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mardi 27 février 2018

♪ 66 : Quatre-vingt-dix images azimutales formées par des isthmes acides

9T Antiope – Isthmus
(Eilean Rec., 2017)
Un duo franco-iranien de musique électro-acoustique avec chant, sons électroniques, phonographies et violon. Si la voix de la chanteuse, harmonieuse et comme suspendue, peut avoir des airs de légèreté, l'environnement dans lequel elle évolue est un tumulte, au mieux simplement agité, parfois violent. Les enregistrements pris dans les deux pays ancrent la musique dans le monde réel quitte à la brusquer (de quoi faire réfléchir à la place de la musique dans le monde ? quelque chose d'intangible, fugace, futile, et pourtant sans ça tout serait tellement plus froid ?) ; le violon, lui, relie les deux et fait autant écho à la sensibilité du chant qu'à la tension et à la violence des éléments plus bruitistes. C'est un élément structurant, parfois il ne fait que renforcer l'anxiété que l'on ressent, parfois il va plutôt du côté de la mélancolie.

Isthmus fait quatre pistes pour trente-cinq minutes ; c'est assez court et je pense que le groupe a encore du potentiel à développer, mais leur son est déjà saisissant.




Kenny Larkin – Azimuth
(Warp, 1994)
Ma meilleure découverte du mois. C'est de la Detroit techno de génie avec des courtes boucles rythmiques (qui me font penser à Robert Hood, dont il faudra que je parle aussi par ailleurs), des développements mélodiques quasi-ambient techno, des pistes à la Carl Craig mais en encore mieux, une ambiance futuriste-spatiale, des polyrythmes et autres expérimentations. Peut-être mon disque préféré du genre pour le moment.

Il paraît que l'album suivant est encore meilleur, je l'écouterai mais j'ai du mal à imaginer.






Kat Onoma – Far from the Pictures
(EMI / Dernière Bande, 1995)
Du rock à écouter la nuit. Avec cette basse qui s'entend parfois plus que la guitare, ces saxophones sur quelques titres, et surtout ce chant mi-parlé mi-chanté, qui sans aller jusqu'à la froideur d'autres groupes français (Diabologum, Mendelson) donne aux chansons une allure introspective. Far from the Pictures joue entre deux pôles, et serait loin de fonctionner aussi bien s'il penchait résolument côté rock (comme sur “Idiotic”, un des meilleurs titres et pourtant tout un album comme ça aurait pu être un peu artificiel ou manquer de souffle) ou côté intimiste (“La chambre”, belle, plus naturelle avec son texte parlé en français, mais tout un album comme ça aurait pu devenir lassant). Rodolphe Burger a un accent français sacrément marqué, qui marche plus ou moins bien selon les pistes mais que j'aime beaucoup en général. (Le rock parlé fonctionne-t-il naturellement mieux en français et le rock chanté en anglais ? Je n'en sais rien.)

(Aujourd'hui je pourrais donc enfin répondre à la question « quel artiste connu vient de votre ville natale ? » sans avoir à rougir.)




808 State – 90
(ZTT, 1989)
C'est vrai que le monde de la musique électronique et celui de la pop ont des conventions différentes, mais honnêtement, 90 cartonne peu importe le barème utilisé. De l'acid house expérimentale et accrocheuse, une idée différente par piste, c'est réjouissant d'entendre ce groupe s'inspirer du hip hop de l'époque (1989) avec des voix de dictée magique, tester des sons orientalisants, sampler Cybotron avec bonheur… il y a peut-être même quelques passages qui annonceraient la trance, mais là je m'avance peut-être un peu. Le tout avec d'excellentes mélodies. Moins de quarante minutes, pas une de gaspillée : un classique.




The Mars Volta – The Bedlam in Goliath
(Universal, 2008)
Cet album est sorti il y a dix ans et je me fiche complètement de ce genre d'anniversaire, mais comme RYM en a parlé pour l'occasion j'en ai profité pour le réécouter aussi. The Mars Volta reste mon groupe de prog préféré, d'assez loin même (à moins de compter Tool dans le genre) ; parmi les  autres grands noms du genre, il y en a quand même un bon paquet qui me laissent de marbre ou me gonflent vaguement avec leurs froufrous et leurs arabesques vaniteuses(*).

Alors que The Bedlam in Goliath, c'est un déluge de tubes. Honnêtement. Il ne laisse pas une seconde pour souffler et est tellement accrocheur que ses 75 minutes passent comme un paquet de cacahouètes, tant pis pour les allergiques ; il ne commence à pêcher qu'à partir de la huitième piste, où certains passages ralentissent le rythme et s'égarent un peu, mais il n'y a pas une seule piste qui n'ait pas son moment fort. Une telle intensité, ça force le respect et surtout ça me fait toujours autant plaisir.

(* Je sais, je dis ça alors que Frances the Mute — que je considère comme un vrai chef d'œuvre — traîne un sacré paquet de passages vaguement atmosphériques que l'on peut en toute bonne foi trouver vains et ennuyeux. Mais ce disque garde sa cohérence à mes oreilles, alors que d'autres passent continuellement du coq à l'âne rien que pour épater la galerie. Genre Close to the Edge de Yes, c'est un très bon disque, mais dont l'ambition principale reste quand même de péter plus haut que n'importe quel cul et qui m'épuiserait s'il durait plus que ses 38 minutes. C'est ce que je ressens en tout cas. Peut-être que mon ressenti est de mauvaise foi.)




Mileece – Formations
(Lo, 2003)
En 2003, la Britannique Mileece Abson sort un petit disque réalisé avec des programmes qu'elle a écrit elle-même et qui s'inspirent de formations naturelles comme la croissance des plantes ou la structure des flocons de neige. Ce qui se traduit par de l'ambient très organique plein de petites touches, des berceuses pointillistes qui font entendre une forme de vie à travers les sons synthétiques ; seule la dernière piste apporte une présence humaine directe, avec du chant et du violon. C'est joli comme tout.

Et ça donne envie d'en entendre davantage, sauf que Mileece est une des artistes les moins prolifiques qui existent ; depuis Formations, elle n'a sorti qu'une ou deux pistes pour des compilations et une installation du nom de Sonic Garden où des senseurs convertissent les données émises par des plantes en sons pour générer de la musique (les visiteurs pouvaient notamment toucher les plantes pour faire de la musique). Ça peut être un peu frustrant, mais à la réflexion je préfère ça aux discographies qui se répandent dans tous les sens au point de décourager.

jeudi 23 juin 2016

♪ 46 : Les Faux Hommes de Feu Transpercent les Diables Jumeaux

Faux-Jumeaux de Pierre-Yves Macé est un disque romantique expérimental, clair et paisible, rempli d'inattendu et d'étrangeté. C'est de la musique électro-acoustique, qui tend un peu vers le minimalisme, avec plein d'instruments différents (de la harpe, du vibraphone, du marimba, des gongs, des clarinettes, du piano, du carillon…).

Il y a quatre compositions en tout ; “Évocation” (dont le sujet, d'après le livret, est le temps et la mémoire) et “Faux-Jumeaux” confrontent jeux et reprises samplées de la même composition (une idée que j'avais déjà entendue ailleurs, notamment sur Nonextraneous Sounds de Mariel Roberts que j'aime beaucoup aussi). “Le Sentiment de la Nature aux Buttes-Chaumont”, inspiré par Le Paysan de Paris de Louis Aragon, comporte beaucoup de phonographies, ce qui est inattendu mais n'entame en rien la cohérence du disque.

Si ça vous tente, c'est un très beau disque ! J'en ai entendu parler ici : http://tzadikology.blogspot.fr/2014/05/pierre-yves-mace-faux-jumeaux.html



Il paraît que Betty Davis était une des premières artistes à jouer aussi ouvertement d'une séduction provocante et aggressive. On connaît trop souvent la variante racoleuse-publicitaire de ce genre d'attitude, où presque tout est dans l'image et les paroles, tellement peu dans le son… mais quand il y a du talent et du cœur derrière, c'est autre chose ! Son premier album est une demi-heure de funk / funk rock concis, ardent, où la tension ne se relâche pas d'un cheveu avant la dernière chanson et où Betty s'égosille la moitié du temps dans une attitude où le cool et le trash ne sont éloignés que d'un millimètre. J'ai encore beaucoup à découvrir dans le genre, mais j'espère en découvrir d'autres du même niveau !

À noter en passant — ça me fait bizarre de préciser ça — que l'artiste n'était pas que chanteuse, elle a écrit toutes ses chansons et s'est mise à la production aussi dès le disque suivant. Et pour l'anecdote, elle fut mariée à Miles Davis (c'est elle sur la pochette de Filles de Kilimanjaro) mais ça ne dura pas un an, Miles la trouvant trop jeune et trop impétueuse pour lui.





Vous aimez les musiques théâtrales et grandiloquentes qui partent dans tous les sens ? Les personnages de savants fous dans les histoires, le genre qui n'a que foutre de la raison ou de la retenue et se jette à corps perdu dans l'hubris le plus débridé en lançant des rires diaboliques, et qui gagne à la fin en plongeant le monde dans le chaos parce que c'est un génie malgré tout ? Naked City, Mr. Bungle, c'est votre came ? Le kitsch ne vous dérange pas ? Alors vous devriez écouter Devil Doll.

The Sacrilege of Fatal Arms est une piste-collage de 80 minutes de rock expérimental progressif symphonique gothique à personnalités multiples (rien qu'à voir la liste des genres à rallonge sur RYM, je me suis dit « il me faut ce truc »), un disque qui enchaîne tant de tensions et dénouements explosifs qu'on dirait la bande son de plusieurs films simultanés*, chantée en latin, anglais, allemand et français ; l'œuvre d'un mystérieux « Mr. Doctor », un Slovène Italien qui a recruté les membres de son projet Devil Doll sous l'annonce suivante : « Plus un homme est dominé par la raison, moins il a de chances d'atteindre la grandeur ; rares dans la plupart des domaines, et inexistants dans celui de l'art, sont ceux qui réussissent sans être dominés par l'illusion. » Ça va, il a le sens de la mise en scène, le mec !

Et il a du talent aussi. The Sacrilege of Fatal Arms, c'est un album d'artifices avant tout, ça sent la poudre aux yeux, parfois ça frise le ridicule… mais pour peu qu'on accroche, c'est quand même franchement bon.

Cela dit, j'ai écouté un autre disque du même projet, Dies Irae, et c'était sensiblement la même chose — ce qui m'a paru très décevant. Quand deux tours de magie reposent sur le même truc, le deuxième impressionne beaucoup moins. Je reste donc sur The Sacrilege of Fatal Arms.


* Il s'agit bien d'une bande originale, d'ailleurs ; d'un film du même nom, et écrit et réalisé par Mr. Doctor lui-même, bien sûr.





Je dois bien avouer que cet album de Meira Asher m'a fait peur au début… Une telle pochette et un tel titre, ça annonce tout de suite une musique torturée. Et effectivement, elle l'est. Mais c'est rare d'écouter une musique aussi douloureuse qui ait autant de facettes.

Présenté comme un « cauchemar », un « exorcisme » et un « opéra électronique » — industriel serait plus exact, vraiment, l'album n'est qu'en partie électronique —, Spears Into Hooks a des influences qui vont du power electronics au klezmer, des passages qui peuvent faire penser à Swans ou à Diamanda Galás, on ne sait jamais où l'artiste nous emmène. Neuf pistes et autant, si ce n'est davantage, de styles. “Weekend Away Break” avec sa rengaine d'avant-guerre donne la nausée. “Me Last Granny” avec sa voix presque seule est terrifiant.

Il s'agit aussi d'un album à thème politique, sur Israël dans les années 1990. Ça se traduit par de la tension, de la rancœur et de la violence partout. C'est un cauchemar polymorphe, captivant, je pensais l'écouter juste une fois pour voir mais j'y retourne plus souvent que je ne l'aurais imaginé.

https://meiraasher.bandcamp.com/album/spears-into-hooks-2
http://www.crammed.be/index.php?id=37&rel_id=129





The Fireman, c'est le projet ambient house de Youth (le bassiste de Killing Joke) et Paul McCartney. Rushes est un album doucement psychédélique, ensoleillé, avec beaucoup de guitares, quelques instruments exotiques… un album électronique qui utilise pas mal de sons acoustiques et n'en est que plus agréable, même si nappes et samples ne sont pas en reste. On ne dirait pas à l'écoute que les artistes viennent d'horizons qui n'ont rien à voir !

Les répétitions, très présentes, ne pèsent jamais. Et moi qui ai toujours trouvé le gros album d'ambient house (The Orb's Adventures Beyond the Ultraworld) décevant, trop long, avec des passages lourdingues… je dois dire que je lui préfère nettement cette alternative.

Leur album précédent était plus électronique, je ne l'ai pas beaucoup écouté encore. Je n'ai pas encore écouté le suivant, sorti dix ans après, paraît qu'il ressemble à Animal Collective (je ne sais pas encore si c'est une bonne chose).





Fallen Angel de Serafuse me fait penser à du verre. Une construction en verre, froide, brillante, complexe, avec des reflets irisés. C'est un album d'ambient techno avec quelques aspects arctic ambient, drone ou space ambient, un disque peu connu sorti chez Charrm, le label de :zoviet*france:. L'artiste (ou le groupe ?) n'a sorti que ce disque-là, de manière anonyme — aucune information nulle part, rien avant, rien après. L'artiste connu le plus proche serait Biosphere, je pense. Ça fait depuis des mois que j'écoute Fallen Angel et il m'est arrivé de regarder ma montre et de me dépêcher de rentrer chez moi pour avoir le temps de l'écouter en entier. Une perle cachée.

mercredi 30 septembre 2015

♪ 37 : Les Lumières Syriennes des Rois Menteurs Pleurent des Cercles dans la Nuit

Avant de vous parler de Liars de Todd Rundgren, je vous passe un lien vers la critique de Piezo, qui m'a fait écouter l'album à l'époque sur le forum dead.flag.blues il y a une dizaine d'années.

OK, donc. Liars de Todd Rundgen est un album pop conceptuel sur le mensonge de notre société. Rundgren est surtout connu pour ses albums d'art pop des années 70, Something/Anything? et A Wizard, a True Star — des chefs d'œuvre selon beaucoup de gens (personnellement, je les aime mais je le trouve inégaux, il y a des chansons géniales mais d'autres mielleuses et lourdingues que je zappe). Après quelques succès plus mineurs dans les années 80, dont le tube parodique méga-débile “Bang the Drum All Day” que trop de gens ont pris au sérieux, il semble qu'il se soit mis à sortir un peu n'importe quoi : plein de disques aux pochettes laides comme pas possible, avec du rap, des reprises bossa nova de ses propres chansons, de l'arena rock, etc. Seuls les fans acharnés semblent les avoir écoutés.

Et au milieu de tout ça, il y a Liars, sorti en 2004. Un album qui a lui aussi des allures de n'importe quoi : souvent trop long, avec des sonorités synthétiques et des effets kitsch comme pas possible… et qui tient la route parce qu'il est super bien écrit. Avec des mélodies accrocheuses, dansantes ou cool (l'artiste n'a aucun scrupule à se lancer tout seul dans des incursions soul, quasi-metal ou vaguement arabisantes), des paroles franches et intelligentes, des chansons faites avec les moyens du bord et sans se soucier des tendances actuelles mais dans les règles de l'art.

Liars est un album où Rundgren se fait plaisir et ne se refuse rien. (D'ailleurs, à part deux solos, c'est lui qui a tout fait dessus.) C'est un album que plein de gens considéreront comme laid, un album égocentrique à tous les niveaux et qui en fait souvent des caisses, mais qui s'assume à fond. Et pour peu qu'on rentre dedans, c'est un sacré bon album.



L'autre jour, je me dis qu'il serait temps que j'écoute un troisième album de King Crimson (jusque là, je ne connaissais qu'In the Court of the Crimson King et Red). Donc j'écoute Discipline, et — ça alors, on dirait les Talking Heads ! Je ne sais même pas si j'aurais reconnu King Crimson sur ce disque. Et ça m'a fait super plaisir, parce que les Talking Heads font partie de mes groupes préférés (même si j'ai lâché l'affaire après Little Creatures).

“Elephant Talk” et “Thela Hun Ginjeet” ressemblent beaucoup aux Talking Heads, “Frame by Frame” part de là mais rajoute de grandes envolées prog/pop, ce qui n'est pas mal non plus… et ma préférée est “Indiscipline”, rythmée et toute fragmentée, avec un chant presque parlé et une structure imprévisible. Les autres pistes sont malheureusement un peu anecdotiques, ce qui fait de Discipline simplement un « bon » album. Mais un bon album qui m'a tapé dans l'oreille. Ça me donne envie d'écouter le reste de leur discographie.



En Nouvelle-Zélande, il y a un homme qui s'appelle Alastair Galbraith. Et dans une cabane du village de Taieri Mouth, en chantant avec une guitare, un violon, un orgue et en manipulant les résultats sur son enregistreur quatre-pistes, il a enregistré un drôle de disque de folk. Des pistes souvent très courtes, souvent moins de deux minutes, voire moins d'une. La voix d'Alastair est toujours belle et calme, il parle plus qu'il ne chante, mais sur des musiques étonnantes, souvent dissonantes, bidouillées avec les moyens du bord (il aime bien découper des passages et les passer à l'envers notamment). Sur la pochette de son disque, Alastair écrit un poème qui parle d'un grand monde lumineux avec un petit point noir au milieu qui, quand on le regarde de près, fait voir un monde sombre et triste avec un petit point lumineux au milieu.

Je ne sais pas si c'est un album très original ou classique au sein du freak folk. Je sais juste que j'aime bien. C'est une musique spontanée, bizarre mais belle à sa manière.

Il s'appelle Cry. Je n'ai pas encore écouté les autres.



Des années après tout le monde, je me mets à Subtle, cLOUDDEAD, Themselves, Deep Puddle Dynamics, bref, toute la clique d'Anticon & co. (Enfin, j'avais déjà essayé cLOUDDEAD, mais à l'époque ça ne m'avait pas parlé du tout — j'y reviendrai.)

C'est l'album de Boom Bip & Doseone que j'ai aimé en premier. Je le trouve fascinant. Les beats n'y ressemblent qu'assez peu à du hip hop et ne sont que rarement dansants, mais on peut y entendre des éléments d'une dizaine d'autres genres. Doseone semble quant à lui plus faire du slam que du rap, avec une voix nasale particulière sans aucune animosité, on dirait un personnage de dessin animé qui aurait décidé d'arrêter sa carrière d'amuseur public et de se lancer dans un double cursus artistique et nous présenterait un de ses projets-fleuves pendant soixante-dix minutes, une sorte de poésie semi-biographique en courant de conscience sur des pistes instrumentales variées, textes que j'imagine gribouillés dans tous les sens dans un gros carnet qu'il aurait trimbalé partout. Tout l'album s'enchaîne d'une traite, d'ailleurs les paroles dans le livret sont écrites comme ça, sans interruption ni temps mort.

C'est du hip hop complètement déraciné, on n'y retrouve aucun des clichés du genre, ils n'ont gardé que la structure de base : des paroles plus scandées que chantées et des instrumentations rythmées. Je n'ai entendu personne d'autre renouveler le genre comme ça, du coup même si le disque a quinze ans, il n'a pas pris une ride… Si vous connaissez d'autres exemples, prévenez moi ! En attendant, je continue de découvrir leurs autres projets. J'aime déjà beaucoup Subtle.

(Au fait, on appelle souvent ce disque Circle, mais son vrai titre est un symbole, avec deux flèches en arc de cercle qui vont dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. J'ai cherché mais il n'existe pas de symbole Unicode correspondant. D'ailleurs on ne trouve pas non plus les paroles sur internet.)



Frank Bretschneider, je ne le connais quasiment pas, apparemment il fait du glitch. (Effectivement, en cherchant son nom dans ma mp3thèque, j'ai une piste de lui sur la compile Clicks + Cuts de Mille Plateaux.) Steve Roden, j'ai écouté une petite dizaines de disques de lui, c'est un des pionniers de la lowercase music et il a sorti pas mal de disques expérimentaux basés sur des poèmes variés et des sources sonores uniques manipulées. C'est lui aussi qui a peint la pochette ! Je ne savais pas qu'il faisait des arts visuels.

Sur Suite Nuit, Bretschneider joue du synthé modulaire et Roden des pédales d'effet, phonographies, micros de contact et « objets trouvés ». Le résultat est un mélange de micro-rythmes froids et de sons fluides, et je n'avais aucune idée de comment le décrire avant d'apprendre qui a fait quoi. On dirait un biotope de sons qui évolue de lui-même, aussi bordélique qu'harmonieux. La première piste est un enregistrement en concert, la deuxième est une répétition, mais ça non plus, je ne l'aurais pas deviné à l'écoute.



« Jacques Dudon est un compositeur et luthier expérimental français né en 1951 à Villecresnes. Il est surtout connu pour ses recherches sur la synthèse sonore microtonale utilisant des disques photosoniques: instrument de synthèse graphique permettant la génération optique des sons, développé à partir de 1972. La synthèse sonore "photosonique" n'utilise aucun synthétiseur électronique mais la simple lumière, naturelle ou artificielle, traversant les formes dessinées sur des disques transparents en rotation pour venir éclairer une cellule photovoltaïque directement branchée à l'entrée d'un amplificateur. Le fait de recouvrir partiellement deux ou trois disques en mouvement, associé aux diverses formes dessinées, permet de grandes variations dans les formes d'ondes produites et donc de la musique harmonique qui en résulte. Il a aussi créé dans les années 1970 une série de 150 instruments utilisant l'eau, nommés "aquaphones" décrits dans son livre "La Musique de l’Eau" incluant le "flutabullum", un système de transformation de sons de flute par un enregistrement subaquatique. Il est l'actuel président de l'Atelier d'exploration harmonique (AEH) au Thoronet dans le Var où il anime l'atelier de recherches psychoacoustiques. »
— Wikipédia

… Donc voilà, Lumières Audibles, c'est de l'ambient « photosonique » ! Pas exclusivement, à part deux pistes il y a aussi quelques autres instruments. Ça a des sonorités un peu new age sans être kitsch, ça respire beaucoup, c'est un bon disque.



In a Syrian Tongue de Regis est un vinyle deux-titres de techno qui frappe dans le mille. Brutal sans être agressif. C'est rare. Cette musique n'a pas l'air extrême, comme ça, et pourtant… Ça s'écoute fort, j'ai envie d'écouter ça sur un système qui a des basses énormes (ce qui ne m'arrive quasiment jamais), sans qu'il y ait quoi que ce soit d'excessif ou d'ostentatoire dans cette musique. Ce ne sont pas les machines massives et crasseuses de l'EP de Trade qui m'ont fait aimer la techno industrielle, ni les rythmes dansants précis de chez raster-noton, ni l'atmosphère hantée de magie noire des meilleurs pistes de Demdike Stare, ni l'orientalisme techno dément exacerbé de Muslimgauze, mais il y a de tout ça là-dedans. Sauf que je n'ai aucune idée d'où ça vient. Un disque qui fait sacrément plaisir sans faire sourire une seconde.

mardi 25 août 2015

♪ 36 : Les Analogies Automatiques Imaginaires de Melissa s'Agrippent aux Branches des Gares Stéréoscopiques

Le Mont Analogue de René Daumal, « roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques », raconte la recherche et l'ascension d'une montagne inaccessible, qui ferait le lien entre la terre et le ciel. Le roman est inachevé, l'auteur étant mort au milieu d'une phrase…

Mount Analogue de Zorn, inspiré par ce roman et par les idées et méthodes ésotériques de Georges Gurdjieff, est une composition de 38 minutes composée de soixante fragments, qui selon l'artiste ont formé un tout cohérent quasiment dans l'ordre où il les a écrits sans même qu'il s'en aperçoive. (Miraculeux, selon lui — à mon avis, son expérience sur plusieurs centaines d'albums y est pour quelque chose !) C'est une musique contemporaine avec autant d'instruments orientaux qu'occidentaux, et qui semble esquisser, sous de multiples angles, les contours de… quelque chose de mystérieux, d'inapprochable peut-être.

C'est un des albums les plus mélodiques de Zorn je crois, mais moins léger que ses albums des Dreamers ou que The Goddess. (J'en avais parlé ici.) En fait, par certains côtés, c'est une synthèse en quarante minutes de ses styles plus accessibles. Du coup, pour découvrir John Zorn, je conseille dorénavant d'écouter deux albums : l'éponyme de Naked City, et Mount Analogue.

Ah, et la peinture de la pochette est de Remedios Varo. J'aime ses œuvres aussi (souvent plus surréalistes que celle-là) !



André Vida dit que, dans ses compositions, « les relations d'intervalles [entre les notes] ont cédé la place à celles entre les musiciens et leurs imaginations, leur instruments et leurs corps ». L'artiste a créé des partitions temporaires basées sur des lumières colorées projetées contre des sculptures contemporaines, une partition avec une note énorme qui ressemble au soleil et une forme d'oiseau, ou encore une œuvre intitulée “Tie Me Up” où les musiciens portent des chapeaux rigolos et sont attachés par des cordes qui restreignent leurs mouvements, tirées par le chef d'orchestre (qui porte lui aussi un chapeau rigolo). Parfois, il dit qu'il n'y a plus besoin de partition du tout, que la partition est dans le corps des musiciens. Ça doit être amusant de faire de la musique avec lui !

Minor Differences est un disque étonnant, quinze pistes courtes qui présentent clairement et de façon concise des mouvements complexes, bizarroïdes ou farfelus pour saxophones de plusieurs types. (Entre quatre et quarante saxophones par piste, une vingtaine en général.) Il me paraît à peu près impossible de tout saisir en une écoute, et il faut peut-être jouer du saxophone soi-même pour tout apprécier, mais c'est tout à fait intéressant. On pourrait en écrire une critique en BD qui consisterait en quinze cases abstraites, avec à chaque fois des entrelacs géométriques et une onomatopée en légende (qui pourrait se résumer à « ?! » ou « !? » lors des premières écoutes). En fait, j'aurais bien vu un truc comme ça pour la pochette.


♭ ♩


Ce sont peut-être les guitares heavy metal à la F-Zero X* dans la première piste. Les cris samplés en boucle peu après. Le piano Rhodes tropical à la cool qui se tape un solo dans “A Sunset Song”. L'effet sonore “trucs merveilleux qui scintillent !!!” d'une scintillance rare à la fin de cette même piste. Les grincements, prout-prout-prout et “wouloulouloulou !” synthétiques dans une des pistes suivantes, les voix robotiques dans une autre, les solos d'orgue Hammond qui suivent directement les solos de Minimoog, les bongos, les flûtes, les voix robotisées dans tous les sens, l'interlude au piano, bref — les aspects kikoo, expérimentaux, et surtout fun qui me font vraiment aimer cet album de prog metal japonais !

En plus cet album n'est pas qu'une curiosité, les chansons sont vraiment cool. Avec sur chaque piste une mélodie bien prenante, genre si le mec qui a composé les mélodies du Castlevania sur PlayStation était un métalleux et avait eu à sa disposition une dizaine de musiciens qui traînaient par là pour enjoliver ses mélodies avec toute une farflufferie** de sons pour l'enjoliver façon top maximum overdrive, ça aurait peut-être donné quelque chose comme ça. Certes, je me marre en l'écoutant, mais j'aime aussi sans aucune ironie.

Imaginary Sonicscape de Sigh, donc. Si vous voulez en savoir plus, demandez à des métalleux, l'album a très bonne réputation ! Le seul truc que je reproche à ce disque, c'est le son qui clippe à mort. Et la pochette aussi, il aurait au moins fallu un truc en 3D lenticulaire de toutes les couleurs de l'arc en ciel pour rendre justice à cet album. Vert et orange, c'est moche comme contraste.
* Ouais, je manque cruellement — pour ne pas dire totalement — de références en la matière. Du coup je viens de télécharger un disque d'Iron Maiden pour commencer à pallier ça.

** Parfois, les mots qui me viennent spontanément à l'esprit sont des mots qui n'existent pas. M'en fiche, celui-là je le garde.

♬ ♭♮


Depuis quelques mois, je me remets à écouter David Bowie et surtout à apprécier des albums qui ne m'avaient jamais parlé chez lui. Il faut dire qu'au début, je n'aimais pas le glam rock (ni, de manière générale, le rock des années 70), et à chaque fois que je retentais Ziggy Stardust, j'arrêtais avant la fin… Il n'y a qu'Outside, son album indus rock, que j'ai tout de suite aimé. C'est toujours mon préféré, d'ailleurs.

Avec les années, je ne sais pas pourquoi ni comment, mais mon blocage face au glam a fini par céder. J'ai enfin pu apprécier Ziggy Stardust — et j'en ai profité pour enchaîner sur Hunky Dory, Space Oddity, Lodger, Station to Station, “Heroes”, et oh mais il en a combien, des classiques, lui ?!

Peut-être que tout le monde connaît l'histoire, mais au cas où : Station to Station, c'est l'album de Bowie cocaïnomane, enregistré à une époque où (il paraît qu')il ne dormait presque pas, se nourrissait exclusivement de cocaïne, de lait et de piments. (Ou de poivrons, l'anglais ne fait pas la distinction, mais disons que les poivrons font moins badass.) À l'époque, son personnage de scène était le “Thin White Duke”, un aristocrate impeccablement habillé sans aucun sentiment, poussant la froideur jusqu'à des délires fascistes. Station to Station est l'album que j'ai le plus écouté parmi ceux que j'ai listés au-dessus, parce qu'il a quelque chose de fascinant, notamment pour son contexte — pourtant, je ne dirais pas que c'est mon préféré. C'est avant tout la piste-titre de dix minutes que j'adore, ce sentiment de malaise cool qui finit par s'emballer et devenir dansant, prenant, un rock à double personnalité où l'entend à la fois l'excitation et les dégâts de la drogue. Quant à la suite… pour être honnête, “Golden Years” a quelque chose de terriblement décevant après ça, le groove semble manquer de pêche, la structure pop est beaucoup moins inspirée (et les “wa wa wa” sont un peu pathétiques). La piste n'est pas mauvaise en elle-même, mais en contexte, on passe des montagnes russes à un manège à chevaux. Dans un style similaire, la psychédélique-drôle-horrifique “TVC 15” marche bien mieux, tout comme “Stay” — sans doute surtout à cause de leur position plus tard sur l'album. “Word on a Wing” et “Wild Is the Wind” sont des pistes que je n'aurais pas du tout aimées il y a dix ans, aujourd'hui je les trouve touchantes sans que ce soit mon genre de chanson préféré. Bref, ça reste un très bon album, mais j'aimerais aimer Station to Station (l'album) autant que “Station to Station” (la piste). Avec un peu plus d'expérimentations, il aurait pu être fabuleux. Avec d'autres drogues peut-être ? Mais là, on aurait peut-être eu un Bowie mort plutôt qu'un Bowie qui sort “Heroes” et Outside, et ça aurait été fichtrement triste.


♯♩


Je continue à découvrir des classiques en prog rock aussi, et depuis quelques mois j'ai un coup de cœur pour Clutching at Straws de Marillion. C'est un album conceptuel avec un personnage central, mais le disque est en partie autobiographique avec pour thèmes : l'alcoolisme, l'angoisse, la dissimulation, perdre pied… Le chanteur avait vingt-neuf ans, je lui en aurais donné cinquante.

Le disque a un pied dans le prog-spectacle, joyeusement ostentatoire de la fin des années 80 (z'avez intérêt à aimer les solos, les arpèges, les batteries d'instruments et les effets !) — et un pied dans le pathos sincère, avec des mélodies et des paroles qui font mouche. Il y a plein de moments où la musique passe, d'un seul accord, de l'un à l'autre, comme si un gouffre s'ouvrait soudain entre le groupe et le chanteur. D'autres où l'énergie de la musique est contredite par les paroles. C'est un album à la fois maîtrisé et tiraillé, qui aurait pu être boiteux ou artificiel mais que ses discordances ne rendent au final que plus poignant ; et si le style ne sera pas du goût de tout le monde aujourd'hui, personnellement je n'y changerais rien. Trop de passages parfaits pour ça.

(Je connais deux personnes qui écoutent cet album : l'une adore, l'autre déteste.)


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J'avais déjà dit il y a deux ans que j'aimais beaucoup le premier EP de FKA twigs — du r'n'b « minimaliste, élégant, sensuel mais pas vulgaire, [avec] un côté trip-hop assez marqué ». Le deuxième EP et l'album qui ont suivi étaient dans la continuité du premier, avec toujours de très bonnes pistes mais un petit peu en-dessous quand même… J'avais peur que le projet s'affadisse et ne se dilue dans un son pop sans prise de risques.

Et là, bam. EP surprise-électrochoc. M3LL155X, ce n'est plus de la séduction, c'est du sexe et de l'angoisse, une musique aussi brûlante que glaciale, sombre, expérimentale et incisive. Qui fait le meilleur usage des styles de production hip hop/UK bass/électroniques contemporains, avec bruitisme, délais, distortions et rythmes syncopés (on entendait déjà un peu de ça sur son premier EP, mais en arrière-plan — là, plus de réserve, tout est au devant de la scène.) Impressionnant.

Le disque est accompagné d'une vidéo, également intéressante et dérangeante.


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Le glitch est un genre qui se base sur des sons d'erreurs et de dysfonctionnements électroniques. La phonographie (field recordings) est un genre qui se base sur des enregistrements, peu ou pas modifiés, d'environnements et d'événements. Le lowercase est une musique très calme qui se base sur des sons et bruits discrets et le silence.

Au croisement de tout ça, il y a Stereo Bugscope 00 de Haco, enregistrements de ce qui se passe à l'intérieur d'ordinateurs et autres bidules hi-tech quand on les manipule. Pas d'entourloupe : la pochette et les titres décrivent exactement ce qu'on entend sur le disque ! C'est simple (si on a le matériel, on peut sans doute réaliser des enregistrements similaires soi-même) mais intéressant à écouter, ça grouille de vie dans ces petites machines.

En vidéo, ça donne ça, c'est assez rigolo de voir un concert avec juste une Japonaise qui ouvre et qui ferme iPhoto en affichant des messages d'erreur en bougeant deux bidules sur le clavier !


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Il y a quelques mois déjà, Aphex Twin sortait l'EP Computer Controlled Acoustic Instruments pt2. Un mini bric-à-brac de compositions acoustiques courtes entrecoupées de petits fragments, un disque intéressant et honorable au niveau du son mais anecdotique du point de vue des compositions (Richard D. James est capable d'écrire de très belles mélodies ; là, à part “piano un10 it happened”, rien de particulièrement mémorable).

Sur une idée similaire — des instruments acoustiques joués par ordinateur, donc — on peut trouver mieux. Je vous conseille donc vivement les Huit Études pour Piano Automatique de Seth Horvitz, des compositions minimalistes inspirées par James Tenney, György Ligeti, Charlemagne Palestine et Conlon Nancarrow (j'en connais deux sur les quatre). Basées sur des formes et idées simples, elles sont arrangées à l'oreille sans perdre de leur élégance géométrique. Le jeu est forcément froid et mécanique, la vie qu'il y a (et qui permet à Horvitz d'oser douze minutes de “Strumming Music”* !) provient de l'instrument même… À ma première écoute, je me disais que c'était beau, mais que ça m'intéresserait d'entendre un(e) vrai(e) pianiste jouer ces morceaux (si tant est que ce soit possible, vu la vitesse et le nombre de notes jouées). À la troisième, je me dis que non, c'est parfait comme c'est. Cette musique est vraiment belle.

Étonnamment, Eight Studies for Automatic Piano a été joué en concert, sans pianiste donc ! Simplement avec une lumière sur les touches qui bougent toutes seules. Vous pouvez voir plusieurs pistes sur la chaîne Youtube de l'artiste.

L'album est accompagné par un PDF d'une quinzaine de pages, qui explique la démarche et philosophie de l'artiste et présente des visualisations et descriptions détaillées des compositions. À noter que Seth Horvitz est plus connu pour sa musique électronique, sortie sous l'alias Sutekh !

* Si ça ne vous dit rien, prenez-vous un whisky et allez écouter Charlemagne Palestine.

dimanche 22 février 2015

♪ 30 : Déconstruction Manuelle du Temps Disparu de la Disco Spatiale



Bonjour, vous allez bien ? Aujourd'hui, je vais vous parler de Devin Townsend. Un artiste prolifique, très talentueux, très ambitieux, diagnostiqué bipolaire, dont les disques peuvent aller du thrash metal indus extrême à des expérimentations ambient bruitistes ou au country/blues rock — avec toutefois une prédilection pour le prog metal. On dit parfois de lui que c'est le Frank Zappa du genre (avec moins d'humour gras, quand même).

Il a notamment sorti une tétralogie d'albums qui vaut vraiment le coup qu'on se penche sur elle. Quatre disques en partie écrits en même temps, dans quatre styles complètement différents. (1) Ki : un album de prog rock tout en retenue et en tensions, souvent beau et paisible (parfois proche de l'ambient), à d'autres moments au bord de l'explosion. (2) Addicted : du metal carrément pop, dansant, accrocheur, qui enchaîne les tubes. (3) Deconstruction… j'en parle ci-dessous. (4) Ghost : un album new age serein.

Deconstruction, donc. C'est un album de prog metal très maîtrisé et complètement barré, avec deux batteurs, l'Orchestre Philharmonique de Prague (c'est la première fois que j'entends du metal « symphonique » qui se justifie), une odyssée musicale infernale et chaotique. Aucune idée du nombre de genres qu'il y a là-dedans, et les styles de chant de Devin sont légion (c'est d'ailleurs une de ses spécialités). Et si les mots « prog », « metal » et « symphonique » vous laissent imaginer une triple explosion de mauvais goût, vous n'avez ni tort ni raison : ce disque est extrêmement ambitieux sans se prendre au sérieux, ne se refuse rien et justifie intégralement ses excès, au point que la distinction entre bon et mauvais goût n'a ici plus aucun sens. Deconstruction est tellement maximaliste et excessif qu'il est difficile d'en avoir une vue d'ensemble : fixez votre attention sur une partie, il y en a dix autres qui vous échappent.

Il y a également une histoire dans cet album, ça aurait été dommage de s'en priver : un homme cherche à découvrir la nature de la réalité, et dans son périple, se rend en enfer. Satan lui présente (en lieu et place de la pomme du jardin d'Eden) un cheeseburger magique qui lui dévoilerait les secrets qu'il recherche. Sauf que l'homme est végétarien et n'arrive pas à l'avaler, ça le fait vomir. La piste-titre raconte cet épisode sur neuf minutes dans un grand n'importe quoi qui part en sucette dans tous les sens. L'album contient aussi (1) une première piste paisible et groovy avec des sons électroniques (avant que tout ne sombre dans la folie), (4) un tube schizophrène accrocheur avec des chœurs et des percus-mitraillettes, et (6) un délire fluide polymorphe de seize minutes et vingt-huit secondes, complètement incroyable, avec des « doo-wap shoo-wap », un passage scandé sur un rythme martial avec des bip-bips rigolos, et une dizaine d'autres genres qui se fondent les uns dans les autres. Son titre est parfait lui aussi : “The Mighty Masturbator” !

… Bon, il faudrait des pages pour parler de tout Devin Townsend, et d'ailleurs je suis loin de connaître sa discographie complète. Mais si vous voulez une présentation plus détaillée, avec des extraits musicaux et tout, il y a cette émission Youtube très sympathique que je vous recommande : Enjoy the Noise #7: Devin Townsend.

Pour donner mon avis vite fait sur la tétralogie dans son ensemble : Deconstruction est mon album préféré, mais Addicted est sacrément fun lui aussi (pour peu qu'on aime le style, sinon c'est pas la peine de forcer). Ki est un très bon disque, beau et intéressant, avec une approche inhabituelle et peu évidente du prog (aucune grande envolée mais une multitude de directions différentes, des résolutions plus suggérées que balancées, ce qui au final fonctionne très bien). Quelques belles surprises aussi, et pas mal de subtilité. J'ai mis plus de temps à l'apprécier, mais il vaut vraiment le coup ; à noter qu'il n'a que très peu d'éléments metal, je le conseille donc même aux réfractaires au genre. J'accroche moins au new age un peu kitsch et facile de Ghost. On peut tout à fait écouter les quatre indépendamment, et chacun semble être l'antithèse des trois autres.


[9 février] Là j'ai une foutue sinusite qui m'a fait passer une nuit blanche, le cerveau en compote, j'écoute U.M.A. de Progenie Terrestre Pura et ça fait carrément du bien. Peut-être l'effet cathartique du côté « gros son massif dans la gueule » ? C'est une combinaison de black metal, d'IDM et de psybient, première fois que j'entends ça. Classé dans le « space black metal » (j'imagine bien un androïde maquillé en squelette d'alien qui essaierait de faire brûler des églises dans l'espace, lol). En tout cas ça me paraît vraiment bien. Faudra que je réécoute ça sans sinusite.

[14 février] Je n'ai plus de sinusite, et à la deuxième écoute U.M.A. me plaît toujours autant. Pour le décrire un peu mieux, c'est une variante inspirée du black metal atmosphérique — la violence crade des guitares et les nappes électroniques propres et envoûtantes se complémentent d'excellente manière. Deux opposés reliés par des blast beats (ce genre de percus extrêmes qu'on entend dans le grind ou le metal indus), des guitares plus atmosphériques, une impression simultanée d'intensité folle et de paix.

(D'ailleurs, pourquoi certaines musiques rappellent-elles l'espace comme ça ? Sur cet album, OK, il y a la pochette et le nom, mais 76:14 de Global Communication me fait la même impression et cet album-là n'a aucune image spatiale. Il n'y a aucun son dans l'espace. C'est un lien qui a commencé avec une œuvre en particulier ?)

[22 février] Une comparaison à laquelle je n'avais pas pensé les fois précédentes : Touched de Nadja, cet excellent disque que j'aime décrire comme du doom metal onirique. U.M.A. a un son et une ambiance différentes, mais fonctionne d'une manière similaire. Les voix sont ici des instruments parmi les autres, presque en retrait ; ce qui est mis en avant sur ce disque, en plus du chaud-et-froid sonore, ce sont les mélodies. L'album a beau être brutal, il est également subtil. Non, y'a pas à dire, c'est un très bon disque.


The Hands of Caravaggio de MIMEO (Music In Movement Electronic Orchestra) et John Tilbury est un concerto électro-acoustique inspiré de L'Arrestation du Christ, un tableau du Caravage. C'est Keith Rowe qui a eu l'idée d'interpréter le tableau pour en faire de la musique : « L'œuvre est surprenante par son animation des mains et des têtes ; c'est presque un croisement entre une série d'instantanés tirés d'un film et une photo pour tabloïd, “prise sur le fait” avec un flash », dit-il.

On a donc treize musiciens (pianos, guitares et plein d'instruments électroniques), dont John Tilbury, connu pour ses interprétations de Morton Feldman et pour avoir fait partie — avec Keith Rowe — du groupe d'improvisation AMM. Plus quelques noms que j'ai vus sans me rappeler trop où, comme Kaffe Matthews. Et Kevin Drumm, qui remplace Christian Fennesz pour l'occasion.

Michelangelo Merisi da Caravaggio
Cattura di Cristo
vers 1602; huile sur toile, 133,5 × 169,5 cm
National Gallery of Ireland, Dublin
Le début est paisible, minimaliste. Puis plein de touches de musique surviennent, de toutes les formes, de tous côtés, ça devrait devenir un bordel sans nom et par certains côtés ça sonne effectivement chaotique, pourtant l'impression d'harmonie demeure tout le long. Difficile même de savoir si c'est composé ou improvisé. Non, ça ne me rappelle pas du tout Le Caravage (qui fait partie de mes peintres préférés, en passant), en fait je ne vois vraiment pas à quel peintre ça pourrait me faire penser ! Mais c'est très beau. En fait, c'est l'un des meilleurs disques d'improvisation électro-acoustique que j'ai pu écouter.


Un seul mot m'a suffi pour avoir envie d'écouter Mirrors in Your Eyes de Soundpool. Ce mot est “discogaze”.

Oui, c'est bien un album de chansons pop/rock avec des murs de guitares psychédéliques et des percussions dansantes ! Disco + shoegaze, pas de tromperie sur la marchandise. Rien ne s'oppose à ce que ça fonctionne, j'aime beaucoup l'idée, et pourtant je n'ai jamais entendu ça ailleurs.

OK, mais est-ce un bon disque de discogaze ? Hé bien… ça aurait pu être mieux. Ni les rythmes, ni l'écriture ne se démarquent vraiment, c'est du shoegaze de base mélangé à du disco de base, et le disque vaut l'écoute surtout parce que c'est le seul à ma connaissance à avoir ce son-là. Pas que ça soit mauvais, hein, mais c'est… ordinaire. Dommage.

Un utilisateur sur RYM recommande Ceremony comme alternative. J'écoute donc un de leurs albums, Disappear, sorti en 2007. C'est effectivement meilleur ! Mais aucune ambiance disco ici : c'est du shoegaze qui sent le post-punk et le rock gothique, une pop dansante, des mélodies et des boîtes à rythmes efficaces qui résonnent à travers le feedback, un chant sombre et des paroles simplistes du type « journal intime d'ado gothique après une dépression amoureuse » (au moins évitent-elles les envolées poétiques maladroites). On est bien plus proches de Jesus & Mary Chain et Bauhaus que des couleurs, des pattes d'eph' et des paillettes. Pas vraiment ce que je recherchais donc… Mais au final, je ne boude pas mon plaisir, Disappear est un bon album.

Prochaine étape : trouver du disco black metal. Ou du disco lowercase.


Un disque d'ambient techno qui rend hommage à la Detroit techno tout en accueillant ce genre encore naissant qu'était l'IDM, avec une pochette rétrofuturiste qui pourrait tout aussi bien sortir d'un jeu WipEout que d'un vieux roman de S-F : voici Time Tourist de B12. Un album sorti chez Warp en 1996, dans l'ombre des grands Aphex Twin, Autechre et Boards of Canada, et qui n'a d'ailleurs pas été réédité depuis.

L'album fait référence à plusieurs auteurs et ouvrages de S-F dans ses titres, et même les notes dans le livret présentent le disque comme une sorte d'artefact historique de la fin du XXe siècle (la Seconde Ère de l'Atome), une époque où les humains ne savaient pas que les extraterrestres avaient déjà investi leur société depuis les années 50 (« comme l'atteste Sci-Fi, notre protecteur »). Ça pourrait être une béquille, mais ça me rend cet album sympathique.

Et à défaut d'être novateur, Time Tourist ne manque pas d'âme. C'est une musique qui semble être consciente de sa place dans l'histoire, consciente qu'elle sera « datée » d'ici peu, et qui l'assume ; c'est presque un album documentaire, une belle synthèse des tendances de son époque. Un tel disque aurait peu de chances de sortir aujourd'hui, on l'accuserait d'avoir vingt ans de retard ou de trop s'appuyer sur le côté rétro. Mais si vous me lisez depuis un moment, vous savez sans doute que le milieu des années 90 était ma période préférée pour la musique, surtout électronique, alors forcément Time Tourist touche une corde sensible chez moi. Ça a ce côté grisant des après-midi passées chez mon cousin à jouer à la PlayStation, devant ces polygones colorés encore un peu bruts, un peu maladroits mais fascinants, tout en s'imaginant comme ça serait bien plus tard, quand on jouera avec des casques de réalité virtuelle, avec les gants et tout, et qu'on ira à la fac en hoverboard. Ouais. C'est cool, le rétrofuturisme.


D. I. Go Pop de Disco Inferno est un album de post-rock que je n'avais encore jamais écouté, qui ne ressemble pas aux autres disques de post-rock que je connaissais jusque-là*, et que je trouve carrément intéressant. C'est un album court, concentré, de rock expérimental qui se base sur des boucles de samples souvent rythmiques, un peu dissonantes, parfois bruitistes. La répétition les change parfois de manière étonnante, comme ces voix d'enfants hachées qui prennent des allures de chant tribal sur “Starbound” (oui je sais, les chants d'enfants en général, c'est mal, mais pas ici. On n'est pas sur un disque de rock indé pour spots publicitaires).

Et puis il y a du post-punk là-dedans. Certains ont comparé D. I. Go Pop à 154 de Wire, et je pense que le groupe a effectivement dû s'en inspirer. (J'ai eu du mal à me mettre à Wire alors j'ai aimé Disco Inferno tout de suite, mais c'est peut-être parce que j'avais déjà écouté 154 avant d'essayer D. I. Go Pop ?) Les voix aussi ont un côté froid qui rappelle le genre, sans que ça devienne glauque. Par rapport au post-punk en général, oui, ce disque est pop — mais il paraîtrait sans doute trop bizarre à qui s'attendrait à de la vraie pop. En tout cas je l'aime beaucoup, c'est peut-être le disque que j'ai le plus écouté ces derniers temps.

* Il faut dire que ce genre est assez bâtard. Et ce sont souvent les disques atypiques que je préfère, ou ceux qui ont plus d'énergie.

vendredi 31 janvier 2014

♪ 16 : le système léger des ruches tourbillonnantes et des bugs pacifiques

Je me repasse avec plaisir Lightweight Heavy de Fat Jon, l’album de hip hop instrumental le plus tendre que je connaisse. Ça fait bizarre de dire « tendre ». Ce mot paraît incongru, d’habitude je dis plutôt « posé » ou « atmosphérique », mais je pourrais coller ces adjectifs à quasiment tous les disques du genre (et puis je les utilise trop). Ce qui distingue Lightweight Heavy, c’est un certain minimalisme et puis ce son cotonneux, complètement downtempo, qui donne à toutes les pistes de faux airs d’interludes jusqu’à ce qu’on baisse sa garde et qu’on y pénètre vraiment.

Si vous avez envie d’énergie, d’originalité et de variété, allez chercher ailleurs : Lightweight Heavy vous passera dans une oreille et ressortira de l’autre. Mais si vous avez envie de séduction discrète et de réconfort… c’est pile ce qu’il vous faut. Le seul vrai défaut de ce disque mon avis, c’est le final, qui se réveille un peu et n’a rien de vraiment conclusif.
✧ extrait : “Talk to Me



Songs from the Beehive de Move D & Benjamin Brunn est un excellent album où l’on retrouve des sons typiques de… euh, de quel genre en fait ?

D’après RYM, deep house et microhouse. D’après last.fm, techno minimale et IDM (même si le tag le plus utilisé est “minimal” tout court, ah c’est facile aussi !). D’après Resident Advisor, “arthropod-house” ( ? faudra m’expliquer). D’après AllMusic, ambient techno. Boomkat ne se mouille pas et classe tout ça dans “techno/house”. Ouais. Bon. On va peut-être oublier le classement sur ce coup-là (comme sur beaucoup d’autres), même si BenniTHEKING sur RYM me convainc assez en présentant ce disque comme une déconstruction de deep house.

Songs from the Beehive de Move D & Benjamin Brunn est un excellent album où des compositions élégantes et minimalistes dévoilent leur groove au goutte à goutte. C’est presque aussi froid et épars au niveau des structures que de la techno minimale, mais c’est dansant comme de la house… et comme les pistes s’étirent facilement sur dix minutes, de manière très progressive, tout ça prend presque un côté ambient. Les deux artistes combinent le meilleur de plusieurs mondes électroniques et ça fonctionne du tonnerre. L’un des tout meilleurs disques que j’ai pu entendre dans le genre, même si je ne sais toujours pas quel genre c’est !
✧ extrait : “Honey


Raze of Pleasure, c’est trois musiciens londoniens qui ont sorti cinq EPs de house entre 1992 et 1993 et se sont séparés ensuite. Les trois quarts de leur EP Peace sont excellents… et la quatrième piste semble tout simplement introuvable sur internet. Le seul truc que j’ai pu trouver d’eux sur Soulseek (oubliez Amazon et autres, y’a rien), c’est un autre EP carrément décevant intitulé Sweet Release. Aucune trace de Peace, même si je continue à le chercher. Et je n’y tiens pas au point de dépenser les quatre-vingts euros pour une copie promo sur Discogs, faut pas déconner non plus.

Alors pourquoi persévérer ? De bons EPs de house dans le même genre, il y en a des centaines, des milliers sans doute, je sais que je pourrais trouver mon plaisir ailleurs, et pour être honnête, tous ces artistes se ressemblent assez souvent ! J’ai une kyrielle de disques à ma disposition sur internet, alors pourquoi vouloir à tout prix dénicher les introuvables ?

Mais parce que les trois pistes de Peace qu’on peut écouter sur Youtube ont ce je-ne-sais-quoi de séducteur qui font que j’ai vraiment envie d’y revenir. Les compositions sont nickel, super dansantes sans être putassières, avec un son « début des années 90 » qui a tout le charme et rien du mauvais goût de son époque. Et puis, je ne l’apprendrai à personne, on ne peut jamais véritablement remplacer une composition par une autre…
✧ A1 : “Wilder
✧ A2 : “Alright”
✧ B1 : “In Control
✧ B2 : “At One


No Visible Means de Lou Champagne System : Si vous connaissez Fad Gadget, imaginez-vous un Fad Gadget un peu plus fou, moins présentable, avec moins de post-punk froid et plus de synthés. Si vous ne connaissez pas Fad Gadget, imaginez-vous un projet solo de synth rock/minimal wave (1984) mené par un homme-orchestre qui joue tous les instruments avec un système de pédales… Ça commence par de la tension, des synthés qui font “wwwWWZZZZzzz!” et des rires nerveux, et ça finit par une errance solitaire et désespérée ; entre les deux, il y a des pistes carrément pêchues, et puis deux ou trois ratés aussi.

No Visible Means n’est pas un album incontournable, il est un peu trop kitsch et trop inégal pour jouer dans la cour des grands, mais c’est un album sympathique (malgré, et en partie à cause de, ses défauts). Je l’aime bien.
✧ extrait : “Don’t Say I’m Here


J’avais beaucoup aimé le premier album quasi-éponyme de Yamantaka // Sonic Titan, sorti en 2011 : un mélange original de prog rock, de noise rock et de stoner psychédélique, inspiré par les théâtres nô et chinois traditionnels. En une demi-heure à peine, sur YT // ST, le groupe s’était essayé avec succès à plein de formules différentes : plutôt pop, plutôt metal, plutôt expérimentales selon les pistes, le groupe avait fait un quasi-sans faute ! Et sans se répéter.

Uzu m’impressionne moins. C’est un album nettement plus cohésif, les pistes ressemblent plus à des mouvements qu’à des compositions individuelles, et les mélodies ne restent pas en tête tout de suite. En fait, je ne sais pas si c’est le cas, mais Uzu ressemble beaucoup à un concept album, à une histoire tragique en plusieurs chapitres qui parlerait de solitude et de grandes forces qui s’opposent… La voix de la chanteuse est constamment mise en avant (ce qui est une bonne idée, elle a une voix parfaite pour ce genre de musique), les guitares sont soit absentes soit massives, et au final, on s’y prend. Ça fonctionne. Mais YT // ST reste un meilleur disque à mon goût : à partir dans tous les sens, il avait plus d’originalité, plus de personnalité. Plus de subtilité aussi, qui fait un peu défaut à Uzu par moments.
✧ extrait : “Whalesong


On peut faire plein de choses avec du glitch, pour peu qu’on ait un peu d’imagination. Sur (Köhn)² de Köhn, on trouve : une chanson presque chuchotée aux accents intimes dans le style de Kangding Ray (mais sortie sept ans auparavant !), des rythmes dansants déglingués, du minimalisme qui fait mal aux oreilles à la Ryoji Ikeda, de l’ambient de plusieurs types, un instrument à cordes asiatique que je ne sais pas identifier, du bruit, et même une chanson rock !

Est-ce que Köhn y perd à s’éparpiller comme ça ? Oui et non. C’est vrai qu’à la fin de l’album, on ne sait plus trop quoi retenir ; d’un autre côté, ça fait plaisir d’entendre quelqu’un retourner ce genre traditionnellement froid dans tous les sens et en explorer plein de possibilités de manière aussi ludique et imprévisible.
http://kraak.bandcamp.com/album/2