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vendredi 28 février 2020

♪ 90 : Intérieurs futuristes exotiques et madeleines aux légumes

The Exotica Album d'Øyvind Torvund est un petit album adorable d'exotica expérimentale interprétée par un ensemble de musique de chambre. Plutôt excentrique (il y a même un court passage de noise là-dedans !) mais toujours très agréable, mélodique et coloré, on sent que le compositeur aime vraiment ce genre au charme un peu désuet et tenait à lui rendre un bel hommage. C'est parfaitement réussi, ce disque me donne le sourire à chaque écoute.









Veggie
de Food est un album de jazz expérimental qui commence par des touches colorées, intrigantes, électriques, des textures inhabituelles — avant que tout cela prenne forme, des solos sur des arrière-plans mi-chaotiques mi-atmosphériques, puis se définisse de plus en plus selon les pistes. Qui ne se ressemblent d'ailleurs pas tant que ça, on a l'impression de changer de genre à chacune. J'y découvre de nouvelles choses à chaque écoute. C'est édité chez Rune Grammofon, à rapprocher de Supersilent entre autres ! Mais avec des teintes plus vives.





Urban Sax est un projet nettement plus orienté vers la scène que vers les albums studio. Costumes étranges, lieux prestigieux, « murs de saxophones » joués par des dizaines de musiciens… je n'ai pas eu la chance d'assister à un de leurs concerts mais j'aimerais bien, ça a l'air spectaculaire ! En attendant, leurs albums studio valent aussi le coup : j'ai écouté leur premier, sorti en 1977, et leur dernier, Inside, sorti en 2014 — c'est celui-là que je préfère, avec un son plus clair, plus défini, plus subtil. On pourrait s'attendre à une puissance massive avec un tel ensemble mais cette musique est toute en retenue, c'est un orchestre de saxophones (et chœurs, et xylophones, et…) quasi-ambient qui joue en teintes discrètes et peu communes — parfois mélancoliques ou exotiques, parfois plus proches de compositions classiques propices à la rêverie, une musique qui révèle beaucoup de détails au fil des écoutes. J'avais découvert ça il y a quelques mois déjà et aimé, je n'avais pas trouvé les mots pour le décrire, j'y reviens aujourd'hui et j'aime encore plus.





Collaboration réjouissante pour les fans d'industriel et de dark ambient : Grav, où l'on retrouve, en plus de Merzbow qu'on ne présente plus, Asmus Tietchens (artiste expérimental dont la plupart des disques évoluent entre lowercase et industriel, avec une ou deux incursions dans la synthpop et un ton entre le sérieux cadavérique et le pince-sans-rire) et Kim Cascone (artiste qui a exploré glitch, microsound, lowercase, ambient psychédélique… PGR est son projet dark ambient). Résultat : des formes de vies sonores monstrueuses mais fascinantes, psychédéliques, où l'on entend la patte de chaque artiste (l'un ou l'autre domine selon les moments). C'est sorti en 1991 chez Silent Records.





Coup de cœur pour Sci-Fi Hi Fi: 04 de Funk D'Void, un mix de tech house avec une montée cool, psychédélique, des tendances progressive house et deep house — et un peu de mélancolie, sous-jacente au début mais qui prend les devants juste quand le mix atteint son apogée : le DJ ralentit un peu le tempo, la mélodie reste la même mais le style se fait un peu plus grave et bifurque sur deux chansons d'amour nostalgiques au milieu de cette urbanité futuriste. La descente, même si elle reste dans un style similaire, a des teintes plus sombres, un son plus techno aussi — il y a un petit passage où ça stagne un peu, mais le reste est vraiment super !





Je suis toujours fan d'FKA twigs ; son premier album était un peu décevant par rapport à ses EPs, mais Magdalene est excellent ! On y retrouve le R&B étrange et sensuel qui m'avait séduite dès ses débuts (surtout sur “Fallen Alien”, un coup de cœur immédiat, la clé qui m'aura finalement fait aimer tout l'album), mais ce disque-là est plus art pop, plus romantique, une tendresse avec une pointe d'étrangeté, une beauté qui se révèle moins facilement. “Cellophane” par exemple m'avait laissée de marbre quand je l'ai entendue en single mais fait une finale parfaite.






… Et parmi les bonnes suites de 2019 que j'ai écoutées (je ne fais pas de top cette année, la flemme, mais j'ai quand même regardé vite fait et trouvé plein de trucs que j'adore), je recommande :

 le dernier Bat for Lashes, Lost Girls — résolument dance pop, le style qui lui va le mieux (avec une “Vultures” qui ressemble à un clin d'œil au “Lazarus” de Bowie !),

 Animated Violence Mild de Blanck Mass, qui reprend la formule jouissive de World Eater mais est plus égal en qualité (World Eater était d'enfer sur les trois premières pistes et pas mal ensuite, ici tout est très bon) — soit de l'électro-industriel dansant et accrocheur, aux couleurs fluo, avec un chant hurlé-découpé où le chaos laisse entendre ce que l'on veut,

 Analog Fluids of Sonic Black Holes de Moor Mother est peut-être encore meilleur que son Fetish Bones précédent, clairement à écouter si vous avez envie d'un hip hop vraiment expérimental, torturé et que vous avez trouvé There Existed an Addiction to Blood trop classique,

 No Geography des Chemical Brothers vaut le coup si vous aimez le groupe (sinon vous pouvez l'ignorer),

 Le meilleur titre pour un album de Mézigue, j'y reviendrai peut-être plus tard mais il est déjà clairement plus réussi que Votez Mézigue ; “Du son pour mes chaussures” est un tube dans son style house habituel, “Plus jamais le même” est un tube aussi dans un style très différent, plus sérieux et moins orienté dancefloor,

 … et d'autres que j'oublie (faudra que je réécoute le Kate Tempest et le Matmos entre autres) !

lundi 23 décembre 2019

♪ 88 : Le motif muté des cheveux cuivrés sur cette feuille d'orme


Forest Is Not What It Seems de 2muchachos (groupe russe malgré son nom) donne l'impression d'être dans un conte tiré d'un vieux livre, une histoire magique et inquiétante qui se passerait dans la forêt. C'est de l'ambient acoustique, avec quelques rythmes, un peu de chant, et un livret plein d'illustrations dessinées en sépia qui me donne même envie d'acheter le CD alors que je ne consomme plus que des MP3. À la fois reposant, mélancolique et par moments presque inquiétant.







Stereolab, groupe de pop anglo-français fondé en 1990 par Tim Gane et Lætitia Sadler, est un groupe dont je ne vais pas vous parler ce mois-ci. Je vais plutôt vous présenter The Uncommunity, groupe de musique industrielle qui date de la décennie précédente, où Tim Gane était paraît-il le seul à savoir jouer d'un quelconque instrument ! L'album que j'ai écouté est Ex-Oblivione, sorti sur cassette en 1983 : expérimentations avec boucles sur bandes magnétiques (celles avec des musiques passées à l'envers sont particulièrement réussies), bruitisme, dissonances, samples chelous, toutes les fondations du genre sont là, c'est même assez typique et pourtant il y a une sensibilité mélodique et rythmique là-dedans qui se démarque d'autres projets du genre (on est à la fois proches et loin de Throbbing Gristle par exemple, qui se réclamait faire de l'« anti-musique »). (Est-ce que j'aurais pensé ça si j'avais écouté le disque sans savoir le lien avec Stereolab, ou si j'avais moins l'habitude d'écouter de l'industriel ? Trop tard pour le savoir maintenant !)





À mi-chemin entre l'ambient house vaporeuse, émotionnelle et spirituelle de DJ Healer (encore un projet signé Prince of Denmark) et la vague de drum'n'bass très atmosphérique et cinématographique de Skee Mask, Djrum ou Autonomic, j'ai un album à vous conseiller : The Ambientist 1-10. Si vous aimez la dance music mais que vous avez envie de vous plonger dans un bain sonore réconfortant, c'est tout indiqué ! Pas de paysages ni de scènes à couper le souffle ici : le son est lo-fi, sans prétention, mais intime et très juste. Une sortie plutôt confidentielle, en éditions de cinquante cassettes (les premières n'avaient même pas de pochette).





Ça fait depuis les années 70 (!) que les briscards de Negativland croquent notre société avec leurs collages musicaux, et le concept n'a pas pris une ride — il est peut-être même encore plus pertinent aujourd'hui. True False traite entre autres de la culture du bonheur en entreprise, de la toute-puissance des billionnaires transhumanistes, de la désinformation jusqu'à l'effondrement annoncé de notre civilisation — bref, des sujets anxiogènes dont on entend parler tous les jours, mais cernés sous leurs angles les plus absurdes, poussés jusqu'au quasi-non-sens, avec une bonne dose d'humour. Ce disque peut être désespérant, hilarant ou les deux en même temps.

(Questions subsidiaires : la musique est-elle une forme de fiction ? Les albums de Negativland sont-ils des documentaires ?)





Et pour rester dans un trip décadence et fin de civilisation, vous connaissez DJ Bus Replacement Service ?

Son mix pour Resident Advisor en 2018 est une expérience mémorable. Pas tant au début, où elle passe simplement les pistes dont elle a envie (genre Sir Mix-a-Lot → Einstürzende Neubauten), le rythme cahote sans trop se réveiller, ça fait très amateur, sympathique mais on pourrait s'ennuyer un peu. Les choses sérieuses commencent quand la musique s'arrête de l'être, à commencer par la piste de rap sur Mussolini. Suivent “Roxanne” de The Police de Youtube où quand le mec dit “Roxanne” ça va plus vite, une reprise de Depeche Mode par une fanfare scolaire qui enchaîne sur un pastiche intitulé “Alan Charles Wilder Is Never Coming Back to Depeche Mode”, et là elle ne s'arrête plus, on part de plus en plus loin vers l'improbable, le moteur est en flammes et on fait des loopings bancaux dans tous les sens, l'artiste dynamite le reste des frontières qui pourraient encore subsister entre sérieux, pastiche, humours et horreurs, je ne divulgue pas plus mais ce programme qui commençait comme un petit délire amateur finit par devenir un spectacle d'humour noir à la fois désopilant et traumatisant.

Avec une meilleure technique, un groove nettement plus efficace et téléchargeable (parce que le mix RA n'est dispo qu'en streaming ou alors j'ai pas vu comment faire), il y a aussi Sheffield February 2018. Pas de craquage absolu ici mais on reste dans un éclectisme sans limites, avec un chien qui chante, une liste de courses récitée en rythme et en duo avec l'annonceur de Mortal Kombat ou encore des rageux qui hurlent « FUCK » en reprenant le thème de Tetris façon gabber. C'est de la bonne.

Enfin, je ne l'ai pas encore écouté mais sur 8th April 2019, elle mixe exclusivement des remixes de “Ice Ice Baby” pendant une heure.

dimanche 26 février 2017

♪ 54 : Nerfs Miroirs et Mirages de Mégères en Huit Spirales

Je cherche un mot qui décrirait ce genre d'idéalisme qui nous fait voir dans certaines contrées exotiques des paradis terrestres, plus oniriques que réels. Avec cette pochette surréaliste, ces titres et surtout ces sons, c'est un peu à cela que me fait penser Through the Looking Glass de Midori Takada. Un album japonais des années 80 inspiré par des musiques africaines et asiatiques, quatre pistes comme autant de pièces d'un puzzle qui en comporterait davantage. Un exotisme ambient à la fois enchanteur et mélancolique sur la superbe “Mr. Henri Rousseau's Dream”, du Steve Reich tout craché sur “Crossing” ; “Trompe-l’Œil” est plus étrange avec ces flûtes et ce rythme un peu bancal qui intrigue. “Catastrophe Σ” est plus sombre et solennel, c'est une piste de nuit qui tombe, de monde-rêve qui prend fin.

L'album était épuisé depuis longtemps mais la réédition sort le mois prochain. Pas de pistes bonus, dommage ! Ses autres albums sont nettement moins connus, je n'ai pas pu les trouver encore.




… Et donc là, le mec, déjà connu pour être prolifique, il sort un album à 100 € sur huit vinyles, comme ça, sans prévenir, sans même donner d'extraits à écouter. Et le coffret est épuisé dès sa sortie. « Bonsoir, je suis hype. » Ça sent tellement le coup marketing que ça donnerait même envie de ne pas l'écouter — surtout que tout ce qu'a sorti l'artiste n'est pas si exceptionnel que ça à mes oreilles !

8 de Prince of Denmark, donc, c'est trois heures de techno minimale, louvoyante, parfois ambient, avec une palette de couleurs toujours en demi-teintes. Un disque qui, même dans les passages les plus rythmés, suit parfaitement l'idée de l'ambient selon Eno : une musique aussi intéressante que non-intrusive. Ça n'a pas l'air franchement excitant, dit comme ça : il n'y en a pas des pelletées, des albums du genre ? … Et pourtant non. C'est sur la longueur qu'on se rend vraiment compte des qualités de ce disque : à force de se dire à tous les moments « OK, c'est classique, mais ce passage-là est vraiment pas mal ! », on finit par tout écouter — et par se rendre compte que l'ensemble est inouï. 8 couvre un terrain étonnamment vaste et passe par une gamme de styles et de phases (ma préférée étant la dernière, plus ambient, mélodique et crépusculaire) telle qu'on a l'impression d'un compendium, d'un hommage total au genre. Les pistes ont toujours quelque chose d'ambigu : reposantes ou entraînantes, mélancoliques ou intenses, classiques ou mystérieuses, froides ou touchantes… On finit par avoir un disque qui, plutôt que de nous imposer un programme, nous guide sans en avoir l'air et donne beaucoup sans qu'on s'en rende forcément compte.

Détail intéressant : il existe plusieurs versions de 8, avec des mixes différents des mêmes pistes, ou même des pistes complètement différentes qui partagent simplement le même nom. Ces différences n'étaient pas communiquées à l'avance, les acheteurs ont reçu l'une ou l'autre version au hasard. « Vous ne pourrez jamais tout avoir », annonçait Giegling. En tout cas, on a là le meilleur disque de Prince of Denmark (alias Traumprinz, alias DJ Metatron) que j'ai pu écouter.




Crone Music de Pauline Oliveros est à l'origine la bande son d'une représentation de King Lear. C'est un disque solo d'accordéon, joué avec modulations, superpositions, portamenti* et réverbérations — on a l'impression d'entendre plusieurs instruments, ou plutôt le même instrument qui se reflète dans des miroirs sonores et ne se retrouve plus mais continue de se chercher. C'est très beau, et ça colle superbement au souvenir que j'ai de la pièce : à la fois pathétique et solennel, on passe de la mélancolie à la dissonnance, puis à la vraie noirceur.

Si vous n'aimez pas trop les accordéons, je vous conseille de l'écouter quand même, vous pourriez changer d'avis.

* Pitch bending si vous préférez. J'ai pas plus français que l'italien.




Je n'avais pas beaucoup accroché à Persona de Puce Mary, un disque industriel / power electronics / dark ambient qui me donnait l'impression d'être trop classique, trop direct, d'avoir déjà entendu ces rythmes sourds, bruits et miasmes dissonants ailleurs.

The Spiral, par contre… Ça m'étonne que le descriptif officiel l'annonce comme la continuité de Persona, tant il me fait meilleure impression ! On reste dans les mêmes registres, mais avec nettement plus de profondeur. Malgré les martèlements brutaux et le noir crasseux omniprésents, il y a quelque chose d'insaisissable dans ce disque. Des tensions toujours irrésolues, des sons aigus aussi stridents que lumineux en contraste avec les nappes noires, des constructions nettes mais difficiles à mémoriser, une impression d'entendre le fracas de quelque chose de monstrueux qui s'approche, qui encercle, qui frappe, sans jamais le voir. (Seule piste réellement directe, la quasi-chuchotée “Enter Into Them”, au centre du labyrinthe.)

Il y a une grande violence là-dedans, mais c'est beaucoup moins monotone que les artistes qui veulent que tous leurs sons soient brutaux et qui se mettent à hurler et à saturer de partout. Il n'y a aucun ridicule ni excès ici. Juste de la férocité, de la perversité calculée et du paradoxe.

C'est un disque qui me donne envie d'y revenir autant pour les sons que pour tenter de mieux le cerner. J'aime bien les disques qui font ça.




“Mirage” de Skirt est une piste magnifique toute en clair-obscur, une lueur diffuse au milieu des ténèbres, rythmée mais surtout avec une atmosphère parfaite. Sur l'EP éponyme, on trouve aussi “Skin”, qui joue d'une manière similaire avec le chaud et le froid, un rythme qui semble être sur le point d'accélérer ou de ralentir et reste en équilibre ainsi ; “Spessartine”, plus sombre, ressemble un peu à ce qu'a fait Demdike Stare sur Elemental. Le disque se termine sur un remix de la piste titre, pas aussi bon que l'original mais un bonus agréable tout de même. Tout ça donne donc un très bon EP, sorti chez Trolldans (dont toutes les sorties ont de jolies illustrations, dommage qu'ils superposent leurs titres dessus comme ça !).




Un album de bruit relaxant, ça existe. Du moins selon une définition large du bruit. Soit par exemple Hedge of Nerves de Loren Chasse : 33 minutes de craquements de vieux vinyles, de vent qui souffle dans les branches (l'artiste précise même qu'il s'agit de branches de genévriers et de trembles), de feu qui crépite et de bruits de vagues combinés pour former une forme sonore atonale, arythmique, sans forme mais très naturelle. L'artiste rajoute quelques mélodies ambient en arrière-plan, discrètes la plupart du temps, absentes sur la troisième piste, nettement plus présentes sur la quatrième.

jeudi 24 novembre 2016

♪ 51 : Les Fleurs Martiennes Défuntes Secouent leurs Cordes Oculaires

Je n'aime toujours pas l'opéra classique, et je préfère largement la musique classique instrumentale à celle avec chant… mais je commence à me poser des questions quand, après avoir aimé The Death of Don Juan d'Élodie Lauten, j'ai un coup de cœur pour Mars: Requiem de Helga Pogatschar.

Les chants sur ce requiem (c'en est bien un) sont classiques, les textes aussi, mais l'instrumentation est industrielle. En partie atonale, avec des samples, des dissonances, des sons mécaniques, torturés, hostiles… Ce qui donne des clairs-obscurs saisissants (chant lumineux, textures sonores complexes et infernales). À un moment seulement, le chant se met à s'accorder avec cette dissonance de la langue musicale moderne, et ce moment suffit à donner une autre dimension à la composition ; sur d'autres passages, plus que des pistes, ce sont des mélodies, parfois sur une seule syllabe, qui me donnent des frissons.

Seuls les textes, religieux et en latin (à part la dernière piste en hébreu), ne me parlent en rien. Mais les sentiments d'inquiétude, d'espoir, de résistance, de tristesse sont exprimés de superbe manière.




Ça fait déjà pas mal d'années que j'aime Ogham Inside the Night de Sieben, un disque de folk sur un alphabet antique irlandais — un bel album dans un genre et surtout avec des évocations qui changent nettement de mes écoutes habituelles, calme mais souvent empreint de mystère et d'ambiguité.

Mais je ne m'attendais pas du tout à ce que l'album précédent, Sex & Wildflowers, soit si différent ! Est-ce encore du folk ? Parce que cette musique me paraît plus intense que n'importe quel disque de folk que j'ai pu écouter. Ou du moins intense d'une autre manière. Les boucles de violons sont encore là, la voix reste calme — et très belle, d'ailleurs ! —, mais si ce disque est en grande partie pastoral, il y a une tension dès le départ qui rend la musique d'autant plus belle et plus excitante… Maintenue jusqu'à ce que des distortions surviennent, des sons électriques, des pulsations, jusqu'à la tempête comme sur la géniale “Bleeding Heart” avec ses paroles simples rendues étranges par une énumération froide, précise, presque maniaque, et une musique qui aurait pu être mélancolique sans ces dissonances et cette énergie furieuse. Sex & Wildflowers est cru, violent même, ces légendes-là n'ont pas été adoucies ! Et c'est un sacré bon disque.




Biosphere, à mes oreilles le maître de l'ambient, n'avait pas sorti de disque entièrement convaincant depuis plus de dix ans. Et pas qui arrive à la hauteur de sa réputation depuis Shenzhou, en 2002 ! Ce n'était pas faute d'essayer de nouveaux styles, mais plus ses essais ratés s'enchaînaient, plus je pensais qu'il avait définitivement perdu la main.

Departed Glories est une renaissance : en plus d'être très bon, l'album ne ressemble en rien à ses précédents. Le Norvégien est parti à Cracovie et s'y est inspiré de l'histoire de Bronisława, une nonne qui, au XIIIe siècle, aurait vécu cachée dans la forêt pour échapper aux envahisseurs tatares. La musique, qui se base sur des échantillons de musiques traditionnelles russes et européennes, est fantômatique — des voix désincarnées qui viennent de tous côtés dans une langue démembrée, des nappes empreintes de mystère… Des souvenirs translucides, parfois joyeux, parfois anxiogènes, parfois paisibles, dans une atmosphère de contes et de revenants déconcertante. La photo de la pochette, qui date du début du vingtième siècle, colle parfaitement. En plus d'être envoûtant, le disque présente des passages impressionnants au casque ; tout juste peut-on reprocher à Departed Glories de ne pas avoir de dynamique d'album, un problème classique sur les albums avec beaucoup de pistes (dix-sept). Mais rien qui m'empêche de vivement le recommander !




Un bon single d'EDM en passant : Shake Your Body Down* de Discreet Unit, de la house qui se déhanche façon coup de fouet, sorti chez Prime Numbers.

* Rien à voir avec la chanson des Jackson 5 qui est très cool aussi.










Music Vol. de COH, c'est de la musique électronique minimaliste… qui s'approche autant que possible d'Eleh sans être du drone. Pas de percussions, mais des pulsations, des ondulations. Des mélodies discrètes. De grands espaces sombres, sphériques, avec quelques formes géométriques, une noirceur plus contemplative qu'anxiogène.








J'en profite pour parler de mon album préféré de l'artiste : Strings. Plus proche du minimalisme que des musiques électroniques classiques, la première partie au piano est d'abord très éparse — avant que s'introduisent répétitivité, pulsations et sons électroniques qui nous rappellent qu'on écoute un disque de COH sorti chez raster-noton. La mélodie est toujours belle, mais chaque note se répète, à l'identique ou dans un cycle de deux ou trois, avec des basses électroniques et des glitches, ce qui donne un effet de répétitivité trompeur et hypnotique. Sur la deuxième partie, une guitare électrique au son saturé quasi-électronique gronde sur une mélodie qui aurait pu être annonciatrice de groove dans un autre contexte mais ici n'est qu'une phrase minimaliste de plus. Une troisième partie se base sur de enregistrements improvisés de saz et d'oud, en duo avec ces sons de basses et d'éléments qui s'allument et s'éteignent… Le final garde les mêmes sources sonores mais avec une structure nettement différente : on démarre par des drones, puis un rythme arrive, les sons électroniques deviennent plus agressifs mais les instruments acoustiques rivalisent d'intensité eux aussi.

Ça ne ressemble vraiment à aucun autre disque que je connais.




Syclops est un groupe composé de trois Finlandais imaginaires et d'un vrai Maurice Fulton. On peut dire qu'il fait de la house, mais de la house très atypique, complètement déracinée ; beaucoup de sons acides et élastiques, plein de percussions différentes (tribales, rock, électroniques…), des instruments acoustiques inattendus… Un son hybride qui lorgne vers le rock ou le jazz, complexe, travaillé, expérimental, et qui incorpore aussi deux ou trois élements plutôt crus et improvisés. I've Got My Eye on You est le premier album du projet, c'est sorti chez DFA (le label de LCD Soundsystem) et c'est carrément bon !

mardi 23 août 2016

♪ 48 : Quatorze Rencontres sur le Son des Machines Climatiques Transférées à Dallas

邂逅 (Kaikō) de Haruo Okada et Fabio Perletta est un jeu subtil entre ombre et lumière, intérieur et extérieur. On se promène le long d'une jetée, dans une forêt, dans une grotte… et ces paysages sonores se mêlent à des sons moins reconnaissables, peut-être abstraits, qui évoquent des impressions subjectives. L'effet est étonnamment naturel, comme lorsqu'on se promène et que notre attention passe imperceptiblement de l'environnement à nos propres pensées.

La piste fut à l'origine une improvisation en direct lors d'une fête de hanami, peaufinée et réenregistrée par la suite. J'ai dû l'écouter genre cinq ou six fois déjà et à chaque fois j'ai l'impression de l'entendre différemment. À chaque fois je la trouve superbe.




Sur Balance 014, Joris Voorn a « peint avec de la musique ». Façon aquarelle. Plutôt que d'agencer de bons titres avec des transitions et quelques edits, le DJ a effacé tous les contours et mêlé des dizaines de pistes en un flux continu, un groove fluide qui associe des genres complémentaires plutôt que similaires… Regardez-moi cette tracklist ! Ce n'est pas le record du monde de titres mixés en une heure, mais ça reste impressionnant. Et bien fin qui arriverait à démêler les sons sans les connaître !

Sur le Mizuiro Mix (« couleur d'eau » ou bleu clair), Voorn commence par jouer les équilibristes en gardant la tension de son beat pendant un temps fou alors que la musique fait ressentir une sérénité paradoxale, il cherche à la fois à détendre et à faire danser — et il y arrive carrément. Jusqu'à un virage inattendu, avec la voix bizarre d'“R U OK” d'Ambivalent (drôle de piste, plutôt humoristique à l'origine) qui nous fait plonger dans un son plus ambigu, thérapeutique presque, avec des pointes de mélancolie.

Le Midori Mix (vert, couleur de nature) commence de manière plus dansante, très prometteuse, avec plus de groove que le Mizuiro… Là, on se dit que Voorn a décidément des doigts en or — jusqu'à ce qu'il tente vers la fin d'incorporer des chansons entières dans son mix, comme “Nude” de Radiohead, et là, ça marche moins bien : il perd le groove de vue et tourne un peu à vide. Dommage. Tout le reste est excellent.




Autre approche : She's a Dancing Machine de Magda, un mix de techno minimale façon jeu de construction, cent quatre pistes découpées en fragments de tailes variables et assemblées sur le beat. La structure est froide mais dansante, les sons partent dans tous les sens, c'est du pointillisme foufou sur une base austère et ça fonctionne carrément. La seule chose que je reproche à cet album, c'est son absence de dynamique générale : Magda garde la même formule monotone-imprévisible tout le long, sur 78 minutes un petit détour ou un long virage auraient été un plus.

À noter que ce style-là avait déjà été adopté quelques années plus tôt par Richie Hawtin (Plastikman) sur un de ses mixes, DE9: Closer to the Edit, pour un résultat impressionnant aussi mais nettement plus sérieux. Je l'ai peu écouté, plutôt envie de revenir à celui de Magda, j'aime bien quand il y a de la fantaisie.




Un troisième ? OK, mais celui-là attention, faudra pas le mettre entre toutes les oreilles ! Follow the Sound de Bitch Ass Darius est un disque qui donne simultanément envie de s'exclamer « bougre, quelle vulgarité ! » et « foutredieu, quel génie ! ». La seconde plus souvent que la première.

La ghetto house est un genre avec des sons assez bruts et des paroles qui parlent surtout de sexe (vu le “ghetto” dans le nom, vous vous doutez bien qu'on est loin du romantisme subtil) ; la ghettotech mêle à cela des influences techno, electro et UK bass, et des tempos très rapides. (Je viens de lire tout ça sur Wikipedia et RYM, je ne connaissais pas du tout avant d'écouter Bitch Ass Darius.) Bref, Follow the Sound ressemble au cerveau d'un adolescent mâle hyperactif. Le mix n'est pas que vulgaire, il est irrévérencieux — à commencer par le fait qu'aucun des artistes n'est crédité (les limiers d'internet ont identifié 71 titres, restent 9 inconnus) et que leurs pistes originales sont découpées, accélérées et pitch-shiftées sans vergogne. Quand une piste dépasse la minute, ça paraît carrément long. Si vous vous retrouvez à court de café ou de thé un jour, passez-vous ce disque.

Mais il faudrait avoir les oreilles bouchées pour ne pas entendre à quel point Follow the Sound est impressionnant malgré ses airs frustes. Dans sa dynamique déjà, tenir une telle intensité pendant si longtemps sans que ça devienne gonflant, ce n'est pas si facile — et Darius y arrive en partie grâce à une impressionnante variété de styles, qui dépasse les frontières des genres suscités, va de l'acid au chiptune au hip hop et plus loin encore, donnant à la composition dans son ensemble une structure beaucoup plus complexe que ce à quoi on aurait pu s'attendre. Ce n'est ni un flux continu (il le casse exprès par moments, d'ailleurs) ni un marteau-piqueur fatigant, c'est un feu d'artifice qui pète dans tous les sens et dans toutes les couleurs.

Et puis, ce disque est franchement drôle. Dès l'intro, où Darius sample Milli Vanilli fail compris, puis dans des juxtapositions potaches, une ou deux répétitions absurdes, Bodenständig 2000 ou encore la piste 61… jusqu'au moment où on regarde par curiosité “bitch ass darius” dans Google Images pour voir la tête du responsable.

Donc ouais. Un plaisir coupable. Mais un sacré plaisir, et un sacré talent.




Christian Renou est surtout connu pour son projet Brume : musique concrète ou électro-acoustique, parfois rapprochée de l'industriel ou du noise, une soixantaine d'albums sortis depuis les années 1980. (L'artiste cite parmi ses nombreuses influences Pierre Henry, 23 Skidoo, SPK, Philip Glass, Magma… La description officielle en anglais de francophone est assez cocasse !) Anemone Tube, c'est un projet power electronics allemand mené par Stefan Hanser, je n'ai découvert qu'après, j'aime bien aussi.

Sur Transference, Renou remixe Anemone Tube et… en fait une musique étonnamment cérébrale, froide et contemplative. Sans être glauque ni monotone ! C'est une musique électronique à l'esthétique aussi nette qu'étrange. La description officielle est incompréhensible (on dirait le manifeste d'un artiste contemporain qui serait aussi philosophe théoréticien) mais parle de géométrie, d'analyse et de structure concrète. On confine parfois à l'ambient ; des éruptions bruitistes surviennent, des rythmes et sons industriels sont présents aussi, mais on est très loin de la fureur abrasive que j'ai pu écouter chez Anemone Tube, ou des cris étonnants dans des paysages électroniques de chez Brume (encore plus des passages humoristiques de son Accident de Chasse, mais bon, celui-là datait de 1989).

C'est un disque que j'ai pris pour quatre euros je crois, il était en promo chez le vendeur et la couleur fluo plus le nom de Brume m'ont donné envie. Le hasard a bien fait les choses ! (Le packaging est décevant par contre, c'est une sorte d'enveloppe qui se déchire en lambeaux quand on l'ouvre.)

… Et je vous conseille par la même occasion Xerxès de Brume et Golden Temple d'Anemone Tube, pour faire d'une pierre trois coups. Enfin, de trois pierres trois coups. Mais qui se répondent un peu. Bref.




Il y a dix ans, j'écoutais Surfer Rosa des Pixies. Ça remonte déjà pas mal. J'en garde surtout de bons souvenirs, mais je ne l'ai plus écouté depuis des années ; je n'ai jamais donné de vraie chance (deux pauvres écoutes incomplètes) à Trompe le Monde, j'avais essayé plus ou moins récemment de rallumer la flamme avec Doolittle mais… *haussement d'épaules*.

Il y a cinq ans, j'ai écouté Big Black. Qui a confirmé le fait que j'aime le style Steve Albini, plus encore chez eux en fait, mais qui a un peu trop tendance à servir les épluchures avec le plat. Genre sur Atomizer, “Kerosene” et “Cables” sont parfaites, le début est d'un bon niveau mais le reste se délite jusqu'à la médiocrité — le son ne fait pas tout. Je ne me souviens plus trop de Songs About Fucking, pourtant c'était par celui-là que j'avais commencé.

Aujourd'hui, j'écoute mclusky. Déjà, la déflagration d'énergie folle mi-crétine sur le refrain de “Lightsabre Cocksucking Blues” aurait justifié l'existence du rock à elle toute seule (et me donne l'impression que le rock qui n'est pas du noise rock est un équivalent de bière sans alcool, parce que c'est pas possible de penser à Ziggy Stardust ou autre en écoutant ça). Certes, ces sacripants nous font le vieux coup de balancer la toute meilleure piste en premier et la deuxième meilleure en dernier, mais contrairement à Big Black, ils ont un vrai sens de l'écriture tout le long ! Ils ont de meilleures mélodies et toutes les pistes sont bonnes. J'aime bien leur attitude plus punk aussi.

Peut-être que j'aurai « épuisé » mclusky d'ici quelques années. En attendant, j'accroche carrément. Si je déterre un disque comme celui-là tous les cinq ans, ça va, j'ai pas à me plaindre !




James Turrell est un artiste américain connu pour ses travaux sur la lumière et l'espace, des œuvres in situ avec une esthétique minimaliste. Il a notamment conçu le Roden Crater, un cratère volcanique dont l'intérieur est devenu une monumentale œuvre-observatoire. Parmi ses œuvres plus modestes, il y a les Skyspaces, de simples ouvertures rondes ou carrées qui laissent passer l'air à l'intérieur de lieux parfois préexistants, parfois construits pour l'occasion. Sur les photos, on dirait des monochromes, mais des monochromes changeants et actifs, qui colorent l'espace tout entier…

Les Skyspaces sont des œuvres visuelles avant tout, mais comme l'air y passe, l'environnement sonore aussi y est modifié. Pour son projet Climata, Robert Curgenven a enregistré de multiples Skyspaces — à la fois les sons qu'on y entend et les microtons générés par l'espace lui-même à l'aide d'oscillateurs et d'un haut-parleur. (Les oscillateurs sont réglés sur la fréquence de résonance de l'espace, le haut-parleur agit comme un résonateur de Helmholtz, enfin je ne comprends pas tout, l'artiste écrit que chaque espace agit à la fois comme un filtre et comme un instrument.)

Bref, c'est une traduction sonore d'une œuvre architecturale. Qui donne lieu à une installation, un concert, et à ce double album, composition où les quinze enregistrements de Skyspaces sont arrangés en six pistes. Très discrètes, minimalistes, six « presque rien » qui ont chacun leur identité et caractère, une sorte de silence teinté subtil à chaque fois. Chacune a la même durée de 19:20, pour permettre la lecture simultanée, dans n'importe quel ordre (l'artiste recommande d'utiliser deux systèmes audio, ce que je n'ai pas eu l'occasion de tester mais la lecture simultanée de deux pistes sur ordinateur donne déjà des couleurs plus profondes). Si vous aimez ce genre de musique (Eleh, Éliane Radigue…), je vous conseille d'y jeter une oreille ! C'est sorti chez Dragon's Eye Recordings, le label de Yann Novak.

Et l'article d'A Closer Listen sur le projet est excellent.

jeudi 28 juillet 2016

♪ 47 : Les Cinq Faunes Réunissent leurs Derniers Désirs Acides

Gather & Release de Sarah Hennies est un album qui utilise vibraphone, phonographies, ondes sinusoïdales et « stimulation bilatérale » (soit des tons qui alternent entre un canal et l’autre, ce qui d’après les notes est utilisé pour soulager les traumatismes et l’anxiété chez certains patients).

C’est une musique expérimentale qui utilise beaucoup de drones et d’atonalité, mais qui est surtout introspective. Du bruit gris, venteux, avec un son timide (le vibraphone) qui parfois disparaît, réapparaît, chante doucement. Une tension grandissante finit par se faire sentir, puis par gronder pour s’arrêter brutalement et faire place à une plage de bruit brut. Vient une deuxième piste beaucoup plus apaisée au début… à ce moment-là, on pourrait penser avoir compris où voulait en venir l’artiste. On se détrompe quand tout prend une direction inattendue, nettement plus complexe, parfois brutale.

Gather & Release raconte une histoire sans paroles. Je ne prétends pas la comprendre, mais elle me touche tout de même. J’aime beaucoup ce disque.




Quelque part entre, disons, Grouper et Bardo Pond, il y a Valet. Naked Acid se situe certes dans cette zone floue entre l’ambient, le rock psychédélique et le folk expérimental, mais la musique même n’est pas vague — elle a des attraits qui m’y font revenir depuis des mois. Ce sont les couleurs, déjà. Des atmosphères réellement évocatrices, des dissonances inattendues. Et puis j’aime les tambours et les drones sur “Drum Movie”, la mélodie à la guitare sur “Kehaar” qui me paraît familière sans que je sache où je l’aurais déjà entendue, les beats électroniques complètement inattendus sur “Streets” (enfin du coup vous allez les attendre maintenant)… Et il y a de l’intensité dans ce disque, ce qui manque souvent dans les albums de la même famille. Donc oui, j’aime.




Sur Fauna, Jneiro Jarel (un producteur de hip hop qui a plein d’alias) prend des éléments de musiques tropicales et latines et les fragmente, les déplace, les électrise, les psychédélise, en fait des ingrédients d’un cocktail coloré, foisonnant et très agité. Certains regrettent que l’« esprit brésilien » y soit dénaturé ; c’est justement ce qui rend le disque intéressant à mes oreilles ! Je me demande si Jarel a pris de l’inspiration chez Flying Lotus et Amon Tobin…

En tout cas, au niveau style et concept, l’album se démarque bien. Par contre, il est inégal — vers le milieu, l’artiste joue de juxtapositions osées mais pas très maîtrisées, qui tombent parfois dans un fouillis fatigant. C’est au début et à la fin, quand les mélodies et les rythmes savent où ils vont, que l’album tient vraiment ses promesses. Je trouve que l’originalité compense ces faux pas, après c’est à vous de voir. Jetez-y une oreille dans tous les cas si ça vous intéresse ; Fauna ne dure que trente-six minutes, assez denses.



Vous saviez que Basic Channel, les Allemands qui font de la dub techno, avaient un projet deep house ? Cinq singles, sortis sous les alias Round One, Round Two etc. dans les années 90.

Honnêtement, je ne m’attendais pas à ce que des artistes connus pour un genre plutôt gris sortent quelque chose d’aussi dansant. Alors “I’m Your Brother”, ça fait un choc. C’est un tube, avec un groove impeccable, un chant soul, et cette note qu’on peut entendre comme un bonheur parfait ou teinté de tristesse selon son humeur.

Mais ce n’est que le premier round, et les suivants se mettent à ressembler de plus en plus à de la dub techno, plus vaporeux, plus lents… Andy Caine, qui assure le chant sur “I’m Your Brother” et “New Day” (très bonne aussi), laisse la place à un Paul St Hilaire qui a un accent jamaïcain (n’allez pas plus loin vers la Jamaïque s’il vous plaît, sinon je sors). Quant aux mixes, à part l’étrange “Chicago Twisted Mix”, il s’agit pour la plupart d’instrumentaux qui ressemblent à s’y méprendre à du Basic Channel. Ce qui est étonnant, du coup, c’est que ce projet ne me déçoive pas. Sans doute parce que Basic Channel est une référence dans leur genre habituel, et que même s’il se raréfie, il reste toujours un peu de groove là-dedans.




Je reviens sur un classique, du moins classique à mes oreilles : Is This Desire? de PJ Harvey. Sacrée artiste. Un album très incisif et très introspectif, du rock relevé de sons électroniques voire trip hop qui ne détonnent que quand elle le fait exprès (le bruitisme de “My Beautiful Leah” ou “Joy”, pistes qui font assez mal, ou la pénombre d’“Electric Light”, piste qui pourrait presque passer inaperçue à côté mais qui hante), des chansons comme une collection de nouvelles, avec un personnage féminin différent à chaque fois. (Je n’ai appris qu’aujourd’hui que “Joy” était inspirée par une histoire de Flannery O’Connor, il faudra que je lise cette autrice un jour.)

Honnêtement, il y a peu d’artistes qui savent faire une musique aussi intense émotionnellement sans me rebuter. Et encore… c’est peut-être cette intensité qui fait aussi que je n’écoute pas PJ Harvey si souvent que ça, malgré le fait que je la citerais parmi mes artistes rock préférés. Je n’ai toujours pas écouté Dry ni White Chalk par exemple.

Le défaut principal d’Is This Desire?, je dirais que c’est son livret particulièrement pénible ; il me faut toujours bien une dizaine d’essais avant de le replier correctement. La prochaine fois je prendrai des notes en le dépliant, ou j’arrêterai de le déplier pour regarder les scans sur Discogs.




Le deuxième album d’Andrés peut s’écouter comme un pendant house du fameux Donuts de J Dilla. Mi-house, mi-hip hop instrumental, avec des accents soul prononcés. Super cool. (Si j’aimais l’été à part les fruits, j’aurais peut-être dit « estival ».) Trente pistes, soixante-dix minutes, soit un rythme assez soutenu mais moins intense que sur Donuts, où on pouvait avoir l’impression que l’artiste allait aussi vite qu’il le pouvait pour échapper à sa maladie… L’album a des allures de mix : plutôt qu’une sélection de singles remarquables, chaque piste apporte une nouvelle touche, une nouvelle étape d’un long voyage dont on ne peut tout retenir en une seule écoute. (J’aurais préféré me passer de la speakerine radio qui fait des bisous au micro par contre, heureusement qu’elle n’est pas là souvent.) C’est sorti chez Mahogani Music, le label de Moodymann — pas forcément une bonne chose, vu leurs tirages toujours épuisés et les prix abusés des versions digitales ! Et c’est la version CD dont je parle, le vinyle est raccourci de moitié. Donc ouais, le piratage c’est cool.




Now Wait for Last Year de Caroline K : soupirs post-industriels, grain et pénombre, synthétiseurs atmosphériques, introspection, amertume, mélancolie et beauté. Le titre vient d’un roman de Philip K. Dick. Le disque date de 1987 et fut le seul album solo de l’artiste, mais elle fut aussi membre fondatrice de Nocturnal Emissions* à leurs débuts.

Face A, “The Happening World”, une piste ambient de 21 minutes qui effleure plusieurs sentiments sans les dévoiler tout à fait. La face B présente une palette émotionnelle similaire avec des synthés et boîtes à rythmes, des sons parfois crus et assez datés mais toujours une très belle sensibilité. C’est une musique sombre très émotive, avec un voile d’austérité parfaitement translucide.

L’album original, que j’aime beaucoup, me laisse un sentiment d’incomplétude ; avec les trois premières pistes bonus de la réédition CD, c’est parfait. (La quatrième semble ne rien avoir à faire là par contre.)

* J’avais parlé d’un album de Nocturnal Emissions ici mais il est plus tardif. J’écouterai Fruiting Body ensuite, Caroline K joue dessus.

jeudi 23 juin 2016

♪ 46 : Les Faux Hommes de Feu Transpercent les Diables Jumeaux

Faux-Jumeaux de Pierre-Yves Macé est un disque romantique expérimental, clair et paisible, rempli d'inattendu et d'étrangeté. C'est de la musique électro-acoustique, qui tend un peu vers le minimalisme, avec plein d'instruments différents (de la harpe, du vibraphone, du marimba, des gongs, des clarinettes, du piano, du carillon…).

Il y a quatre compositions en tout ; “Évocation” (dont le sujet, d'après le livret, est le temps et la mémoire) et “Faux-Jumeaux” confrontent jeux et reprises samplées de la même composition (une idée que j'avais déjà entendue ailleurs, notamment sur Nonextraneous Sounds de Mariel Roberts que j'aime beaucoup aussi). “Le Sentiment de la Nature aux Buttes-Chaumont”, inspiré par Le Paysan de Paris de Louis Aragon, comporte beaucoup de phonographies, ce qui est inattendu mais n'entame en rien la cohérence du disque.

Si ça vous tente, c'est un très beau disque ! J'en ai entendu parler ici : http://tzadikology.blogspot.fr/2014/05/pierre-yves-mace-faux-jumeaux.html



Il paraît que Betty Davis était une des premières artistes à jouer aussi ouvertement d'une séduction provocante et aggressive. On connaît trop souvent la variante racoleuse-publicitaire de ce genre d'attitude, où presque tout est dans l'image et les paroles, tellement peu dans le son… mais quand il y a du talent et du cœur derrière, c'est autre chose ! Son premier album est une demi-heure de funk / funk rock concis, ardent, où la tension ne se relâche pas d'un cheveu avant la dernière chanson et où Betty s'égosille la moitié du temps dans une attitude où le cool et le trash ne sont éloignés que d'un millimètre. J'ai encore beaucoup à découvrir dans le genre, mais j'espère en découvrir d'autres du même niveau !

À noter en passant — ça me fait bizarre de préciser ça — que l'artiste n'était pas que chanteuse, elle a écrit toutes ses chansons et s'est mise à la production aussi dès le disque suivant. Et pour l'anecdote, elle fut mariée à Miles Davis (c'est elle sur la pochette de Filles de Kilimanjaro) mais ça ne dura pas un an, Miles la trouvant trop jeune et trop impétueuse pour lui.





Vous aimez les musiques théâtrales et grandiloquentes qui partent dans tous les sens ? Les personnages de savants fous dans les histoires, le genre qui n'a que foutre de la raison ou de la retenue et se jette à corps perdu dans l'hubris le plus débridé en lançant des rires diaboliques, et qui gagne à la fin en plongeant le monde dans le chaos parce que c'est un génie malgré tout ? Naked City, Mr. Bungle, c'est votre came ? Le kitsch ne vous dérange pas ? Alors vous devriez écouter Devil Doll.

The Sacrilege of Fatal Arms est une piste-collage de 80 minutes de rock expérimental progressif symphonique gothique à personnalités multiples (rien qu'à voir la liste des genres à rallonge sur RYM, je me suis dit « il me faut ce truc »), un disque qui enchaîne tant de tensions et dénouements explosifs qu'on dirait la bande son de plusieurs films simultanés*, chantée en latin, anglais, allemand et français ; l'œuvre d'un mystérieux « Mr. Doctor », un Slovène Italien qui a recruté les membres de son projet Devil Doll sous l'annonce suivante : « Plus un homme est dominé par la raison, moins il a de chances d'atteindre la grandeur ; rares dans la plupart des domaines, et inexistants dans celui de l'art, sont ceux qui réussissent sans être dominés par l'illusion. » Ça va, il a le sens de la mise en scène, le mec !

Et il a du talent aussi. The Sacrilege of Fatal Arms, c'est un album d'artifices avant tout, ça sent la poudre aux yeux, parfois ça frise le ridicule… mais pour peu qu'on accroche, c'est quand même franchement bon.

Cela dit, j'ai écouté un autre disque du même projet, Dies Irae, et c'était sensiblement la même chose — ce qui m'a paru très décevant. Quand deux tours de magie reposent sur le même truc, le deuxième impressionne beaucoup moins. Je reste donc sur The Sacrilege of Fatal Arms.


* Il s'agit bien d'une bande originale, d'ailleurs ; d'un film du même nom, et écrit et réalisé par Mr. Doctor lui-même, bien sûr.





Je dois bien avouer que cet album de Meira Asher m'a fait peur au début… Une telle pochette et un tel titre, ça annonce tout de suite une musique torturée. Et effectivement, elle l'est. Mais c'est rare d'écouter une musique aussi douloureuse qui ait autant de facettes.

Présenté comme un « cauchemar », un « exorcisme » et un « opéra électronique » — industriel serait plus exact, vraiment, l'album n'est qu'en partie électronique —, Spears Into Hooks a des influences qui vont du power electronics au klezmer, des passages qui peuvent faire penser à Swans ou à Diamanda Galás, on ne sait jamais où l'artiste nous emmène. Neuf pistes et autant, si ce n'est davantage, de styles. “Weekend Away Break” avec sa rengaine d'avant-guerre donne la nausée. “Me Last Granny” avec sa voix presque seule est terrifiant.

Il s'agit aussi d'un album à thème politique, sur Israël dans les années 1990. Ça se traduit par de la tension, de la rancœur et de la violence partout. C'est un cauchemar polymorphe, captivant, je pensais l'écouter juste une fois pour voir mais j'y retourne plus souvent que je ne l'aurais imaginé.

https://meiraasher.bandcamp.com/album/spears-into-hooks-2
http://www.crammed.be/index.php?id=37&rel_id=129





The Fireman, c'est le projet ambient house de Youth (le bassiste de Killing Joke) et Paul McCartney. Rushes est un album doucement psychédélique, ensoleillé, avec beaucoup de guitares, quelques instruments exotiques… un album électronique qui utilise pas mal de sons acoustiques et n'en est que plus agréable, même si nappes et samples ne sont pas en reste. On ne dirait pas à l'écoute que les artistes viennent d'horizons qui n'ont rien à voir !

Les répétitions, très présentes, ne pèsent jamais. Et moi qui ai toujours trouvé le gros album d'ambient house (The Orb's Adventures Beyond the Ultraworld) décevant, trop long, avec des passages lourdingues… je dois dire que je lui préfère nettement cette alternative.

Leur album précédent était plus électronique, je ne l'ai pas beaucoup écouté encore. Je n'ai pas encore écouté le suivant, sorti dix ans après, paraît qu'il ressemble à Animal Collective (je ne sais pas encore si c'est une bonne chose).





Fallen Angel de Serafuse me fait penser à du verre. Une construction en verre, froide, brillante, complexe, avec des reflets irisés. C'est un album d'ambient techno avec quelques aspects arctic ambient, drone ou space ambient, un disque peu connu sorti chez Charrm, le label de :zoviet*france:. L'artiste (ou le groupe ?) n'a sorti que ce disque-là, de manière anonyme — aucune information nulle part, rien avant, rien après. L'artiste connu le plus proche serait Biosphere, je pense. Ça fait depuis des mois que j'écoute Fallen Angel et il m'est arrivé de regarder ma montre et de me dépêcher de rentrer chez moi pour avoir le temps de l'écouter en entier. Une perle cachée.

jeudi 28 avril 2016

♪ 44 : Changements Statiques et Sinistres Variations Métriques Chantées en Juin

M. Geddes Gengras joue du synthétiseur modulaire. Il a enregistré plein de disques avec des synthétiseurs modulaires. J'en ai écouté trois pour le moment, un plutôt rythmé, un ambient, et un qui… euh… un dont je vais parler aujourd'hui.

Pour comprendre Two Variations, il est utile de savoir que ces compositions sont génératives, à savoir que l'artiste met en place des processus plus ou moins complexes qui vont générer de la musique en semi-autonomie. Le système qui a généré ces deux pistes est décrit en détail sur la page du label… et comme je n'y connais rien en électronique ni en synthétiseurs, je dois avouer que je n'y comprends pas grand chose. Heureusement pour les non-initiés, l'artiste conclut tout ça avec une image, comparant le résultat final à « deux paires de maillets pour marimbas attachés à une paire de dés ». Si ça ne vous parle pas davantage, appuyez sur ▶ !

Deux pistes de trente-quatre minutes (durée arbitraire ?) avec à peu près toujours les mêmes sons, les mêmes notes, les mêmes boucles déclinés sur une variable aléatoire — selon toute vraisemblance, ça devrait finir par lasser, non ? Sauf que non. Ces deux variations n'ont pas l'humanité des compositions de musique minimaliste — c'est de ça qu'elles se rapprochent le plus — mais les motifs sont complexes et changeants, les sons sont beaux, l'aléatoire semble toujours tomber sur une autre harmonie… et les jeux d'harmonies sont tellement captivants qu'on pourrait presque manquer les changements des morceaux plus progressifs, à une échelle plus longue* (sans doute non générés, ceux-là ?).

La première piste est plus belle que la seconde, mais les deux sont réussies et intéressantes.

Et vous pouvez écouter Test Leads aussi, il est moins inhabituel mais pas moins bon. C'est celui qui est rythmé.

* Il y a des mots pour décrire la différence entre les deux d'ailleurs ? Micro-changements et macro-changements ?




Tant qu'à parler de répétitivité et de musique qui se joue toute seule, on peut aussi mentionner Music by the Metre de Graham Dunning. Un projet inspiré par la « peinture industrielle » pseudo-expressionniste de Giuseppe Pinot-Gallizio, créée par des machines, coupée et vendue au mètre. Ici, un système de lecteurs qui tournent en boucle, pédales, tourne-disques, micro… produit une superposition de matières sonores enregistrée sur bobine.

Vous pouvez voir une présentation du projet ainsi qu'une vidéo montrant un des dispositifs en question sur le site officiel de l'artiste.

Évidemment, l'idée fait penser à la prolifération décourageante de musiques ambient, drone et noise réalisées par des musiciens amateurs, des heures et des heures de sons étirés et de nappes floues, trop souvent indifférenciables. Mais le projet de Dunning, où l'acte de composition est unidimensionnel (portant uniquement sur le choix des sons et des machines, totalement inexistant sur la durée), est étonnamment intéressant à écouter. Sur le premier CD tiré du projet, pas de flou mais du tangible, ça gronde, ça crache, il y a des voix perdues, des artefacts… et chaque piste apporte plus de tension que la précédente.

Il est intéressant aussi de se rendre compte qu'ici, c'est la nature qui fait la musique. On n'est plus dans les créations humaines où tout mouvement sonore est chargé d'intention (et qu'on peut accuser de paresse quand on n'a affaire qu'à des drones lénifiants), ici, c'est le mouvement mécanique des bandes et des sillons, les frottements, l'érosion, les rayures que l'on entend. Et la musique semble tangible, matérielle. Chacune des pistes de Music by the Metre Archive One contient ainsi trois cent cinquante mètres de sons. Coupés net, bien évidemment — de quoi faire entendre que la durée d'une piste est complètement arbitraire par rapport à la durée « naturelle » que prendraient les sons par eux-mêmes.

(La photo, ce n'est pas la pochette du disque, c'est un kiosque tenu par Dunning à un festival où il vendait sa musique au mètre fraîchement enregistrée.)





Maha de Grim est un album qu'on classe dans l'industriel faute de mieux, mais qui n'y ressemble que peu. C'est de l'« industriel rituel » japonais, beaucoup plus théâtral et expérimental qu'oppressant ou glauque, avec beaucoup de chant, des percussions rythmées puissantes et dansantes, beaucoup de mélodies… et on peut même oser des comparaisons à Coil, pas tant pour le son même que pour la liberté d'explorer des territoires inhabituels, pour les répétitions plus hypnotisantes que mécaniques, et pour l'ampleur de la palette sonore qui, bien que sombre dans l'ensemble, fait plus souvent rêver, danser, ou simplement écouter avec attention ce que l'on n'a jamais tout à fait entendu ailleurs.

À ceci près que Grim a, malgré ce que j'ai dit avant, toujours un pied dans l'indus (Coil avait laissé tomber le genre au bout de deux albums). Et un pied dans la musique traditionelle japonaise aussi. Euh. Disons que Grim a beaucoup de pieds.

En tout cas, cet album vaut le détour, et pourrait même plaire à ceux qui n'aiment pas l'industriel d'habitude.




Si je ne connaissais pas déjà Charlemagne Palestine, je l'aurais sans doute découvert (et aimé) avec cet album. Comment ne pas avoir envie d'écouter un disque qui a un tel titre !

Pour rappel, Palestine est un artiste excentrique génial, connu pour ses penchants pour le whisky, le cognac, les peluches et les compositions extrêmes où il joue un accord d'orgue, ou deux notes de piano en succession, mais les joue à fond, en extrait toutes les harmoniques possibles, pendant une heure au minimum. Et ce n'est pas du foutage de gueule, c'est vraiment une musique intense, qui laisse l'instrument désaccordé et les doigts de l'artiste en sang à la fin de la performance.

Ssingggg Sschlllingg Sshpppingg est différent. C'est bien un album de Charlemagne Palestine, on reconnaît son style tout de suite, mais il s'agit d'un drone maximaliste réalisé par ordinateur : une déferlante de bruits multicolores, des voix robotiques de jouets, de l'eau, des oiseaux, plein plein plein de sons. Et Palestine lui-même chante, accompagné de jouets qui chantent eux aussi. Jim O'Rourke a dit que c'était son album préféré de 2015 et de son disque préféré de l'artiste. Si vous ne faites pas confiance à Jim O'Rourke, je peux vous donner une seconde opinion en vous disant que cet album est tout à fait très bien. 




Recommandation ambient techno du mois (pour laquelle je n'ai pas de mérite, tous les webzines en ont parlé) : June d'Acronym. Un son très progressif où les pistes se coulent les unes dans les autres, des nappes enveloppantes, des beats qui font monter le son malgré le calme… Un calme relatif d'ailleurs, l'album partant de l'ambient pour arriver à de la techno franche dans la seconde moitié, avec quelques détours par des sons acid sur une piste, un rythme quasi-tribal sur une autre. Pas mal de points de ressemblance avec Voices from the Lake surtout, ce qui est une comparaison plus que flatteuse !




Y'a des gens qui trouvent que Tim Taylor, le chanteur de Brianiac, en faisait trop avec son chant qui passait du hurlé au très aigu au déformé, ponctué d'un à plusieurs points d'exclamation par phrase. Ces gens ont tort. Brainiac, c'était excellent, du noise punk mâtiné de rock'n'roll (ou l'inverse) avec des déformations électroniques qui lui donnent un son cartoonesque acide, une musique à la fois excitante et torturée, mi-grave mi-sautillante, moitié classique moitié déjantée. Vous vous rappelez des bonbons Têtes Brûlées de votre enfance ? Oui ? Non ? Peu importe, les associations musique/goûts ne fonctionnent absolument pas, pour avoir vu des gens essayer je peux assurer que dans 99 % des cas ça n'a aucun sens. Mais Hissing Prigs in Static Couture est un très bon album, j'ai déjà pris l'album précédent et l'EP suivant, pas envie de m'arrêter là. Pas comme Tim Taylor, qui s'est hélas arrêté peu après cet album en faisant foncer sa Mercedes droit dans une bouche d'incendie qui provoqua une explosion enflammée qui le tua sur le coup. R.I.P.




Et puis, dans un autre genre, j'écoute Miracles de Change. C'est un album de funk, ou peut-être de disco, voire de disco-funk. À peu près tout le monde compare ce groupe à Chic, sans que la comparaison soit forcément en leur défaveur. Celle de Change, je veux dire. En tout cas j'aime !