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dimanche 28 février 2016

♪ 42 : Les Anciennes Vibrations Métamorphiques de la Noire Lumière d'Avril

Something About April d'Adrian Younge et Venice Dawn ressemble à s'y méprendre à une bande originale de film, et ce n'est pas par hasard. L'artiste, qui a réalisé entre autres la bande son de Black Dynamite (une parodie de film blaxploitation), s'est inspiré de classiques soul comme Isaac Hayes et Curtis Mayfield mais aussi d'Ennio Morricone et de King Crimson*, avec pour idée d'enregistrer une musique que le Wu-Tang Clan aurait envie de sampler.

* Enfin, l'influence King Crimson, je ne l'entends pas trop personnellement.

L'album, sorti en 2011, donne l'impression d'être sorti des décennies plus tôt ; le charme rétro agit parfaitement. Des pistes instrumentales d'ambiance et des chansons envoûtantes. Il y a deux volumes pour le moment, je vous conseille de commencer par le premier mais si ça vous plaît, vous pouvez prendre le second sans crainte ! Les deux sont courts (bien sûr que ça a la longueur d'un vinyle) et les deux sont bons.



Luys i Luso est un recueil de musique sacrée arménienne, des compositions qui datent du Ve au XXe siècle, interprétées par le pianiste Tigran Hamasyan et une chorale d'Erevan.

C'est lent, mélancolique, très beau, inhabituel. Sans doute la première fois que j'écoute de la musique arménienne, il y a des harmonies et des styles qui me paraissent familiers, d'autres qui m'étonnent. Et quelques ressemblances complètement inattendues.

Parce qu'on retrouve des aspects de la musique sacrée qu'on connaît aussi chez nous, dans ces a capella, dans cette mélancolie extatique, mais le début de “Nor Tsaghik” par exemple me rappelle le “Jynweythek Ylow” d'Aphex Twin (!) en plus long, plus lent et avec du chant. C'est superbe (mon moment préféré sur l'album)… puis ça se met à ressembler progressivement à du Steve Reich (! bis). Mais autant j'aime beaucoup Steve Reich, autant là, quand une chanteuse se met à lancer des “toup ! toulou-toup ! toulou-toup ! toulou-toup!” un peu stridents, l'atmosphère de la piste se casse un peu.

Il y a aussi quelques passages sirupeux qui rendent Luys i Luso trop long et un peu inégal. Il n'empêche que, sur les soixante-quinze minutes que fait l'album, il y a beaucoup de beaux, de très beaux moments, que c'est une musique réellement intéressante et que le tout vaut largement l'écoute.



Dead Roots Stirring d'Elder est un super bon album de stoner. Ça ne révolutionne pas le genre, on sent toujours la parenté de Black Sabbath et de ceux qui ont suivi, mais c'est heavy, c'est psychédélique, c'est chaud, bien produit, ça s'écoute fort et ça mord assez pour ressembler à du metal parfois mais sans les voix ridicules. On est en terrain connu mais maîtrisé de bout en bout. Du coup y'a pas grand chose à dire. Sinon que c'est du solide.

Après avoir écouté ça, j'en veux davantage, je prends l'album suivant et… si j'y retrouve ce qui m'avait déjà plu dans Dead Roots Stirring, l'approche a indéniablement changé. Les riffs qui tuent et le son heavy sont toujours là, mais il y a en même temps ce côté expérimental, ces solos qui s'enchaînent, ces mélodies inattendues et ces passages atmosphériques, bref, une sacrée dose de prog là-dedans. Des compositions prog avec du son stoner. Un auditeur sur RYM entend même du post-hardcore dans Lore, ce qui me paraît exagéré, mais peu importe, j'aime ce disque.

Son plus gros défaut, c'est de se terminer abruptement avec un foutu fade out.



Oranssi Pazuzu est un groupe finlandais qui joue du rock psychédélique mêlé de black metal. Idée simple mais géniale. C'est progressif, planant, trippant, mais avec ce qu'il faut de noirceur sale, de distortion, de dissonance et de laideur rauque dans la voix pour donner à ce voyage de l'autre côté des miroirs de l'espace des aspects cauchemardesques. On se croirait un peu dans un paysage de Druillet.

En plus, Värähtelijä ne se répète pas. Il y a des percussions inattendues, des passages plus dépouillés ou atmosphériques, des déflagrations intenses avec des violons qui hurlent à la mort — plusieurs côtés quasi-post-rock, en fait —, des dissonances bizarres… les sept pistes sont autant d'approches différentes.

À la première écoute, j'ai trouvé ça intéressant et plus écoutable que ce à quoi je m'attendais.
Dès la deuxième, j'ai trouvé ça excellent.



Black Mahogani de Moodymann est un des disques les plus cool de ma discothèque. Facile. Ça exsude le cool par tous les pores, on dirait que l'atmosphère s'embrume rien qu'à l'écouter, et faut vraiment le vouloir pour ne pas bouger en l'écoutant. Ce n'est qu'un enchaînement de grooves, de house faite à partir de soul, des lignes de basses dansantes, du chant doux comme du velours, du jazz sur une piste ou deux… et quelques samples histoire de donner un peu de poids à tout ça (Is It Because I'm Black? de Syl Johnson, des samples de films ayant rapport au trafic de drogue à Chicago dans la communauté noire, etc), avant de revenir à la piste de danse. Comme d'habitude avec Moodymann, c'est très répétitif aussi, et ça marche parfaitement comme ça — pour peu qu'on ne soit pas allergique au genre. Allez, un de mes dix albums de house préférés, je crois.



Recommendation techno du mois : Shapeshifter d'Aurora Halal. Des mélodies cool, des beats entraînants, de la tension, un peu sombre sans l'être trop, 35 minutes pour cinq pistes toutes réussies plus un remix qui ne dépareille pas l'ensemble — rien à redire, mademoiselle, c'est un sans faute !

(Et pour rigoler un peu, si vous cherchez “Aurora Halal” sur Youtube, la première piste est un truc plus vieux — et moins réussi — où elle a samplé le jingle de la SNCF, du coup les seuls commentaires viennent de Français qui râlent. Évidemment, ça casse l'ambiance. Écoutez Shapeshifter plutôt, hein.)

lundi 22 juin 2015

♪ 34 : Les Plate-Formes Naturelles de la Cité Liquide où les Filets Dérivent vers l'Ouest et Déchirent les Étoiles

Jo Ha Kyū est une composition du violoncelliste français Gaspar Claus, qui joue ici en compagnie de dix musiciens japonais : joueurs de biwa (luth), de wadaiko (tambour), chanteur et chanteuse dans un style traditionnel… et aussi des musiciens incontournables dans des courants expérimentaux récents : Otomo Yoshihide, Sachiko M, Ryuichi Sakamoto, Keiji Haino. (Si vous ne les connaissez pas : *)

Le nom de l'œuvre (序破急) se réfère à une structure traditionnelle en trois phases, qu'on retrouve dans des œuvres musicales, théâtrales ou autres : une introduction, une « déchirure » et une accélération. Le début, austère avec des textures et notes qui semblent entourer un grand vide, plaira surtout à celles et ceux qui aiment les musiques minimalistes (onkyo, lowercase, Jakob Ullmann etc). Puis le cercle se resserre, progressivement, des voix apparaissent… À mi-chemin, une voix rauque éructe, la musique devient plus présente, nettement mélancolique. Lors de la troisième phase, ce sont les tambours qui sont au premier plan et la musique finit par devenir folle, assourdissante lors de cette accélération finale. C'est vraiment réussi ! Et cohérent, malgré les styles très différents des artistes.

Les pistes bonus, des duos improvisés avec à chaque fois Gaspar Claus (au violoncelle, donc) et un des autres musiciens, complètent l'ensemble de belle manière ; ils auraient pu sortir indépendamment, ça aurait fait un bon disque aussi.

Que du bon donc, sauf que c'est le bordel si vous voulez l'acheter : plein d'éditions qui ont des pistes bonus différentes (il y aurait eu de quoi remplir deux CDs), trois pochettes différentes (la seule édition abordable ne ressemble à rien, rouge et blanche avec les idéogrammes dans le mauvais sens)… Ça donne surtout envie de se bricoler une version digitale « complète », avec l'illustration de Daijiro Morohoshi, qui n'est disponible que sur les éditions japonaises qui font mal au portefeuille (30 € le CD). Dommage. [edit : L'édition complète est désormais disponible sur Bandcamp ! Et à prix libre en plus !]

Si vous voulez plus d'infos, des vidéos, le dessin en plus grand ou commander ces éditions japonaises, allez sur le site officiel.

P.S. Je croyais avoir diversifié mes sources en trouvant cet album ailleurs, mais en fait SWQW l'avait déjà critiqué !
* Otomo Yoshihide (aux platines) et Sachiko M (au sampler vide qui ne joue que des ondes sinusoïdales) sont deux pontes de l'onkyokei ou onkyo, un genre pour nerds constitué de sons électroniques bruitistes/stridents et de silences. C'est le penchant japonais de la lowercase music, qui utilise plus généralement des sons très discrets et du silence. Keiji Haino privilégie guitare et chant, il est connu pour ses musiques expérimentales cathartiques, notamment au sein du groupe noise rock Fushitsusha (mais il ne fait que chanter ici). Ryuichi Sakamoto, vous devez connaître ; là il joue du piano.



Ça, c'est un petit album que j'ai trouvé anecdotique au début, et que j'ai fini par vraiment aimer. R&B, hip hop, soul, treize pistes et autant de styles tous un peu différents ; les sons sont chauds mais l'album ne reste jamais sur une même idée plus de deux ou trois minutes. Moins que ça, en fait : même le single “QueenS”, la plus accrocheuse et la plus évidente, déjoue les attentes avec quelques changements et interruptions inattendues ! Une écoute ne suffit pas à tout apprécier, la musique bouge trop vite et change de direction trop souvent… d'ailleurs cette musique de danse pas, pas plus qu'elle ne berce — elle est un peu expérimentale, et demande l'attention.

Ça s'appelle awE naturalE, et c'est signé THEESatisfaction, un couple de lesbiennes seattliennes qui trouvent leur inspiration dans le cosmique, le psychédélique et les divinités nubiennes.

J'ai trouvé le mot « seattliennes » sur Wikipédia. D'après Google, je suis la quatrième personne à utiliser ce mot sur internet.



Liquid de 35007 est un album de space rock instrumental (+ stoner, psychédélique) heavy et planant à souhait. Genre Kyuss qui plane dans un océan galactique au milieu des nébuleuses au lieu de foncer sur l'asphalte brûlante.

Et c'est excellent.







Lionel Marchetti a une drôle de définition de l'électro-pop. Il faut dire que c'est un compositeur de musique concrète. La mélodie électrique et désincarnée de cityDARKcity ressemble à des gouttes de pluie éparses dans une ville future, où l'on entend aussi une présence vocale lointaine (un chant où aucun mot ne se discerne). La tension monte très lentement pendant une douzaine de minutes… puis la piste prend soudainement un virage incongru, avec des samples de fanfares et autres musiques qui viennent tout foutre en l'air. À ce moment précis, on peut avoir l'impression que Marchetti ne sait plus comment faire avancer sa piste et a décidé de faire n'importe quoi. Mais la suite reprend sens, une plongée au cœur d'un espace urbain indéchiffrable (qui pourrait ressembler à ceux que dessine Marc-Antoine Mathieu) ; la voix est proche désormais mais on n'y comprend pas plus, elle se bloque sur quelques mots. Le mystère et l'absurde se confondent, on arrive au bout de ce voyage singulier sans avoir compris ou bien en ayant compris que non, décidément, cette ville-là n'a aucun sens.

Pop ? Pas vraiment, mais une composition nettement plus mélodique que la plupart des pistes de musique concrète que j'ai pu écouter ! cityDARKcity est une composition commencée en 1988, retravaillée et achevée en 2015. Vous pouvez l'écouter et vous procurer la piste pour un euro ici.

Je connais encore peu la discographie de Marchetti, mais j'aime aussi beaucoup Sirrus (plus varié, qui échappe plus facilement aux descriptions aussi — les trois pistes qui le composent, “Micro-Climat”, “Passerelle” et “Sirrus”, sont elles aussi disponibles pour un euro chacune sur Bandcamp). Et Pétrole, avec Yoko Higashi, un cinéma pour l'oreille que j'avais essayé de décrire là.



La surabondance d'informations et de stimuli qui fragmentent l'attention, la vie quotidienne de plus en plus liée aux technologies et aux réseaux (sociaux ou autres), la nostalgie naissante des digital natives, une excitation permanente qui donne autant de petits plaisirs que de stress, voire de vertige ou de malaise… Tout ça a fait naître des courants artistiques très présents ces derniers temps, avec des esthétiques qui jouent sur les collages de sons électroniques, une artificialité volontaire et déstabilisante, une volonté de défamiliarisation. Des smileys, des images de synthèse qui attaquent, des fragments de sons qu'on dirait sortis de jingles ou de publicités, découpés comme si on voulait les zapper sans pouvoir y échapper.

Oneohtrix Point Never fait partie des artistes les plus importants à aborder ces sujets-là, après avoir sorti le premier disque de vaporwave en 2010 et développé cette esthétique sur ses albums Replica et R Plus Seven. On peut aussi citer Luc Ferraro, Laurel Halo, le courant-lol seapunk, sans doute pas mal d'autres que j'oublie.

Platform de Holly Herndon est un album qui baigne complètement dans cette esthétique, mais c'est aussi un album d'art pop. Avec des harmonies chaudes, des chœurs, de belles mélodies au milieu des enchevêtrements de sons électroniques abrupts. La musique est très dense et souvent déstabilisante, mais là où R Plus Seven se focalise sur les atmosphères et les décalages étranges, Platform a parfois une beauté presque solenelle. Ce sont les moments où les chœurs sont les plus présents qui sont les meilleurs (“Morning Sun”)… Je trouve les deux albums aussi bons l'un que l'autre.

(Excepté “Lonely at the Top”, une piste étrange d'« ASMR ». Pas de musique ici au sens où on l'entend habituellement, mais une sorte de… jeu de rôle sonore (?) où l'artiste se présente comme une masseuse dans un spa ; en plus d'être un commentaire socio-économique, c'est apparemment censé générer (je cite Wikipédia) « une sensation distincte, agréable et non sexuelle de picotements ou frissons au niveau du crâne, du cuir chevelu ou des zones périphériques du corps ». Ah bon. Moi ça me met juste mal à l'aise, j'ai l'impression que ça viole mon espace intime sans que ça soit agréable en aucune manière, je la zappe.)



Western Beats de Kane West (sans Y) est un mix de dance music qui sonne amateur, un peu faux, avec plein de samples kitsch ou ridicules, aussi subtil que le rhinocéros dans Donkey Kong Country dirigé par un joueur un peu bourré. J'avais déjà quelques pistes comme ça de l'époque où je traînais sur un forum de musique électronique, faites par des jeunes de seize ans avec des logiciels gratuits, ça me faisait marrer à l'époque et là c'est pareil. Ça dure un quart d'heure et je me marre à chaque fois que je l'écoute. Et du coup ça me plaît plus que les deux albums de Kanye West (avec Y) que j'ai écoutés. Je recommande.

Vous pouvez écouter Western Beats ici (attention ça se lance automatiquement à plein volume) : http://kanewest.pcmusic.info/ et le télécharger gratuitement sur la même page.

[edit] Émilien me signale que la version d'un quart d'heure que j'avais (téléchargée sur SoundCloud) est un mix abrégé et que la version téléchargeable sur le site de PC Music est plus longue, une demi-heure au final !



Catching Net d'Eli Keszler est un album constitué de sons très bruts : grincements, percussions, quelques cuivres parfois, et surtout les grondements de grandes cordes tendues qui résonnent. L'une des pistes est jouée avec des cordes de piano de 75 mètres de long dans un château d'eau de deux étages, avec deux bassins qui amplifient le son ; une autre par des cordes de piano de différentes longueurs tendues sur un mur, jouées par des dispositifs mécaniques (vous pouvez voir à quoi ça ressemble ici). C'est de la musique contemporaine, atonale j'ai l'impression. Avec de grands mouvements amples, nerveux ou frénétiques tout le long, des pistes qui ne vont nulle part en particuler mais font ressentir leur présence, leur matérialité. On a parfois l'impression d'assister au travail d'un sculpteur sonore. Je n'écouterai pas ça tous les jours, mais ça me plaît bien.

C'est un double album qui contient entre autres l'intégralité de Cold Pin (sorti sur vinyle l'année précédente).



Et puis j'ai réécouté… Antichrist Superstar de Marilyn Manson. Ouais. Salut mes quinze ans !

Au fond de moi, je savais que je l'aimais encore, cet album, même si ça faisait des années que je ne l'avais pas écouté. OK, Manson est un clown, un mec qui fait son beurre en visant un cœur de cible facile, le genre d'artiste qu'on dirait aussi peu intègre que les bimbos twerkeuses qu'on voit sur nos écrans actuels. N'empêche. Je ne sais pas si c'était la drogue ou autre chose, mais sur Antichrist Superstar, l'image semblait vraiment se confondre avec l'artiste, la folie et la noirceur n'étaient pas que des masques en plastique. Ce n'est pas qu'un album conceptuel (bien construit, d'ailleurs), c'est le délire halluciné et angoissé d'un junkie qui fantasme sur des concepts nietzschéens (selon lui) et se veut créateur et idole. Le double extraverti, et encore plus ambitieux, de The Downward Spiral de Nine Inch Nails ; d'ailleurs on sent que Trent Reznor a participé à la création de cet album-là aussi. Et le fait que l'album soit aussi excessif et grossier de temps à autre (genre la première piste, qui donne tout de suite le ton) ne gâche en rien la musique, au contraire : ça fait partie du délire.

Bref, j'ai ressorti ce disque du placard et j'ai vraiment bien fait.

De là à écouter son dernier album… il y a un pas que je n'ai pas envie de franchir, j'avais lâché l'affaire à The Golden Age of Grotesque qui n'était vraiment pas glorieux.

vendredi 31 janvier 2014

♪ 16 : le système léger des ruches tourbillonnantes et des bugs pacifiques

Je me repasse avec plaisir Lightweight Heavy de Fat Jon, l’album de hip hop instrumental le plus tendre que je connaisse. Ça fait bizarre de dire « tendre ». Ce mot paraît incongru, d’habitude je dis plutôt « posé » ou « atmosphérique », mais je pourrais coller ces adjectifs à quasiment tous les disques du genre (et puis je les utilise trop). Ce qui distingue Lightweight Heavy, c’est un certain minimalisme et puis ce son cotonneux, complètement downtempo, qui donne à toutes les pistes de faux airs d’interludes jusqu’à ce qu’on baisse sa garde et qu’on y pénètre vraiment.

Si vous avez envie d’énergie, d’originalité et de variété, allez chercher ailleurs : Lightweight Heavy vous passera dans une oreille et ressortira de l’autre. Mais si vous avez envie de séduction discrète et de réconfort… c’est pile ce qu’il vous faut. Le seul vrai défaut de ce disque mon avis, c’est le final, qui se réveille un peu et n’a rien de vraiment conclusif.
✧ extrait : “Talk to Me



Songs from the Beehive de Move D & Benjamin Brunn est un excellent album où l’on retrouve des sons typiques de… euh, de quel genre en fait ?

D’après RYM, deep house et microhouse. D’après last.fm, techno minimale et IDM (même si le tag le plus utilisé est “minimal” tout court, ah c’est facile aussi !). D’après Resident Advisor, “arthropod-house” ( ? faudra m’expliquer). D’après AllMusic, ambient techno. Boomkat ne se mouille pas et classe tout ça dans “techno/house”. Ouais. Bon. On va peut-être oublier le classement sur ce coup-là (comme sur beaucoup d’autres), même si BenniTHEKING sur RYM me convainc assez en présentant ce disque comme une déconstruction de deep house.

Songs from the Beehive de Move D & Benjamin Brunn est un excellent album où des compositions élégantes et minimalistes dévoilent leur groove au goutte à goutte. C’est presque aussi froid et épars au niveau des structures que de la techno minimale, mais c’est dansant comme de la house… et comme les pistes s’étirent facilement sur dix minutes, de manière très progressive, tout ça prend presque un côté ambient. Les deux artistes combinent le meilleur de plusieurs mondes électroniques et ça fonctionne du tonnerre. L’un des tout meilleurs disques que j’ai pu entendre dans le genre, même si je ne sais toujours pas quel genre c’est !
✧ extrait : “Honey


Raze of Pleasure, c’est trois musiciens londoniens qui ont sorti cinq EPs de house entre 1992 et 1993 et se sont séparés ensuite. Les trois quarts de leur EP Peace sont excellents… et la quatrième piste semble tout simplement introuvable sur internet. Le seul truc que j’ai pu trouver d’eux sur Soulseek (oubliez Amazon et autres, y’a rien), c’est un autre EP carrément décevant intitulé Sweet Release. Aucune trace de Peace, même si je continue à le chercher. Et je n’y tiens pas au point de dépenser les quatre-vingts euros pour une copie promo sur Discogs, faut pas déconner non plus.

Alors pourquoi persévérer ? De bons EPs de house dans le même genre, il y en a des centaines, des milliers sans doute, je sais que je pourrais trouver mon plaisir ailleurs, et pour être honnête, tous ces artistes se ressemblent assez souvent ! J’ai une kyrielle de disques à ma disposition sur internet, alors pourquoi vouloir à tout prix dénicher les introuvables ?

Mais parce que les trois pistes de Peace qu’on peut écouter sur Youtube ont ce je-ne-sais-quoi de séducteur qui font que j’ai vraiment envie d’y revenir. Les compositions sont nickel, super dansantes sans être putassières, avec un son « début des années 90 » qui a tout le charme et rien du mauvais goût de son époque. Et puis, je ne l’apprendrai à personne, on ne peut jamais véritablement remplacer une composition par une autre…
✧ A1 : “Wilder
✧ A2 : “Alright”
✧ B1 : “In Control
✧ B2 : “At One


No Visible Means de Lou Champagne System : Si vous connaissez Fad Gadget, imaginez-vous un Fad Gadget un peu plus fou, moins présentable, avec moins de post-punk froid et plus de synthés. Si vous ne connaissez pas Fad Gadget, imaginez-vous un projet solo de synth rock/minimal wave (1984) mené par un homme-orchestre qui joue tous les instruments avec un système de pédales… Ça commence par de la tension, des synthés qui font “wwwWWZZZZzzz!” et des rires nerveux, et ça finit par une errance solitaire et désespérée ; entre les deux, il y a des pistes carrément pêchues, et puis deux ou trois ratés aussi.

No Visible Means n’est pas un album incontournable, il est un peu trop kitsch et trop inégal pour jouer dans la cour des grands, mais c’est un album sympathique (malgré, et en partie à cause de, ses défauts). Je l’aime bien.
✧ extrait : “Don’t Say I’m Here


J’avais beaucoup aimé le premier album quasi-éponyme de Yamantaka // Sonic Titan, sorti en 2011 : un mélange original de prog rock, de noise rock et de stoner psychédélique, inspiré par les théâtres nô et chinois traditionnels. En une demi-heure à peine, sur YT // ST, le groupe s’était essayé avec succès à plein de formules différentes : plutôt pop, plutôt metal, plutôt expérimentales selon les pistes, le groupe avait fait un quasi-sans faute ! Et sans se répéter.

Uzu m’impressionne moins. C’est un album nettement plus cohésif, les pistes ressemblent plus à des mouvements qu’à des compositions individuelles, et les mélodies ne restent pas en tête tout de suite. En fait, je ne sais pas si c’est le cas, mais Uzu ressemble beaucoup à un concept album, à une histoire tragique en plusieurs chapitres qui parlerait de solitude et de grandes forces qui s’opposent… La voix de la chanteuse est constamment mise en avant (ce qui est une bonne idée, elle a une voix parfaite pour ce genre de musique), les guitares sont soit absentes soit massives, et au final, on s’y prend. Ça fonctionne. Mais YT // ST reste un meilleur disque à mon goût : à partir dans tous les sens, il avait plus d’originalité, plus de personnalité. Plus de subtilité aussi, qui fait un peu défaut à Uzu par moments.
✧ extrait : “Whalesong


On peut faire plein de choses avec du glitch, pour peu qu’on ait un peu d’imagination. Sur (Köhn)² de Köhn, on trouve : une chanson presque chuchotée aux accents intimes dans le style de Kangding Ray (mais sortie sept ans auparavant !), des rythmes dansants déglingués, du minimalisme qui fait mal aux oreilles à la Ryoji Ikeda, de l’ambient de plusieurs types, un instrument à cordes asiatique que je ne sais pas identifier, du bruit, et même une chanson rock !

Est-ce que Köhn y perd à s’éparpiller comme ça ? Oui et non. C’est vrai qu’à la fin de l’album, on ne sait plus trop quoi retenir ; d’un autre côté, ça fait plaisir d’entendre quelqu’un retourner ce genre traditionnellement froid dans tous les sens et en explorer plein de possibilités de manière aussi ludique et imprévisible.
http://kraak.bandcamp.com/album/2