mardi 14 septembre 2021

Cocktails


Un petit topo vite fait, parce que c'est facile à faire soi-même mais que beaucoup de ressources en français sur internet laissent à désirer.

Si vous parlez bien anglais, vous pouvez zapper ce guide et aller voir le Starter's Guide du subreddit r/cocktails ou Cocktails Made Easy sur Difford's Guide !

Un cocktail maison vous coûtera entre 2 € (voire un petit peu moins) et, disons, 5 € (si vous y allez franco avec des alcools de qualité et des liqueurs chères).

N'essayez pas d'acheter tout ce qu'il faut pour faire les classiques, il y en a trop ! Commencez avec quelques bouteilles polyvalentes et complétez ensuite selon vos envies et votre budget ; vous pouvez utiliser Difford's Guide ou Mixel pour voir ce que vous pouvez faire avec ce que vous avez. Même si vous n'avez qu'une bouteille dans votre bar, vous pouvez sans doute faire au moins un Sour avec (voir ci-dessous).

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À se procurer, de l'indispensable au plus dispensable :
  • Plein de glaçons !
  • Des agrumes frais. Citrons jaunes et/ou verts, éventuellement oranges et pamplemousses. Et un presse-citron pour les presser + un couteau ou un économe pour les zester.
  • Un shaker ; les courants à trois pièces avec passoire intégrée sont les plus faciles à utiliser, mais galère si vous voulez faire une recette avec autre chose que des alcools et des jus (des feuilles de menthe ou des fraises par exemple). On conseille plutôt un deux pièces en métal, à utiliser avec une passoire spéciale cocktail (de type Hawthorne, celle avec le ressort) plus une passoire fine classique — c'est un petit coup à prendre mais ça permet plus de contrôle et plus de liberté.
  • Des passoires, donc (une fine dans tous les cas + une Hawthorne si vous avez un shaker deux pièces, éventuellement une Julep aussi mais c'est moins utile)
  • Un ou plusieurs doseurs, qui peuvent être des jiggers classiques, un mini-verre gradué, ou au pire des cuillères à café et à soupe — à noter que :
     1 oz = 30 ml (= 2 cuillères à soupe ou 6 cuillères à café)
     ¾ oz = 22.5 ml
     ½ oz = 15 ml (= 3 cuillères à café)
     ¼ oz = 7.5 ml
     1 cuillère à café = 5 ml
     1 cuillère à soupe = 15 ml
  • Une cuillère de bar, avec le long manche torsadé
  • Des verres, d'une capacité d'environ 20 cl pour ceux servis “up” (sans glace) (les coupes à 2 € de chez Ikea font l'affaire mais sont un peu trop grandes) + à whisky pour les cocktails on the rocks
  • De quoi faire du sirop de sucre : sucre, eau, balance, casserole, entonnoir, petite bouteille
  • Un flacon de bitters aromatique et un de bitters à l'orange (ou un set qui les comprend, voir ci-dessous)
  • Un pilon
  • Des piques et des cerises au sirop (plutôt sombres que rouges fluo ; les Fabbri ou Luxardo sont chères mais top)
  • Un moule pour faire de gros glaçons de deux pouces de côté, classe dans les verres à whisky
  • Un verre à mélange (traditionnel mais pas indispensable) avec une passoire Julep (pas indispensable non plus)


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Donc, les grandes familles de cocktails, grosso modo :
  • ceux préparés directement dans le verre (ex. gin tonic, ti punch, old fashioned) ;
  • ceux frappés au shaker, très frais et avec une texture aérée, qui contiennent le plus souvent du jus d'agrumes (citron ou citron vert) dont l'acidité est compensée par des sirops ou liqueurs (ex. margarita, daiquiri, whiskey sour) ;
  • ceux mélangés à la cuillère, composés uniquement d'alcools, souvent avec liqueurs et vermouths (ex. manhattan, martini, negroni), plus forts et plus aromatiques ;
  • il y en a d'autres mais on va s'arrêter là pour faire simple.

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Au shaker


Si vous aimez les cocktails frais et acidulés, voici un modèle de base pour faire un sour (comme une margarita ou un daiquiri) :

 2 oz = 60 ml d'alcool fort
 ¾ oz = 22.5 ml de jus de citron ou citron vert
 ¾ oz = 22.5 ml de sirop ou liqueur

À adapter selon la recette exacte et vos goûts ! (Je préfère y aller mollo et mettre 20 ml de jus et de sucré pour ne pas masquer l'alcool, il y a quand même plus de complexité dans un spiritueux que dans le jus de citron ; d'autres préfèrent 30 ml pour une boisson plus rafraîchissante.) Il y a plein de combinaisons possibles :

 tequila + jus de citron vert + triple sec (= Cointreau ou curaçao) → Margarita
 rhum + jus de citron vert + sirop de sucre → Daiquiri
 gin + jus de citron jaune + miel → The Bee's Knees
 gin + jus de citron vert + miel → The Business
 rye + jus de citron jaune + sirop de sucre + 2 traits de bitters Angostura + blanc d'œuf (facultatif, voir plus bas) + cerise (en garniture) → Whiskey Sour
 pareil avec du calvados à la place du rye → Calvados Sour
 cognac + jus de citron jaune + triple sec → Sidecar
 gin + jus de citron vert (⅓ oz ou 10 ml) + Chartreuse verte (⅓ oz ou 10 ml) → Green Ghost
 gin + jus de citron vert + sirop de sucre + menthe fraîche + 1 trait de bitters Angostura → South Side
 tequila + jus de citron vert + sirop d'agave → Tommy's Margarita
 tequila + jus de citron vert + orgeat + muscade saupoudrée sur le dessus du verre → Infante
 bourbon + jus de citron jaune + miel → Gold Rush
 Jägermeister + jus de citron vert + triple sec (+ un peu de sirop de sucre) → Jägerita

… et plein d'autres. Si vous avez une bouteille un peu exotique dont vous ne savez pas quoi faire, rajoutez du jus de citron et du sirop de sucre, ça s'appellera un [nom de votre alcool] Sour et il y a de bonnes chances pour que ça fonctionne.

1. Rafraîchissez votre verre, soit en le mettant minimum trente minutes à l'avance au congélateur, soit en le remplissant de glaçons et d'eau froide le temps de préparer le cocktail ;
2. Dans votre shaker, mettez une (toute petite !) pincée de sel, c'est facultatif mais ça relève, un peu comme pour les gâteaux ;
3. Pressez votre citron jaune ou vert et mesurez ¾ oz (= 22.5 ml) que vous versez dans le shaker ;
4. Ajoutez la même quantité de sirop ou de liqueur (si vous faites un daiquiri vous pouvez mettre un peu moins de sucre, pour une margarita un peu plus de Cointreau ou rajouter un trait de sirop d'agave, ça dépend) ;
5. Ajoutez l'alcool (2 oz = 60 ml) ;
6. Puis assez de glaçons pour qu'ils arrivent jusqu'à la surface ;
7. Préparez votre verre (= jetez les glaçons et l'eau ou sortez-le du congélateur), fermez le shaker et frappez le cocktail jusqu'à ce que les parois se givrent bien, disons une douzaine de secondes ;
8. Versez en retenant les glaçons avec une passoire, garnissez si vous voulez. C'est prêt !

La méthode est la même pour la plupart des cocktails au shaker ; le seul truc à savoir en plus je crois, c'est pour le blanc d'œuf qui donne leur texture mousseuse à certains cocktails. C'est souvent facultatif, mais si vous voulez faire ça, il vous faut frapper deux fois le cocktail, une fois sans glace (ou avec juste un glaçon mais pas plus) et une fois avec. Ça s'appelle un “dry shake”. (Sinon, méthode alternative qui risque moins d'en spritzer partout : prenez un petit fouet de cuisine et fouettez le cocktail avant de rajouter la glace et de le frapper.) Comme alternatives véganes au blanc d'œuf, vous pouvez utiliser de l'aquafaba ou des bitters moussants conçus spécialement pour ça.

 + Deux autres recettes au shaker que j'aime beaucoup, avec des ratios différents mais préparés selon la même méthode :

Last Word : 30 ml gin + 20 ml jus de citron vert + 20 ml Chartreuse verte + 20 ml maraschino. Herbacé, intense et contrasté ! On peut trouver plein de variantes sur le même modèle (alcool fort + jus acide + liqueur + autre liqueur), traditionnellement à parts égales (¾ oz de chaque) même si je préfère un ratio 3:2:2:2. Le Final Straw, avec Scotch tourbé (Islay), jus de citron, Bénédictine et Chartreuse jaune, est une de mes préférées.

Pink Lady : 1½ oz gin + ½ oz calvados + ¾ oz jus de citron jaune + ¾ sirop de sucre + ¼ grenadine + blanc d'œuf + garni avec une cerise. Et avec du Scotch à la place du gin, ça s'appelle une Scotch Lady.


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Old Fashioned


Si vous n'aimez pas trop l'acidité ou que vous préférez les cocktails qui ont plus de corps, à siroter plus lentement, faites plutôt un cocktail à la cuillère (section suivante) ou un old fashioned traditionnel. Pour l'old fashioned, il vous faudra un whisky, du sirop de sucre et un flacon de bitters aromatique.

Prenez un verre à whisky, un gros glaçon si vous en avez un (sinon plusieurs normaux), versez 2 oz (60 ml) de whisky (rye ou bourbon pour un classique), ¼ oz (une lichette) de sirop de sucre (1:1), deux traits de bitters aromatique et remuez. Assez pour que ça se rafraîchisse et se dilue un peu, selon votre goût. Prenez ensuite un zeste de citron ou d'orange (on recommande en général le citron pour le rye, l'orange pour le bourbon), tordez-le un peu au-dessus du verre et frottez-le sur le pourtour pour libérer les huiles aromatiques (on appelle ça « exprimer » le zeste), jetez-le dans le verre ou à la poubelle selon l'intensité voulue, et voilà !

Pour des variantes, remplacez le whisky par n'importe quel autre alcool, le sirop de sucre par n'importe quel autre sirop (érable, sucre brun, sirop parfumé…), le bitters aromatique par n'importe quel autre bitters si vous en avez et testez. Mes préférés sont l'Oaxaca Old Fashioned et le Conférence, deux recettes de chez Death & Co qui sont plus élaborées (un mélange d'alcools forts à chaque fois) mais vraiment super.

(Personnellement, je préfère mes old fashioned pas trop dilués, du coup je les fais à la cuillère selon la méthode ci-dessous, en les servant quand même sur un gros glaçon. Mais en principe ça ne se fait pas.)

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À la cuillère


La grande majorité des cocktails à la cuillère contiennent du vermouth, rouge (sweet) ou sec (dry / extra dry) ; c'est à base de vin et de plantes et ça se conserve impérativement au réfrigérateur, 4 à 6 semaines pour le sec, 6 à 8 pour le rouge qui est plus sucré. Une demi-bouteille de 375 ml devrait suffire.

Les cocktails à la cuillère sont traditionnellement mélangés dans un verre à mélange et filtrés avec une passoire Julep, mais une timbale de shaker et votre passoire à cocktail habituelle feront aussi parfaitement l'affaire.

Pour faire un Manhattan :
 2 oz = 60 ml (= 4 cuillères à soupe) de rye (ou à défaut du bourbon, ou un autre whisky ; si vous prenez du Scotch, ce sera un Rob Roy, ça peut se faire avec du cognac aussi mais c'est un peu moins bon)
 1 oz = 30 ml (= 2 cuillères à soupe) de vermouth rouge
 2 traits de bitters aromatique
 un zeste d'orange (facultatif)
 une cerise au sirop (facultatif)

1. Rafraîchissez votre verre (comme pour la première recette) ;
2. Mesurez et versez le rye, le vermouth et les bitters dans votre verre à mélange ou timbale ;
3. Ajoutez assez de glaçons pour qu'ils arrivent jusqu'à la surface du liquide ;
4. Sortez votre verre rafraîchi, votre passoire et remuez le cocktail avec la cuillère de bar pendant 30 à 45 secondes (une cinquantaine de tours environ).
5. Versez en retenant les glaçons ; tordez le zeste d'orange au-dessus du verre et frottez-le un peu sur le pourtour pour libérer les huiles aromatiques, jetez-le ensuite, et décorez avec la cerise. C'est prêt !

 + Trois autres recettes classiques à la cuillère :

Pour faire un Negroni (j'adore ça mais c'est très amer) :
 1 à 1½ oz = 30 à 45 ml de gin
 1 oz = 30 ml de vermouth de rouge
 1 oz = 30 ml de Campari
 servir on the rocks, garnir avec un zeste d'orange, flambé si vous le souhaitez. (Pressez le zeste au-dessus d'une alumette enflammée au-dessus du verre ; ça peut faire des étincelles et donne un goût caramélisé !)

Pour un Martini, sec et subtil, ça dépend complètement de votre préférence mais :
 2 à 2½ oz = 60 à 75 ml de gin
 ½ à ¾ oz = 15 à 22.5 ml de vermouth sec (on peut même descendre plus bas ou monter jusqu'à 1 oz)
 1 trait de bitters à l'orange (facultatif)
 servir “up” (sans glace), avec un zeste de citron ou une olive. Le ratio gin / vermouth, c'est vraiment selon votre goût ; ce cocktail est tellement connu et il en existe tellement de variantes qu'il existe carrément un FAQ du Martini.

Pour un Sazerac, fort et épicé, un autre de mes préférés :
 40 ml de rye
 20 ml de cognac
 5 ml de sirop de sucre (1:1)
 4 à 5 traits de bitters créole ou Peychaud's
 1 trait de bitters aromatique
 à servir “up” dans un verre préalablement rincé à l'absinthe (versez un chouilla d'absinthe dans le verre, faites tourner pour bien recouvrir les parois et jetez ou buvez l'excédent). Exprimez légèrement un zeste de citron sur le dessus du verre, pas trop pour ne pas recouvrir l'absinthe, et jetez-le. Il existe également une variante de ce cocktail avec du vermouth rouge et de la Bénédictine qui s'appelle “à la Louisiane” ou “de la Louisiane”, un délice.

(Ça prend une majuscule ou pas, les noms de cocktails ?)

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Bouteilles


On peut déjà avoir une très bonne carte avec une dizaine ou douzaine de bouteilles, voire moins !

Voici une liste de marques recommandées sur le site Kindred Cocktails (ça vient des US donc certains prix peuvent changer).

Le gin, c'est abordable et ça va avec presque tout. Une bouteille de London Dry classique genre Beefeater ou Tanqueray vous ouvrira plein de possibilités ; Plymouth est excellent aussi dans un style différent, plus subtil (parfait pour les martinis par exemple).

Comme les cocktails sont une invention américaine, les whiskies les plus utilisés sont le rye (qui a plus de caractère) et le bourbon (plus rond et sucré). On peut souvent remplacer l'un par l'autre, mais le résultat reste assez différent pour que ça vaille le coup d'avoir les deux. Pour le Scotch, difficile de remplacer un blend par un Islay ou vice versa, ils sont trop différents. Les whiskies irlandais sont moins utilisés en général.

J'aime beaucoup la tequila, mais il faut savoir quoi prendre — celles qu'on trouve en supermarché sont presque toujours des mixto (= coupées avec autre chose que de l'agave) de qualité médiocre. Cherchez impérativement la mention “100% agave” sur la bouteille. Une blanco genre Espolòn (30 € la bouteille) vous suffira largement pour commencer, mais c'est appréciable d'avoir une reposado aussi pour certaines recettes, à la cuillère surtout ; Difford's Guide fait quasiment tout à la reposado, vous pouvez souvent remplacer par de la blanco. (L'añejo ressemble un peu à du whisky.) Si vous voulez une tequila de dégustation, je vous conseille de chercher sur les sites et forums et passionés pour éviter celles parfumées artificiellement avec des diffuseurs (oui c'est technique), ou les trop chères qui misent tout sur le marketing. Et si vous voulez du mezcal, surtout, évitez les moins chers avec un ver dans la bouteille, c'est un attrape-gringos ! Vous pouvez prendre du Verde Momento ou du Koch par exemple, ou Vida qui est plus connu mais un peu plus cher.

Le rhum, c'est la catégorie la plus compliquée — il existe plein de classifications différentes et beaucoup de recettes en demandent plusieurs particuliers sans toujours s'accorder sur lesquels. Les couleurs (blanc, ambré) peuvent être trompeuses, on classe souvent par provenance (les colonies britanniques, espagnoles et françaises ont trois modes de fabrication différents et trois styles différents). Je m'y connais peu vu que j'en bois peu, mais si vous voulez creuser ça, voici deux liens (en anglais) : http://5minutesofrum.com/substitutions/https://cocktailwonk.com/2015/07/minimalist-tiki-what-you-truly-need-to-make-the-classics-at-home.html.

Ensuite, on peut faire de très bonnes boissons avec du cognac (brandy), du calvados (apple brandy, applejack, je ne sais pas trop quelle différence il y a entre les trois), l'absinthe c'est cher mais ça peut être utile en petite quantité. La vodka par contre… perso je n'en utilise jamais. À part les vodka martinis je suppose, les cocktails à la vodka ont le goût des autres ingrédients. D'ailleurs le livre de recettes de chez Death & Co ne contient aucune recette à la vodka.

Les liqueurs les plus utiles à ma connaissance :
  • triple sec = Cointreau = curaçao (il existe deux types de liqueurs à l'orange, les pure orange genre Cointreau et celles basées sur du cognac comme le Grand Marnier ; j'ai juste une bouteille de Cointreau perso, jamais testé le Grand Marnier) ;
  • maraschino ou marasquin, une liqueur bien particulière faite avec des cerises entières noyaux compris (ce qui lui donne un goût un peu amandé). La marque Luxardo est la référence, ça peut être difficile à trouver en boutique mais ça vaut le coup ;
  • les Chartreuses : la verte est très végétale et herbacée, la jaune plus ronde et plus polyvalente avec des notes de miel et de safran, les deux sont super ;
  • la Bénédictine D.O.M., une autre liqueur monastique au miel et aux plantes ;
  • si vous aimez l'amertume : Campari, Suze et Cynar (l'Aperol est aussi très courant mais moins amer, pas testé ; il y a aussi toute une gamme d'amers italiens réputés, mais tous ne se trouvent pas facilement) ;
  • le St Germain (liqueur de sureau) est à mon goût un peu trop cher et surcoté mais reste un très bon ingrédient, avec un goût plutôt subtil et acidulé qui rappelle le litchi. Notez aussi que vu son faible degré d'alcool, cette liqueur risque de périmer (au bout d'un an à ce que j'ai lu), contrairement aux autres qui se conservent indéfiniment a priori ;
  • ensuite on cite souvent les liqueurs de café ou d'abricot, parfois de violette, mais faites selon vos goûts.

Pour les vermouths, on trouve les moins chers (Martini, Cinzano) partout mais ça vaut le coup de monter en gamme ; j'aime bien le Noilly Prat en dry, si vous trouvez du Dolin rouge ça reste pas cher et c'est déjà mieux. Les Cocchi ont très bonne réputation mais je n'en ai jamais vu en France. Si vous avez des thunes (presque 30 € la bouteille quand même), Belsazar et Carpano Antica sont top, à boire purs aussi. Notez que le vermouth blanc et le vermouth sec ne sont pas la même chose ; le blanc est utilisé aussi mais nettement moins (comme le Lillet blanc, utilisé dans quelques recettes). À conserver au frigo sous 4-6 semaines (sec) ou 6-8 semaines (rouge) !

Les bitters (à ne pas confondre avec les liqueurs amères), ce sont les épices des cocktails, vendus en petits flacons et utilisés en petite quantité ; on peut en trouver plein, mais les plus utiles sont de loin le bitters aromatique (Angostura ou équivalent, avec l'étiquette trop grande) et le bitters orange (qui peut aussi être de marque Angostura mais il y en a d'autres). Le Peychaud's ou bitters créole est le troisième plus connu, ensuite viennent le bitters chocolat ou molé, le bitters pamplemousse et plein d'autres plus rares. Même un petit flacon vous durera des années. La marque The Bitter Truth a sorti un petit coffret (Travelers' Set) avec cinq mini-bouteilles dont les trois plus connus, ça peut être une bonne affaire !


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Jus et sirops

À presser et à faire soi-même ! Toutes les références s'accordent pour dire que les jus d'agrumes en bouteille n'ont pas le même goût que ceux pressés frais, ni la grenadine ou l'orgeat d'ailleurs.

Le sirop de sucre (1:1 = sirop simple), c'est très facile à faire : prenez le même poids d'eau et de sucre et mélangez dans une casserole en chauffant jusqu'à ce que ça soit dissous. Laissez refroidir et conservez dans une bouteille au frigo pendant, disons, deux semaines (en surveillant pour que ça ne moisisse pas). Faites ça en petite quantité selon vos besoins.

Sinon, vous pouvez remplacer ça par du sirop riche (2:1), avec deux parts de sucre pour une part d'eau, soit l'équivalent des sirops de sucre vendus dans le commerce — ça empêche les moisissures de se former et se conserve plus longtemps. L'inconvénient, c'est qu'un sirop riche est une fois et demie plus sucré qu'un simple (et non deux comme on pourrait le penser) ; la plupart des recettes étant conçues pour du simple, il faudra mesurer un quart de moins à chaque fois. Sauf chez Difford's où ils mesurent en riche. Adaptez selon vos goûts.

Sirop de miel : deux à trois parts de miel dissous dans une part d'eau, à ne pas trop chauffer pour ne pas abîmer le miel. Plus simplement, j'aime bien prendre 1 gramme de miel pour 1 ml de sirop demandé dans la recette, à dissoudre dans juste assez d'eau chaude pour que ce soit fluide.

Sirop de grenadine : une part de jus de grenade pour une part d'eau, dissous dans une casserole comme le sirop simple — et si vous voulez fignoler, ajoutez de la mélasse de grenade et une goutte d'eau de fleur d'oranger. C'est très différent de la grenadine du commerce, qui est plus sucrée et parfumée avec d'autres fruits rouges que la grenade ! Vous pouvez aussi rajouter une goutte d'alcool neutre (vodka) dans la bouteille pour que ça se conserve plus longtemps.


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Ressources utiles

Toutes en anglais, désolée ! Évitez 1001cocktails.com, à moins qu'ils aient vraiment changé de fond en comble depuis c'était… vraiment n'importe quoi à une époque lol. Avec des ados bourrés qui se fritaient dans les commentaires, une recette avec un ingrédient toxique, une autre qui promettait d'être « efficace mais pas terrible niveau goût », une où il fallait mélanger à la fourchette dans le verre — je n'invente rien. (La pire recette de Sazerac que j'ai vue provenait de là aussi.)

Je me répète mais pour savoir ce que vous pouvez faire avec les bouteilles que vous avez, plus de bons tutos (en anglais), je conseille Difford's Guide : créez-vous un compte, entrez les bouteilles que vous avez et suivez les instructions. Notez qu'ils utilisent du sirop de sucre 2:1, à adapter donc si vous utilisez du 1:1. Et comme le site est sponsorisé par des marques d'alcool, vous pouvez leur faire confiance pour les recettes mais pas forcément pour les avis sur les bouteilles.

Sinon l'application Mixel a bonne réputation aussi (pas testée).

Le blog de Jeffrey Morgenthaler a quelques recettes et trucs utiles.

Si vous voulez créer vos propres recettes, le calculateur de Cocktail Chemistry vous sera utile pour équilibrer l'acidité, la sucrosité et le degré d'alcool — mais je vous conseille surtout de partir d'une recette connue qui vous plaît et de remplacer un ingrédient par un autre du même type ! Par exemple de remplacer le gin par du rhum, du triple sec par une liqueur d'abricot, ce genre de choses. C'est la technique du Monsieur Patate.

Un bon livre peut être très utile ! J'en ai deux qu'on m'a offerts en anglais : Liquid Intelligence de Dave Arnold, qui explique toute la science derrière, les bases, et comporte plein d'expériences et trucs impossibles à réaliser chez soi — et le livre de recettes de chez Death & Co, une référence. En français, à tester mais Les cocktails c'est pas sorcier de Mickaël Guidot me semble bien a priori.



lundi 13 septembre 2021

Les glaçons

Les petits glaçons naissent dans les congélateurs, et les petites frilles ailleurs parce qu'il fait froid là-dedans et les petites frilles c'est des chochottes qui meurent quand il fait trop froid. Quand les glaçons grandissent, ils deviennent soit des icebergs, soit des trolls élémentaires de glace qui jouent tous Sub Zero dans Mortal Kombat et les Ice Climbers dans Smash Bros — une tactique fourbe qui n'a pour but que de créer de nouveaux glaçons. Mais soyons pragmatiques et pensons à des applications possibles. Le réchauffement climatique, par exemple : serait-il possible de combattre le réchauffement climatique grâce aux glaçons et/ou aux trolls élémentaires de glace ? Pourrait-on construire, par exemple, un glaçonneur géant qui catapulterait de gros glaçons dans le soleil pour contrebalancer l'effet de nos centrales à charbon, de la déforestation, des pets de vaches et des Américains qui mangent trop de haricots ? Notons en passant que quand c'est bien préparé, c'est délicieux, les haricots. Les haricots rouges, on peut faire des plats mexicains avec, et les haricots verts on peut faire des plats d'un autre pays avec mais je sais pas lequel, la France sans doute, et avec plein de haricots dessinés sur des cartes on obtient le jeu de cartes allemand Bohnanza qui est plutôt fun si vous aimez les jeux de cartes allemands où il faut négocier, planter et récolter des haricots, il est aussi sorti en français mais je ne connais pas son nom en français (mon frère l'avait acheté à une époque où il n'était disponible qu'en allemand et le monsieur du magasin avait rajouté un petit papier imprimé avec les règles en français). Mais bref, revenons à notre sujet initial — pourrait-on envisager de remplacer les arbres qu'on a coupés par des arbres de glace, ce qui pourrait être joli en hiver s'il y a de la neige ? Hélas, on obtiendrait vite des arbres-flaques quand il fait doux, qui n'auraient plus du tout la forme d'arbres d'ailleurs, et en été on n'aurait plus rien. Rien qu'un peu de vapeur d'eau disparue en mémoire de l'arbre qui était là. Comme ce serait dérisoire. Pour ce qui est de l'idée du glaçonneur, qui devrait sans doute s'appeler canon à glace plutôt, la vitesse à laquelle il faudrait projeter les glaçons dans le soleil risquerait de les échauffer trop pour qu'ils restent gelés, et des glaçons chauds seraient forcément moins efficaces. Il faudrait demander à un ingénieur s'il n'y aurait pas moyen de limiter l'échauffement — par exemple en enrobant les glaçons d'autres glaçons très froids, eux-mêmes entourés de glaçons très très froids dans des sacs isothermes, si tant est que les sacs isothermes n'abîment pas le soleil. On pourrait peut-être faire un essai sur un mini-soleil avec un mini-glaçonneur avant. Ou tester le glaçonneur sur Donald Trump, ça serait encore mieux qu'une tarte à la crème. D'un point de vue utilitariste, balancer à peu près n'importe quoi dans la tronche de Donald Trump pourrait se justifier, mais je ne suis plus aussi convaincue du bienfondé de l'utilitarisme que quand j'étais jeune (les cours de Michael Sandel m'ont convaincue qu'il y avait plusieurs problèmes avec ça, et j'ai trouvé d'autres arguments contre depuis), sauf que je ne sais pas trop sur principes baser ma vie du coup. Digressons cependant de cette digression qui n'a que peu de rapport avec les glaçons (j'y reviendrai autre part, je ne sais pas où, je ne sais pas quand) et notons qu'il n'y a pas que l'écologie dans la vie ! Pensons aussi à, euh, autre chose. À la cinématographie ? Voilà, je pense à la cinématographie. Enfin j'essaie. Vaguement. Pensez-vous à la cinématographie ? Enfin vous faites comme vous voulez, hein, on peut aussi penser à une vache alpiniste ou à une grenouille qui grenouille. Il y a sans doute des liens entre glaçons et cinématographie, même si je ne vois pas lesquels (à moins éventuellement les glaçons dans les sodas qu'on peut acheter dans les cinémas, mais franchement quand je vais au cinéma — ce qui m'arrivait une fois tous les trois ans environ avant la pandémie, je ne sais pas si j'y retournerai aujourd'hui — c'est pour voir un film, pas pour boire du soda. D'ailleurs je ne bois jamais de soda. J'avais une parenthèse à fermer je crois ? Ah oui, voilà →) Y a-t-il des scènes de films cultes où les glaçons ont un rôle important ? Probablement, mais je n'en connais pas. La scène où l'on voit les vagues dans le verre d'eau qui annoncent les gros dinosaures qui débarquent dans Jurassic Park aurait-elle été meilleure, équivalente ou moins bonne si le verre avait été rempli de glaçons ? Voilà qui demanderait réflexion si je ne m'en foutais pas. Changeons donc de domaine et pensons plutôt à une brave vache alpiniste qui s'appelle Josiane. J'espère qu'elle n'a pas froid. Si elle a froid ce ne sont pas les glaçons qui vont l'aider. Bon courage Josiane ! On peut aussi penser à la calligraphie, domaine où les glaçons ne servent à rien non plus à ma connaissance. Pensons à autre chose donc. Mais à quoi ? Penser, cela demande réflexion. Au free jazz ? Non. À la topologie ? Probablement pas. Aux jeux vidéo ? Ah oui, là il y a quelque chose : que seraient les jeux de plate-forme 2D sans les mondes avec de la glace qui glisse ? Les puzzles dans les temples de glace de Zelda où il faut pousser des gros blocs ? J'aime bien les mondes de glace dans les jeux vidéo parce qu'en général il y a de la chouette musique. Quoi qu'il en soit, les glaçons sont surtout très utiles pour faire des cocktails (je sais en faire maintenant, si vous voulez des trucs ou des recettes je peux vous en donner, même si c'est sans doute encore pire pour la santé que les sodas) ou pour se rafraîchir par temps de canicule, quand les glaçons dans l'eau redonnent un peu confiance en la vie qui, soyons honnêtes, serait meilleure sans les canicules. Mais serait un peu moins bonne sans les glaçons. À mon avis.