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lundi 20 août 2018
jeudi 31 mai 2018
♪ 69 : La mort par flétrissure du sphinx crayonné du quatrième étage
Rainbow of Death est une déflagration multicolore de powerviolence pop, une salve de douze pistes en-dessous de 40 secondes où hurlements féroces et guitares du chaos sont suivis tout naturellement par des « pa-pa-pala-pa ! ♫ » — le tout suivi d'un grand final en plusieurs mouvements avec solos qui dure carrément trois minutes trente-cinq. Plaisir d'écoute : 10/10.
Détail amusant, il s'agit d'un projet alternatif d'un groupe de funeral doom metal appelé Monarch!, donc avec des pistes longues, a priori lentes et sombres. J'écouterai ça une autre fois ! En attendant, j'écoute Rainbow of Death en boucle. C'est dur de s'arrêter.
▷ Bandcamp
Détail amusant, il s'agit d'un projet alternatif d'un groupe de funeral doom metal appelé Monarch!, donc avec des pistes longues, a priori lentes et sombres. J'écouterai ça une autre fois ! En attendant, j'écoute Rainbow of Death en boucle. C'est dur de s'arrêter.
▷ Bandcamp
١
Just as I Am de Bill Withers est un magnifique album de soul (un classique ? peut-être, beaucoup de gens disent qu'il mériterait d'être plus connu). L'artiste a une voix superbe, ses chansons sont subtilement accrocheuses et surtout très émouvantes, avec retenue et élégance ; quand Withers s'autorise un petit effet, comme le break sur “Ain't No Sunshine”, c'est toujours à bon escient. Il y a un peu d'influences folk là-dedans aussi, comme sur la minimaliste “Hope She'll Be Happier”.
٢
Ce que fait Yikii parlera à qui a passé son adolescence (et plus) à explorer des mondes imaginaires, à tenir un journal intime où déverser son vague à l'âme, ses angoisses et ses dessins bizarroïdes. Ce sont ses pochettes qui m'ont donné envie d'écouter ; pas toutes, mais celle de son mini-EP de reprises avec la zombie à couettes par exemple, on dirait une capture d'écran d'un cauchemar ! Dans sa musique, on trouve du mignon torturé, du psychédélisme, de l'expressionnisme… parfois on dirait la bande son d'un jeu vidéo d'aventure-horreur, avec du piano, des sons plus ou moins bizarres, quelques paroles sussurées en mandarin. Le genre d'univers que j'aime beaucoup explorer. Tout sonne amateur, quelquefois un peu brouillon et on peut reprocher à l'artiste d'abuser du pathos et des “la la la” fragiles sur certains disques, mais elle a aussi plein d'idées qui fonctionnent carrément, de belles mélodies et un style personnel, original et varié qui me parle.
Tous ses disques ont un thème ; parmi ceux que j'ai écoutés, je recommande en priorité ❀a sleeping girl❀ (« disque d'hallucinations », peut-être le plus abouti, moins sombre que les autres) et ❀chaos dream❀ (sur l'impossibilité de trouver du sens, plus agressif avec quelques influences techno, indus et noise, mais aussi un beau final avec piano et chant).
▷ Bandcamp
٣
Mark Fell, artiste de glitch connu notamment au sein du duo SND, s'est mis à la house en 2012 en collaborant avec DJ Sprinkles, puis en sortant des EPs sous l'alias Sensate Focus. Des disques réalisés entièrement avec l'outil « crayon » dans le logiciel Digital Performer (ne m'en demandez pas plus, je n'y connais rien), disons house expérimentale avec des éléments de glitch et de juke, juste assez découpée pour former des sortes de syncopes. Le genre de dance music oblique, à la croisée de la piste de danse, du psychédélisme et des expériences pour nerds. J'ai particulièrement accroché au n° 5 pour le moment, mais les autres valent le coup aussi.
Les vinyles sont livrés avec un crayon de papier.
(Et si vous voulez un album complet, il y a Sentielle Objectif Actualité, signé Mark Fell plutôt que Sensate Focus, qui consiste en sept remixes de la série.)
▷ Bleep
٤
Riddles of the Sphinx de Mike Ratledge est la bande son d'un film expérimental sorti en 1977. Cette musique captive, intrigue et hante, en dix « séquences » répétitives d'électronique progressive qui hypnotisent en douceur (pensez un peu à Tangerine Dream mais en plus sobre, dépouillé, répétitif, avec une certaine ambiguité). Les fragments parlés issus du film laissent imaginer une histoire intéressante, avec allégories et rêves ou événements surnaturels, symbolique, politique ; je n'ai pas encore regardé le film… en partie parce que j'aime bien l'imaginer moi-même et garder le mystère pour le moment.
“I was looking at an island in the glass. It was an island of comfort in a sea of blood. It was lonely on the island. I held tight. It was night and, in the night, I felt the past. Each drop was red. Blood flows thicker than milk, doesn't it? Blood shows on silk, doesn't it? It goes quicker. Spilt. No use trying. No use replying. Spilt. It goes stickier. The wind blew along the surface of the sea. It bled and bled. The island was an echo of the past. It was an island of comfort, which faded as it glinted in the glass.”
(J'ai appris en tapant ce paragraphe que Mike Ratledge est plus connu pour être membre de Soft Machine. J'ai bien Third sur mon ordinateur mais je ne l'ai écouté qu'une fois sans qu'il me donne envie d'y revenir ; Riddles of the Sphinx n'y ressemble pas.)
▷ Bandcamp
٥
Fatboy Slim, vous connaissez, vous serez d'accord ou pas si je vous dis qu'il va du génial au gonflant. En tout cas, c'est l'un des seuls artistes qui arrive à me faire non seulement avaler mais aimer du skank (ce rythme à contre-temps des musiques jamaïcaines). J'ai entendu dire que son mix de la série On the Floor at the Boutique était le meilleur disque qu'il ait signé, et je dois dire qu'il me plaît carrément ! Comme celui de Jacques lu Cont dont je parlais l'autre mois, il pourrait faire aimer l'EDM aux fans de pop.
Pas de temps à perdre, on commence tout de suite par un refrain — d'une chanson qu'on ne retrouvera en entier que cinq minutes plus tard — tout de suite suivie des cuivres funk, une référence à Funkadelic sur des lignes de 303, du cut-up, ça danse dans tous les sens, un melting-pot de plein de genres. Dans la seconde moitié, on a droit (après une piste assez laide qui sont le seul point faible du disque) à un changement de style temporaire mais radical : il y avait déjà de l'acid avant, mais les cinq minutes en apnée sur “Acid Enlightenment” d'Aldo Bender tiennent de l'extrémisme ; certains adoreront et d'autres détesteront. (En passant, la piste originale, plus fournie, vaut l'écoute.) C'est même un soulagement d'enchaîner sur le hip hop pourtant très tendu de “Psychopath” de Hardknox… et quand cette tension-là finit par claquer d'un coup, on revient tout de suite à un groove beaucoup plus funky et mélodique, ça fait du bien. Quant au final, il est remarquable : Fatboy Slim fait anticiper son “Rockafeller Skank” plusieurs pistes à l'avance, avec une série d'autres sons qui lui ressemblent de plus en plus. On a beau connaître la piste par cœur, elle n'a jamais sonné aussi bien qu'ici.
▷ Mixcloud
٦
Avant toute autre chose, il vaut peut-être mieux dire que The Fourth Bully de /f est un très bon album d'improvisation libre électro-acoustique, avec une bonne dose de glitch et, selon les pistes : saxophone alto, violon, double basse, piano. (Il paraît qu'il y a une vocaliste aussi mais je ne me souviens pas l'avoir entendue.) Que si cet album a de longues plages dissonantes (surtout “girl who has led a sheltered life I”), il est aussi très vivant, avec de grandes gestuelles imprévisibles et même quelques rythmes très prenants (sur “出社して目が覚めて金曜日上司に言われます!” et “Oil Torture”).
Voilà. Mais ces titres, ce nom, la tortilla sèche et les composants électroniques inclus dans la version physique de l'album, ça paraît complètement aléatoire et pourtant ça intrigue ; il y a un sens à tout cela ?
… Probablement pas. Et l'explication pourrait venir du label : d'après un entretien avec l'artiste (effacé sur le site original mais accessible via archive.org), Psalmus Diuersae est un collectif complètement anarchique et chaotique. /f alias Perry Trollope l'a créé, puis donné le mot de passe à des amis, musiciens et autres, en les encourageant à tout modifier comme bon leur semble. Il n'y a aucune règle, et des disques apparaissent, sont renommés, changent ou disparaissent inopinément sans aucune explication. Trollope dit être étonné que personne n'ait décidé de tout effacer. Ce qui m'étonne le plus pour ma part, c'est qu'un vrai bon disque soit sorti d'un tel projet ! Qu'est-ce qui là-dedans est bien l'œuvre de Trollope, y a-t-il eu des modifications et, si oui, lesquelles ? Allez savoir. Tout est instable. Bienvenue au vingt-et-unième siècle.
La dernière fois que j'ai regardé, The Fourth Bully était encore disponible sur Bandcamp à prix libre. Allez savoir pour combien de temps encore.
▷ Bandcamp
▷ Psalm.us
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samedi 8 avril 2017
jeudi 26 janvier 2017
♪ 53 : Les Fleurs Solaires se Prennent dans les Flux Électriques
L'artiste a beau avoir déclaré qu'il est anti-religieux, Prayer and Resonance d'Unearth Noise est un des albums les plus empreints de spiritualité que j'ai pu écouter. Et surtout un des seuls qui donne véritablement une impression-illusion de transcendance par les sons, plutôt que de simplement évoquer le sujet dans les paroles.
C'est un disque avec des drones psychédéliques, inspiré par Coil et qui me rappelle plus encore Cyclobe (le projet semi-ambient très étrange et organique de deux ex-membres de Coil). Des chants païens instrumentaux, des prières chuchotées répétées tout autour de soi, la paix au sein du trouble… Chaque plage du disque est déstabilisante, mais assez répétitive, statique et séduisante pour induire une sorte de transe. L'influence de musiques indiennes et arabes s'entend également, et j'aimerais en savoir assez sur la théorie de la musique pour définir les modes utilisés ; en tout cas, ce n'est pas ce qu'on entend d'habitude. On pourrait prendre peur et pourtant on a envie de se laisser porter. Cette musique est fascinante. Et le final est absolument parfait.
Je peux remercier Lexo7 sur L'Ombre sur la Mesure d'en avoir parlé !
C'est un disque avec des drones psychédéliques, inspiré par Coil et qui me rappelle plus encore Cyclobe (le projet semi-ambient très étrange et organique de deux ex-membres de Coil). Des chants païens instrumentaux, des prières chuchotées répétées tout autour de soi, la paix au sein du trouble… Chaque plage du disque est déstabilisante, mais assez répétitive, statique et séduisante pour induire une sorte de transe. L'influence de musiques indiennes et arabes s'entend également, et j'aimerais en savoir assez sur la théorie de la musique pour définir les modes utilisés ; en tout cas, ce n'est pas ce qu'on entend d'habitude. On pourrait prendre peur et pourtant on a envie de se laisser porter. Cette musique est fascinante. Et le final est absolument parfait.
Je peux remercier Lexo7 sur L'Ombre sur la Mesure d'en avoir parlé !
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Blomma de Minilogue : un long disque d'ambient techno qui fait du bien, une musique fluide, claire et naturelle qui coule tranquillement le long de pistes d'un quart d'heure, une écoute légère mais captivante. L'enchaînement des quatre premières pistes, qui dure à lui seul une heure cinq, figure parmi les meilleurs exemples du genre que j'ai pu écouter : aussi entraînant que planant, avec des lignes de basse discrètes mais efficaces, des sons environnementaux qui donnent l'impression d'être au grand air… En fait, le groupe aurait pu s'arrêter là et ça aurait déjà donné un excellent album auquel rien n'aurait manqué. J'ai tendance à considérer la suite comme du bonus. Le second CD, nettement plus ambient, est aussi moins inspiré : toujours quelques beaux moments, mais c'est plus flou et moins original. Disons que ça ressemble à une outro d'une heure dix qui ne m'empêche pas de trouver que Blomma est un excellent album.À noter aussi qu'il s'agit d'une performance live en studio, donc nettement plus spontanée et ressentie que calculée.
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Flux de Robert Turman est un drôle d'album minimaliste. Des boucles rythmiques, quelques notes de piano et de kalimba (souvent répétées elles aussi), une réalisation et un son tellement lo-fi que le bruit de fond est aussi présent que la musique. C'est une musique discrète, en demi-teintes et en suggestions, mais touchante. Instable. Avec de belles mélodies habillées comme des clochardes invisibles dans le paysage, et pourtant dignes. C'est une musique d'automne ou d'hiver, qui n'est pas si éloignée que ça au niveau de mon ressenti que la (très grande, majestueuse et pourtant très mélancolique) November de Dennis Johnson…Étonnamment, Robert Turman fut un membre de Non, le projet industriel du sulfureux Boyd Rice (et à la vue de leurs pages Facebook respectives, ils ne sont pas très proches au niveau politique même s'ils gardent de bonnes relations). On ne l'aurait jamais dit à l'écoute.
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A de Denki Groove est un disque qui n'aurait pu être que japonais. Déjanté, ultra-coloré, une explosion multicolore hybride de pop et d'EDM. Chaque piste part dans une direction différente, et même indépendamment, elles sont trop excentriques pour être rattachées à un genre ; un peu de big beat ou de shibuya-kei dans l'esprit, une chanson où chaque syllabe est modifiée pour avoir un timbre différent et qu'on dirait chantée par un petit robot, des passages intenses avec du rap et du breakbeat, une piste de neuf minutes qui se la joue faussement grandiloquente avant de balancer un sacré groove, de l'humour un peu partout…Ce disque aurait pu figurer sur la bande son d'un Jet Set Radio, ou même la constituer en entier. C'est un compliment.
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Le petit disque EDM du mois, c'est le deux-titres XLB / Tsunan Sun de Pearson Sound (n° 2 dans le top pistes de 2016 chez Resident Advisor, je le préfère au n° 1). Une musique pétillante et inhabituelle, en partie UK bass (un genre que je connais encore mal, y'a des trucs que j'aime et d'autres pas du tout), en partie techno. “XLB” est à la limite de l'atonalité, très rythmée et dansante mais carrément expérimentale. “Tsunan Sun” garde des rythmes étranges mais est nettement mélodique, joli contrepoint.Ça me fait plaisir d'entendre des disques pareils, on vit une époque pourrie mais au moins la création musicale se porte bien !
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OK, la structure de Caught Up de Millie Jackson laisse peut-être un peu à désirer : un début intense mais court et une fin qui traîne en longueur. N'empêche, c'est un sacré bon album de soul et les quatre premières pistes sont parfaites — le coup de prolonger le break non pas sur quelques secondes mais sur une piste entière de cinq minutes est une idée géniale. Le tout raconte une histoire de triangle amoureux classique ; pas une histoire qui vaut le coup d'être analysée sur dix pages, mais ça donne un bon fil conducteur et surtout, les passages où Millie s'en prend à sa rivale sont excellents (“If all is fair in love and war, it's war I do declare!” *cuivres triomphants*). Bon, je précise que je préfère quasi-systématiquement les pistes dansantes ou avec de la tension à tout ce qui ressemble à une ballade.L'artiste a eu la bonne idée de donner une suite à l'album l'année suivante : Still Caught Up, plus équilibré et toujours très bon même si le thème lui-même (amour, colère, apaisement, regret etc.) finit par tourner un peu en rond. Ça aurait pu continuer indéfiniment si l'artiste n'avait pas prévu de finir sur une fin un peu cruelle, inattendue mais carrément réussie. Les deux albums ont été édités sur un seul CD, pour le moment je les ai surtout écoutés séparément, je les recommande tous les deux en tout cas.
mercredi 21 décembre 2016
♪ 52 : Thé Glacial et Projections Avancées dans le Vide Clonique
Le Projet (ou Bangkok Projekt) du collectif -∆t, fondé en 1978, consista à transporter un bloc de granite de cinq tonnes et demie d'Europe jusqu'en Asie. Ce qui prit deux ans aux trois membres, pendant lesquelles ils travaillèrent, se documentèrent, réalisèrent diverses performances et… et je suppose qu'ils concevirent ce disque à partir d'enregistrements pris en route, même si aucune des (trop rares) pages que j'ai consultées sur le groupe n'en fait mention ! Il y aurait bien les liner notes, mais elles sont scannées bien trop petit sur Discogs pour être lisibles, et le disque est épuisé. Tant pis.
En tout cas, on y entend des collages en général courts, avec un, deux ou trois enregistrements (de quels pays ? à vous de le deviner). De la musique, des chants religieux ou populaires, un gamin qui chante “Dallas” (le générique de la série ?) en tentant d'imiter les instruments à la bouche, des mecs qui répètent “bugo schligo bugo schligo bugo schligo” (allez savoir ce que ça signifie)… Plus qu'un carnet personnel ou qu'un documentaire, c'est une série de montages pleins d'esprit qu'on entend. Parfois, c'est beau. Parfois, c'est franchement drôle (sans que je puisse toujours expliquer pourquoi). Parfois, c'est étrange et frappant.
Ma piste préférée (pour n'en citer qu'une, il y en a vingt-six) est “Excuse Me”, qui superpose un chant religieux entonné par des fidèles dans un temple et un cours audio où une femme répète plein de phrases basiques similaires pour apprendre à s'excuser en anglais sur un ton monotone ; c'est tout simple mais l'effet est aussi fort qu'indescriptible.
Clonic Earth de Valerio Tricoli est une plongée dans un monde faussement aseptisé, aux couleurs étranges, rempli de monstres. Ça me rappelle un peu Nurse with Wound, mais sans le désordre et l'inspiration dadaïste ; on n'est plus dans un bric-à-brac de grenier où les jouets côtoient les aberrations lovecraftiennes, mais dans un laboratoire où étrangetés électro-acoustiques et horreurs samplées nous regardent dans les bocaux.
Je pense qu'il est tout aussi possible de trouver ce disque froid et purement expérimental que de le trouver absolument terrifiant. Et la pochette qui me fait penser à une pub pour du parfum ou autre produit de mode ou de beauté ajoute encore à l'étrangeté.
Sur मेम वेर्म [mema verma] de Giovanni Lami, on entend d'abord une shruti box manipulée sans être jouée. D'habitude, ces assemblages de matériaux que sont les instruments émettent des sons qu'on dirait immatériels, détachés de toute cause perceptible ; ici, c'est entièrement l'inverse, les claquements, frottements, pressions que l'on entend sont résolument concrets — et il est difficile de savoir à quel point ils sont accidentels ou pas.
Mais les enregistrements sont édités, transformés, et ça donne quelque chose d'aussi paradoxal que prenant ; une sorte de poésie de la matière, de l'illusion et de la manipulation.
Sur la deuxième piste, les harmoniques se font plus musicales et les sons commencent à m'évoquer un bateau : les rames, l'eau, la vapeur. Plus loin, un passage me fait penser à plein de crayons qui dessineraient en même temps. Et la shruti box est jouée sur la troisième et dernière piste, qui se rapproche plus de drone classique. En fait, tout le disque devient de plus en plus musical au sens classique du terme… tout en n'offrant quasiment aucune résistance au niveau des compositions ; l'exact opposé de ces musiques que l'on peut fredonner, chanter ou reprendre avec toute voix ou tout instrument. C'est un disque qui procure des sensations complexes et inhabituelles, je l'ai beaucoup écouté. Tout au plus peut-on lui reprocher d'être court.
Bonsoir, j'ai écouté And Then Nothing Turned Itself Inside-Out de Yo La Tengo et c'est un bon disque, mais vous n'auriez pas la même chose en plus dissonant, s'il vous plaît ? Plus de mystère, plus de suggestion et de pénombre, moins de chaleur, moins de lumière. Des silences aussi, pourquoi pas. J'aime l'ambiguité d'“Everyday”, moins la tendresse et le son pop de la plupart des chansons qui suivent.
Cette première piste me donne envie de chansons fantômes, qui glacent autant qu'elle séduisent. On est à une croisée des chemins en ce début de disque, une introduction qui colore tout le disque en bleu nuit et me fait espérer le meilleur ; mais le groupe part trop résolument dans l'autre direction, on voit de moins en moins la nuit, on se réchauffe, on se réchauffe encore et je commence à zapper des pistes. Pour me rendre compte que non, décidément, on ne reviendra pas de l'autre côté.
And Then Nothing Turned Itself Inside-Out est un bon disque, certes. Assez réussi pour que je puisse apprécier et même recommander cette pop indé résolument nocturne, qui ne décevra que peu de monde sans doute. Mais il me donne envie de chercher un autre disque apparenté, qui partirait dans l'autre sens.
Le disque pour danser du mois (je pense que je vais en rajouter un à chaque fois, sans commentaire parce que ce n'est pas vraiment une musique qui se décrit ou s'analyse) : Vol. 2 (Forward) de S3A.
Je ne sais rien du tout sur Audrey Chen, je n'avais jamais entendu parler d'elle — c'est la durée de ce disque (22 minutes), son packaging et son nom qui m'ont donné envie de l'écouter. Glacial : violoncelle, voix et sons électroniques. Si vous n'aimez pas les femmes qui s'égosillent ni les sons dépouillés atonaux, vous risquez de ne pas aimer ! Deux notes de violoncelle répétées forment une boucle rythmique on ne peut plus frugale, sur laquelle l'artiste joue, chante, hurle, se lamente, et fait entendre des grincements comme autant d'éboulis, de matières tendues sur le point d'éclater. Je ne dirais pas que cette musique est glaciale, ça ressemble plutôt la réaction de l'artiste dans un environnement qui le serait. Il y a un paradoxe dans cette musique, à la fois intense et très contenue.
Et puis je vous recommande vivement (même si je sais que ça fera fuir 99 % des gens) Tea Chairs, un triple album de trance psychédélique bizarroïde. Plus précisément, c'est du “Suomisaundi” (« son finlandais »), un type de trance qui se démarque par son caractère expérimental et volontiers humoristique qui part dans tous les sens. Et qui vient donc de Finlande, sauf ce disque-là, qui vient d'un peu à côté, en Australie.
C'est d'une originalité étonnante, sans production maximaliste ni longueurs, sans rien de primaire, avec plein de sons inattendus, des compos qui tiennent sérieusement la route… et surtout, avec un psychédélisme incroyable. Bienvenue dans l'univers des drogues hallucinogènes, on vous déroule le grand tapis arc-en-ciel ! Même si le disque dure trois heures, il est tellement barré que j'ai du mal à m'arrêter — quand ce ne sont pas les beats ou les mélodies qui m'accrochent, c'est l'inventivité de la musique. En général, ce sont les trois.
Non, je n'ai pas pu trouver la pochette en plus grand, et le disque semble épuisé partout, introuvable sauf en VBR sur Soulseek. [edit — Il est sorti sur Bandcamp !] Je me répète, mais il vaut le coup.
En tout cas, on y entend des collages en général courts, avec un, deux ou trois enregistrements (de quels pays ? à vous de le deviner). De la musique, des chants religieux ou populaires, un gamin qui chante “Dallas” (le générique de la série ?) en tentant d'imiter les instruments à la bouche, des mecs qui répètent “bugo schligo bugo schligo bugo schligo” (allez savoir ce que ça signifie)… Plus qu'un carnet personnel ou qu'un documentaire, c'est une série de montages pleins d'esprit qu'on entend. Parfois, c'est beau. Parfois, c'est franchement drôle (sans que je puisse toujours expliquer pourquoi). Parfois, c'est étrange et frappant.
Ma piste préférée (pour n'en citer qu'une, il y en a vingt-six) est “Excuse Me”, qui superpose un chant religieux entonné par des fidèles dans un temple et un cours audio où une femme répète plein de phrases basiques similaires pour apprendre à s'excuser en anglais sur un ton monotone ; c'est tout simple mais l'effet est aussi fort qu'indescriptible.
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Clonic Earth de Valerio Tricoli est une plongée dans un monde faussement aseptisé, aux couleurs étranges, rempli de monstres. Ça me rappelle un peu Nurse with Wound, mais sans le désordre et l'inspiration dadaïste ; on n'est plus dans un bric-à-brac de grenier où les jouets côtoient les aberrations lovecraftiennes, mais dans un laboratoire où étrangetés électro-acoustiques et horreurs samplées nous regardent dans les bocaux.
Je pense qu'il est tout aussi possible de trouver ce disque froid et purement expérimental que de le trouver absolument terrifiant. Et la pochette qui me fait penser à une pub pour du parfum ou autre produit de mode ou de beauté ajoute encore à l'étrangeté.
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Sur मेम वेर्म [mema verma] de Giovanni Lami, on entend d'abord une shruti box manipulée sans être jouée. D'habitude, ces assemblages de matériaux que sont les instruments émettent des sons qu'on dirait immatériels, détachés de toute cause perceptible ; ici, c'est entièrement l'inverse, les claquements, frottements, pressions que l'on entend sont résolument concrets — et il est difficile de savoir à quel point ils sont accidentels ou pas.
Mais les enregistrements sont édités, transformés, et ça donne quelque chose d'aussi paradoxal que prenant ; une sorte de poésie de la matière, de l'illusion et de la manipulation.
Sur la deuxième piste, les harmoniques se font plus musicales et les sons commencent à m'évoquer un bateau : les rames, l'eau, la vapeur. Plus loin, un passage me fait penser à plein de crayons qui dessineraient en même temps. Et la shruti box est jouée sur la troisième et dernière piste, qui se rapproche plus de drone classique. En fait, tout le disque devient de plus en plus musical au sens classique du terme… tout en n'offrant quasiment aucune résistance au niveau des compositions ; l'exact opposé de ces musiques que l'on peut fredonner, chanter ou reprendre avec toute voix ou tout instrument. C'est un disque qui procure des sensations complexes et inhabituelles, je l'ai beaucoup écouté. Tout au plus peut-on lui reprocher d'être court.
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Bonsoir, j'ai écouté And Then Nothing Turned Itself Inside-Out de Yo La Tengo et c'est un bon disque, mais vous n'auriez pas la même chose en plus dissonant, s'il vous plaît ? Plus de mystère, plus de suggestion et de pénombre, moins de chaleur, moins de lumière. Des silences aussi, pourquoi pas. J'aime l'ambiguité d'“Everyday”, moins la tendresse et le son pop de la plupart des chansons qui suivent.
Cette première piste me donne envie de chansons fantômes, qui glacent autant qu'elle séduisent. On est à une croisée des chemins en ce début de disque, une introduction qui colore tout le disque en bleu nuit et me fait espérer le meilleur ; mais le groupe part trop résolument dans l'autre direction, on voit de moins en moins la nuit, on se réchauffe, on se réchauffe encore et je commence à zapper des pistes. Pour me rendre compte que non, décidément, on ne reviendra pas de l'autre côté.
And Then Nothing Turned Itself Inside-Out est un bon disque, certes. Assez réussi pour que je puisse apprécier et même recommander cette pop indé résolument nocturne, qui ne décevra que peu de monde sans doute. Mais il me donne envie de chercher un autre disque apparenté, qui partirait dans l'autre sens.
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Le disque pour danser du mois (je pense que je vais en rajouter un à chaque fois, sans commentaire parce que ce n'est pas vraiment une musique qui se décrit ou s'analyse) : Vol. 2 (Forward) de S3A.
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Je ne sais rien du tout sur Audrey Chen, je n'avais jamais entendu parler d'elle — c'est la durée de ce disque (22 minutes), son packaging et son nom qui m'ont donné envie de l'écouter. Glacial : violoncelle, voix et sons électroniques. Si vous n'aimez pas les femmes qui s'égosillent ni les sons dépouillés atonaux, vous risquez de ne pas aimer ! Deux notes de violoncelle répétées forment une boucle rythmique on ne peut plus frugale, sur laquelle l'artiste joue, chante, hurle, se lamente, et fait entendre des grincements comme autant d'éboulis, de matières tendues sur le point d'éclater. Je ne dirais pas que cette musique est glaciale, ça ressemble plutôt la réaction de l'artiste dans un environnement qui le serait. Il y a un paradoxe dans cette musique, à la fois intense et très contenue.
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Et puis je vous recommande vivement (même si je sais que ça fera fuir 99 % des gens) Tea Chairs, un triple album de trance psychédélique bizarroïde. Plus précisément, c'est du “Suomisaundi” (« son finlandais »), un type de trance qui se démarque par son caractère expérimental et volontiers humoristique qui part dans tous les sens. Et qui vient donc de Finlande, sauf ce disque-là, qui vient d'un peu à côté, en Australie.
C'est d'une originalité étonnante, sans production maximaliste ni longueurs, sans rien de primaire, avec plein de sons inattendus, des compos qui tiennent sérieusement la route… et surtout, avec un psychédélisme incroyable. Bienvenue dans l'univers des drogues hallucinogènes, on vous déroule le grand tapis arc-en-ciel ! Même si le disque dure trois heures, il est tellement barré que j'ai du mal à m'arrêter — quand ce ne sont pas les beats ou les mélodies qui m'accrochent, c'est l'inventivité de la musique. En général, ce sont les trois.
jeudi 28 juillet 2016
♪ 47 : Les Cinq Faunes Réunissent leurs Derniers Désirs Acides
Gather & Release de Sarah Hennies est un album qui utilise vibraphone, phonographies, ondes sinusoïdales et « stimulation bilatérale » (soit des tons qui alternent entre un canal et l’autre, ce qui d’après les notes est utilisé pour soulager les traumatismes et l’anxiété chez certains patients).C’est une musique expérimentale qui utilise beaucoup de drones et d’atonalité, mais qui est surtout introspective. Du bruit gris, venteux, avec un son timide (le vibraphone) qui parfois disparaît, réapparaît, chante doucement. Une tension grandissante finit par se faire sentir, puis par gronder pour s’arrêter brutalement et faire place à une plage de bruit brut. Vient une deuxième piste beaucoup plus apaisée au début… à ce moment-là, on pourrait penser avoir compris où voulait en venir l’artiste. On se détrompe quand tout prend une direction inattendue, nettement plus complexe, parfois brutale.
Gather & Release raconte une histoire sans paroles. Je ne prétends pas la comprendre, mais elle me touche tout de même. J’aime beaucoup ce disque.
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Quelque part entre, disons, Grouper et Bardo Pond, il y a Valet. Naked Acid se situe certes dans cette zone floue entre l’ambient, le rock psychédélique et le folk expérimental, mais la musique même n’est pas vague — elle a des attraits qui m’y font revenir depuis des mois. Ce sont les couleurs, déjà. Des atmosphères réellement évocatrices, des dissonances inattendues. Et puis j’aime les tambours et les drones sur “Drum Movie”, la mélodie à la guitare sur “Kehaar” qui me paraît familière sans que je sache où je l’aurais déjà entendue, les beats électroniques complètement inattendus sur “Streets” (enfin du coup vous allez les attendre maintenant)… Et il y a de l’intensité dans ce disque, ce qui manque souvent dans les albums de la même famille. Donc oui, j’aime.
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Sur Fauna, Jneiro Jarel (un producteur de hip hop qui a plein d’alias) prend des éléments de musiques tropicales et latines et les fragmente, les déplace, les électrise, les psychédélise, en fait des ingrédients d’un cocktail coloré, foisonnant et très agité. Certains regrettent que l’« esprit brésilien » y soit dénaturé ; c’est justement ce qui rend le disque intéressant à mes oreilles ! Je me demande si Jarel a pris de l’inspiration chez Flying Lotus et Amon Tobin…En tout cas, au niveau style et concept, l’album se démarque bien. Par contre, il est inégal — vers le milieu, l’artiste joue de juxtapositions osées mais pas très maîtrisées, qui tombent parfois dans un fouillis fatigant. C’est au début et à la fin, quand les mélodies et les rythmes savent où ils vont, que l’album tient vraiment ses promesses. Je trouve que l’originalité compense ces faux pas, après c’est à vous de voir. Jetez-y une oreille dans tous les cas si ça vous intéresse ; Fauna ne dure que trente-six minutes, assez denses.
᱓
Vous saviez que Basic Channel, les Allemands qui font de la dub techno, avaient un projet deep house ? Cinq singles, sortis sous les alias Round One, Round Two etc. dans les années 90.Honnêtement, je ne m’attendais pas à ce que des artistes connus pour un genre plutôt gris sortent quelque chose d’aussi dansant. Alors “I’m Your Brother”, ça fait un choc. C’est un tube, avec un groove impeccable, un chant soul, et cette note qu’on peut entendre comme un bonheur parfait ou teinté de tristesse selon son humeur.
Mais ce n’est que le premier round, et les suivants se mettent à ressembler de plus en plus à de la dub techno, plus vaporeux, plus lents… Andy Caine, qui assure le chant sur “I’m Your Brother” et “New Day” (très bonne aussi), laisse la place à un Paul St Hilaire qui a un accent jamaïcain (n’allez pas plus loin vers la Jamaïque s’il vous plaît, sinon je sors). Quant aux mixes, à part l’étrange “Chicago Twisted Mix”, il s’agit pour la plupart d’instrumentaux qui ressemblent à s’y méprendre à du Basic Channel. Ce qui est étonnant, du coup, c’est que ce projet ne me déçoive pas. Sans doute parce que Basic Channel est une référence dans leur genre habituel, et que même s’il se raréfie, il reste toujours un peu de groove là-dedans.
᱔
Je reviens sur un classique, du moins classique à mes oreilles : Is This Desire? de PJ Harvey. Sacrée artiste. Un album très incisif et très introspectif, du rock relevé de sons électroniques voire trip hop qui ne détonnent que quand elle le fait exprès (le bruitisme de “My Beautiful Leah” ou “Joy”, pistes qui font assez mal, ou la pénombre d’“Electric Light”, piste qui pourrait presque passer inaperçue à côté mais qui hante), des chansons comme une collection de nouvelles, avec un personnage féminin différent à chaque fois. (Je n’ai appris qu’aujourd’hui que “Joy” était inspirée par une histoire de Flannery O’Connor, il faudra que je lise cette autrice un jour.)Honnêtement, il y a peu d’artistes qui savent faire une musique aussi intense émotionnellement sans me rebuter. Et encore… c’est peut-être cette intensité qui fait aussi que je n’écoute pas PJ Harvey si souvent que ça, malgré le fait que je la citerais parmi mes artistes rock préférés. Je n’ai toujours pas écouté Dry ni White Chalk par exemple.
Le défaut principal d’Is This Desire?, je dirais que c’est son livret particulièrement pénible ; il me faut toujours bien une dizaine d’essais avant de le replier correctement. La prochaine fois je prendrai des notes en le dépliant, ou j’arrêterai de le déplier pour regarder les scans sur Discogs.
᱕
Le deuxième album d’Andrés peut s’écouter comme un pendant house du fameux Donuts de J Dilla. Mi-house, mi-hip hop instrumental, avec des accents soul prononcés. Super cool. (Si j’aimais l’été à part les fruits, j’aurais peut-être dit « estival ».) Trente pistes, soixante-dix minutes, soit un rythme assez soutenu mais moins intense que sur Donuts, où on pouvait avoir l’impression que l’artiste allait aussi vite qu’il le pouvait pour échapper à sa maladie… L’album a des allures de mix : plutôt qu’une sélection de singles remarquables, chaque piste apporte une nouvelle touche, une nouvelle étape d’un long voyage dont on ne peut tout retenir en une seule écoute. (J’aurais préféré me passer de la speakerine radio qui fait des bisous au micro par contre, heureusement qu’elle n’est pas là souvent.) C’est sorti chez Mahogani Music, le label de Moodymann — pas forcément une bonne chose, vu leurs tirages toujours épuisés et les prix abusés des versions digitales ! Et c’est la version CD dont je parle, le vinyle est raccourci de moitié. Donc ouais, le piratage c’est cool.
᱖
Now Wait for Last Year de Caroline K : soupirs post-industriels, grain et pénombre, synthétiseurs atmosphériques, introspection, amertume, mélancolie et beauté. Le titre vient d’un roman de Philip K. Dick. Le disque date de 1987 et fut le seul album solo de l’artiste, mais elle fut aussi membre fondatrice de Nocturnal Emissions* à leurs débuts.Face A, “The Happening World”, une piste ambient de 21 minutes qui effleure plusieurs sentiments sans les dévoiler tout à fait. La face B présente une palette émotionnelle similaire avec des synthés et boîtes à rythmes, des sons parfois crus et assez datés mais toujours une très belle sensibilité. C’est une musique sombre très émotive, avec un voile d’austérité parfaitement translucide.
L’album original, que j’aime beaucoup, me laisse un sentiment d’incomplétude ; avec les trois premières pistes bonus de la réédition CD, c’est parfait. (La quatrième semble ne rien avoir à faire là par contre.)
* J’avais parlé d’un album de Nocturnal Emissions ici mais il est plus tardif. J’écouterai Fruiting Body ensuite, Caroline K joue dessus.
jeudi 28 janvier 2016
♪ 41 : Les Premières Danses Cinématiques des Jeunes Planètes Solitaires
« Je suis dieu ! Je suis rien, je suis jeu, je suis liberté, je suis vie. Je suis la frontière, je suis le sommet », disait-il.
« Personnalité singulière par le symbolisme flamboyant de son langage musical et atypique par le refus de toute référence au folklore national », « mystique de l'extase », la musique était pour lui d'après sa fille « une force théurgique d'une puissance incommensurable appelée à transformer l'homme et le cosmos tout entier ». Ce type a essayé de voler et de marcher sur l'eau, analysait ses rêves en se tenant debout sur des chaises… Si avec tout ça, vous n'avez pas envie de vous intéresser à Alexandre Scriabine, c'est que vous n'aimez pas les illuminés.
J'explore depuis quelques semaines son œuvre pour piano (le coffret de huit CDs joué par Maria Lettberg, je ne l'ai pas encore écouté en entier, y'a de quoi faire) et elle me plaît beaucoup. Une musique intense et colorée, des compositions courtes, vibrantes, peu conventionnelles. Je dois avouer que je n'y connais rien en musique classique, donc je préfère ne pas trop m'étendre pour ne pas raconter de bêtises — cet article me paraît bon et confirme des impressions que j'ai eues : http://www.classical-music.com/topic/alexander-scriabin.
Et si vous préférez les ensembles au piano seul, vous pouvez regarder et écouter son Prométhée, symphonie pour piano, orchestre, chœur et clavier à lumières (chaque note correspond à une couleur) ici. (Je préfère le piano seul pour ma part.)
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Non, ceci n'est pas un disque de metal ! Only the Youngest Grave de Lost Salt Blood Purges est un double album qui ravigore des genres usés jusqu'à la corde et tient une heure quarante sans jamais traîner en longueur. Drone et folk certes, mais aussi noise, phonographies, une petite pointe de space ambient par moments, un peu de post-rock, rythmes tribal ambient, chants et voix multiples… La palette stylistique est vaste, le tout reste cohérent. Voilà comment on fait un long format de scènes hivernales qui ne lasse pas : on ne se lamente pas sur le même ton au même endroit pendant deux heures*, on sort les griffes et on voyage. Loin, là où l'on ne s'aventure pas d'habitude. Et que cela nous rassérène ou non, au moins on vit et on a des choses à raconter ensuite.
(* Je n'ai jamais écouté The Dance of the Moon & Sun de Natural Snow Buildings en entier malgré ses qualités à cause de ça — trop long et/ou trop larmoyant —, je n'ai toujours pas écouté Yanqui U.X.O. de Godspeed You Black Emperor pour la même raison. Only the Youngest Grave par contre, ça fait trois fois que je me le passe en l'espace de deux semaines, à chaque fois du début à la fin, avec beaucoup de plaisir.)
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Les Paysages Planétaires d'Henri Pousseur sont seize compositions « ethno-électroacoustiques » constituées de musiques, bruits ambiants et autres manifestations sonores de tout ordre enregistrées à divers endroits du globe. Des « musiques du monde » donc… sauf qu'aucune des pistes ne vous emmène à un endroit réel : l'artiste a divisé la journée ainsi que la planète en sections, et combiné sur chaque piste des sons de régions aussi éloignées que possible. C'est donc dans les “Caraïbes Ouralocéaniennes”, en “Alaskamazonie” ou encore le long des “Andes Afro-Nippones” que l'on voyage, des illusions qui n'ont pourtant pas l'air si absurdes à l'écoute… On peut imaginer des scènes composites qui correspondraient à la musique ; si les pièces des puzzles ne se ressemblent pas, la cohérence des images que l'on se fait habituellement de telle ou telle culture est au final assez superficielle pour être remplacée par des artifices complets.
Pousseur décrit ses Paysages comme composées en grande partie de « silence coloré », description qui me paraît tout à fait inexacte : ce n'est pas vide ni calme du tout ! C'est même un des disques de phonographies les plus « musicaux » que j'ai pu écouter. Ça bouge tout le temps. C'est une musique du monde total(e).
L'œuvre fut commandée par un architecte bruxellois pour une installation où elle ne fut jamais jouée au final. Le coffret CD comporte aussi « un copieux livret contenant entre autres la grande structure poétique homonyme et isomorphe de Michel Butor » ainsi que des illustrations ; j'aimerais l'avoir mais on ne le trouve que cher aujourd'hui…
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We Are Not the First de Hieroglyphic Being & J.I.T.U. Ahn-Sahm-Bul est un album électronique inspiré par Sun Ra, avec du jazz, du spoken word, de la techno, des synthétiseurs bizarres. C'est un grand trip barré, qui semble être dissonant et instable mais fonctionne parfaitement selon ses propres règles, entraînant, imprévisible, décalé.Plein de musiciens sont invités et j'imagine qu'ils ont pu prendre des drogues, allez savoir lesquelles. En tout cas, je ne connais pas d'autre disque qui ressemble à ça !
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L'autre jour, j'ai cherché de la musique microtonale sur Bandcamp et j'ai trouvé ça (entre autres) : natricinae de Dancing for the Flesh. Un bon album que quasiment personne n'a écouté.
Dix musiciens, voix, violons et violoncelle, un instrument fabriqué pour l'occasion à base de conduits d'aluminium… La première piste est frappante, chœur et instruments essaiment tous dans le sens d'une harmonie belle mais qui paraît « fausse » (ben oui, c'est microtonal). Sur la deuxième piste, le son devient plus lisse et dépouillé, c'est presque une anesthésie… c'est beau tant qu'on se laisse bercer par les sons, mais il suffit de porter un peu d'attention à cet environnement pour se rendre compte que ces nappes faussement calmes sont en réalité aussi mouvantes et dissonantes que précédemment. Enfin, la troisième piste débouche sur des sons de câbles, de machineries qui n'ont plus rien d'humain. Où nous a-t-on emportés ?
Ça ne dure que trente-neuf minutes, c'est peu pour un album que l'on pourrait classer dans le drone, mais c'est très loin du drone habituel (surtout le genre qu'on trouve sur Bandcamp), ne serait-ce que par le concept et le choix d'instruments.
(Et si vous voulez davantage de drones microtonaux, dans un style plus classique il y a aussi Sublimation de Dave Seidel qui est pas mal du tout.)
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Kinematic Optics EP de Polar Inertia est un long disque de techno en deux parties qui associe blancheur et froideur avec des rythmes intenses. Les beats de la première partie, techno brutale mais propre, laissent imaginer des machines implacables, des arm(ur)es rutilantes dans un univers aseptisé. Ça a une puissance proche de la techno industrielle sans la saleté, c'est quasi-progressif sans être planant (même si les percussions ont un côté presque hallucinatoire). La piste-titre scénarise soudain la musique en présentant un scénario de science-fiction en spoken word — c'est à la fois une présentation, une conclusion et une transition vers la seconde partie, épilogue quasi-ambient mais toujours abrasif, qui re-présente les paysages froids vidés de toute présence humaine. Ça fait son effet.
Ah, et puis ça dure 73 minutes, hein. Pas tout à fait ce qu'on entend habituellement par « EP ».
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mercredi 22 juillet 2015
mercredi 11 juin 2014
♪ 22 : sentir les effets de la lumière de l’aurore sur la cathédrale moderne des coquelicots
[edit : décembre 2015]
Donc voilà : A U R O R A ! Le nouvel album de Ben Frost, qui est pour moi l’un des « grands » artistes de ces dernières années.
Donc voilà : A U R O R A ! Le nouvel album de Ben Frost, qui est pour moi l’un des « grands » artistes de ces dernières années.
Son album précédent, By the Throat, était un chef d’œuvre ; un album violent et sublime, avec autant d’agression que de finesse, de belles instrumentations classiques (violon, violoncelle, piano préparé, clavecin, etc), des déferlantes de bruit jamais gratuites, et un aspect narratif tenu de bout en bout. La neige, les loups, les spots aveuglants et même la typographie sur la pochette étaient une illustration parfaite de la musique.
A U R O R A, enregistré en partie au Congo avec les moyens du bord, est un disque plus direct, où les percussions, les synthés et les nappes de bruit sont à l'honneur. Les neuf pistes forment trois ensembles-coups de poing, où les accalmies ne sont que des préludes à de nouvelles déflagrations. Le son est aussi original que sur By the Throat, mais c'est un album nettement plus linéaire. Theory of Machines développait son univers sonore sur de longues pistes atmosphériques, By the Throat nous faisait défiler un film devant les oreilles rien qu’avec des sons ; A U R O R A se focalise avant tout sur l’intensité. Des montagnes russes dans le noir, un trajet mémorable, textures complexes, puissance, lumières aveuglantes, mais peu d'espace. J’ai d’ailleurs cru en l’écoutant qu’il était nettement plus court que les précédents, ce qui n’est pas le cas !
Au début, j'ai trouvé A U R O R A moins bon que les autres disques de Ben Frost ; je me disais qu’avec des passages plus atmosphériques, ce disque aurait pu être encore meilleur. Aujourd'hui, je me rends compte que ça aurait entièrement dénaturé l'album.
La description officielle sur la page Bandcamp de l'artiste décrit le son parfaitement : « A U R O R A s'efforce d'atteindre, de par sa construction monolithique, une alchimie lumineuse éblouissante ; non pas avec une beauté céleste et bienveillante, mais par une force magnétique dévastatrice. // Cette musique électronique n'est pas propre et vierge, elle est une offrande sale, sauvage, des temps à venir où les fusées de détresse illuminent les clubs en ruines et où la foi en la piste de danse repose dans un générateur au diesel qui crache sa propre extinction, qui se gorge de son carburant rance si bruyamment qu'il menace de couvrir la musique même qu'il joue. »
Je reviens sur From the Idle Cylinders de Light of Shipwreck (dont j’avais parlé il y a… quelques années, sur un forum). Je ne saurais pas dire si c’est un disque de rock instrumental ou de drone — en fait ce n’est ni l’un ni l’autre : il y a des guitares psychédéliques qui ne sont pas tout à fait sans rappeler le drone metal (si on écoute attentivement, il y a même des voix typiques du genre — presque enterrées sous les autres instruments, on pourrait ne pas les remarquer), mais associées à des percussions rock et des rythmes type africains, montés en boucles et sortis du contexte dans lequel on les attendrait. Ils font penser à un mouvement effréné perpétuel, une force endiablée prise dans un temps cyclique que rien ne pourrait arrêter ; ils apparaissent et disparaissent en fondu sans jamais s’affaiblir. Cette musique est une combinaison inattendue, qui peut paraître hasardeuse dans son principe, mais qui fonctionne carrément.
Ben Fleury-Steiner n’aura sorti que trois disques sous le nom Light of Shipwreck, tous bons et à peu près dans le même genre (From the Idle Cylinders est mon préféré). Il continue de sortir des disques sous son propre nom, j’en ai écouté un qui était plus ambient, je ne connais pas bien encore.
Quique de Seefeel est un disque très agréable à écouter par ce temps qui l’est beaucoup moins (je déteste la canicule, mes volets sont fermés toute la journée et j’ai envie de déménager dans le nord de la Scandinavie).
Ce groupe avait trouvé une formule qui faisait mouche : un mélange parfaitement dosé d’ambient techno, de dream pop et d’IDM, des boucles qui forment des cocons envoûtants avec des atmosphères gaies ou rêveuses-mélancoliques. Vraiment très réussi. En fait, nombreux sont les gens qui considèrent Quique comme un classique (et je ne m’attarde pas plus que ça dessus vu qu’il y a déjà plein de critiques sur internet).
Le groupe changera de style par la suite, allant vers un son plus sombre et minimaliste, sur l’excellent Succour et l’assez oubliable (CH-VOX), avant de disparaître puis de réapparaître sous une autre forme. Quique et Polyfusion sont les deux disques à écouter si vous voulez le Seefeel des débuts ; l’édition Redux de Quique contient également un disque bonus de bon niveau.
Modern Jester d’Aaron Dilloway est un disque absurde. Je ne sais pas si ça veut dire grand chose, mais c’est le premier mot qui me vient à l’esprit. Absurde, volontairement dégénéré et irrévérencieux. Basée sur des boucles lo-fi qui se superposent, se désynchronisent et se déglinguent par tous les bouts, c’est de la noise music qui n’offre pas un mur impénétrable de chaos total mais un son décalé et anormal, qui évoque la mutation perpétuelle et les systèmes imparfaits plutôt qu’une entropie destructrice ou qu’une force implacable.
Sur “Labyrinths & Jokes”, cette musique devient belle et émouvante à sa manière. “Labyrinths & Jokes” ne dure que deux minutes à peine. Avant cela, il y a “Eight Cut Scars (for Robert Turman)”, à la fois la piste la plus mémorable et la plus inécoutable du lot : une mélodie stridente et dissonante, qui sent l’aléatoire, se met à muter dans tous les sens et dure pas moins de onze minutes, comme un jouet pour enfants cassé. C’est presque humoristique, et ça mériterait de figurer sur la compile “Top 50 des pistes expérimentales à la con pour rendre fous vos colocs et vos voisins”. “Look Over Your Shoulder” a un côté presque menaçant, avec ses changements plus ou moins perceptibles et ses illusions sonores sur un rythme désolé et des sonorités plutôt sombres… En fait, cet album est basé sur un seul concept mais il est très varié.
Les citations sur la pochette sont intéressantes aussi ; en fait avec la pochette et le titre, elles expriment parfaitement le concept du disque :
“People could screw up — you expected them to — but machines are made of finer stuff. They’re not supposed to begin talking, in a new voice, out of the blue, about death and weird shit like that.”
— K.W. Jeter
“Every second of this recording contains subliminal messages.”
P.S. Justin Farrar a écrit une critique intelligente de cet album sur Resident Advisor.
Dans la famille « artistes conceptuels prétentieux qui font des drones entre autres », après The Hafler Trio, je vous présente JLIAT !
JLIAT est le projet du philosophe et musicien James Whitehead, qui s’attelle surtout à réaliser des travaux radicaux et conceptuels. C’est pour ça qu’il a sorti plein de trucs inintéressants à écouter, comme un album de six pistes de dix minutes de silence chacune qui ont en réalité des valeurs digitales différentes sauf que ça ne s’entend pas, un générateur de harsh noise wall en Javascript, la piste la plus courte possible au format CD, un e-book de 364 pages qui contient la représentation binaire de 1,207 seconde de bruit (avec pour préface la phrase »das Ding an sich«)… etc. (Quant au nom JLIAT, si vous vous demandez, il lui est apparu dans un rêve.)
Et puis à côté de ça, il fait des drones. Qui sont agréables à écouter, et disponibles en téléchargement gratuit sur son site. Il y en a un qui s’appelle A Long Drone-Like Piece of Music Made with Synthesizers, Samplers and Digital Delays Which Attempts in Its Minimalism to Be a Thing in Itself Without External Reference, Having an Analogue in Certain States of Consciousness Where Being Is Experienced Also as a Thing in Itself and Not Contingent on Meaning or Purpose, et ça me donne une excuse parfaite pour ne pas m’embêter à le décrire.
Enfin si, je dirai quand même que s’il avait voulu s’abstenir de toute référence, il n’aurait pas dû mettre de photo de coquelicot sur la pochette. Parce que du coup, même si la musique en elle-même est dénuée de référence, je l’associe aux coquelicots. L’été, les couleurs vives, le vent dans l’herbe et dans les fleurs, une vague idée que ça sert à faire de l’opium et des gâteaux en Allemagne et en Pologne, etc. Ce drone m’apparaît coquelicoté.
Il aurait été intéressant de faire écouter cette même piste à plusieurs groupes de sujets-tests, avec une pochette différente à chaque fois. Peut-être que cette musique m’aurait paru froide si elle avait été associée à une photo d’iceberg.
J’ai aussi écouté 16:05:94 du même artiste, que je préfère et qui est disponible gratuitement en 320 kbps sur le site de Yugen Art — avec d’autres musiques, notamment de Francisco López (que je croise partout ces derniers temps).
Download est un de mes groupes électroniques préférés. Au début, c’était un groupe plutôt (électro-)industriel, avec des passages bruitistes complètement barrés, un psychédélisme cyberpunk agressif impressionnant, et parfois des contributions vocales de Genesis P-Orridge ; après la mort de Dwayne Goettel, il a évolué vers l’IDM, avant d’adopter des éléments presque EDM. Les trois albums « charnière » du groupe qui reflètent cette évolution sont The Eyes of Stanley Pain, III et Effector ; les trois sont excellents, et à chaque fois la différence de style est importante.
Je conseillerais plutôt III pour découvrir, mais là c’est Effector que j’ai écouté ces derniers temps. Même s’il est plus classique que les autres, c’est un album que j’aime beaucoup ; c’est le premier disque du groupe à être réellement accessible et même dansant, avec de vrais tubes et toujours un style impeccable.
Si je devais imaginer une autre pochette à Cathedral de Nocturnal Emissions, ce serait un tableau surréaliste qui représenterait un cadran d’horloge qui tourne indéfiniment, au milieu de l’espace, avec des spirales colorées qui émanent du centre et des créatures monstrueuses et fantastiques tout autour.
Cet album contient cinq pistes, basées sur des rythmes qui rappellent souvent un son d’horloge ou de réveil, et toute une floppée de sons par-dessus qui donnent un effet proche du psychédélisme. Trop mouvementée pour être de l’ambient, trop rythmée pour se rapprocher vraiment de l’industriel, pas assez sérieuse pour être qualifiée de musique contemporaine, je ne sais pas trop où situer cette musique mais elle me plaît bien.
jeudi 7 novembre 2013
vendredi 14 juin 2013
♪ 10 : la terreur psychédélique et minimaliste des bouseux industriels d'avant-garde
Dernièrement, j’ai écouté :
The Terror des Flaming Lips — un album psychédélique et insidieux. Un trip avec un son que j’aurais envie de qualifier de cool, même d’électrique par moments, mais qui ne transmet que trop bien par sa fausse indolence un sentiment d’anxiété et de malaise… Le son de ce disque est assez unique à ma connaissance. Pas tout à fait aussi bon qu’Embryonic, leur disque précédent (qui était assez incroyable, une sorte de rock psychédélique vraiment barré qui dépasse les frontières de son genre et où Wayne Coyne semble expliquer sa vision de l’univers), mais la comparaison n’a pas vraiment lieu d’être : The Terror est complètement différent et très réussi à sa manière.
À écouter du début à la fin, les pistes peuvent difficilement se séparer. À la fin, vous risquez de frôler la déprime, mais si vous êtes comme moi, vous en redemanderez quand même !
(Évitez le CD 3” bonus, très dispensable et qui ne colle pas du tout à l’atmosphère de l’album.)
Henry Flynt est un philosophe, artiste et musicien qui a voulu inventer une « nouvelle
musique ethnique américaine » inspirée à la fois des musiques
traditionnelles des États-Unis et des expérimentations minimalistes de
La Monte Young (et consorts). “Avant-garde hillbilly music” : un pont
jeté entre deux milieux culturels qui ne semblent pas avoir grand chose
en commun, mais qui fonctionne !
Ça a donné notamment le dyptique You Are My Everlovin' / Celestial Power, deux pistes de trois quarts d'heure chacune : du drone aux accents très folk, très ruraux, qui peut rappeler étrangement des musiques traditionnelles d’autres pays (… ou alors c’est juste moi).
Évidemment, il faut aimer les drones : oreilles impatientes s'abstenir ! Mais
jetez-y au moins une oreille, c'est intéressant.
Bondage Woman (ou Bondage Women selon les éditions) d’Anna Gardeck est un remarquable album de death industrial : une musique entre l’industriel et la noise music, soit un son très sombre, une intensité primaire qui s’exprime par des textures plutôt que des mélodies. Il y a des rythmes là-dedans quand même, et une atmosphère forte, parfois oppressante, impressionnante, de grandes machines terribles et sublimes… Des extraits de musiques qui n’ont rien à voir (classique, new age) viennent contraster avec les déferlantes de bruits à plusieurs occasions, aussi. Je préfère les passages où l’on n’entend que le bruit, irréprochables.
Les titres et la pochette sont d’inspiration (même plus que « d’inspiration », d’ailleurs) fétichiste… Je ne sais pas du tout si c’est censé se retrouver dans la musique aussi. Bondage Woman m’apparaît comme tout sauf une musique sensuelle ou évocatrice d’une quelconque sexualité, mais qui sait ? Peut-être que ça l’est pour une fétichiste.
En tout cas je ne peux que recommander cet album, hélas le seul qu’ait jamais sorti Anna Gardeck.
Two Solo Pieces de Jon Gibson est un de mes nouveaux disques minimalistes préférés. Je ne vais pas m’aventurer à essayer de décrire cette musique en détail, et encore moins de l’analyser, j’en serais incapable — je dirai juste que la première piste, “Cycles”, comporte vingt-trois minutes de drones d’orgue qui évoluent très lentement entre harmonies et dissonances (plus calme et moins hypnotique que les compositions similaires de Charlemagne Palestine), et que les quatre pistes suivantes (sur l’édition CD) deviennent progressivement de plus en plus « mélodiques », pour arriver à la magnifique “Song 1”, l’une de mes compositions préférées du genre.
La seule chose que je reproche à ce disque, c’est la deuxième piste à la flûte alto, jolie mais qui traîne en longueur.
Vu que j’aime le minimalisme et les drones en général, et qu’Eleh a dédicacé plusieurs de ses disques à des pointures que j’aime beaucoup comme Éliane Radigue ou Charlemagne Palestine, j’ai voulu écouter Floating Frequencies/Intuitive Synthesis…
Mais je crois que là, j’atteins mes limites. C’est tellement minimaliste que les sillons des éditions vinyle, à ce qu’il paraît, dessinent des motifs réguliers visibles sur la surface des disques. C’est tellement minimaliste que je n’arrive pas à savoir si j’aime un peu Eleh ou pas du tout, ni même s’il m’intéresse. C’est presque comme écouter du silence, ou regarder une toile abstraite qui… qui représenterait cette pochette, en fait, sans le dessus : un cercle blanc sur fond noir. Rien de plus.
Enfin, The Unacceptable Face of Freedom de Test Dept. est l’album que je ferai dorénavant écouter à quiconque me demandera ce que c’est que la musique industrielle.
(Pas que ça risque d’arriver très souvent, vous me direz.)
mardi 5 juin 2012
Dernièrement, j'ai lu :
Till Damaskus (Le Chemin de Damas), d'August Strindberg. Strindberg n'est pas mon auteur préféré, mais Le Chemin de Damas est un texte intéressant ; c'est une longue pièce de théâtre en plusieurs parties, à la limite du roman, qui raconte l'histoire d'un écrivain paranoïaque et dépressif dont s'éprend une femme. Les deux finissent par partir en une sorte de pélerinage… Le début est un peu pénible vu que l'écrivain (appelé “l'inconnu” dans les didascalies) voit le désespoir et la damnation absolument partout, mais le texte devient prenant par la suite avec ses réflexions sur la nature humaine, la petitesse de la société, les relations entre hommes et femmes, la religion… On a l'impression que ce ne sont pas seulement les personnages mais aussi et surtout Strindberg lui-même qui est dérangé, tiraillé entre diverses idées, et qui présente ses réflexions accompagnées de ses hésitations tout le long. Ce qui n'en rend le texte que plus attachant quelque part, même si l'auteur n'y apparaît pas forcément comme sympathique et que je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit. (Il était misogyne, entre autres.)
Il y a une version anglaise lisible gratuitement sur Project Gutenberg, si vous voulez un aperçu.
Fortællinger om natten (Les Contes de la Nuit) de Peter Høeg. Une collection de nouvelles liées entre elles. Toutes les histoires se passent le même jour (le 19 mars 1929) et parlent toutes, d'une façon ou d'une autre, de personnages ambitieux et passionnés en quête de vérité. Un mathématicien qui a perdu foi en les mathématiques et se retrouve au Congo pour l'inauguration d'une ligne de chemins de fer, par exemple, ou une scientifique qui a toujours refusé les avances des hommes et qui essaie de réaliser une expérience sur “la durée de l'amour”… Tout est à la limite du réalisme et de l'impossible, souvent surprenant, bien raconté, j'ai beaucoup aimé.
(Par contre j'ai voulu enchaîner avec La Petite Fille Silencieuse du même auteur, mais j'ai fini par abandonner à la moitié vu à quel point c'était confus.)
Nog, de Rudolph Wurlitzer. Un roman psychédélique (écrit en 1968) à focalisation interne, avec un narrateur très bizarre. Ce narrateur s'appelle peut-être Nog. Ou peut-être pas. Il parle d'une pieuvre et de trois “souvenirs” (qui sont peut-être fabriqués de toutes pièces) auxquels il se raccroche, souvenirs dont il se sert pour mystifier les autres personnages quand ceux-ci lui adressent la parole. On ne sait pas s'il a une maladie mentale, est sous le choc après un traumatisme, amnésique ou drogué vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Peut-être un peu de tout ça. Et là commence une sorte de périple à travers les États-Unis, où le narrateur se retrouve entraîné dans des lieux mal famés, entouré de personnages finalement aussi improbables que lui (à se demander si tout le monde n'est pas fou ou drogué en permanence dans cet univers). Autant vous le dire tout de suite : ne vous attendez pas à une explication quelconque ! Mais c'est un bon bouquin, intéressant, trippant même. Je lui reproche juste d'avoir trop de scènes de sexe un peu gratuites.
Azorno d'Inger Christensen : Autre roman expérimental court, original et auquel on ne peut pas être sûr de comprendre quoi que ce soit, Azorno raconte l'histoire de cinq femmes et de deux hommes (un écrivain et son personnage ? un écrivain et son pseudonyme ?) ; l'histoire semble être celle d'une relation amoureuse entre les femmes et l'écrivain en question, mais les faits changent à chaque changement de section et de narrateur. En fait, chaque femme est narratrice à tour de rôle, et si l'on devine une partie des faits qui ont eu lieu, savoir qui a fait quoi est presque impossible… Je pense qu'il y a deux manières de lire ce livre : soit en échafaudant des théories, en faisant du va-et-vient entre les sections pour vérifier et en dessinant des schémas compliqués par dizaines en essayant de s'y retrouver (est-ce seulement possible ?), soit en se laissant perdre dans ce labyrinthe qui donne le tournis.
Petit coup de gueule par contre en ce qui concerne l'édition française : j'ai l'impression que les traducteurs ont fait n'importe quoi au niveau des participes passés qui indiquent le genre des personnages (il n'y a pas de telles marques de genre en danois), et font dire « Je me suis levé » à une femme, « Je suis sortie » à un homme etc — sans aucune logique ni cohérence, même d'une phrase à l'autre au sein d'un même paragraphe. Alors qu'on peut quand même identifier qui parle la plupart du temps ; le texte n'est pas confus à ce point… J'ai fini par corriger le bouquin moi-même avec un crayon (ce que je ne fais jamais d'habitude). Si vous maîtrisez plusieurs langues, préférez peut-être une autre traduction que la française !
Le Déchronologue de Stéphane Beauverger est une histoire de science-fiction qui se passe au XVIIe siècle, ou plus exactement dans un XVIIe siècle uchronique où des déchirures temporelles font leur apparition. Ces failles apportent des “merveilles” (objets venus du futur) mais aussi des catastrophes (quand une faille s'ouvre brusquement au milieu d'une ville par exemple : tout ce qui était à la place de la faille se retrouve détruit, ce qui était à moitié dans la faille déchiré en deux). Le roman suit l'histoire du capitaine Henri Villon, qui cherche à faire commerce de ces “merveilles” au début — et finit par se retrouver embarqué dans une aventure désespérée à bord d'un navire qui utilise des “canons à minutes et à secondes” (des petites failles temporelles donc — ce qui résulte en des tueries assez gore, le temps étant une arme contre laquelle on ne peut rien). L'histoire est racontée de manière non linéaire. J'ai passé un très bon moment en le lisant, j'aimerais bien trouver d'autres romans dans le même genre !
Daytripper de Fábio Moon & Gabriel Bá : J'ai un peu de mal à expliquer pourquoi j'ai adoré cette BD. Le sujet (les âges de la vie, la mortalité) est somme toute classique, les personnages aussi… Mais les dessins sont beaux, les couleurs superbes — et surtout, la narration fait son effet. Au début, elle est surprenante et peut paraître morbide. Mais c'est justement cette impression de morbidité qui évolue, puis qui finit par disparaître et qui fait la force de l'ouvrage. (Je n'en dis pas plus — j'ai commencé à lire sans connaître le concept de base et je crois que ça m'a permis d'apprécier l'ouvrage d'autant plus.)
Ne lisez pas tout d'une traite. Chaque soir où j'avais envie de lire Daytripper, je lisais un chapitre, et je crois que c'est comme ça qu'il faut procéder. Je vous recommande très chaudement Daytripper en tout cas.
Habibi de Craig Thompson : Ça aussi, c'est superbe. Une histoire qui se passe dans un pays arabe imaginaire, avec une femme (Dodola) vendue par ses parents qui recueille un très jeune esclave (Zam), s'échappe pour aller vivre avec lui et lui servir de mère dans un bateau échoué dans le désert… L'histoire est racontée en neuf chapitres avec une chronologie fragmentée, et surtout beaucoup de symbolisme recherché (ça n'est jamais difficile à lire, mais les « jeux de motifs » (je ne sais pas trop comment dire ça) sont parfois impressionnants). C'est une histoire d'amour, une histoire sur les histoires, et aussi une présentation des textes sacrés musulmans pas du tout prosélytiste mais qui en fait voir la beauté. Ça n'est pas un conte à l'eau de rose, d'ailleurs : certains passages sont assez durs, et on dirait parfois que Thompson se joue de nos attentes en préservant un moment l'illusion d'un monde oriental idéalisé et hors du temps pour nous replonger dans la réalité moderne l'instant d'après.
Till Damaskus (Le Chemin de Damas), d'August Strindberg. Strindberg n'est pas mon auteur préféré, mais Le Chemin de Damas est un texte intéressant ; c'est une longue pièce de théâtre en plusieurs parties, à la limite du roman, qui raconte l'histoire d'un écrivain paranoïaque et dépressif dont s'éprend une femme. Les deux finissent par partir en une sorte de pélerinage… Le début est un peu pénible vu que l'écrivain (appelé “l'inconnu” dans les didascalies) voit le désespoir et la damnation absolument partout, mais le texte devient prenant par la suite avec ses réflexions sur la nature humaine, la petitesse de la société, les relations entre hommes et femmes, la religion… On a l'impression que ce ne sont pas seulement les personnages mais aussi et surtout Strindberg lui-même qui est dérangé, tiraillé entre diverses idées, et qui présente ses réflexions accompagnées de ses hésitations tout le long. Ce qui n'en rend le texte que plus attachant quelque part, même si l'auteur n'y apparaît pas forcément comme sympathique et que je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit. (Il était misogyne, entre autres.)
Il y a une version anglaise lisible gratuitement sur Project Gutenberg, si vous voulez un aperçu.
Fortællinger om natten (Les Contes de la Nuit) de Peter Høeg. Une collection de nouvelles liées entre elles. Toutes les histoires se passent le même jour (le 19 mars 1929) et parlent toutes, d'une façon ou d'une autre, de personnages ambitieux et passionnés en quête de vérité. Un mathématicien qui a perdu foi en les mathématiques et se retrouve au Congo pour l'inauguration d'une ligne de chemins de fer, par exemple, ou une scientifique qui a toujours refusé les avances des hommes et qui essaie de réaliser une expérience sur “la durée de l'amour”… Tout est à la limite du réalisme et de l'impossible, souvent surprenant, bien raconté, j'ai beaucoup aimé.
(Par contre j'ai voulu enchaîner avec La Petite Fille Silencieuse du même auteur, mais j'ai fini par abandonner à la moitié vu à quel point c'était confus.)
Nog, de Rudolph Wurlitzer. Un roman psychédélique (écrit en 1968) à focalisation interne, avec un narrateur très bizarre. Ce narrateur s'appelle peut-être Nog. Ou peut-être pas. Il parle d'une pieuvre et de trois “souvenirs” (qui sont peut-être fabriqués de toutes pièces) auxquels il se raccroche, souvenirs dont il se sert pour mystifier les autres personnages quand ceux-ci lui adressent la parole. On ne sait pas s'il a une maladie mentale, est sous le choc après un traumatisme, amnésique ou drogué vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Peut-être un peu de tout ça. Et là commence une sorte de périple à travers les États-Unis, où le narrateur se retrouve entraîné dans des lieux mal famés, entouré de personnages finalement aussi improbables que lui (à se demander si tout le monde n'est pas fou ou drogué en permanence dans cet univers). Autant vous le dire tout de suite : ne vous attendez pas à une explication quelconque ! Mais c'est un bon bouquin, intéressant, trippant même. Je lui reproche juste d'avoir trop de scènes de sexe un peu gratuites.
Azorno d'Inger Christensen : Autre roman expérimental court, original et auquel on ne peut pas être sûr de comprendre quoi que ce soit, Azorno raconte l'histoire de cinq femmes et de deux hommes (un écrivain et son personnage ? un écrivain et son pseudonyme ?) ; l'histoire semble être celle d'une relation amoureuse entre les femmes et l'écrivain en question, mais les faits changent à chaque changement de section et de narrateur. En fait, chaque femme est narratrice à tour de rôle, et si l'on devine une partie des faits qui ont eu lieu, savoir qui a fait quoi est presque impossible… Je pense qu'il y a deux manières de lire ce livre : soit en échafaudant des théories, en faisant du va-et-vient entre les sections pour vérifier et en dessinant des schémas compliqués par dizaines en essayant de s'y retrouver (est-ce seulement possible ?), soit en se laissant perdre dans ce labyrinthe qui donne le tournis.
Petit coup de gueule par contre en ce qui concerne l'édition française : j'ai l'impression que les traducteurs ont fait n'importe quoi au niveau des participes passés qui indiquent le genre des personnages (il n'y a pas de telles marques de genre en danois), et font dire « Je me suis levé » à une femme, « Je suis sortie » à un homme etc — sans aucune logique ni cohérence, même d'une phrase à l'autre au sein d'un même paragraphe. Alors qu'on peut quand même identifier qui parle la plupart du temps ; le texte n'est pas confus à ce point… J'ai fini par corriger le bouquin moi-même avec un crayon (ce que je ne fais jamais d'habitude). Si vous maîtrisez plusieurs langues, préférez peut-être une autre traduction que la française !
Le Déchronologue de Stéphane Beauverger est une histoire de science-fiction qui se passe au XVIIe siècle, ou plus exactement dans un XVIIe siècle uchronique où des déchirures temporelles font leur apparition. Ces failles apportent des “merveilles” (objets venus du futur) mais aussi des catastrophes (quand une faille s'ouvre brusquement au milieu d'une ville par exemple : tout ce qui était à la place de la faille se retrouve détruit, ce qui était à moitié dans la faille déchiré en deux). Le roman suit l'histoire du capitaine Henri Villon, qui cherche à faire commerce de ces “merveilles” au début — et finit par se retrouver embarqué dans une aventure désespérée à bord d'un navire qui utilise des “canons à minutes et à secondes” (des petites failles temporelles donc — ce qui résulte en des tueries assez gore, le temps étant une arme contre laquelle on ne peut rien). L'histoire est racontée de manière non linéaire. J'ai passé un très bon moment en le lisant, j'aimerais bien trouver d'autres romans dans le même genre !
Daytripper de Fábio Moon & Gabriel Bá : J'ai un peu de mal à expliquer pourquoi j'ai adoré cette BD. Le sujet (les âges de la vie, la mortalité) est somme toute classique, les personnages aussi… Mais les dessins sont beaux, les couleurs superbes — et surtout, la narration fait son effet. Au début, elle est surprenante et peut paraître morbide. Mais c'est justement cette impression de morbidité qui évolue, puis qui finit par disparaître et qui fait la force de l'ouvrage. (Je n'en dis pas plus — j'ai commencé à lire sans connaître le concept de base et je crois que ça m'a permis d'apprécier l'ouvrage d'autant plus.)
Ne lisez pas tout d'une traite. Chaque soir où j'avais envie de lire Daytripper, je lisais un chapitre, et je crois que c'est comme ça qu'il faut procéder. Je vous recommande très chaudement Daytripper en tout cas.
Habibi de Craig Thompson : Ça aussi, c'est superbe. Une histoire qui se passe dans un pays arabe imaginaire, avec une femme (Dodola) vendue par ses parents qui recueille un très jeune esclave (Zam), s'échappe pour aller vivre avec lui et lui servir de mère dans un bateau échoué dans le désert… L'histoire est racontée en neuf chapitres avec une chronologie fragmentée, et surtout beaucoup de symbolisme recherché (ça n'est jamais difficile à lire, mais les « jeux de motifs » (je ne sais pas trop comment dire ça) sont parfois impressionnants). C'est une histoire d'amour, une histoire sur les histoires, et aussi une présentation des textes sacrés musulmans pas du tout prosélytiste mais qui en fait voir la beauté. Ça n'est pas un conte à l'eau de rose, d'ailleurs : certains passages sont assez durs, et on dirait parfois que Thompson se joue de nos attentes en préservant un moment l'illusion d'un monde oriental idéalisé et hors du temps pour nous replonger dans la réalité moderne l'instant d'après.
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