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vendredi 28 février 2020

♪ 90 : Intérieurs futuristes exotiques et madeleines aux légumes

The Exotica Album d'Øyvind Torvund est un petit album adorable d'exotica expérimentale interprétée par un ensemble de musique de chambre. Plutôt excentrique (il y a même un court passage de noise là-dedans !) mais toujours très agréable, mélodique et coloré, on sent que le compositeur aime vraiment ce genre au charme un peu désuet et tenait à lui rendre un bel hommage. C'est parfaitement réussi, ce disque me donne le sourire à chaque écoute.









Veggie
de Food est un album de jazz expérimental qui commence par des touches colorées, intrigantes, électriques, des textures inhabituelles — avant que tout cela prenne forme, des solos sur des arrière-plans mi-chaotiques mi-atmosphériques, puis se définisse de plus en plus selon les pistes. Qui ne se ressemblent d'ailleurs pas tant que ça, on a l'impression de changer de genre à chacune. J'y découvre de nouvelles choses à chaque écoute. C'est édité chez Rune Grammofon, à rapprocher de Supersilent entre autres ! Mais avec des teintes plus vives.





Urban Sax est un projet nettement plus orienté vers la scène que vers les albums studio. Costumes étranges, lieux prestigieux, « murs de saxophones » joués par des dizaines de musiciens… je n'ai pas eu la chance d'assister à un de leurs concerts mais j'aimerais bien, ça a l'air spectaculaire ! En attendant, leurs albums studio valent aussi le coup : j'ai écouté leur premier, sorti en 1977, et leur dernier, Inside, sorti en 2014 — c'est celui-là que je préfère, avec un son plus clair, plus défini, plus subtil. On pourrait s'attendre à une puissance massive avec un tel ensemble mais cette musique est toute en retenue, c'est un orchestre de saxophones (et chœurs, et xylophones, et…) quasi-ambient qui joue en teintes discrètes et peu communes — parfois mélancoliques ou exotiques, parfois plus proches de compositions classiques propices à la rêverie, une musique qui révèle beaucoup de détails au fil des écoutes. J'avais découvert ça il y a quelques mois déjà et aimé, je n'avais pas trouvé les mots pour le décrire, j'y reviens aujourd'hui et j'aime encore plus.





Collaboration réjouissante pour les fans d'industriel et de dark ambient : Grav, où l'on retrouve, en plus de Merzbow qu'on ne présente plus, Asmus Tietchens (artiste expérimental dont la plupart des disques évoluent entre lowercase et industriel, avec une ou deux incursions dans la synthpop et un ton entre le sérieux cadavérique et le pince-sans-rire) et Kim Cascone (artiste qui a exploré glitch, microsound, lowercase, ambient psychédélique… PGR est son projet dark ambient). Résultat : des formes de vies sonores monstrueuses mais fascinantes, psychédéliques, où l'on entend la patte de chaque artiste (l'un ou l'autre domine selon les moments). C'est sorti en 1991 chez Silent Records.





Coup de cœur pour Sci-Fi Hi Fi: 04 de Funk D'Void, un mix de tech house avec une montée cool, psychédélique, des tendances progressive house et deep house — et un peu de mélancolie, sous-jacente au début mais qui prend les devants juste quand le mix atteint son apogée : le DJ ralentit un peu le tempo, la mélodie reste la même mais le style se fait un peu plus grave et bifurque sur deux chansons d'amour nostalgiques au milieu de cette urbanité futuriste. La descente, même si elle reste dans un style similaire, a des teintes plus sombres, un son plus techno aussi — il y a un petit passage où ça stagne un peu, mais le reste est vraiment super !





Je suis toujours fan d'FKA twigs ; son premier album était un peu décevant par rapport à ses EPs, mais Magdalene est excellent ! On y retrouve le R&B étrange et sensuel qui m'avait séduite dès ses débuts (surtout sur “Fallen Alien”, un coup de cœur immédiat, la clé qui m'aura finalement fait aimer tout l'album), mais ce disque-là est plus art pop, plus romantique, une tendresse avec une pointe d'étrangeté, une beauté qui se révèle moins facilement. “Cellophane” par exemple m'avait laissée de marbre quand je l'ai entendue en single mais fait une finale parfaite.






… Et parmi les bonnes suites de 2019 que j'ai écoutées (je ne fais pas de top cette année, la flemme, mais j'ai quand même regardé vite fait et trouvé plein de trucs que j'adore), je recommande :

 le dernier Bat for Lashes, Lost Girls — résolument dance pop, le style qui lui va le mieux (avec une “Vultures” qui ressemble à un clin d'œil au “Lazarus” de Bowie !),

 Animated Violence Mild de Blanck Mass, qui reprend la formule jouissive de World Eater mais est plus égal en qualité (World Eater était d'enfer sur les trois premières pistes et pas mal ensuite, ici tout est très bon) — soit de l'électro-industriel dansant et accrocheur, aux couleurs fluo, avec un chant hurlé-découpé où le chaos laisse entendre ce que l'on veut,

 Analog Fluids of Sonic Black Holes de Moor Mother est peut-être encore meilleur que son Fetish Bones précédent, clairement à écouter si vous avez envie d'un hip hop vraiment expérimental, torturé et que vous avez trouvé There Existed an Addiction to Blood trop classique,

 No Geography des Chemical Brothers vaut le coup si vous aimez le groupe (sinon vous pouvez l'ignorer),

 Le meilleur titre pour un album de Mézigue, j'y reviendrai peut-être plus tard mais il est déjà clairement plus réussi que Votez Mézigue ; “Du son pour mes chaussures” est un tube dans son style house habituel, “Plus jamais le même” est un tube aussi dans un style très différent, plus sérieux et moins orienté dancefloor,

 … et d'autres que j'oublie (faudra que je réécoute le Kate Tempest et le Matmos entre autres) !

samedi 22 juin 2019

♪ 82 : Cités folles informatiques


« Il pleut ; c'est tout ce qu'il sait faire… » J'aime bien Brigitte Fontaine. Ce premier disque (ou second, mais elle a renié le premier) est poétique, accrocheur, très fantaisiste, parfois engagé mais léger et avec humour, concis, plein d'idées que j'aime. Une ou deux chansons ne semblent certes être conçues que pour être écoutées une fois (c'est le défaut des chansons à texte), mais avec les arrangements de Jean-Claude Vannier, le tout tient carrément bien la route. Ça date de 1968. La première édition vinyle avait des petites taches de couleur incrustées dans le disque.





Sur un fond de drone nocturne, un chant plutôt mélancolique. La musique s'enrichit d'une vielle à roue. Une belle association de musiques contemporaines et anciennes, le lien paraît si évident qu'on ne les distingue plus, comme si on se trouvait hors du temps. RASA est une seule piste d'une demi-heure, signée CHVE soit Colin H. Van Eeckhout — membre de plein de groupes qui vont folk au metal, le plus connu étant Amenra. Je n'ai toujours pas écouté l'album d'Amenra que j'avais téléchargé il y a des années, mais je trouve que RASA est un superbe EP ! Si vous aimez The Remote Viewer de Coil, jetez-y une oreille.


Il existe aussi une version live, 10910, où la même piste est raccourcie puis se fond en une reprise du “Petit chevalier” de Nico et en “Charon”, troisième phase avec des percussions sombres et profondes. À vous de voir laquelle vous préférez ; 10910 est plus populaire mais “Le petit chevalier” perd de sa belle simplicité, je crois que je préfère la version studio.




Autre disque monopiste (j'aime vraiment beaucoup les disques monopistes !): Blackened Cities de Mélanie de Biaisio. 25 minutes entre post-rock et jazz vocal, rythmé, plutôt planant, mélancolique, avec un crescendo qui reste discret à l'arrière-plan. Ça peut rappeler un peu Talk Talk par certains côtés. C'est moins noir que le titre et la pochette ne pourraient le laisser supposer, même s'il y a bien quelques accents sombres ; par contre ça collerait très bien pour une virée en ville ou dans un train, quand il n'y a pas grand monde, la tête dans les rêves.





Ideepsum de Sublee est un album d'une efficacité et d'une élégance remarquables. Une musique électronique en apparence minimaliste, mais avec des grooves carrément efficaces tout le long (soit : de la tech house qui ressemble à de la techno minimale) — et qui fonctionne pour toutes humeurs et tous degrés d'attention : en musique de fond, ce sont les rythmes qui dominent tout, super fluides et entraînants, quand on y prête attention on se rend compte que les détails sont parfaitement travaillés. Ça me fait penser à ce que disait je ne sais pas qui sur le design, soit que le meilleur est invisible. Transparent, mais sans jamais être lassant ni ignorable. Ce n'est pas si évident que cela d'y arriver !




Traduction (sans doute inutile) de ce post du blog IP's Ancient Wonderworld, parce que je ne voyais pas de raison de modifier le texte :

« Dans mes recherches pour documenter les débuts de l'histoire de l'informatique, j'ai déniché une autre perle rare des premiers jours. Voici l'histoire de Philips Technisch Tijdschrift Jaarg. 24 (1962) No. 4/5 „Rekengeluiden Van Pascal“, étonnante capsule temporelle audio dont l'importance fut largement ignorée jusqu'ici.

Nous sommes en 1960. Après des débuts plutôt poussifs, la révolution informatique prend son essor aux Pays-Bas. Au laboratoire Natuurkundig à Eindhoven, Philips vient d'achever la construction de leur deuxième ordinateur, le Philips Akelig Snelle Calculator (soit : calculateur Philips méchamment rapide), ou PASCAL pour faire court.

Le chef du labo de l'époque, un certain W. Nijenhuis, avait eu l'idée d'installer un petit amplificateur et un haut-parleur sur le PASCAL afin de détecter les interférences radioélectriques générées par la machine. Comme on pouvait s'y attendre, les choses suivirent leur cours habituel : le but du haut-parleur était certes de diagnostiquer des problèmes de la machine, mais on découvrit rapidement que l'on pouvait en tirer parti pour générer de la musique. Et monsieur Nijenhuis, plutôt que de réprimander son équipe qui avait perdu un précieux temps de calcul, décida d'enregistrer ces “rekengeluiden” (sons de calculs) sur 45 tours.

Une image de la bête. Mouais, y'a plus joli quand même.
Ainsi naquit “Rekengeluiden van PASCAL”. La face A du disque contient des enregistrements de la machine durant des opérations normales, avec les sons mécaniques également produits par le calculateur. De même sur la première piste de la face B, où l'on entend PASCAL calculer un nombre premier. À l'écoute de ces enregistrements, on peut comprendre où commença l'engouement pour les disques d'enregistrements d'interférences radio : ces algorithmes ne produisent pas de simples bip-boup aléatoires mais des sons qui ont une certaine beauté, et rappellent certaines compositions modernes de bytebeat.

La deuxième piste de la face B est une jolie interprétation d'un menuet de Mozart. Mais Nijenhuis ne s'arrête pas là. La dernière piste de la face B, “Stochastische melodie“, va plus loin — elle n'est pas seulement jouée mais également composée par l'ordinateur.

Le disque fut distribué en bonus avec la revue interne de l'entreprise, le Philips Technisch Tijdschrift du printemps 1962. Les chances d'en trouver un exemplaire aujourd'hui sont quasiment nulles ; heureusement, une âme charitable a mis en ligne une version mp3. J'espère que vous apprécierez cet enregistrement unique dans l'histoire de l'informatique ! »

… D'une pierre deux coups, je viens de découvrir l'existence du bytebeat ! (Et c'est le disque le plus court et le plus anecdotique au niveau musical qui a droit au texte le plus long ce mois-ci, du coup.)

dimanche 23 décembre 2018

♪ 76 : Rétrospective dysnomique de cinq rêves vénéneux

Il semble que Coin Locker Kid tire son nom d'une histoire pour faire peur, avec une femme enceinte qui abandonne son enfant dans un casier à la gare… du moins c'est ce que j'ai trouvé en cherchant “coin locker kid”. L'histoire n'a rien de très intéressant. L'artiste mérite d'être écouté.

Traumnovelle, c'est du hip hop expérimental introspectif, plus ou moins torturé, où l'on peut entendre entre autres : un instrumental entièrement acoustique avec percussions en bois et chant traditionnel, une histoire récitée par une voix digitale sur un grondement quasi-inexistant, une piste presque rock avec une coda chaotique, un final fragmenté imprévisible… Ça fourmille d'idées, c'est accrocheur et en même temps il y a un sentiment de vide vertigineux dans cet album quand on s'y plonge. Pas de featuring ici, ce ne serait pas vraiment le genre. Ou alors ce serait feat. le fantôme d'un roi fou, feat. un amour perdu, feat. la poussière du grenier.

L'artiste a aussi un projet de phonographies. Et il paraît qu'il a un long album hybride à histoire entre les deux projets qui est un chef-d'œuvre, il faudra que j'écoute ça, parce que Traumnovelle me plaît déjà beaucoup.



Le rock est-il encore du rock si la guitare est remplacée par un oud ou un buzuq¹ ? Aucune importance, l'énergie et l'électricité sont carrément là sur Aynama-Rtama d'Alif, et les chansons en imposent : c'est solennel sans être statique, ça vibre, c'est beau, c'est prenant. Le groupe est libanais et chante intégralement en arabe², le style est personnel et ne sent ni l'emprunt ni la tradition. J'aimerais pouvoir décrire ce disque un peu correctement parce qu'il le mérite, je ne peux que vous le recommander vivement.

¹ Le nom arabe du bouzouki. J'ai regardé, il n'existe apparemment pas d'instrument qui s'appellerait un bashi, hélas.

² Joli point en passant pour le livret, où chaque titre en arabe est typographié de manière à former une ligne séparatrice entre les paroles originales et leur traduction anglaise.



Les Melodìas venenosas de Miss Dinky ont une palette de sons restreinte, un peu primitifs, presque chiptune sans en être vraiment. Sans ressembler à une musique de jeu vidéo en tout cas, ou alors à un vraiment très indé ; c'est de la musique crépusculaire, mélancolique, qui paraît très simple et pourtant reste à moitié dans l'ombre. Ce n'est pas ce que je cherchais du tout quand j'ai écouté l'album, mais j'y reviens assez souvent.

Et en cherchant un lien pour partager ça, j'ai trouvé la chaîne Youtube La Cazouille qui est vraiment cool !




Sur des fondations de techno minimale, Thomas Brinkmann construit des pistes avec des éléments inattendus ou bizarroïdes, des drôles de samples, de la house, du chant, des breaks qui virent parfois carrément au loufoque (genre “Sur Ace”, la piste que j'ai le plus écoutée ces derniers temps). C'est ludique, les grooves sont carrément efficaces, ça touche parfois au génie.

Comme son nom l'indique, Retrospektiv est une compile (qui retrace vingt ans de productions). D'habitude j'évite les best of parce que ça gâche les albums, mais pour la dance music… *haussement d'épaules* j'ai regardé vite fait, la plupart de ces pistes étaient sorties en singles ou EPs de toute façon, certaines pourraient être inédites. En tout cas c'est une sacrée bonne sélection qu'on a ici, dans laquelle piocher comme il vous chante.

J'ai aussi écouté une autre collection de lui, Rosa (pistes choisies sur une sélection d'une douzaine d'EPs), mais j'y accroche nettement moins — trop minimaliste en général, un peu austère.



… Mais si vous préférez les disques qui s'écoutent du début à la fin et que les deux heures trente-huit de Retrospektiv vous découragent, prenez-vous son mini-album en collaboration avec Markus Nikolai et Dominique Petitgand. Avec par exemple une vieille dame qui se plaint d'un parfum à la rose trop fort tandis que des enfants jouent avec des camions, et autres scénarios anodins, aléatoires et absurdes du même genre. À part ça le son n'est pas si différent de Brinkmann en solo, c'est du tout bon, d'ailleurs la dernière piste est une version alternative d'“Isch” (une des meilleures pistes compilées sur Retrospektiv). Quant aux samples que je décris, ils sont tirés de “Le visiophone odorant” de Dominique Petitgand, sans les beats, de la série Cinéma pour l'oreille chez Metamkine (on change tout de suite d'univers !)… Si ça se trouve l'album entier n'est qu'une sorte de mashup ? Ça fonctionne en tout cas. Ah, et ce disque n'a pas de titre, et les titres non plus n'ont pas de titres. Cette phrase me paraît erronnée mais je l'aime bien alors je la laisse.



Je recommande aussi le cinquième EP d'Apparel Wax si vous aimez les disco edits pour danser joyeusement ; comme souvent dans le genre, tout est sans titre et anonyme, Apparel Wax n'étant pas le nom de l'artiste mais celui du label/collectif. Ils sortent plein de disques numérotés sans titres et les vinyles sont accompagnés de gadgets comme dans les paquets de céréales, pour le 5 c'est une… mini-main en gelée verte pour donner de fausses claques avec ? Peu importe.

La troisième piste est tirée d'“I Like It” de DeBarge, je n'ai pas encore cherché les autres !



La répétition est une forme de changement*, mais je crois que parmi les arts, il n'y a que la musique pour savoir en faire un si bon usage sans rien perdre. Dysnomia de Dawn of Midi est un album minimaliste, jazzy et rythmé, mais ce sont ces répétitions qui en font quelque chose d'à la fois relaxant et dansant. Si vous aimez les Necks, vous devriez aimer aussi ! Si vous n'avez jamais écouté les Necks, écoutez les Necks. (Aquatic ou Chemist sont mes préférés pour le moment.) Mais vous pouvez écouter Dysnomia aussi. Et pour d'autres disques du genre, je vous renvoie à la liste “Minimal Improvisation / Tonus-Music / Zen-Funk” de Selenaru_Negrea.

* Dixit… qui déjà ? Je me souvenais de ça dans un cours sur le modernisme en poésie mais Google dit que c'est une carte des Stratégies obliques de Brian Eno et Peter Schmidt, et que la citation serait de Peter Schmidt. À l'origine, ou l'a-t-il prise ailleurs ? À vérifier.

vendredi 23 novembre 2018

♪ 75 : Onze enfants-bruits de l'envers lointain

C'est rare que ce soit une voix qui me fasse aimer un disque, mais j'ai eu un coup de cœur immédiat en écoutant “Mother Maybe” de Kadhja Bonet. Une chanson de soul psychédélique qui semble venir des années 60, directe, éblouissante. C'est la piste la plus classiquement soul de Childqueen, les autres penchent un peu plus vers la pop (là aussi dans un style années 60), avec des grooves plus légers ou ralentis presque jusqu'au délitement comme sur “Delphine”, une écriture toute en élégance et en concision. “Thoughts Around Tea” par exemple : à peine plus de deux minutes, cette mélodie, ces chœurs avec elle-même, ce xylophone, c'est parfait.



Vous aimez les arpèges ? Das Buch der Klänge (« Le livre des sons ») de Hans Otte est une très belle composition minimaliste en douze mouvements, avec des arpèges au piano qui se répètent au point que les mélodies prennent des airs de motifs, de textures. Chaque partie reprend cette idée mais les mouvements peuvent être très différents, entre la fluidité absolue du deuxième, la froideur du sixième qui met en avant le silence, les marteaux et les cordes… Mes préférés sont en général ceux qui sont un peu ambigus, instables, comme le septième (superbe). Dommage seulement que le dernier mouvement finisse par une note trop sucrée (et arrêter au onzième, excellent, ne fonctionne pas si bien que cela non plus, on sent qu'il manque une conclusion).



Je ne sais pas si les « onze questions » que posent Markus Reuter et Robert Rich le long de leurs treize pistes appellent une réponse, si même ce qu'elles sont, mais elles piquent la curiosité. Treize pistes instrumentales qui touchent à l'ambient mais en plus riche, avec trop de mélodies, rythmes, voix… pour que cela reste une musique d'arrière-plan. Chaudes et mystérieuses, principalement acoustiques, très détaillées avec beaucoup d'instruments et de sources sonores ; beaucoup de jeux entre apaisements et tensions aussi, et une atmosphère toujours changeante qui captive sans que l'on puisse la cerner.




L'univers de Carlton Heston(ne) est en noir et blanc, granuleux, étrange. Il a un site web à l'ancienne avec des jeux, des dessins et de la musique, et aujourd'hui je peux vous recommander Screamers, The, sorti pour Halloween (et qui s'accompagne d'un mini-jeu en Flash). C'est un EP de collages imprévisibles, entraînants et déroutants, qui sentent autant le vieux grenier plein de squelettes qui jouent de la guitare sèche et d'araignées que la piste de danse psychédélique, avec une dose de saturation noire par moments. Du WTF du début à la fin et un son original, j'aime beaucoup ! Vous pouvez écouter et télécharger ça ici, c'est gratuit (attention, la lecture démarre automatiquement).



La musique de Vinyl Speed Adjust semble plus circulaire que linéaire. Certes, c'est de la tech house ou de la house minimale, répétitive par nature, mais ici les progressions (il y en a) semblent vouloir se faire oublier, tout tourne autour des boucles, des boucles super accrocheuses dont on a envie qu'elles ne s'arrêtent jamais. Deux pistes sur les trois n'ont d'aileurs pas de vraies fins, elles s'arrêtent si abruptement que ça en paraît arbitraire. C'est sans doute que cette musique est faite pour être mixée ; en attendant, leur Retro EP est déjà très recommandable tel quel.





Si vous avez envie d'un beau disque qui fait du bien, je vous conseille vivement 遠い音楽 (« musique lointaine ») de Zabadak. C'est de la pop japonaise de 1990 avec des inspirations un peu celtiques, un peu new age sans que ça fasse genre ; c'est beau, c'est touchant, candide sans être kitsch, souverain pour les moments où on a besoin de réconfort, quand tout paraît chaotique, désespérant ou de mauvais goût et qu'on a envie de s'éloigner de tout ça. Le groupe tire son nom d'une chanson de 1967 (qui me convainc moins). Et un astéroïde a été nommé d'après le groupe.

mardi 23 août 2016

♪ 48 : Quatorze Rencontres sur le Son des Machines Climatiques Transférées à Dallas

邂逅 (Kaikō) de Haruo Okada et Fabio Perletta est un jeu subtil entre ombre et lumière, intérieur et extérieur. On se promène le long d'une jetée, dans une forêt, dans une grotte… et ces paysages sonores se mêlent à des sons moins reconnaissables, peut-être abstraits, qui évoquent des impressions subjectives. L'effet est étonnamment naturel, comme lorsqu'on se promène et que notre attention passe imperceptiblement de l'environnement à nos propres pensées.

La piste fut à l'origine une improvisation en direct lors d'une fête de hanami, peaufinée et réenregistrée par la suite. J'ai dû l'écouter genre cinq ou six fois déjà et à chaque fois j'ai l'impression de l'entendre différemment. À chaque fois je la trouve superbe.




Sur Balance 014, Joris Voorn a « peint avec de la musique ». Façon aquarelle. Plutôt que d'agencer de bons titres avec des transitions et quelques edits, le DJ a effacé tous les contours et mêlé des dizaines de pistes en un flux continu, un groove fluide qui associe des genres complémentaires plutôt que similaires… Regardez-moi cette tracklist ! Ce n'est pas le record du monde de titres mixés en une heure, mais ça reste impressionnant. Et bien fin qui arriverait à démêler les sons sans les connaître !

Sur le Mizuiro Mix (« couleur d'eau » ou bleu clair), Voorn commence par jouer les équilibristes en gardant la tension de son beat pendant un temps fou alors que la musique fait ressentir une sérénité paradoxale, il cherche à la fois à détendre et à faire danser — et il y arrive carrément. Jusqu'à un virage inattendu, avec la voix bizarre d'“R U OK” d'Ambivalent (drôle de piste, plutôt humoristique à l'origine) qui nous fait plonger dans un son plus ambigu, thérapeutique presque, avec des pointes de mélancolie.

Le Midori Mix (vert, couleur de nature) commence de manière plus dansante, très prometteuse, avec plus de groove que le Mizuiro… Là, on se dit que Voorn a décidément des doigts en or — jusqu'à ce qu'il tente vers la fin d'incorporer des chansons entières dans son mix, comme “Nude” de Radiohead, et là, ça marche moins bien : il perd le groove de vue et tourne un peu à vide. Dommage. Tout le reste est excellent.




Autre approche : She's a Dancing Machine de Magda, un mix de techno minimale façon jeu de construction, cent quatre pistes découpées en fragments de tailes variables et assemblées sur le beat. La structure est froide mais dansante, les sons partent dans tous les sens, c'est du pointillisme foufou sur une base austère et ça fonctionne carrément. La seule chose que je reproche à cet album, c'est son absence de dynamique générale : Magda garde la même formule monotone-imprévisible tout le long, sur 78 minutes un petit détour ou un long virage auraient été un plus.

À noter que ce style-là avait déjà été adopté quelques années plus tôt par Richie Hawtin (Plastikman) sur un de ses mixes, DE9: Closer to the Edit, pour un résultat impressionnant aussi mais nettement plus sérieux. Je l'ai peu écouté, plutôt envie de revenir à celui de Magda, j'aime bien quand il y a de la fantaisie.




Un troisième ? OK, mais celui-là attention, faudra pas le mettre entre toutes les oreilles ! Follow the Sound de Bitch Ass Darius est un disque qui donne simultanément envie de s'exclamer « bougre, quelle vulgarité ! » et « foutredieu, quel génie ! ». La seconde plus souvent que la première.

La ghetto house est un genre avec des sons assez bruts et des paroles qui parlent surtout de sexe (vu le “ghetto” dans le nom, vous vous doutez bien qu'on est loin du romantisme subtil) ; la ghettotech mêle à cela des influences techno, electro et UK bass, et des tempos très rapides. (Je viens de lire tout ça sur Wikipedia et RYM, je ne connaissais pas du tout avant d'écouter Bitch Ass Darius.) Bref, Follow the Sound ressemble au cerveau d'un adolescent mâle hyperactif. Le mix n'est pas que vulgaire, il est irrévérencieux — à commencer par le fait qu'aucun des artistes n'est crédité (les limiers d'internet ont identifié 71 titres, restent 9 inconnus) et que leurs pistes originales sont découpées, accélérées et pitch-shiftées sans vergogne. Quand une piste dépasse la minute, ça paraît carrément long. Si vous vous retrouvez à court de café ou de thé un jour, passez-vous ce disque.

Mais il faudrait avoir les oreilles bouchées pour ne pas entendre à quel point Follow the Sound est impressionnant malgré ses airs frustes. Dans sa dynamique déjà, tenir une telle intensité pendant si longtemps sans que ça devienne gonflant, ce n'est pas si facile — et Darius y arrive en partie grâce à une impressionnante variété de styles, qui dépasse les frontières des genres suscités, va de l'acid au chiptune au hip hop et plus loin encore, donnant à la composition dans son ensemble une structure beaucoup plus complexe que ce à quoi on aurait pu s'attendre. Ce n'est ni un flux continu (il le casse exprès par moments, d'ailleurs) ni un marteau-piqueur fatigant, c'est un feu d'artifice qui pète dans tous les sens et dans toutes les couleurs.

Et puis, ce disque est franchement drôle. Dès l'intro, où Darius sample Milli Vanilli fail compris, puis dans des juxtapositions potaches, une ou deux répétitions absurdes, Bodenständig 2000 ou encore la piste 61… jusqu'au moment où on regarde par curiosité “bitch ass darius” dans Google Images pour voir la tête du responsable.

Donc ouais. Un plaisir coupable. Mais un sacré plaisir, et un sacré talent.




Christian Renou est surtout connu pour son projet Brume : musique concrète ou électro-acoustique, parfois rapprochée de l'industriel ou du noise, une soixantaine d'albums sortis depuis les années 1980. (L'artiste cite parmi ses nombreuses influences Pierre Henry, 23 Skidoo, SPK, Philip Glass, Magma… La description officielle en anglais de francophone est assez cocasse !) Anemone Tube, c'est un projet power electronics allemand mené par Stefan Hanser, je n'ai découvert qu'après, j'aime bien aussi.

Sur Transference, Renou remixe Anemone Tube et… en fait une musique étonnamment cérébrale, froide et contemplative. Sans être glauque ni monotone ! C'est une musique électronique à l'esthétique aussi nette qu'étrange. La description officielle est incompréhensible (on dirait le manifeste d'un artiste contemporain qui serait aussi philosophe théoréticien) mais parle de géométrie, d'analyse et de structure concrète. On confine parfois à l'ambient ; des éruptions bruitistes surviennent, des rythmes et sons industriels sont présents aussi, mais on est très loin de la fureur abrasive que j'ai pu écouter chez Anemone Tube, ou des cris étonnants dans des paysages électroniques de chez Brume (encore plus des passages humoristiques de son Accident de Chasse, mais bon, celui-là datait de 1989).

C'est un disque que j'ai pris pour quatre euros je crois, il était en promo chez le vendeur et la couleur fluo plus le nom de Brume m'ont donné envie. Le hasard a bien fait les choses ! (Le packaging est décevant par contre, c'est une sorte d'enveloppe qui se déchire en lambeaux quand on l'ouvre.)

… Et je vous conseille par la même occasion Xerxès de Brume et Golden Temple d'Anemone Tube, pour faire d'une pierre trois coups. Enfin, de trois pierres trois coups. Mais qui se répondent un peu. Bref.




Il y a dix ans, j'écoutais Surfer Rosa des Pixies. Ça remonte déjà pas mal. J'en garde surtout de bons souvenirs, mais je ne l'ai plus écouté depuis des années ; je n'ai jamais donné de vraie chance (deux pauvres écoutes incomplètes) à Trompe le Monde, j'avais essayé plus ou moins récemment de rallumer la flamme avec Doolittle mais… *haussement d'épaules*.

Il y a cinq ans, j'ai écouté Big Black. Qui a confirmé le fait que j'aime le style Steve Albini, plus encore chez eux en fait, mais qui a un peu trop tendance à servir les épluchures avec le plat. Genre sur Atomizer, “Kerosene” et “Cables” sont parfaites, le début est d'un bon niveau mais le reste se délite jusqu'à la médiocrité — le son ne fait pas tout. Je ne me souviens plus trop de Songs About Fucking, pourtant c'était par celui-là que j'avais commencé.

Aujourd'hui, j'écoute mclusky. Déjà, la déflagration d'énergie folle mi-crétine sur le refrain de “Lightsabre Cocksucking Blues” aurait justifié l'existence du rock à elle toute seule (et me donne l'impression que le rock qui n'est pas du noise rock est un équivalent de bière sans alcool, parce que c'est pas possible de penser à Ziggy Stardust ou autre en écoutant ça). Certes, ces sacripants nous font le vieux coup de balancer la toute meilleure piste en premier et la deuxième meilleure en dernier, mais contrairement à Big Black, ils ont un vrai sens de l'écriture tout le long ! Ils ont de meilleures mélodies et toutes les pistes sont bonnes. J'aime bien leur attitude plus punk aussi.

Peut-être que j'aurai « épuisé » mclusky d'ici quelques années. En attendant, j'accroche carrément. Si je déterre un disque comme celui-là tous les cinq ans, ça va, j'ai pas à me plaindre !




James Turrell est un artiste américain connu pour ses travaux sur la lumière et l'espace, des œuvres in situ avec une esthétique minimaliste. Il a notamment conçu le Roden Crater, un cratère volcanique dont l'intérieur est devenu une monumentale œuvre-observatoire. Parmi ses œuvres plus modestes, il y a les Skyspaces, de simples ouvertures rondes ou carrées qui laissent passer l'air à l'intérieur de lieux parfois préexistants, parfois construits pour l'occasion. Sur les photos, on dirait des monochromes, mais des monochromes changeants et actifs, qui colorent l'espace tout entier…

Les Skyspaces sont des œuvres visuelles avant tout, mais comme l'air y passe, l'environnement sonore aussi y est modifié. Pour son projet Climata, Robert Curgenven a enregistré de multiples Skyspaces — à la fois les sons qu'on y entend et les microtons générés par l'espace lui-même à l'aide d'oscillateurs et d'un haut-parleur. (Les oscillateurs sont réglés sur la fréquence de résonance de l'espace, le haut-parleur agit comme un résonateur de Helmholtz, enfin je ne comprends pas tout, l'artiste écrit que chaque espace agit à la fois comme un filtre et comme un instrument.)

Bref, c'est une traduction sonore d'une œuvre architecturale. Qui donne lieu à une installation, un concert, et à ce double album, composition où les quinze enregistrements de Skyspaces sont arrangés en six pistes. Très discrètes, minimalistes, six « presque rien » qui ont chacun leur identité et caractère, une sorte de silence teinté subtil à chaque fois. Chacune a la même durée de 19:20, pour permettre la lecture simultanée, dans n'importe quel ordre (l'artiste recommande d'utiliser deux systèmes audio, ce que je n'ai pas eu l'occasion de tester mais la lecture simultanée de deux pistes sur ordinateur donne déjà des couleurs plus profondes). Si vous aimez ce genre de musique (Eleh, Éliane Radigue…), je vous conseille d'y jeter une oreille ! C'est sorti chez Dragon's Eye Recordings, le label de Yann Novak.

Et l'article d'A Closer Listen sur le projet est excellent.

lundi 28 avril 2014

♪ 20 : la horde dormante des échos magiques des triples bruits

L’une des premières fois que j’ai vu le nom de Ken Ishii, c’était dans Rez : un jeu vidéo trippant, en 3D « fil de fer » psychédélique, où un avatar évolue dans des niveaux géométriques et tire sur « sélectionne » des bidules au rythme de beats électroniques. Un shoot’em up musical « synesthétique », beaucoup trop court mais marquant. Ken Ishii est aussi connu par le clip de son titre “Extra”, un vrai petit court métrage animé cyberpunk réalisé par Kôji Morimoto, l’un des animateurs d’Akira… Du coup, j’associe Ken Ishii à ce côté excitant de la culture japonaise, ces univers futuristes techno-fantastiques, plein d’énergie et tout. C’est une association très vague et limite arbitraire, j’en conviens ! Mais quand j’écoute cette musique, c’est à une course de vaisseaux spatiaux dans un univers bleu aseptisé plein d’écrans que je pense, ou à d’autres scènes du genre.

J’ai lu par la suite qu’Ishii s’inspirait beaucoup de la techno de Detroit, mais bon, je vous dis ça uniquement pour info et pour vous faire croire que je m’y connais. Je n’aurais jamais fait l’association par moi-même. Surtout parce que j’ai commencé à écouter Ken Ishii il y a dix ans, à une époque où je ne connaissais rien à l’histoire de la musique électronique, et aussi parce que j’ai bien écouté des trucs de Detroit techno mais encore trop peu pour pouvoir bien la reconnaître. (J’ai un disque de Carl Craig qui traîne sur mon disque dur depuis un moment, faudrait que je l’écoute un jour.)

Sleeping Madness est mon album préféré de Ken Ishii (je ne les ai pas tous écoutés, mais sur les trois ou quatre que j’ai entendus, c’est celui-là qui se démarque). C’est de la techno pas austère pour un sou, dansante et mélodique, avec plein de rythmes simultanés, des mélodies cool et des notes qu’on dirait élastiques.

P.S. Tiens, cette fois je vais vous rajouter quelques tags last.fm insolites associés aux artistes ! Sachez donc que sur last.fm, Ken Ishii est taggé “defies gravity”, “illogical combos”, “wirejapan”, “world cup noodles” et “you are welcome in poland” entre autres.
✧ extrait : “Enso Online” (Y’a DJ Spooky That Subliminal Kid sur cette piste en plus !)


J’aime beaucoup Herd of Instinct d’˙O˙Rang*. C’est un projet du bassiste et du batteur de Talk Talk (rien que ça, ça m’a donné envie d’écouter direct !), mais c’est assez différent de Talk Talk… Ou plutôt, le style de Spirit of Eden et de Laughing Stock n’est qu’une influence sur ce disque, qui est aussi influencé par la musique des Caraïbes et de l’Afrique subsaharienne, et dont les pistes résultent d’improvisations plutôt que de compositions. C’est très posé, mais même à la cinquième écoute, ce disque me surprend encore.

La première critique de l’album sur RYM décrit ce disque mieux que je ne pourrais le faire. La page Wikipédia en français sur le groupe est excellente aussi (étrangement bien plus fournie que celle en anglais). Du coup je m’arrête là et je vous renvoie là-bas si vous avez envie d’en savoir plus !

* Sur leur second album, le nom du groupe s’est orthographié .O.Rang plutôt que ˙O˙Rang. J’aurais bien aimé qu’ils sortent un troisième disque sous le nom :O Rang et un quatrième sous le nom O: Rang, mais il semble qu’ils aient arrêté, ce qui est fort dommage.

˙O˙Rang est taggé “fourth world musik”, “isolationism”, “musicians are cowards” (pourquoi ?), “stereoactive” et “tribal ambient pop”.

✧ extrait : “Orang” (c’est la première piste, ça signifie « homme » en malais)


L’album éponyme de Mendelson est… fort. Et très, très noir. Du rock français (je n’en écoute quasiment jamais) où les basses sont plus présentes que les guitares et où les mélodies cèdent la place aux atmosphères cauchemardesques, aux paroles presque toujours mi-parlées, mi-chuchotées. C’est un triple album, avec au centre une piste de 55 minutes, “Les Heures”, rumination anxieuse et dépressive, sans pudeur, sans espoir, le genre qui tient éveillé lors de certaines nuits blanches, à tourner comme ça en soi-même, en ses faiblesses et ses angoisses. Pas que les autres pistes soient plus gaies, d’ailleurs ! J’avais prévu d’y aller progressivement, d’écouter le premier disque uniquement avant de passer à la suite pour éviter l’overdose, mais au final je n’ai pas eu envie d’arrêter. Je connais peu d’albums aussi noirs, mais au niveau du son, ce disque « respire » assez pour ne pas être insoutenable.

J’ai lu trois ou quatre critiques au sujet de Mendelson ; toutes sont en français, toutes sont très positives, deux le comparent au Pornography de The Cure ou à L’Imprudence de Bashung. Je ne peux ni nier ni confirmer, vu que le seul disque de The Cure que je me rappelle avoir écouté, c’est Seventeen Seconds, et que le seul disque de Bashung que j’ai écouté, c’est Fantaisie Militaire. Mais dans un entretien, Pascal Bouaziz dit que le seul groupe qui l’ait véritablement remué au cours de l’enregistrement de son album, c’était Swans. Ça m’a fait sourire, parce que même si je n’irai pas jusqu’à comparer le son des deux groupes, je m’y attendais un peu !

Et comme avec beaucoup de disques déprimants, (dont Soundtracks for the Blind,) je ne pense pas écouter Mendelson très souvent. Mais j’ai la conviction que quand j’y reviendrai, il m’impressionnera de nouveau.

Tags last.fm associés : “depressive music”, “movie”, “spleen” (et un troll a rajouté “rire et chanson” aussi).

✧ extrait : “D’Un Coup” (c’est la plus classique de l’album… mais elle est très bien aussi)


Dangerous Magical Noise des Dirtbombs est excellent et je ne sais vraiment pas pourquoi je n’ai pas écouté ce disque auparavant. C’est du garage punk avec des influences soul, des mélodies pop et un son qui sature tout le temps, c’est une bombe d’énergie et de groove. Meilleur qu’Ultraglide in Black (leur album le plus populaire, composé de reprises garage punk de titres soul) ? Je ne sais pas trop, mais en tout cas j’adore !

Le dernier disque du groupe en date est un « exercice de style », comme ils en ont déjà fait plusieurs fois : un album de bubblegum pop intitulé Ooey Gooey Chewy Ka-Blooey!. Pas encore essayé, la fois précédente c’était des reprises garage punk de Detroit techno, j’avais beaucoup aimé l’idée mais j’en étais un peu revenu après quelques écoutes. Pour le moment je préfère me repasser Ultraglide in Black et Dangerous Magical Noise.

Tags last.fm : “american rocktasticness”, “black rock” (… dans quel sens ?), “ghetto recorders”, “texas punk” (euh, non, ils viennent de Detroit).
✧ extrait : “Start the Party”


Drone Magic de Daniel Avery m’agace un peu. C’est un bon disque de techno (enfin… techno à mes oreilles, house selon certains, disons tech house pour pas trop se mouiller) mais la production gâche tout : bonjour la guerre du volume, la distortion par écrêtage qui fait cracher tous les sons, ce qui me dérange vraiment dans un genre qui est quand même censé être « propre » et un peu minimaliste. C’est comme un dessin au trait avec les traits qui bavent. Alors oui, j’aime la manière dont “Water Jump” devient dansante malgré son premier aspect froid et apathique, j’aime le va-et-vient cool et entraînant de “Free Floating”, j’aime le côté progressif de la piste-titre, les deux pistes finales sont réussies aussi, mais ce son me laisse toujours l’impression que ça aurait pu, que ça aurait dû être mieux fini, plus subtil, et que là, ça aurait été nickel. Et puis l’album tire en longueur aussi, les pistes 7 à 10 me lassent.

Last.fm : “all”, “balls deep”, “driving across country on mdma bobbing your head like what”.
playlist Youtube


Ah, et puis j’aime beaucoup le dernier album des Snobs aussi (autre groupe de rock français mais qui chante en anglais), Ekho’s Wheeling in Thespiae. Trois pistes qui jouent avec des structures répétitives et des dissonances, qui mettent joliment en valeur les rythmes dansants et les explosions de rock ; le disque est plus classique que le précédent Rhythms of Concrete, mais c’est aussi l’un des plus accomplis qu’ils aient sortis ! Le chant est plus sobre qu’avant (je préfère), le saxophone est une super idée, le style est nickel et les chansons aussi. Ça faisait longtemps que je ne les avais pas écoutés, mais je les retrouve avec plaisir.

Apparemment, les Snobs sont “hungarian”, “prog calypso”, “rock brasil” et “skate punk”.
Téléchargez l’album (c’est gratuit) ! Regardez les clips !