de S-F : voici Time Tourist de B12. Un album sorti chez Warp en 1996, dans l'ombre des grands Aphex Twin, Autechre et Boards of Canada, et qui n'a d'ailleurs pas été réédité depuis.
L'album fait référence à plusieurs auteurs et ouvrages de S-F dans ses titres, et même les notes dans le livret présentent le disque comme une sorte d'artefact historique de la fin du XXe siècle (la Seconde Ère de l'Atome), une époque où les humains ne savaient pas que les extraterrestres avaient déjà investi leur société depuis les années 50 (« comme l'atteste Sci-Fi, notre protecteur »). Ça pourrait être une béquille, mais ça me rend cet album sympathique.
Et à défaut d'être novateur, Time Tourist ne manque pas d'âme. C'est une musique qui semble être consciente de sa place dans l'histoire, consciente qu'elle sera « datée » d'ici peu, et qui l'assume ; c'est presque un album documentaire, une belle synthèse des tendances de son époque. Un tel disque aurait peu de chances de sortir aujourd'hui, on l'accuserait d'avoir vingt ans de retard ou de trop s'appuyer sur le côté rétro. Mais si vous me lisez depuis un moment, vous savez sans doute que le milieu des années 90 était ma période préférée pour la musique, surtout électronique, alors forcément Time Tourist touche une corde sensible chez moi. Ça a ce côté grisant des après-midi passées chez mon cousin à jouer à la PlayStation, devant ces polygones colorés encore un peu bruts, un peu maladroits mais fascinants, tout en s'imaginant comme ça serait bien plus tard, quand on jouera avec des casques de réalité virtuelle, avec les gants et tout, et qu'on ira à la fac en hoverboard. Ouais. C'est cool, le rétrofuturisme.
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D. I. Go Pop de Disco Inferno est un album de post-rock que je n'avais encore jamais écouté, qui ne ressemble pas aux autres disques de post-rock que je connaissais jusque-là*, et que je trouve carrément intéressant. C'est un album court, concentré, de rock expérimental qui se base sur des boucles de samples souvent rythmiques, un peu dissonantes, parfois bruitistes. La répétition les change parfois de manière étonnante, comme ces voix d'enfants hachées qui prennent des allures de chant tribal sur “Starbound” (oui je sais, les chants d'enfants en général, c'est mal, mais pas ici. On n'est pas sur un disque de rock indé pour spots publicitaires).
Et puis il y a du post-punk là-dedans. Certains ont comparé D. I. Go Pop à 154 de Wire, et je pense que le groupe a effectivement dû s'en inspirer. (J'ai eu du mal à me mettre à Wire alors j'ai aimé Disco Inferno tout de suite, mais c'est peut-être parce que j'avais déjà écouté 154 avant d'essayer D. I. Go Pop ?) Les voix aussi ont un côté froid qui rappelle le genre, sans que ça devienne glauque. Par rapport au post-punk en général, oui, ce disque est pop — mais il paraîtrait sans doute trop bizarre à qui s'attendrait à de la vraie pop. En tout cas je l'aime beaucoup, c'est peut-être le disque que j'ai le plus écouté ces derniers temps.
* Il faut dire que ce genre est assez bâtard. Et ce sont souvent les disques atypiques que je préfère, ou ceux qui ont plus d'énergie.
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dimanche 8 février 2015
Épisode 2 des Aventures d'Amanita : Monstruosité en Manilie
Добрий Вечір! Le deuxième épisode des aventures improvisées d'Amanita la sorcière est en ligne. C'est une histoire différente, mais il y a des références à ce qui s'est passé dans le premier épisode donc je vous conseille de commencer par le début si vous ne l'avez pas déjà lu. J'espère que ça vous plaira !
mercredi 4 février 2015
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