jeudi 24 décembre 2015

Mots (3)



XV.

Est-ce qu'on a un mot pour désigner ce qui n'est pas tout à fait humoristique mais presque ? Cette légèreté qui détend un peu l'atmosphère, ces petits jeux de mots et incongruités qui, sans être drôles au point de faire rire, préparent aux vraies blagues qui vont suivre ?


XVI.

Le mot « solitude » est-il connoté négativement, ou est-ce la solitude même qui est presque toujours vue négativement dans notre société ? On a des nuances pourtant : solitaire – seul – esseulé(e)… et encore. Même « solitaire » est plus neutre que positif.

Encore une fois, le láadan a un mot pour ça : « elasholan », seul(e) et content(e) de l'être… Il y a sans doute d'autres langues qui ont cette nuance aussi. Je trouve que ça manque.


XVII.

« La tomate, c'est un fruit, pas un légume. » Cette phrase est d'une bêtise étonnante — et on peut considérer qu'il s'agit d'un jeu de mots involontaire.

La première partie, tout à fait juste, devrait nous rappeler que le sens botanique du mot « fruit » (organe formé à partir de la fleur, qui protège la graine ches les angiospermes, merci Wikipédia) n'est pas le même que son sens culinaire (qui n'obéit à aucune définition stricte mais reflète nos habitudes alimentaires). Ceux qui rajoutent « pas un légume » se plantent doublement : déjà, ils mélangent les deux sens à nouveau, et en plus ils se retrouvent avec une opposition complètement infondée.

En allemand, tout est plus clair : le fruit au sens botanique, c'est die Frucht, le fruit au sens culinaire, c'est das Obst. La phrase ne tient plus !


XVIII.

Un article très intéressant à lire sur la féminisation des noms de métiers : http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/05/31/le-mot-autrice-vous-choque-t-il/ — Où il ressort entre autres que nombre de noms de métiers féminins existaient, mais ont été délibérément supprimés…


XIX.

Un salaud, c'est un homme exécrable. Une salaude, c'est une femme exécrable.
Un salop, c'est un dévergondé. Une salope, c'est une dévergondée.

… Vous connaissiez la différence ? Quasiment plus personne ne la fait, et ça en dit assez long sur les mœurs dominantes de notre société. J'ai appris ça en lisant “La Sémantique, C'est Élastique”, de James, dans La Revue Dessinée. (Allez-y pour chercher un auteur qui s'appelle “James” ensuite… Il est là : http://james-o-rama.tumblr.com)

En tout cas, le mot « salope » est sans doute celui que je déteste le plus de la langue française : en plus d'être devenu sexiste (allez traiter un homme de « salop » dans ce sens-là, personne ne vous comprendra ! on dira plutôt « chaud lapin » ou « Don Juan », ce qui est nettement moins rude), il est faux-cul comme pas possible (on aime se rincer l'œil mais on insulte celle qui nous permet de le faire ?).

D'après le dictionnaire, le mot « marie-salope » (un bateau qui drague (…) le sable et la vase) ne serait pas vulgaire. Difficile à avaler. Ça sonne terriblement vulgaire même si ça ne l'est pas.


XX.

Comment appelle-t-on ces confiseries composées d'une meringue mœlleuse* sur une gaufrette, recouverte de chocolat ? L'appellation classique, « tête de nègre », n'est plus utilisée pour des raisons évidentes, mais on ne s'est pas accordés sur un nouveau nom. Boule de neige, boule de mousse, tête choco… j'ai aussi lu (mais jamais vu) arlequin ou boule de suif… Ce mot-là a éclaté en mille morceaux, aujourd'hui je ne saurais plus quoi dire. Reste le fantôme de l'ancien terme, et plein de termes qui n'arrivent pas à le recouvrir.

Tant qu'on peut encore en manger..!

* et pas d'une guimauve comme le dit Wikipédia ?! Ou alors c'est régional…


XXI.

Les mots sont des guides pour la pensée. Parfois, ces guides peuvent être trompeurs.

Un bel exemple, c'est celui de « perfection »… On peut imaginer un cercle parfait, un blanc parfait, mais cela a-t-il un sens de parler de personne parfaite ou d'œuvre parfaite ? Si le mot « perfection » n'existait pas, y penserait-on seulement ? … Ce mot fait-il plus de mal que de bien ? Parfois, j'ai l'impression que oui.


XXII.

Une chanson de Coil que j'aime beaucoup s'appelle “Batwings (A Limnal Hymn)”. À l'époque, j'avais cherché le mot “limnal” un peu partout sans le trouver — même le grand dictionnaire en une dizaine de volumes de la fac ne l'avait pas ! Sur internet non plus, rien.

Aujourd'hui, on le trouve très facilement ; ça veut dire « qui a rapport aux lacs ».


XXIII.

On m'a dit une fois que la quiche se disait « ouiche », ce qui m'a fait imaginer un Q dont la queue n'aurait pas été visible et qui aurait été pris pour un O (la ouiche étant donc une sorte de quiche au nom castré). La page Wiktionnaire m'apprend que « ouiche » peut être une interjection qui marque l'incrédulité, un énième terme argotique régional pour le zizi, ou un adjectif qui signifierait « swag mais pas hipster » (plaît-il ?). Elle m'a aussi appris que c'était à l'origine une scène d'un film connu que je n'ai pas vu. Je ne sais toujours pas ce qui expliquerait cette incongrue castration du Q de la quiche. Bref, le mot « ouiche » n'est pas très sérieux, laissons-le.


XXIV.

Les gens qui disent « venir » pour « jouir » m'énervent. Non seulement c'est un bête calque de l'anglais, mais en plus c'est plus long, laid, et ça peut même être ambigu. Jouissez correctement, bon dieu !

… D'ailleurs, c'est drôle comme on n'a pas de véritable équivalent français pour “to enjoy”. Oui, littéralement c'est « jouir », mais… c'est tellement connoté sexuellement qu'on aurait du mal à l'utiliser pour parler d'un bon roman, d'un jeu vidéo ou d'une part de gâteau aujourd'hui. Et « profiter de » est plus limité. Du coup, il faut être plus précis, mais parfois on se heurte à une impasse quand même.


XXV.

Le mot “xłp̓x̣ʷłtłpłłskʷc̓” est répertorié dans le Wiktionnaire. Il signifie « il possédait un cornouiller du Canada » dans une obscure langue américaine et ne possède aucune voyelle. Si vous l'utilisez un jour, ce sera pour épater la galerie ou lors d'un quiz.

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