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jeudi 30 août 2018

♪ 72 : Trois ou quatre piqûres de pieuvres printanières dans le jardin du soleil

Darrin Verhagen est un génie. C'est le fondateur du label Dorobo (qui a sorti entre autres le fameux Night Passage d'Alan Lamb), et sa propre discographie sous cinq ou six alias comporte des bandes son pour opéras et danse, de l'ambient, du breakbeat, du noise, du lowercase… il fait carton plein chez moi, que des trucs que j'aime, avec un design sonore très travaillé et des dynamiques très puissantes. C'est de loin l'artiste que j'ai le plus écouté ce mois-ci, je vous fais un topo vite fait (dans l'ordre où je les recommande) :

Zero / Stung, deux bandes son pour deux chorégraphies différentes, parfois ambient avec beaucoup d'espace mais aussi des rythmes et mélodies inattendues qui créent des univers sonores assez complexes, retors et pourtant « propres ». (Un de mes passages préférés : l'interlude sans titre sur Zero, où une boucle qui tient un peu du jazz, un peu du dub, tourne presque étouffée et offre un petit espace de répit.) Entre les grands éclats de Zero et la tension de Stung, ça fait son effet. Le disque que j'ai le plus écouté pour le moment ; un bon point de départ.

Si vous préférez le côté ambient, vous pouvez prendre Soft Ash, un album conceptuel sur les émanations toxiques dans l'histoire ; intrigant, pas évident d'en faire le tour (comme souvent chez Verhagen les pistes peuvent être très différentes, mais il n'y en a aucune qui vous explose en pleine face ici), le tout donne une impression aussi élusive que menaçante. Je conseille de lire le livret qui explicite un peu tout ça (il y a les scans sur Discogs).

Si vous avez aimé les passages les plus durs, que l'ultraviolence psychédélique c'est votre truc, je vous conseille carrément Junk, signé Shinjuku Filth. Des beats rageurs, blindés de tétanos (et difficilement classables), des explorations d'ambient aux influences parfois orientalisantes, ou avec des violons pour les passages les plus apaisés. De la musique industrielle qui n'est pas glauque mais éblouissante. On commence en plein cœur de la déflagration et on finit par les dernières ondes de choc. C'est un chef d'œuvre, les raisons pour lesquelles je recommande Zero / Stung en premier sont que Junk est un peu plus daté années 90 et qu'il arrache quand même les oreilles.

Medea, toujours signé Shinjuku Filth, est une bande son orchestrale / dark ambient / noise pour une représentation de la fameuse pièce. Je ne l'ai écouté qu'une fois pour le moment mais c'était très prometteur !

Le projet P3, en collaboration avec Matthew Thomas : une série de réinterprétations délicates d'un enregistrement de shakuhachi. On ne reconnaît pas vraiment l'instrument, c'est à ranger dans le lowercase / glitch / microsound, à écouter la nuit (enfin tous les disques de Verhagen sont à écouter la nuit je crois). Le projet fut édité sur deux mini-CDs du même nom, un par Verhagen et l'autre par Thomas (plus dark ambient) ; à noter que ce dernier peut être difficile à lire vu qu'il commence à l'index 6, sans index 1 à 5 avant (!) — j'ai dû désactiver la reconnaissance automatique des disques sur mon ordinateur pour pouvoir copier les fichiers manuellement afin de les convertir.

La trilogie Black | Mass : un album de harsh noise (Black Ice), un de lowercase (Black Frost) et un de dark ambient/drone (Matte Black), chacun sorti sous un alias différent. C'est aussi monochrome  plus minimaliste et austère que ses travaux précédents ; l'album de noise est très classique (c'est celui auquel j'accroche le moins), les deux autres me plaisent davantage, Black Frost fait penser aux disques de Richard Chartier.

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J'ai beaucoup écouté ce disque de compositions de Georges Lentz aussi. Un compositeur contemporain dont les musiques (du moins ici) sont épurées et intenses, avec des passages où les instruments se font à peine entendre puis fusent, cinglantes. Du moins sur “Caeli enarrant…” III et IV ; entre les deux, “Birrung” and “Nguurraa” sont plus paisibles et contemplatives. Toutes ont quelque chose de mystérieux.

Après, comme souvent avec le classique, je n'arrive pas à reconnaître les idées qu'évoque le compositeur. Ici ça touche à l'astronomie (idée qui m'intéresse) et à la foi et à la spiritualité (là, ça ne me parle pas du tout). Mais c'est intéressant de savoir par exemple que “Caeli enarrant… III” est basé sur une circularité sérielle et influencée par des musiques tibétaines ; sur son site, Lentz parle un peu de ses compositions et aussi de la manière dont son propre point de vue a évolué à leur égard.

Pour info, on peut commander ce CD pour quatre pauvres euros à la Fnac, frais de port compris si on le fait venir et qu'on le récupère en magasin. Le label Naxos est connu pour ça : des CDs de classique pas chers où l'on peut trouver du très bon (j'aime aussi beaucoup le Debussy interprété par François-Joël Thiollier chez eux).

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Kate Carr raconte comment, en 2015, elle s'est retrouvée dans un petit village français pour y prendre des enregistrements de la Seine, à proximité d'une énorme centrale et de fermes désaffectées. L'environnement aurait pu être morose et déprimant au possible — début de printemps brun encore à moitié gelé, ville à l'abandon avec hôtel fermé, bar fermé, pas de magasins, la mairie récemment passée au FN… — mais l'artiste sort des murs et y trouve beaucoup de vie, entre l'électricité (qui l'empêche même parfois de prendre certains enregistrements dans l'eau), les animaux, l'eau, le vent. Un paysage clairement changé par l'activité humaine, mais qui a sa propre vie, indépendamment des humains. Le tout est assemblé et accompagné par des touches d'ambient, de guitares ou de mélodies électroniques, c'est à la fois relaxant et étrange, une ambiguité agréable.

Ça s'appelle I Had Myself a Nuclear Spring. Et je recommande aussi The Story Surrounds Us de la même artiste.

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La recommandation techno du mois s'intitule Вдруг появился осьминог и всех съел, и раздумывать не стал (soit : « sans prévenir, une pieuvre apparut et dévora tout le monde alentour »). C'est un album multi-artistes sorti sur le label трип (« trip » ) de Nina Kraviz, dans un style tellement minimaliste qu'il en est squelettique, mais toujours entraînant et décalé. (Par exemple : un beat hyper-basique, un sample de trois mots parlés qui tourne en boucle et une boucle de bruit qui fait un effet psychédélique, des effets et sons inattendus surviennent plus loin mais on atteint à peine le stade du mélodique.) Peut-être que l'étrangeté du disque était absolument nécessaire pour que ça fonctionne ; cette esthétique spartiate jusqu'à l'absurde est elle-même une sorte de bizarrerie. Toujours est-il que ça fait quelque temps que j'ai ce disque dans ma mp3thèque et qu'il tient vraiment la route.

Sinon oui, le titre est tiré d'un rêve qu'a fait madame Kraviz. Et l'édition digitale a un titre anglais plus pratique (The Deviant Octopus), mais je préfère le russe.

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En général, il n'y a pas grand chose à dire sur le dark ambient — c'est un genre nécessaire mais qui peut se permettre de rester superficiel et cliché. J'en écoute un peu moins qu'il y a quelques années, même si ça passe toujours nickel pour lire un roman la nuit. Pourtant là, il y a un disque qui m'accroche bien depuis quelque temps, qui a assez de complexité et de matière pour ne pas se limiter à du papier peint sombre : The Incarnation of the Solar Architects d'Inade, qui a une production très travaillée, du mouvement, des rythmes, des paroles… c'est un album qui n'évoque pas tant un vide, une frayeur ou une hostilité informes que l'exploration de mystères. Il y a d'ailleurs des moments de paix là-dedans, comme la belle “The Veil of Eternal Unity”. Et même une sorte de tube accrocheur (relativement au genre), avec les répétitions des paroles déclamées sur “A Lefthanded Sign”.

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Si vous ne le connaissez pas déjà : Come to My Garden de Minnie Riperton est un chef d'œuvre de soul. Les mélodies et instrumentations sont d'une classe absolue, c'est de la musique qui peut s'écouter presque n'importe quand avec n'importe qui mais qui n'a rien de superficiel, les mélodies font mouche aussi bien pour mettre de bonne humeur que pour émouvoir, et même si ce n'est pas ce qu'on remarque en premier il y a aussi de bons grooves là-dedans.




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DJ Krush a beau faire partie de mes artistes préférés, il faut avouer que sa discographie a des hauts et des bas. Des hauts remarquables, et des bas un peu trop nombreux ; j'attendais qu'il sorte un nouveau bon disque pour vous le présenter, mais Butterfly Effect avec son style sombre et froid ne m'a pas laissé grand souvenir ; 軌跡 Kiseki, bof, je suis rarement fan de ses MCs et je préfère nettement ses instrumentaux ; Cosmic Yard, instrumental et dans son style classique, est correct mais ne décolle jamais vraiment…

Du coup tant pis, je reviens en arrière. Parmi les disques qu'il faut prendre chez lui, et qui me le font préférer à Nujabes entre autres : 寂 Jaku (l'influence de musiques japonaises traditionnelles y est parfaite), Strictly Turntablized (plus old school, concis, avec quelques vrais tubes comme “Kemuri”), sa série de singles mensuels sortis en 2012 (la plupart sont carrément réussis)… et Code4109, son mix sorti en 2000, qui sent les vapeurs de bitume avec un peu d'expérimentation, des grooves, du jazz, c'est presque un peu labyrinthique, nickel. (“Kemuri” est dessus aussi.)

En attendant, je cherche d'autres recommendations en hip hop instrumental. Et j'en trouve, c'est assez facile, mais moins évident d'en trouver qui se démarquent vraiment.

mercredi 30 septembre 2015

♪ 37 : Les Lumières Syriennes des Rois Menteurs Pleurent des Cercles dans la Nuit

Avant de vous parler de Liars de Todd Rundgren, je vous passe un lien vers la critique de Piezo, qui m'a fait écouter l'album à l'époque sur le forum dead.flag.blues il y a une dizaine d'années.

OK, donc. Liars de Todd Rundgen est un album pop conceptuel sur le mensonge de notre société. Rundgren est surtout connu pour ses albums d'art pop des années 70, Something/Anything? et A Wizard, a True Star — des chefs d'œuvre selon beaucoup de gens (personnellement, je les aime mais je le trouve inégaux, il y a des chansons géniales mais d'autres mielleuses et lourdingues que je zappe). Après quelques succès plus mineurs dans les années 80, dont le tube parodique méga-débile “Bang the Drum All Day” que trop de gens ont pris au sérieux, il semble qu'il se soit mis à sortir un peu n'importe quoi : plein de disques aux pochettes laides comme pas possible, avec du rap, des reprises bossa nova de ses propres chansons, de l'arena rock, etc. Seuls les fans acharnés semblent les avoir écoutés.

Et au milieu de tout ça, il y a Liars, sorti en 2004. Un album qui a lui aussi des allures de n'importe quoi : souvent trop long, avec des sonorités synthétiques et des effets kitsch comme pas possible… et qui tient la route parce qu'il est super bien écrit. Avec des mélodies accrocheuses, dansantes ou cool (l'artiste n'a aucun scrupule à se lancer tout seul dans des incursions soul, quasi-metal ou vaguement arabisantes), des paroles franches et intelligentes, des chansons faites avec les moyens du bord et sans se soucier des tendances actuelles mais dans les règles de l'art.

Liars est un album où Rundgren se fait plaisir et ne se refuse rien. (D'ailleurs, à part deux solos, c'est lui qui a tout fait dessus.) C'est un album que plein de gens considéreront comme laid, un album égocentrique à tous les niveaux et qui en fait souvent des caisses, mais qui s'assume à fond. Et pour peu qu'on rentre dedans, c'est un sacré bon album.



L'autre jour, je me dis qu'il serait temps que j'écoute un troisième album de King Crimson (jusque là, je ne connaissais qu'In the Court of the Crimson King et Red). Donc j'écoute Discipline, et — ça alors, on dirait les Talking Heads ! Je ne sais même pas si j'aurais reconnu King Crimson sur ce disque. Et ça m'a fait super plaisir, parce que les Talking Heads font partie de mes groupes préférés (même si j'ai lâché l'affaire après Little Creatures).

“Elephant Talk” et “Thela Hun Ginjeet” ressemblent beaucoup aux Talking Heads, “Frame by Frame” part de là mais rajoute de grandes envolées prog/pop, ce qui n'est pas mal non plus… et ma préférée est “Indiscipline”, rythmée et toute fragmentée, avec un chant presque parlé et une structure imprévisible. Les autres pistes sont malheureusement un peu anecdotiques, ce qui fait de Discipline simplement un « bon » album. Mais un bon album qui m'a tapé dans l'oreille. Ça me donne envie d'écouter le reste de leur discographie.



En Nouvelle-Zélande, il y a un homme qui s'appelle Alastair Galbraith. Et dans une cabane du village de Taieri Mouth, en chantant avec une guitare, un violon, un orgue et en manipulant les résultats sur son enregistreur quatre-pistes, il a enregistré un drôle de disque de folk. Des pistes souvent très courtes, souvent moins de deux minutes, voire moins d'une. La voix d'Alastair est toujours belle et calme, il parle plus qu'il ne chante, mais sur des musiques étonnantes, souvent dissonantes, bidouillées avec les moyens du bord (il aime bien découper des passages et les passer à l'envers notamment). Sur la pochette de son disque, Alastair écrit un poème qui parle d'un grand monde lumineux avec un petit point noir au milieu qui, quand on le regarde de près, fait voir un monde sombre et triste avec un petit point lumineux au milieu.

Je ne sais pas si c'est un album très original ou classique au sein du freak folk. Je sais juste que j'aime bien. C'est une musique spontanée, bizarre mais belle à sa manière.

Il s'appelle Cry. Je n'ai pas encore écouté les autres.



Des années après tout le monde, je me mets à Subtle, cLOUDDEAD, Themselves, Deep Puddle Dynamics, bref, toute la clique d'Anticon & co. (Enfin, j'avais déjà essayé cLOUDDEAD, mais à l'époque ça ne m'avait pas parlé du tout — j'y reviendrai.)

C'est l'album de Boom Bip & Doseone que j'ai aimé en premier. Je le trouve fascinant. Les beats n'y ressemblent qu'assez peu à du hip hop et ne sont que rarement dansants, mais on peut y entendre des éléments d'une dizaine d'autres genres. Doseone semble quant à lui plus faire du slam que du rap, avec une voix nasale particulière sans aucune animosité, on dirait un personnage de dessin animé qui aurait décidé d'arrêter sa carrière d'amuseur public et de se lancer dans un double cursus artistique et nous présenterait un de ses projets-fleuves pendant soixante-dix minutes, une sorte de poésie semi-biographique en courant de conscience sur des pistes instrumentales variées, textes que j'imagine gribouillés dans tous les sens dans un gros carnet qu'il aurait trimbalé partout. Tout l'album s'enchaîne d'une traite, d'ailleurs les paroles dans le livret sont écrites comme ça, sans interruption ni temps mort.

C'est du hip hop complètement déraciné, on n'y retrouve aucun des clichés du genre, ils n'ont gardé que la structure de base : des paroles plus scandées que chantées et des instrumentations rythmées. Je n'ai entendu personne d'autre renouveler le genre comme ça, du coup même si le disque a quinze ans, il n'a pas pris une ride… Si vous connaissez d'autres exemples, prévenez moi ! En attendant, je continue de découvrir leurs autres projets. J'aime déjà beaucoup Subtle.

(Au fait, on appelle souvent ce disque Circle, mais son vrai titre est un symbole, avec deux flèches en arc de cercle qui vont dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. J'ai cherché mais il n'existe pas de symbole Unicode correspondant. D'ailleurs on ne trouve pas non plus les paroles sur internet.)



Frank Bretschneider, je ne le connais quasiment pas, apparemment il fait du glitch. (Effectivement, en cherchant son nom dans ma mp3thèque, j'ai une piste de lui sur la compile Clicks + Cuts de Mille Plateaux.) Steve Roden, j'ai écouté une petite dizaines de disques de lui, c'est un des pionniers de la lowercase music et il a sorti pas mal de disques expérimentaux basés sur des poèmes variés et des sources sonores uniques manipulées. C'est lui aussi qui a peint la pochette ! Je ne savais pas qu'il faisait des arts visuels.

Sur Suite Nuit, Bretschneider joue du synthé modulaire et Roden des pédales d'effet, phonographies, micros de contact et « objets trouvés ». Le résultat est un mélange de micro-rythmes froids et de sons fluides, et je n'avais aucune idée de comment le décrire avant d'apprendre qui a fait quoi. On dirait un biotope de sons qui évolue de lui-même, aussi bordélique qu'harmonieux. La première piste est un enregistrement en concert, la deuxième est une répétition, mais ça non plus, je ne l'aurais pas deviné à l'écoute.



« Jacques Dudon est un compositeur et luthier expérimental français né en 1951 à Villecresnes. Il est surtout connu pour ses recherches sur la synthèse sonore microtonale utilisant des disques photosoniques: instrument de synthèse graphique permettant la génération optique des sons, développé à partir de 1972. La synthèse sonore "photosonique" n'utilise aucun synthétiseur électronique mais la simple lumière, naturelle ou artificielle, traversant les formes dessinées sur des disques transparents en rotation pour venir éclairer une cellule photovoltaïque directement branchée à l'entrée d'un amplificateur. Le fait de recouvrir partiellement deux ou trois disques en mouvement, associé aux diverses formes dessinées, permet de grandes variations dans les formes d'ondes produites et donc de la musique harmonique qui en résulte. Il a aussi créé dans les années 1970 une série de 150 instruments utilisant l'eau, nommés "aquaphones" décrits dans son livre "La Musique de l’Eau" incluant le "flutabullum", un système de transformation de sons de flute par un enregistrement subaquatique. Il est l'actuel président de l'Atelier d'exploration harmonique (AEH) au Thoronet dans le Var où il anime l'atelier de recherches psychoacoustiques. »
— Wikipédia

… Donc voilà, Lumières Audibles, c'est de l'ambient « photosonique » ! Pas exclusivement, à part deux pistes il y a aussi quelques autres instruments. Ça a des sonorités un peu new age sans être kitsch, ça respire beaucoup, c'est un bon disque.



In a Syrian Tongue de Regis est un vinyle deux-titres de techno qui frappe dans le mille. Brutal sans être agressif. C'est rare. Cette musique n'a pas l'air extrême, comme ça, et pourtant… Ça s'écoute fort, j'ai envie d'écouter ça sur un système qui a des basses énormes (ce qui ne m'arrive quasiment jamais), sans qu'il y ait quoi que ce soit d'excessif ou d'ostentatoire dans cette musique. Ce ne sont pas les machines massives et crasseuses de l'EP de Trade qui m'ont fait aimer la techno industrielle, ni les rythmes dansants précis de chez raster-noton, ni l'atmosphère hantée de magie noire des meilleurs pistes de Demdike Stare, ni l'orientalisme techno dément exacerbé de Muslimgauze, mais il y a de tout ça là-dedans. Sauf que je n'ai aucune idée d'où ça vient. Un disque qui fait sacrément plaisir sans faire sourire une seconde.

mardi 26 mai 2015

♪ 33 : Les Dieux-Oiseaux, à l'Extérieur des Structures Intersécantes Extatiques, dans un Vortex Turquoise

Possession de God est un album de rock (quasi-metal) industriel mêlé de free jazz. 68 minutes qui sentent la sueur et l'inspiration, un son brutal et magnifique ; les percus sont répétitives, mais les saxophones et les guitares sont carrément en feu, ça bouge avec une énergie folle.

Y'a Justin Broadrick de Godflesh dessus. Et Kevin Martin de 16-17 et Techno Animal. Et John Zorn sur trois pistes. Si ce disque vous tente, je vous le conseille.




Jose Acuña est un artiste du Costa Rica touche-à-tout et plutôt ambitieux, qui a pas moins de quatre projets solo en cours : EUS (dark ambient), Claro de Luna (post-rock), Ett Abigail (expérimentations sonores) et Lioth (metal industriel).

Je n'ai pas tout écouté de lui mais j'aime tout particulièrement Aexta, troisième disque d'Ett Abigail. Présenté comme une exploration de textures avant tout, c'est un album proche de la noise music par quelques aspects mais particulièrement soigné, sans le côté sale, sauvage et chaotique quasi-inhérent au genre ; ici les pistes sont denses mais composées de façon claire, elles n'ignorent jamais ni les atmosphères, ni les rythmes, ni les mélodies. On peut aussi l'entendre différemment, presque comme un album de techno, mais avec une tout autre palette sonore que les sons habituels. Par moments, ça me fait un peu penser à KK Null, mais en plus structuré ; ou dans la démarche à ce que faisait Aube, mais sans le côté minimaliste et contraignant de la source sonore unique. Très bon album en tout cas, à écouter.

En plus, il est en téléchargement à prix libre.


Äussere de Jung an Tagen est une drôle de petite musique au synthé qui semble atteinte de troubles obsessionnels compulsifs. Elle commence, s'arrête, reprend, hésite, insiste, s'arrête de nouveau, recommence un peu différement, etc. Ça donne un rythme bizarre qui peut agacer ou amuser, en tout cas ça change de l'ordinaire ! Quelques mélodies sont bien trouvées, d'autres passages sont dissonants mais ludiques ; la palette sonore est limitée mais ça fonctionne très bien comme ça.

Sur la longueur, ce n'est pas un disque extraordinaire (c'est surtout le début qui est mémorable), plutôt une curiosité, mais une curiosité assez sympathique et originale pour mériter qu'on parle d'elle.


Donc là je suis dans une période stoner, et entre Welcome to Sky Valley, Dopes to Infinity, Dopesmoker et un peu de Black Sabbath (que j'avoue connaître encore mal), je tombe sur cet album : Cuckoo Live Life Like Cuckoo de Hey Colossus. OK, c'est pas vraiment du stoner, c'est plutôt un mélange de sludge et de rock psychédélique, mais qu'importe. Stoner, sludge, space rock, heavy psych, j'aime bien tous ces trucs-là.

Hey Colossus, donc, c'est un groupe de huit britanniques qui ont un son efficace et joyeusement décalé. Les pistes ne se ressemblent pas, il y a des superpositions de sons inattendues qui font des contrastes intéressants (surtout des synthés — mais quand on est huit, on peut se permettre pas mal de choses, il y a aussi du saz notamment !), ça lorgne assez souvent vers d'autres genres comme le post-rock, et surtout le chanteur est parfait avec son style mi-sérieux, mi-loufoque qui manque de partir en vrille tout le temps.

Ce disque n'est pas pour les puristes, mais c'est aussi pour ça qu'il est intéressant. Il ne détrônera pas les grands du genre, mais il est plus que sympathique. Je recommande donc. (Les gens sur RYM manquent d'enthousiasme, faudrait les réveiller un peu.)


Kevin Drumm continue à sortir des disques à la pelle, et je continue à les aimer. Le dernier que j'ai écouté, c'est Wrong Intersection, un album monopiste qui donne dans la narration sonore mi-abstraite. À savoir (mais la pochette et le titre m'influencent sans doute) : se tromper de chemin et se retrouver, la nuit, complètement perdu(e) dans un coin inconnu de la ville. Avec des voitures qui passent mais personne aux alentours, un labyrinthe bordé de grands murs en béton et de terrains vagues avec des herbes folles qu'on ne distingue pas très bien, le vent et surtout le bourdonnement des lignes électriques omniprésentes. La piste n'est pas monolithique, en fait elle est plutôt variée et présente une bonne partie des styles de l'artiste : bruit (assez modéré), drones, enregistrements de bruits ambiants. Wrong Intersection ne fait pas forcément partie des indispensables de Kevin Drumm*, mais c'est un bon disque.

* Personnellement, je retiens en priorité : Imperial Distortion (drones miséreux apocalyptiques) et Sheer Hellish Miasma (grand disque de noise), puis Comedy (boucles répétitives), Tannenbaum (drones clairs hivernaux) et Land of Lurches (autre très bon disque de noise).


Pendant ce temps-là, au Japon, les gars de Hijokaidan (un des noms les plus connus du noise japonais, groupe actif depuis les années 80 et que je ne connais pas vraiment) ont un side-project en collaboration avec Hatsune Miku. Vous savez, la chanteuse japonaise virtuelle mignonne avec ses cheveux turquoise ! Ça s'appelle (logiquement) Hatsune Kaidan, et c'est… de la J-pop classique, franchement naïve, avec un peu de bruit en fond sonore (qu'on pourrait supprimer sans que ça change grand chose au final). Déception. Ça vire même à la niaiserie foutegueulesque quand ils reprennent “Sunday Morning” du Velvet Underground. Il y avait du potentiel pourtant !

Si vous voulez de bons disques qui font s'entrechoquer pop dansante et bruit qui décape, écoutez plutôt Discopathology de Noise/Girl ou While You Were Out de Kazumoto Endo. Si vous aimez le breakcore débilo-délirant avec des samples de dessins animés japonais, écoutez CDR (Hikaru Tsunematsu)*. J'aurais aimé vous proposer d'autres alternatives, parce qu'il doit y en avoir, mais je n'en ai pas trouvées encore. Damnation.

* Qui aime tellement le n'importe quoi qu'il a sorti récemment un album de reprises d'Aphex Twin a capella complètement bourré. Ce qui, pour le coup, n'a vraiment aucun intérêt.


Vortices de Ueno Masaaki est un EP de techno industrielle brutale, sorti chez raster-noton (label de choix pour celles et ceux qui aiment les musiques électroniques minimalistes, ultra-propres et efficaces, techno et glitch en priorité).

Ce disque, c'est l'attaque des machines en quatre salves et douze minutes, un son qui sature à fond mais calibré au micron près, des sons d'imprimante-mitraillette qui crache des gouttes d'acide, une broyeuse géante qui se met à tout réduire en lanières, des lasers qui font tout exploser méthodiquement selon une grille rectiligne. Ce genre de trucs. Enfin, sans le côté ridicule.


Struktura de Strië est un album d'ambient conceptuel où chaque piste est inspirée par une peinture du vingtième siècle. La musique me paraît davantage basée sur des impressions et des expériences formelles que sur des mélodies ou des sentiments ; si les sons (classiques pour de l'ambient) sont loin d'être froids, les compositions donnent une impression d'ambiguité, de voir des couleurs et matériaux sonores familiers agencés de manière différente et présentés sous un angle inhabituel.

Le disque est avare d'informations ; en fait, il n'y en a aucune sur la musique même, et si les noms des pistes sont celles des peintures qui les ont inspirées, c'est à nous de chercher les artistes correspondants. “The Steamer Odin” se retrouve facilement, mais “Untitled 1956” ou “Foxes”… à vous de voir !

Très bel album en tout cas, que j'ai écouté souvent ces derniers temps.

(Je l'ai ajouté à mon tableau de recommendations ambient, si ça vous intéresse je la mets à jour régulièrement : http://zimina.net/ambient.jpg)


Et puis j'ai écouté des classiques de soul et funk, des genres que je découvre encore donc j'en reparlerai plus tard.

(Ce premier album de Funkadelic est vraiment bien en tout cas !)