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mercredi 27 mai 2020

♪ 93 : Cygnes d'amour et échecs pour némésis

Dj Motherfucker – Music Mix (2019)
… Et c'est comme ça (comment ? je ne sais plus) qu'on se met à télécharger et à écouter un truc qui s'appelle Music Mix, signé Dj Motherfucker sur le netlabel québécois Ton doigt dans mon cul, uniquement parce que le titre m'a fait pouffer. Je ne me suis attendue à rien du tout. En l'occurence ce sont deux longues pistes qui mélangent des musiques traditionnelles de coins du monde sans aucun rapport, pas essentiel mais j'aime bien !

Et puis, au bout d'un moment trop long, je me rends compte que la boucle rythmique sur “Water Thai Asian Mix”, c'est de la percussion aquatique : une tradition chez les femmes du Vanuatu et celles du peuple Baka au Cameroun, qui consiste à frapper l'eau à mains nues. Il y a un groupe camerounais qui s'appelle Akutuk et qui se spécialise là-dedans ; elles n'ont pas sorti de disque mais donnent uniquement des concerts. Après, ça a nettement moins de charme de voir un concert dans une piscine plutôt que des enregistrements dans les pays d'origine.

Si vous aimez le concept de croisements entre des musiques de pays complètement différents et que vous en voulez plus, je recommande toujours les Paysages Planétaires de Henri Pousseur !





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Blood Orange – Negro Swan (2018)
Ce que je préfère dans le R&B ou la soul, ce sont ces moments de grâce où l'émotion et le groove se confondent, touchent au corps et au cœur en même temps. Un disque peut tenir parfois uniquement grâce à un passage comme ceux-là.

Negro Swan vise ça tout le temps. D'habitude, je préfère les chanteuses aux chanteurs en r'n'b, mais là, cette sensibilité, ce groove sous-jacent omniprésent, ça me séduit carrément. Le disque fonctionne moins sur l'écriture dans son ensemble que sur les accroches, l'ambiance, avec une retenue presque minimaliste qui donne à tout le disque un air d'intro ou de finale. Et s'il y a bien quelques pistes qui sortent du lot comme “Saint” ou “Nappy Wonder”, c'est vraiment un album qui fonctionne mieux en entier, tant chaque piste est un élément qui tient en équilibre grâce aux autres.


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Clara Iannotta
A Failed Entertainment (2016)
J'aime bien avoir un disque de musiques contemporaines difficiles, dissonantes, auxquelles revenir de temps en temps histoire de me stimuler les oreilles. Ces derniers temps, c'est celui-ci qui me plaît ! Les mélodies et rythmes y paraissent secondaires voire accidentels, les sons sont expressifs, vivants, chacun semble être un geste ou une impulsion qui propulse la musique. À se demander pourquoi j'y accroche alors que l'art de la danse ne me touche pas.

Aucune parole ici mais Iannotta s'est inspirée d'œuvres littéraires : “The people here go mad. They blame the wind” tire son titre d'un poème de Dorothy Malloy, les sons étant inspirés d'une promenade où le vent faisait tinter les carillons. Quant à la piste-titre, “A Failed Entertainment”, c'était le titre provisoire d'Infinite Jest de David Foster Wallace.


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Juliette Porée – Hiss Album (2019)
Au premier plan, des enregistrements d'un quasi-néant, des phonographies empreintes de solitude où tout paraît distant, méconnaissable voire inquiétant. Derrière, tout est habité de présences fantomatiques intrigantes ; des manipulations, des passages passés en boucle ou à l'envers, des échos ou samples lointains, des sons qui posent des questions sans donner de réponses. La troisième piste est carrément hypnotisante, on dirait un voyage dans les Limbes — et on n'a pas envie d'en sortir ! Même les mélodies ici semblent vouloir se dissimuler derrière un voile.

La dernière piste est différente, on rentre à l'intérieur pour une mélodie plutôt intime et mélancolique. Avec parfois le chat de Juliette qui miaule dans le fond.


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Sewerslvt
Draining Love Story (2020)
Ce disque-là est né d'un environnement fluorescent et toxique ; il a beau être instrumental, il mérite plusieurs avertissements sur le contenu (dépression, suicide). Pourtant il est tout sauf pesant ! C'est de la drum'n'bass intense, hallucinée, avec une production impressionnante, paradoxalement jouissive. “Newlove” en particulier est incroyable.


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D. Tiffany – V2M (2018)



L'EP de dance music du mois est plutôt « outsider house », avec un côté rétro et planant ; toutes les pistes sont bonnes mais ma préférée est “Respect the Flute” qui me rappelle les meilleurs passages du Selected Ambient Works 85-92 d'Aphex Twin en plus dansant !


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Bridgit Mendler – Nemesis (2016)
Enfin, si vous aimez les chansons r'n'b plutôt axées pop, je vous recommande cet EP. Quatre chansons, quatre styles différents, rien de révolutionnaire mais c'est du tout bon.

dimanche 29 mars 2020

♪ 91 : Couleurs d'un printemps calme

Satoshi Ashikawa
Still Way
1982


Un album de compositions pour harpe, piano, flûte et vibraphone qui dégage une impression de fragilité, une atmosphère paisible et agréable, empreinte de mystère. Ces mélodies semblent tourner en boucles lentement et laissent toujours quelque chose en suspens, des petites tensions irrésolues dans les espaces entre les notes.

Ce très beau disque sera malheureusement le seul de l'artiste, qui mourra peu de temps après ; et Wave Notation, c'est la série d'albums qu'il avait commencé à publier, et qui n'en comptera donc que trois (les autres sont un album d'ambient signé Hiroshi Yoshimura et des interprétations de Satie par Satsuki Shibano).

Je vous conseille l'édition avec la piste bonus, “Wrinkle”, un peu moins aérienne et plus sombre que les autres — comme un réveil dans une réalité qui ne serait pas moins étrange que les rêves qui l'ont précédée.

 ✧ Bandcamp




Carolina Eyck & American Contemporary Music Ensemble
Fantasias for Theremin and String Quartet
2016


La dernière fois que j'ai vu un thérémine en vrai, un c'était dans un musée : on pouvait l'essayer et il y avait un groupe de jeunes qui se marraient franchement en faisant des des wouuUUIIIOOOUuuuOOUIIIiiiu rigolos. J'ai attendu mon tour avant de faire moi aussi des ouIIIIIoouuWWwwiiOOUUU ridicules. Excellent instrument, y'a pas à dire.

Carolina Eyck en joue sérieusement ici, et ça me plaît beaucoup (1) que le son de l'instrument reste incongru et bizarroïde même quand il est maîtrisé et (2) que l'on laisse ce drôle d'oiseau prendre la place d'honneur ! Accompagné d'un quatuor à cordes sur des compositions élégantes, à l'étrangeté assumée, très évocatrices et très vivantes. Honnêtement j'adore, dommage que l'album soit si court (une demi-heure).

 ✧ Site officiel




Slayyyter
Slayyyter
2019


À l'époque où est sorti “Toxic” de Britney Spears, je n'avais pas voulu m'avouer que j'accrochais à ce tube. Pareil avec l'eurodance qui passait à la radio des années auparavant. C'était en partie du snobisme — envie d'affirmer mon style en écoutant des disques obscurs, inécoutables, « bonjour je suis nihiliste et j'écoute des trucs bizarres » (ce qui n'était pas faux, c'est toujours le cas, mais pourquoi se limiter à ça ? et pourquoi croire que les musiques plus difficiles seraient meilleures, ou plus respectables ?). C'était aussi en partie parce que j'avais vraiment du mal avec les musiques trop joyeuses, trop extraverties, surtout quand elles semblaient n'avoir aucun contrepoint et être un peu superficielles.

Cet album, c'est de l'électropop à la Britney Spears mais avec un petit peu de bubblegum bass en plus, elle enchaîne tube sur tube, tout est intense et cette fois je ne boude pas mon plaisir.




BRS (British Rhythm Services)
Spring Dom
2003


Si vous aimez la house funky avec du chant, cet EP est un petit bonbon : “Spring Dom” pour son chant qui me rappelle le trip hop à la Lamb, “Clubtronic” pour son vibrato sur les synthés (effet rétro que j'adore), “Miss You” pour son style nettement plus en retrait, presque évanescent, et pourtant carrément dansant. Trois pistes, trois réussites, rien à redire.




Stray
Chatterbox
2014


“Eazy Boy” m'est revenue dans la tête constamment ces derniers jours, elle m'obsède presque avec son atmosphère nocturne déformée dans tous les sens, cette basse qui pèse des tonnes, ces lumières éblouissantes, et surtout ce chant qui s'étire dans un psychédélisme à la limite du bad trip. Et le reste de l'EP vaut le coup aussi ! C'est du drum'n'bass / juke / footwork / ce genre de trucs.

 ✧ Bandcamp





Taku Sugimoto, Masahiko Okura, Antoine Beuger et Toshiya Tsunoda interprétés par Rhodri Davies et Ko Ishikawa
Compositions for Harp and Sho
2006

Si vos oreilles sont aguerries aux musiques expérimentales les plus radicales, que vous pouvez vous enquiller un album entier d'onkyo et prendre au sérieux les compositions les plus osées du groupe Wandelweiser, je vous recommande ce disque sans hésitation.

… Si vous hésitez, je vous le recommande quand même — ces genres dépassent souvent mes limites, pas mal de disques d'onkyo « pur » m'ennuient (y compris certains de Sugimoto — et pareil pour plusieurs disques d'Antoine Beuger). Mais ce disque-là me plaît beaucoup, pour ses équilibres subtils toujours maintenus entre harmonies et dissonances, présences et absences, timbres agréables et stridents (d'ailleurs il n'y a pas que de la harpe et du sho ici, la piste 4 utilise un dispositif électronique qui fait penser à une série d'alarmes). On est à mi-chemin entre la musique de chambre intimiste et le test ORL, la délicatesse et la froideur. Cette musique a sa propre beauté et surtout son propre sens.




落差草原 WWWW (Prairie WWWW)
盤 (Pán)
2018

Ce sont les rythmes qui m'accrochent en premier sur ce disque — deux percussionnistes qui jouent dans un style « tribal », du genre qu'on pourrait entendre chez ˙O˙Rang ou dans certains projets ambient. Là-dessus, le groupe développe une musique psychédélique, proche du folk, expérimentale. Il y a une chanteuse et un chanteur, tout est chanté en mandarin (je crois — le groupe est taïwanais) et les sonorités de cette langue apportent aussi pas mal je trouve ! Cet album est censé évoquer une île imaginaire et je trouve qu'il y parvient.

 ✧ Bandcamp

lundi 27 janvier 2020

♪ 89 : Ode au sang sombre qui vit dans les bois

There Existed an Addiction to Blood de clipping. a des airs de long film d'épouvante. Les images sont frappantes dès l'intro, qui plante la scène sur le bord d'une autoroute — nuit noire, glaciale, ville hostile, et de véritables monstres prêts à vous sauter à la gorge. Ce n'est pas un album à concept mais ça y ressemble, et sa noirceur est fascinante (l'instru de “Club Down” à elle seule fait froid dans le dos). Disque accrocheur aussi, avec assez d'éléments mélodiques et entraînants (soul, gospel, chœurs ou simplement le flow incroyable de Daveed Diggs) pour ne pas que le disque sonne aride ou inhumain. (Cf. “Blood of the Fang” ou “He Dead”.) Expérimental toujours, comme les collaborations avec des artistes noise (notamment Pedestrian Deposit que j'aime beaucoup) — ou le final de dix-huit minutes, “Burning Piano” d'Annea Lockwood, composition qui consiste à mettre le feu à un piano et à enregistrer le tout, avec en option d'en jouer tant que c'est possible. Le groupe n'en fait rien et laisse parler les flammes et les cordes. Ces artistes savent mériter leurs longs plans-séquences; à part une ou deux pistes qui patinent un peu (“The Show” notamment), c'est un album magistral.


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Sutarti de Joshua Sabin : Une musique électro-acoustique au design impeccable, dont les dynamiques vont de plongées angoissantes à des dissonances rugueuses, le genre qui fait penser à des gouffres neigeux abrupts, beaux autant qu'hostiles — avec une certaine mélancolie entre les deux, dans ces samples vocaux fantômatiques.

L'album repose en plus sur un concept que je n'aurais probablement jamais deviné à l'écoute : il est basé sur des éléments de musiques folkloriques lithuaniennes, notamment un effet de canon volontairement dissonant (Schwebungsdiaphonie en allemand — ne m'en demandez pas plus, je n'ai toujours pas lu le PDF d'introduction à la théorie de la musique que j'ai téléchargé il y a dix ans).

C'est KiidCathedrale qui m'a fait découvrir, allez donc lire ce qu'elle écrit !


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Si vous aimez le violoncelle et les musiques instrumentales épurées mais émouvantes, je vous recommande Dark Wood de David Darling. Avec un tel instrument, même des touches subtiles résonnent avec gravité et profondeur, et l'artiste joue parfaitement de cet effet : sa musique paraît à la fois légère et solennelle. Si chaque piste évoque une image claire, il est difficile de mettre un nom sur les sentiments qu'elles évoquent. D'ailleurs, plutôt que de parler de la musique, le livret contient une courte nouvelle. Plusieurs compositions de David Darling ont été utilisées dans des films, je comprends pourquoi !


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L'Ode to the Queer Steppas de CCL — que Soundcloud m'a envoyé direct dans les oreilles sans que je le demande, j'oublie toujours qu'il y a une lecture automatique sur ce site — est un mix crépusculaire, sans point culminant ni drop, avec très peu de mélodies mais des rythmes fascinants. Et il captive une heure comme ça, rien qu'avec des rythmes. De quoi se rappeler que le dubstep pouvait aussi être un genre subtil (ce que Shackleton avait déjà su démontrer, d'ailleurs on le retrouve ici, aux côtés de Laurel Halo entre autres).


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16kbp Future Nostalgia (projet de ChickenHat sur RYM) est un album d'ambient en 16 kbps, comme son nom l'indique. Ça ne ressemble pas directement à de la musique de jeu vidéo — il y a pas mal de synthés mais aussi des violons, des percussions, même un tout petit peu de chant à un moment — mais ça donne un effet narcotique et très agréable de cocooning digital, carrément beau sur “Opiates” et “Arctic Landscape Studies” qui rajoutent des rythmes distants, psychédéliques, et une touche d'isolation / arctic ambient.

Je recommande ce disque aux personnes qui, comme moi, sont du genre à jouer seules à Undertale tasse de thé en main à une heure du mat', à mettre sur pause dans le monde de l'eau parce que l'endroit est agréable, pour écouter la musique de fond en boucle.


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“Held” de Malibu était la piste qui m'avait le plus marquée sur Mono no Aware, le très bon album multi-artistes du label Pan sorti en 2017. L'artiste vient de sortir son premier album, One Life : l'un des disques d'ambient les plus émouvants que j'ai pu écouter. Comme des chansons sans paroles et presque sans voix, incroyablement touchantes. Vingt-huit minutes à peine, mais vingt-huit minutes sublimes.

vendredi 20 septembre 2019

♪ 85 : Passages tremblants et contrastes sonores

Four Pictures ~四つの弔歌~ de Trembling Strain est un album très élusif, qui passe de froideurs dissonantes à des beautés mélancoliques avec légèreté. Du folk expérimental dont les percussions, les chants, les mélodies sont comme des îlots qui émergent d'une brume changeante.

Ce n'est pas un disque facile ; aux premières écoutes, j'aurais été complètement incapable de résumer ça tant tous les éléments sont fugaces, des « ôôôôô » gutturaux japonais à la flûte, la harpe, de la guimbarde aux guitares électriques dissonantes, avec des enregistrements de feu ou de pluie… et c'est cette éphémérité qui est au cœur du disque au final. Même la splendide piste centrale, “嘆きの川辺”, ne peut sembler être qu'un élément parmi d'autres. Une belle écoute automnale.

(Cerise sur le gâteau : l'album a une structure palindromique.)


ℨ


Plus direct, mais toujours dans le folk : Знаєш як? Розкажи de Світлана Охріменко и Олександр Юрченко, joli et intrigant, avec une belle voix, un style un peu lo-fi qui garde une certaine ambiguité avec de légères dissonances et des boucles électroniques primitives en plus des instruments acoustiques. Par exemple une sorte de piano-jouet pour la mélodie et un grattement métallique en texture de fond. Ça semble un peu mystérieux, peut-être parce que je ne parle pas un mot d'ukrainien. Une impression de greniers et de petit soleil lumineux de la saison froide.



ℭ


Si vous aimez la drum and bass, je vous conseille carrément le Fabriclive 25 de High Contrast. C'est classique mais ça met une pêche incroyable, et il y a plein d'enchaînements géniaux là-dedans — l'enchaînement de “Life Rhythm” à “Flashback” par exemple ♥ (encore plus pour moi vu que “Flashback” m'a été passée par un pote à l'époque et me rappelle de bons souvenirs sur internet, mais même, il m'en avait passé d'autres aussi et celle-là a toujours été un coup de cœur), ou le final paixitronné à fond (« quand y'en a plus y'en a encore »), ici ça marche carrément.

Bon, je dis ça, ce sont des plaisirs faciles et ça ne plaira qu'à qui aime vraiment le genre. Mais si c'est votre cas, franchement, ne vous privez pas.



ℑ


Ma recommandation pop du mois, c'est Rito de Passá de MC Tha. Je ne connais rien au genre, “funk melody”, mais d'après Wikipédia il s'agit d'un grand melting pot populaire qui emprunte du candomblé afro-brésilien à plusieurs styles de hip hop dont le Miami bass, à l'electro, des musiques latines traditionnelles et plein d'autres (mais pas de funk, ce serait trop facile). Que ça se danse, que ça s'écoutait à l'origine dans les favelas et que c'était dénigré ailleurs, ce qui serait en train de changer. Je ne sais pas du tout si ce disque est représentatif du genre, je peux juste vous dire qu'il est nettement plus chanté que rappé malgré le nom de l'artiste ; que l'influence hip hop s'entend dans certains sons et le style de production mais reste en arrière-plan des éléments plus traditionnels, et que les compositions sont clairement plus des chansons que des pistes de dance music (cf. “art pop” en genre secondaire sur RYM). C'est un album court, direct, très chouette.


℥


Les compositions pour musique de Laurence Crane tiennent souvent du minimalisme à la Morton Feldman, tout en étant plus chaudes, avec des notes plus longues et moins isolées, mais en gardant cette certaine ambiguité dans l'humeur et ce degré d'imprévisibilité.

Sur Chamber Works 1992-2009 (interprétations d'Apartment House chez Another Timbre, comme Drifter de Linda Catlin Smith, que j'avais aimé en 2018), on reste dans ce registre doux-ambigu tout le long mais avec des pièces plus évidentes que d'autres. Je préfère piocher dedans à petite dose que me passer le tout, les 138 minutes en entier, c'est trop… et quelques-unes ne me parlent pas, “Ethiopian Distance Runners” par exemple, je ne sais pas si elles sont plus complexes ou simplement moins réussies.

Je préfère Sound of Horse, interprétations d'asamisimasa qui ont plus de contrastes et fonctionnent mieux en tant qu'album, avec du chant sur la série “Events”, la suite-titre qui présente un large éventail de styles (et est dédicacée à Mick Ronson, guitariste qui a joué pour David Bowie) ou encore une piste très courte mais évocatrice qui se résume à une courte boucle (“Old Life Was Rubbish”). C'est plus facile mais tout est harmonieux, il y a plus de surprises, j'aime beaucoup ce disque !

Les deux n'ont que deux pistes en commun (“John White in Berlin” et la quasi-ambient “Riis”), mais elles sont parmi mes préférées. Et je ne saurais pas trop vous dire qui les interprète le mieux.

mercredi 28 août 2019

♪ 84 : Avant que le diable ne gèle ces milliers de langues

Lonnie Holley — Just Before Music (2012)
Lonnie Holley est né septième enfant d'une fratrie de vingt-sept à l'époque des lois Jim Crow, et raconte qu'il fut échangé contre une bouteille de whisky quand il avait quatre ans. En plus de faire de la musique, Lonnie Holley travaille aussi des objets trouvés pour en faire des sculptures étranges et familières, des trucs collés et assemblés à des bidules tirés du grand bazar d'une vie, ou encore des silhouettes qui partent dans plusieurs directions.

Mais c'est sa voix qui me touche en premier : une voix vraiment belle, sur une musique qui l'est autant et que je ne saurais pas où classer.  Du chant libre sur des boucles rythmiques ou mélodiques, ça peut durer trois minutes comme vingt-cinq, peu importe. Ce style a quelque chose d'intemporel (même quand il utilise des sons électroniques), et pourtant les sujets sont précis et actuels, qu'il parle de lui-même, des ambitions de sa fille ou de l'évolution du cinéma aujourd'hui (sur la piste la plus étonnante, qui tient treize minutes dans un équilibre instable ; d'autres sont très belles dans leur simplicité comme “Here I Stand Knocking at Your Door”).

Je n'ai pas encore écouté les suivants, mais “I Woke Up in a Fucked Up America”, sorti après 2016, est déjà nettement plus sombre…

⢺


Frozen Rabbit — 26,000 (2005)
R.I.P. Phil Western, un artiste que je ne connaissais à vrai dire que par ses collaborations : avec cEvin Key de Skinny Puppy sur Download, avec Mark Spybey de :zoviet*france: sur Beehatch… et avec Tim Hill (que je ne connais pas) sur Frozen Rabbit. 26,000 comprend huit pistes, huit styles, un équilibre impeccable entre minimalismes atmosphérique et déstabilisant, un peu de glitch et d'expérimentations que l'on a pu entendre dans ces groupes de musique post-industrielle abstraite. Les répétitions de la voix sur la piste-titre sont incroyables, carrément lumineuses. (D'ailleurs elle est aussi sortie en version très longue, pour constituer un album à elle seule.) Sur “Purification Process”, des chants de gorge sont utilisés sans être modifiés directement mais dans un tel contexte qu'on ne les reconnaît pas tout de suite. Ailleurs, ce sont des jeux plus subtils d'assonances et dissonances, ou parfois de l'arctic ambient classique mais très maîtrisé.

Vous pouvez acheter l'album sur Bandcamp. Mais je ne sais pas où va l'argent quand l'artiste est décédé ?


⡪


Ryuichi Sakamoto — Esperanto (1985)
Un point de comparaison évident pour parler d'Esperanto de Ryuichi Sakamoto, c'est Life in the Bush of Ghosts de Brian Eno et David Byrne (sorti quatre ans plus tôt). On retrouve la même idée de musiques experiméntales rythmiques qui empruntent à plein de sources différentes, mais Esperanto est plus heurté, plus vivant, avec des rythmes qui s'arrêtent et recommencent abruptement, des samples tranchés en plein milieu qui créent des rythmes évidents de manière totalement irrégulière. C'est de la découpe-recoupe plus que de la juxtaposition. Sakamoto va aussi plus loin qu'Eno et Byrne dans le minimalisme et la dissonance ; c'est assez fou, ça passe du coq à l'âne constamment, ça a des airs bancaux mais ça reste cohérent et très agréable !

Et puis Esperanto ne cherche pas tant à intégrer des musiques d'autres traditions qu'à surprendre avec sa gamme de sons. Parfois ce sont des instruments « exotiques » mais ça peut tout aussi bien être des guitares électriques (sur “Adelie Penguins”, sorte de tube barré pour lequel une vidéo tout aussi improbable est sortie) ou des chants d'oiseaux.


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Current 93 — Lucifer Over London (1994)
Je continue de creuser la discographie de Current 93 ; j'en ai déjà pas mal mais on n'en fait pas le tour facilement ! J'aime la voix de David Tibet, j'aime quand sa musique est mystérieuse*, terrifiante (I Have a Special Plan for This World, Dogs Blood Rising), mélancolique jusqu'à un certain point (Earth Covers Earth, Black Ships Ate the Sky). Je décroche seulement quand il fait du folk acoustique super triste — bel exemple d'un artiste où je ne recommande pas à son œuvre la plus populaire (Thunder Perfect Mind) .

Lucifer Over London est mon préféré parmi les disques que j'ai découverts récemment ; c'est un EP étonnamment rock, avec une première piste qui s'inspire de Black Sabbath suivie d'une reprise d'un groupe de rock peu connu, les Groundhogs (reprise assez directe, ce sont eux qui méritent le crédit, mais elle est réussie et colle bien à l'esthétique du projet) avant d'attaquer la nettement plus mystérieuse et mélancolique “The Seven Seals Are Revealed at the End of Time as Seven Bows: The Bloodbow, the Pissbow, the Painbow, the Faminebow, the Deathbow, the Angerbow, the Hohohobow”. Tu parles d'un titre, mais malgré l'humour c'est plutôt sérieux, et les deux moitiés du disque se complémentent très bien.

(Il y a aussi Jhonn Balance au chant sur ce disque, même si ce n'est pas sa meilleure performance.)

* En général son côté mystérieux est mélangé à d'autres, genre ici sur “The Seven Seals Are Revealed…” — une de ses pistes mystérieuses que je préfère est “Twilight Twilight Nihil Nihil”, si vous connaissez tout un disque comme ça, je prends !


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Pom Pom [POM 33] (2010)
Trouvez-moi plus techno que Pom Pom : plus de quarante EPs vinyle sans aucun titre, avec des pochettes unies noires, tout ce qu'on sait desssus c'est que ça vient de Berlin. Comme j'ai entendu du bien du projet, j'ai chopé les n°s 18 (EP), 24 (EP) et 33 (album) — et franchement oui, ça le fait. Une base classique (rythmes minimalistes et répétitifs comme il se doit) et des finitions inattendues qui jettent plein de couleurs dans la mi-ombre. On ne sait jamais à quoi va ressembler la prochaine boucle rythmique ou mélodique, toutes samplées je suppose mais qui viennent de genres très différents; ça va de l'atonal à la pop, parfois on s'étonne d'entendre un piano jazzy sur ce qui semble être des fantômes de chanson dansante, ou encore sur l'excellent final un xylophone et des synthés acidulés.

Il y a aussi un mix de cinq heures et demie dispo sur SoundCloud.

mercredi 24 juillet 2019

♪ 83 : Rêves violets d'oiseaux zombies

Encore un bon album de pop japonaise des années 70 : 胎児の夢 (« Rêve foetal ») de 佐井好子 (Yoshiko Sai). Une jolie préciosité qui s'ouvre sur des passages jazz dansants, des mélodies très bien trouvées, le tout baigne dans une atmosphère onirique. Il y a un final de neuf minutes avec guitare flamenco, saxophone et grandes envolées où le chant quitte le terre-à-terre des mots pour aller papillonner dans les hauteurs, disparaître et revenir.





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Les gars de chez D.KO sont revenus sur leur politique de ne sortir leur musique qu'en vinyle ! Ils ont une page Bandcamp maintenant, du coup j'ai enfin pu me payer Kestuf Daronne ? (toujours dans mon top 100) en vrai v0 et écouter ce qu'ils avaient sorti d'autre depuis. J'ai pris l'EP 33 Curial de Gabriel, entre acid et ambient house, super planant, qui prend son temps avec une piste de plus de treize minutes en plein milieu. (Gabriel, il est aussi dans le duo Rag Dabons, qui a sorti un clip à histoire avec Jésus qui serait en réalité Denver le Dernier Dinosaure.)

Mind Motion de Toke est très bon aussi, toujours estival mais dans un style plus rythmé avec des influences electro et broken beat.


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J'ai toujours beaucoup aimé “Jynweythek” d'Aphex Twin, la jolie piste au piano préparé qui ouvre drukQs, et j'aurais bien aimé avoir tout un disque acoustique comme ça. Il y a bien eu Computer Controlled Acoustic Instruments pt. 2 récemment, mais… j'y reviens de temps en temps, à chaque fois il me laisse sur ma faim. Ce sont comme vingt minutes d'ébauches, d'esquisses, et ça se termine de façon abrupte, à se demander si Richard n'a pas eu tout simplement la flemme de terminer tout ça. J'ai juste gardé “piano un10 it happened” pour la mettre en avant-dernière piste sur ma compile.

Toujours chez Warp avec du piano préparé mais nettement mieux fini, il y a Ultraviolet de Kelly Moran : onze trajectoires courbes entre ambient et minimalisme, un beau disque avec un son très agréable, pas aussi oblique que celui d'Aphex mais quand même un peu.

Si vous avez d'autres recommandations de disques avec du piano préparé, je prends !


𝄞


Ornitheology de Chubby Wolf est un album d'ambient/drone étonnamment intime et émouvant. Deux longues pistes, qui auraient pu faire un album chacune ; “On Burned, Gauzed Wings” est plutôt calme et apaisante, mais aussi frêle et mélancolique : les drones y sont comme des vagues ou des soupirs retenus qui vacillent entre assonances et dissonances. “Phantasmagoria of Nothingness” est plus classique et plus sereine, mais garde ce sentiment de fragilité.

L'artiste n'a sorti qu'un album solo de son vivant et ce n'était pas celui-là ; si le nom Celer vous dit quelque chose, c'est le projet de Will Long qui fut son mari, ils ont travaillé ensemble sur plusieurs albums. J'aime aussi Celer, mais Ornitheology me parle davantage.


♪


Dire qu'Orienting Reponse est dépouillé serait un euphémisme. C'est du minimalisme extrême, non dénué d'émotions mais austère comme peu de choses peuvent l'être de nos jours ; une composition en multiples fragments répétitifs pour guitare seule, composée par Sarah Hennies pour Cristián Alvear. La guitare n'y est pas toujours jouée comme une guitare, d'ailleurs Sarah Hennies présente la composition comme un défi qu'elle s'est lancée, pour voir si elle pouvait réussir à atteindre la même intensité avec une guitare qu'avec les percussions pour lesquelles elle écrit habituellement.

Il n'y a presque aucune progression ici, seule la répétition puis la non-répétition de phrases très courtes, et les légères imperfections du jeu du guitariste. Ça suffit à émouvoir, d'une manière très singulière.

Il y a des disques pour instrument solo où l'on s'étonne des sons que peut sortir l'artiste de l'instrument, où on a l'impression d'en entendre plusieurs différents ; pas ici. Même si la guitare est parfois utilisée de manière percussive, tout est extrêmement concret. Ce qui impressionne, c'est le dénuement. Et, sans doute un peu par contraste avec les mouvements atonaux, la beauté des accords et mélodies.

Ça dure trois quarts d'heure ou bien le double : les faces A et B sont deux prises de la même composition, identiques à part dans les petites imperfections du jeu. Je le recommande si vous avez aimé Gather & Release de la même compositrice, ou November de Dennis Johnson.


𝄢


Et puis j'ai enfin écouté Fela Kuti. Un album, puis un autre parce que le premier était super, puis un autre, puis un autre. Il y a plein de trucs à dire sur Fela, plein de trucs que vous savez déjà probablement et que je ne sais pas encore, notamment sur son engagement politique et la situation au Nigéria à l'époque (je n'y connais rien !). troutmask sur RYM dit que c'est l'artiste qui a sorti les meilleurs singles dans les années 70, mais qu'il fallait considérer ces singles comme des albums parce que chaque chanson durait un quart d'heure. Je ne saurais pas dire quel disque j'ai préféré, honnêtement tous sont carrément bons.

dimanche 23 décembre 2018

♪ 76 : Rétrospective dysnomique de cinq rêves vénéneux

Il semble que Coin Locker Kid tire son nom d'une histoire pour faire peur, avec une femme enceinte qui abandonne son enfant dans un casier à la gare… du moins c'est ce que j'ai trouvé en cherchant “coin locker kid”. L'histoire n'a rien de très intéressant. L'artiste mérite d'être écouté.

Traumnovelle, c'est du hip hop expérimental introspectif, plus ou moins torturé, où l'on peut entendre entre autres : un instrumental entièrement acoustique avec percussions en bois et chant traditionnel, une histoire récitée par une voix digitale sur un grondement quasi-inexistant, une piste presque rock avec une coda chaotique, un final fragmenté imprévisible… Ça fourmille d'idées, c'est accrocheur et en même temps il y a un sentiment de vide vertigineux dans cet album quand on s'y plonge. Pas de featuring ici, ce ne serait pas vraiment le genre. Ou alors ce serait feat. le fantôme d'un roi fou, feat. un amour perdu, feat. la poussière du grenier.

L'artiste a aussi un projet de phonographies. Et il paraît qu'il a un long album hybride à histoire entre les deux projets qui est un chef-d'œuvre, il faudra que j'écoute ça, parce que Traumnovelle me plaît déjà beaucoup.

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Le rock est-il encore du rock si la guitare est remplacée par un oud ou un buzuq¹ ? Aucune importance, l'énergie et l'électricité sont carrément là sur Aynama-Rtama d'Alif, et les chansons en imposent : c'est solennel sans être statique, ça vibre, c'est beau, c'est prenant. Le groupe est libanais et chante intégralement en arabe², le style est personnel et ne sent ni l'emprunt ni la tradition. J'aimerais pouvoir décrire ce disque un peu correctement parce qu'il le mérite, je ne peux que vous le recommander vivement.

¹ Le nom arabe du bouzouki. J'ai regardé, il n'existe apparemment pas d'instrument qui s'appellerait un bashi, hélas.

² Joli point en passant pour le livret, où chaque titre en arabe est typographié de manière à former une ligne séparatrice entre les paroles originales et leur traduction anglaise.

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Les Melodìas venenosas de Miss Dinky ont une palette de sons restreinte, un peu primitifs, presque chiptune sans en être vraiment. Sans ressembler à une musique de jeu vidéo en tout cas, ou alors à un vraiment très indé ; c'est de la musique crépusculaire, mélancolique, qui paraît très simple et pourtant reste à moitié dans l'ombre. Ce n'est pas ce que je cherchais du tout quand j'ai écouté l'album, mais j'y reviens assez souvent.

Et en cherchant un lien pour partager ça, j'ai trouvé la chaîne Youtube La Cazouille qui est vraiment cool !


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Sur des fondations de techno minimale, Thomas Brinkmann construit des pistes avec des éléments inattendus ou bizarroïdes, des drôles de samples, de la house, du chant, des breaks qui virent parfois carrément au loufoque (genre “Sur Ace”, la piste que j'ai le plus écoutée ces derniers temps). C'est ludique, les grooves sont carrément efficaces, ça touche parfois au génie.

Comme son nom l'indique, Retrospektiv est une compile (qui retrace vingt ans de productions). D'habitude j'évite les best of parce que ça gâche les albums, mais pour la dance music… *haussement d'épaules* j'ai regardé vite fait, la plupart de ces pistes étaient sorties en singles ou EPs de toute façon, certaines pourraient être inédites. En tout cas c'est une sacrée bonne sélection qu'on a ici, dans laquelle piocher comme il vous chante.

J'ai aussi écouté une autre collection de lui, Rosa (pistes choisies sur une sélection d'une douzaine d'EPs), mais j'y accroche nettement moins — trop minimaliste en général, un peu austère.

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… Mais si vous préférez les disques qui s'écoutent du début à la fin et que les deux heures trente-huit de Retrospektiv vous découragent, prenez-vous son mini-album en collaboration avec Markus Nikolai et Dominique Petitgand. Avec par exemple une vieille dame qui se plaint d'un parfum à la rose trop fort tandis que des enfants jouent avec des camions, et autres scénarios anodins, aléatoires et absurdes du même genre. À part ça le son n'est pas si différent de Brinkmann en solo, c'est du tout bon, d'ailleurs la dernière piste est une version alternative d'“Isch” (une des meilleures pistes compilées sur Retrospektiv). Quant aux samples que je décris, ils sont tirés de “Le visiophone odorant” de Dominique Petitgand, sans les beats, de la série Cinéma pour l'oreille chez Metamkine (on change tout de suite d'univers !)… Si ça se trouve l'album entier n'est qu'une sorte de mashup ? Ça fonctionne en tout cas. Ah, et ce disque n'a pas de titre, et les titres non plus n'ont pas de titres. Cette phrase me paraît erronnée mais je l'aime bien alors je la laisse.

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Je recommande aussi le cinquième EP d'Apparel Wax si vous aimez les disco edits pour danser joyeusement ; comme souvent dans le genre, tout est sans titre et anonyme, Apparel Wax n'étant pas le nom de l'artiste mais celui du label/collectif. Ils sortent plein de disques numérotés sans titres et les vinyles sont accompagnés de gadgets comme dans les paquets de céréales, pour le 5 c'est une… mini-main en gelée verte pour donner de fausses claques avec ? Peu importe.

La troisième piste est tirée d'“I Like It” de DeBarge, je n'ai pas encore cherché les autres !

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La répétition est une forme de changement*, mais je crois que parmi les arts, il n'y a que la musique pour savoir en faire un si bon usage sans rien perdre. Dysnomia de Dawn of Midi est un album minimaliste, jazzy et rythmé, mais ce sont ces répétitions qui en font quelque chose d'à la fois relaxant et dansant. Si vous aimez les Necks, vous devriez aimer aussi ! Si vous n'avez jamais écouté les Necks, écoutez les Necks. (Aquatic ou Chemist sont mes préférés pour le moment.) Mais vous pouvez écouter Dysnomia aussi. Et pour d'autres disques du genre, je vous renvoie à la liste “Minimal Improvisation / Tonus-Music / Zen-Funk” de Selenaru_Negrea.

* Dixit… qui déjà ? Je me souvenais de ça dans un cours sur le modernisme en poésie mais Google dit que c'est une carte des Stratégies obliques de Brian Eno et Peter Schmidt, et que la citation serait de Peter Schmidt. À l'origine, ou l'a-t-il prise ailleurs ? À vérifier.

jeudi 27 septembre 2018

♪ 73 : Portrait stratégique de la ballade du feu noir

Il semble que la drum and bass atmosphérique connaisse un renouveau ces derniers temps, et ça n'est pas pour me déplaire ! J'avais déjà recommandé Fabriclive 50: Autonomic ici ; les nouveaux albums de Skee Mask et Djrum vont encore plus loin.

Compro de Skee Mask, déjà : une atmosphère solitaire, froide, diffuse. C'est même un album d'ambient au début, avec une lenteur et un minimalisme qui forcent le calme et l'attention ; les beats prennent tout leur temps pour se mettre en place, un quart d'heure facile, et ce n'est qu'au bout d'une demi-heure qu'on entend un think break — sur une seule piste, pas plus, comme un clin d'œil au passé. Une autre piste emprunte un peu de la noirceur de l'UK bass contemporaine, genre qui aura évolué en parallèle. Il est presque étonnant que ce disque ne soit pas un mix continu mais une collection de pistes, qui pourtant marquent une progression très lente du froid au chaud, plus mélodique, plus rythmé.

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Portrait with Firewood de Djrum, ensuite, qui fait suite au magnifique EP Broken Glass Arch sorti l'an dernier (et qui est une recommandation facile si vous l'avez aimé, c'est dans le même style). Une production tout aussi fine et un son nettement plus chaud, intimiste que sur Compro ; on a beau savoir que l'artiste fait de la bass music, les rares éléments qui tiennent encore de ce genre sont si loin qu'on ne les entend qu'en tendant l'oreille (exception faite de “Showreel, Pt. 3”). Ce sont le piano, le xylophone, les voix qui sont au premier plan, une musique qui émeut et dont les attaches à la dance music ne sont que ténues.


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Il y a eu des disques de downtempo sombres, quasiment tous ceux de trip hop l'étaient un peu, mais le genre fut loin d'aller aussi loin qu'il aurait pu dans les abysses. Pour preuve : Blackmouth, un projet qui combine downtempo, dark ambient et industriel… mené par Jarboe, la chanteuse de Swans. Les instrumentaux n'auraient pas détonné dans une bande originale de Silent Hill, mais impossible de reléguer cette musique à du décor avec cette voix, tour à tour cruelle, torturée, dérangée — une noirceur âcre, malsaine, un personnage aux personnalités multiples (cf. “The Black Pulse Grain”, “And I Call Myself Hag”) qui aurait tout de la sorcière dans une société superstitieuse.

Blackmouth fait mouche quand le groupe reste suggestif ou assez minimaliste, ce qui est le cas la plupart du temps ; ce n'est que sur les trois dernières pistes qu'il se plante un peu, entre les ficelles grossières de “Seduce and Destroy” (dans le genre intense, “The Burn” est autrement plus réussie) et les remixes qui n'avaient rien à faire là. Bidouiller un peu la liste de lecture ne fait pas de mal, la musique en vaut la peine.

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Pour changer complètement d'ambiance tout en gardant un des ingrédients, ma recommendation dance music du mois : Late Night Sessions de DJ Harvey*, un mix de house aux accents downtempo, super bon, deep mais avec des pistes de garage house aussi (ça date de 1996 sans pour autant oublier ce qui se faisait avant). C'est surtout le chant de “Garden of Earthly Delights” qui me reste en tête et me fait revenir à ce disque, mais pour vous donner le niveau, “New Day” de Round Two n'est même pas éclipsée par les autres.

* Aucun rapport avec PJ, du moins pas à ma connaissance. (Mais j'avoue que la ressemblance des noms a dû jouer dans mon envie d'écouter le disque.)


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Ryoko Akama est une artiste japonaise surtout connue pour ses compositions qui, bien que complètement expérimentales, sont étonnantes de candeur. J'ai entendu parler d'elle avec l'album places and pages, sorti chez Another Timbre… qui, sans me convaincre vraiment, m'a donné l'impression qu'il y avait quelque chose à creuser là-dedans. Histoire d'en parler quand même, parce que c'est son disque le plus populaire : places and pages consiste en cinquante vignettes minimalistes, souvent courtes, qui se basent sur une idée simple à chaque fois. Ce que j'aime bien dans ce disque, c'est qu'il est très vivant, spontané, varié. Mais tout y est à mes oreilles trop court, trop minimal, aucune atmosphère ne se crée vraiment — et ça me laisse un peu de marbre.

Je lui préfère sa série de « propositions », toutes réalisées par un artiste différent à partir d'une partition abstraite et cryptique, qui durent neuf, dix-huit ou vingt-sept minutes. inscriptions par exemple est pas mal du tout (j'ai écrit une critique-description sur RYM que j'ai la flemme de traduire, le disque n'est plus disponible nulle part légalement de toute façon.)

… Mais pour le moment, mon disque préféré d'elle est kotoba koukan*, avec Greg Stuart, où la simplicité apparente des compositions est contrebalancée par des textures sonores très présentes. (Par exemple : quelques notes de piano sur un enregistrement qui ressemble à du vent et à un son mécanique qui rappelle une roue qui tourne très vite ou une crécelle.) Il suffisait de ça pour que ça fonctionne carrément mieux, ça donne un disque à la fois simple, riche et difficile à cerner. La dernière piste, “fade in and out procedure”, fait un usage impressionnant d'un des éléments les plus simples qui soit : un drone qui monte et descend très lentement en volume pendant toute la durée, ça n'a l'air de rien mais l'effet est génial.

 * Seules deux pistes sont disponibles à l'écoute sur Bandcamp mais il y en a quatre en vrai.

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… Et un truc marrant, c'est que Ryoko Akama avait pris une direction complètement opposée sur son projet électronique Ryo Co. Impossible d'y reconnaître la même artiste tant les deux n'ont rien à voir ! Lo-Fi Graduation 打ち込み作戦 1 est un collage rythmique qui part dans tous les sens, du hip hop à la drum and bass en passant par plein d'hybrides expérimentaux et inclassables ; à la première écoute, j'ai trouvé ça fatigant et vraiment trop bordélique. Depuis, je trouve ce disque très bon. Je ne sais pas trop de quoi le rapprocher, à part peut-être Planetary Natural Love Gas Webbin' 199999 de DJ 光光光 (Yamatsuka Eye).


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Les deux pistes de Grief to Grind the Fire de Jazzfinger n'ont aucune structure apparente, mais elles ont une telle intensité qu'elles s'en passent très bien. Elles durent une demi-heure chacune sans jamais faiblir ni lasser, c'est comme regarder un incendie, un volcan, une force naturelle destructrice. “Legs in the River” demande à être écoutée fort et est si abrasive qu'on sait déjà qu'on en ressortira avec des acouphènes ; “Burnt Hole”, grondement avec juste une phrase mélodique, a des allures de paysage dévasté après une catastrophe mais ne perd pas de tension pour autant. C'est fait avec de la guitare électrique et un orgue-jouet, il paraît.


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Et avec une beauté plus académique, je recommande les drones électro-acoustiques de Ballads d'Ashley Bellouin. “Bourdon” a une très belle richesse, avec son violoncelle et ses sons cristallins ; “Hummen” est un peu plus psychédélique, déstabilisante, et me rappelle un peu Time Machines de Coil par certains côtés. Les deux pistes évoluent plus qu'il n'y paraît. C'est court (une demi-heure en tout) mais excellent ; l'artiste n'a sorti que ce disque pour le moment, j'espère qu'il y en aura d'autres !



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Sinon j'ai réécouté Parklife de Blur (très bien) et j'ai testé R.E.M. (pas aimé).