lundi 23 avril 2018

♪ 68 : Deux oiseaux lumineux sur zéro lignes téléphoniques

Noname
Telefone
(2016, hip hop)
Telefone de Noname donne le sourire et peut faire verser quelques larmes en même temps. Un album de hip hop introspectif qui danse sur une corde raide entre ses mélodies gaies, sa candeur désarmante et la dureté des thèmes abordés. Assez peu d'œuvres évoquent la mort sans tomber dans la tristesse, la noirceur ou le cynisme ; Noname le réussit tout le long, ce qui n'est peut-être pas si difficile quand on évoque le souvenir de sa grand-mère, mais allez sortir une chanson sur un avortement qui soit réellement tendre et pleine d'amour sans qu'il y ait de contradiction ! Et à part sur le final “Shadow Man” où la lumière commence à baisser (pas ma piste préférée, on y entend un peu trop les MCs masculins alors que c'est elle que j'ai envie d'écouter, mais je chipote), tout est plein de belles mélodies, qui savent aussi être entraînantes (“Diddy Bop“ ♥ ♥ ♥). Trentre-trois minutes, un album qui va à l'encontre de tous les a priori négatifs qu'on peut avoir sur le hip hop, un beau disque.




Hecq
0000
(2007, Hymen, ambient glitch/IDM)
0000 de Hecq est un album d'ambient glitch qui commence de manière presque évanescente, une musique vaporeuse qui berce les oreilles tout doucement (“0001”). Puis un rythme vient s'y poser (“0002”), qui laisse la place à un autre plus dansant (“0003”)… et commence un jeu de cachés - dévoilés qui se poursuit tout le long, de manière imprévisible, sans que le flux ne se brise. Je me rends compte en reparcourant les pistes individuellement que c'est plus un album d'IDM qu'un d'ambient glitch, en fait, mais il est si prenant qu'il fonctionne des deux manières.

L'album est accompagné par un deuxième disque de remixes et collaborations, plus rythmées, tout à fait bienvenues également.




Christoph de Babalon
If You’re Into It, I’m Out of It
(1997, Digital Hardcore,
breakcore atmosphérique)
Christoph de Babalon ne fait pas de compromis et n'a aucune envie de plaire à tout le monde. If You're Into It, I'm Out of It ne prend ses fans supposés qu'à rebrousse-poil, d'abord avec une remarquable introduction ambient de quinze minutes trente, solennelle, introspective et psychédélique, puis en balançant des beats angulaires, biscornus, qui ne donnent pas tant envie de danser qu'ils sont l'expression d'une énergie à contre-courant de tout. Il y a de sacrés bangers là-dedans malgré cela, comme “Dead (Too)” — et plein de moments étonnants, comme “Damaged III” où c'est une boucle (qui ressemble à un CD passé en avance rapide) qui structure le morceau face à des beats imprévisibles. Tout a une couleur particulière, toutes les pistes se démarquent. Le mois dernier, j'avais dit que la drum and bass était un genre souvent impersonnel : voilà un superbe contre-exemple. À écouter la nuit. “Crucial shit” indeed.




Roger Rodier
Upon Velveatur
(1972, Columbia, folk)
Upon Velveatur de Roger Rodier est un très bel album. D'une grande douceur, avec de très belles mélodies souvent mélancoliques, et quelques éléments rock pour le contraste ; honnêtement, je n'ai rien à redire, je le recommande vivement.

… Si tant est que je puisse recommander quoi que ce soit dans un genre que je connais si peu ! Je n'ai quasiment que Nick Drake comme référence (et encore, j'ai tapé “Nick Cave” avant de me relire), et je n'aurais peut-être jamais écouté Upon Velveatur si Oneohtrix Point Never ne l'avait pas samplé sur Garden of Delete (“You give so many reasons for the weakness you hide” — j'aime bien cette idée d'avoir le même son dans deux contextes complètement différents).





Mr. Oizo
Stade 2
(Because, 2011, electro house)
Mr Oizo, moins connu sous le nom de Quentin Dupieux, est célèbre pour sa peluche Flat Eric, son tube “Flat Beat” et ses disques et films déjantés. Et pour une fois, je dois dire que j'ai bien fait d'aller à l'encontre de la vox populi, parce que c'est clairement un de ses disques les moins bien notés que je préfère !

Analog Worms Attack est une déconstruction de hip hop instrumental jusqu'à l'effilochage, Moustache (Half a Scissor) est un disque de musique électronique complètement barge où tout est déconstruit et reconstruit dans tous les sens — mais ils ne m'accrochent qu'assez peu. Stade 2, par contre, j'aime sans réserve ! C'est un disque bizarroïde, incongru, avec des sons élastiques et volontiers bruitistes ou dissonants, mais avec des beats bien solides qui accrochent efficacement (de traviole ou la tête en bas, mais ils accrochent). Parfois ça ressemble à du trollisme ou à du vrai foutage de gueule, ce qui n'est pas pour me déplaire non plus. “Eve-ry-bo-dy-dance-now. Blip bloup bloup pfouitch pflouitch bulubup bulupbup pfouitch.”

Je continuerai à écouter ses autres disques, la prochaine fois j'essaie The Church.




Port-Royal
Flares
(2005, Resonant, ambient + post-rock)
Il y a des fusions de genres qui sont intéressantes parce qu'inattendues, et d'autres qui semblent tellement évidentes à l'écoute qu'on se demande pourquoi on n'a pas entendu ça avant. Ainsi, le mélange downtempo + deep house chez Crazy Penis dont j'avais parlé il y a quelques mois ; et sur Flares de Port-Royal, c'est de l'ambient électronique et du post-rock qui se mêlent. C'est extrêmement fluide, super agréable.

Merci à space_ritual pour la découverte !

mercredi 11 avril 2018

Actualités (3)

Même principe que précédemment, à savoir :
1) Se rendre sur un site d'actualités ;
2) combiner des bouts de titres ensemble sans réfléchir ;
3) imaginer et dessiner les événements décrits par le nouveau titre obtenu.
(Vous pouvez cliquer ici pour tout voir en grand !)




mercredi 28 mars 2018

Actualités (2)

Même principe que précédemment, à savoir :
1) Se rendre sur un site d'actualités ;
2) combiner des bouts de titres ensemble sans réfléchir ;
3) imaginer et dessiner les événements décrits par le nouveau titre obtenu.
(Vous pouvez cliquer ici pour tout voir en grand !)




mardi 27 mars 2018

♪ 67 : Sublimation de têtes blessées et coups de cœur autonomiques

“Sticky” était une de mes chansons préférées l'an dernier : syncopée, espiègle, élastique avec un chant en transformation perpétuelle qui ne rate jamais sa cible, une véritable perle. L'EP entier (Crush) est sorti : pas de miracle, “Sticky” reste la meilleure piste dessus, mais “Closer” la suit étonnamment bien en déclinant ce style de r'n'b sur un rythme plus lent et langoureux. Les trois pistes suivantes sont bonnes aussi mais éclipsées par les deux premières ; prenez-vous le single ou l'EP, à vous de voir, mais jetez-y une écoute si vous aimez le r'n'b ! (À noter que tout est produit par Steve Lacy.)




Injuries d'Angles 9 : neuf musiciens dont cinq cuivres, je ne m'y connais pas en big band mais si ça ressemble souvent à ça, il va falloir que je m'y mette. Les deux premières pistes sont bougrement entraînantes, des concentrés d'énergie avec quelques influences folkloriques sur “Eti” il me semble ; on change totalement de registre sur “A Desert on Fire, a Forest / I've Been Lied To”, passage mémorable à travers une nuit si dense qu'on dirait presque du dark jazz. La lumière revient tout progressivement à la fin pour éclairer une scène désolée, et le groupe d'enchaîner, sans que ça paraisse incongru, sur la très dansante “Ubabba”. La piste-titre, plus tard, commence à brouiller les lignes mais garde son énergie malgré le chaos ; et “Compartmentalization” finit sur la note la plus rythmée. Irréprochable, du moins à mes oreilles.




Le trois mars, c'est l'Acid Day, où l'on célèbre le fameux synthétiseur TB-303 qui a donné son son à l'acid house, l'acid techno, l'acid trance etc. (Ça aurait plus de sens de fêter ça le 30 mars du coup, mais bon, les Américains..!) Du coup ce jour-là je me suis fait une journée 100% TB-303. Une recommandation au pif parmi les disques que j'ai écoutés : Off the Leash de Textasy, un artiste qui a le vent en poupe ces derniers temps. “Illusions of the Mind” est un très bel hommage à l'electro de Cybotron qui incorpore une mélodie orientalisante et même à la fin un solo de guitare déformé vers la fin ; l'artiste envoie ensuite de la techno plus lourde mais qui ne manque ni de finesse ni d'une pointe d'humour, comme sur “Acid Bleach (i live with my mom edit)”… et surtout “Bustanut”, hommage à un certain aspect de la sexualité masculine qui dépasse sans difficulté son aspect comique parce qu'elle cartonne sur tous les points.




D'habitude, j'aime tout particulièrement les montées en puissance, mais c'est étonnant de voir à quel point la stratégie inverse fonctionne sur Fabriclive 50: Autonomic de dBridge et Instra:mental. Il faut dire que c'est un mix particulièrement tranquille. Ainsi, les deux artistes commencent tout de suite par un petit bijou accrocheur et mélancolique, “Seems Like” de Riya… et les huit pistes suivantes se déroulent comme une longue coda, rythmée mais surtout atmosphérique, qui évolue si progressivement et de manière si cohérente qu'il faut vraiment tendre l'oreille pour savoir où les pistes commencent et finissent. Pourtant les couleurs changent, tour à tour plus froides, plus calmes… et on se rend à peine compte que c'est de la drum'n'bass, vu à quel point c'est posé. Avant que le souffle ne finisse par retomber, on relance un coup le mix avec un hybride, a capella de r'n'b (chœurs inclus) combiné à des beats d'n'b. La suite alterne joliment entre explorations atmosphériques et hooks parcimonieux qui tombent toujours à point nommé. C'est un des mixes les plus fluides que j'ai pu écouter, qui donne beaucoup sans en avoir l'air.




Alors évidemment, après ça, j'ai écouté l'album de Riya. C'est un album de collaborations dans l'ordre inverse de l'habituel : Riya y assure toujours le chant, mais chaque piste est produite par un autre artiste. Parfois ils s'y mettent carrément à trois, mais il faut être honnête, les beats de drum'n'bass classique, c'est aussi efficace qu'impersonnel ; la plupart des producteurs sont interchangeables, ce sont bien les chansons qui font la différence (et si on se focalise là-dessus, l'album prend presque des airs de r'n'b). Le plaisir d'écoute est là en tout cas.

Là où j'accroche moins, ce sont sur les quelques pistes qui usent de ce son de basse déformé lourd, dissonant et vulgaire (que tout le monde a déjà dû entendre dans le dubstep). Et pourtant… il y a une piste en particulier, “I Don't Need” (co-signée Break), qui ne s'en prive pas mais joue si bien avec les contrastes (piano et basse à mi-vitesse contre progression lente contre synthés et percus frénétiques, chant qui tourne en rond avant de s'envoler contre grosse basse qui tache…) que ça en devient carrément ma préférée. Comme quoi.




Le club expérimental de RYM a ressuscité (et je vais recommencer à parler de mes préférés). Casse-tête de Bernard Bonnier est un album qui prouve qu'on peut donner dans l'expérimentation sans bouder les plaisirs immédiats : chaque piste est un assemblage insolite d'éléments disparates qui confinent à l'absurde, créent ensemble des scènes évocatrices — et surtout sont carrément rythmés. Ça ressemble à certains passages de Nurse with Wound, sans noirceur et sans temps morts. En fait, Casse-tête est meilleur que la plupart des albums de Nurse with Wound.

Dommage que l'artiste n'ait sorti que cet album-là ! Mais il a aussi collaboré avec Pierre Henry, il faudra que je jette une oreille aux disques sur lesquels il a joué.




Non, John Cassavetes n'a pas à ma connaissance composé de musique. Ekkehard Ehlers Plays n'est pas, comme je l'ai cru au départ, un disque d'interprétations (d'ailleurs je me demanderais bien à quoi ressembleraient les partitions de ces musiques !) ; c'est une série d'hommages à Cornelius Cardew¹, Hubert Fichte², John Cassavetes³, Albert Ayler⁴ et Robert Johnson⁵. Et un disque dont on ne fait pas le tour facilement.

Si la première piste de Cornelius Cardew est très belle avec son orgue calme et ses petits sons de-ci de-là, la deuxième exprime ce même calme avec un torrent qui enveloppe (et un sample en arrière-plan que je connais mais que je n'arrive plus à replacer). Les pistes pour Hubert Fichte sont plus étranges et prennent volontiers à rebrousse-poil, en fait la seconde est le seul passage que je n'aime pas sur la compilation. John Cassavetes a droit à vingt minutes de superbe “fuzzy ambient” qui fait partie du meilleur que l'on peut trouver dans le genre, avec une boucle de violon du plus bel effet (que vous reconnaîtrez sans doute) ; pour Albert Ayler, on sort les violoncelles et on glitche tout, et on continue d'enchaîner les surprises jusqu'à la fin.

En cherchant des informations sur l'artiste, j'ai vu qu'il a aussi sorti un album de blues, étudié Theodor Adorno et travaillé avec les Red Hot Chili Peppers (groupe que je n'aurais jamais pensé citer). Éclectique, décidément.

¹ D'après Wikipédia, un compositeur communiste qui renonça à la musique expérimentale en cours de carrière pour se consacrer à une musique politique. ² Écrivain. ³ Cinéaste. Vous, vous le connaissez sans doute ; moi pas encore. ⁴ Jazzman. ⁵ Bluesman. (Heureusement que je l'écris, je me rends compte que j'avais confondu avec Daniel Johnston jusqu'à présent.)