samedi 25 juillet 2020

♪ 95 : En quête de la rivière de soupe démoniaque

J'aime beaucoup “Gazelles Dance” de Coultrain, sur son album Jungle Mumbo Jumbo — un tube de soul music expérimentale où les différents instruments semblent jouer au loup les uns avec les autres, jouer contre puis avec le chant, tout en restant très accrocheur. Le reste de l'album n'est malheureusement pas du même niveau — beaucoup d'acrobaties et de fioritures mais peu de chansons mémorables.

Du coup j'ai été ravie de découvrir I Don't Care Today (Angels & Demons in Lo​-​Fi) de MonoNeon, tout aussi excentrique mais nettement plus prenant, direct et improvisé ! Ça fait partie de l'ethos de l'artiste, comme il le décrit dans son manifeste : soul, blues et funk au cœur, expérimental à la surface, couleurs vives, juxtapositions bizarres, bricolages, vivre la musique plutôt que d'essayer d'être un grand musicien, ne pas avoir peur des imperfections. Du coup oui, c'est un peu de bric et de broc, ça part dans tous les sens, mais ça a un sacré charme et j'aime beaucoup !

En plus ce type porte les meilleures chaussures.


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J'ai eu du mal à trouver un mot pour décrire l'impression que me fait 『鮎川のしづく』, un des derniers disques sortis par 青葉市子 (Ichiko Aoba). Et puis j'ai trouvé ça sur Wikipédia : « Shibui (渋い) (adjectif), ou shibumi (渋み) (substantif) se réfèrent en japonais à la sensation subjective produite par la beauté simple, subtile, et discrète. »

(『鮎川のしづく』 est un disque atypique dans la discographie de l'artiste, nettement plus connue pour ses albums de folk. Ici, c'est un album de phonographies surtout, mais personnelles, où l'on retrouve aussi quelques chansons enregistrées en extérieur avec les bruits environnants, une ou deux performances minimalistes, quelques poèmes récités, des glaçons qui cliquettent dans un verre de ginger ale. Chacune dessine un détail, un paysage, un moment. J'aime beaucoup les albums de fragments comme cela, ça révèle beaucoup sur la personne qui les fait, ce qui l'entoure.

À vrai dire, avant cet album, je n'avais jamais écouté d'album entier d'Ichiko Aoba. J'avais 『0』 et même 『0%』 sur mon disque dur depuis des années, mais bon, un album entier de chant et guitare acoustique en douceur, ça ne m'avait jamais trop motivée. Et puis comme l'heure et quart de 『鮎川のしづく』 ne me suffisait pas, j'avais envie de rester dans cet univers, j'ai écouté 『0』 à la suite. C'est un très bon album aussi. Surtout 「機械仕掛乃宇宙」, la piste de douze minutes plus expérimentale avec un leitmotiv.)


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Je me suis remise à écouter Bola aussi, ça faisait longtemps et c'est encore meilleur que dans mes souvenirs. Un projet entre IDM (en plus calme) et ambient techno (en plus rythmé), très travaillé, avec une ambiance plutôt spatiale-aquatique sur le premier album Soup, cinématographique sur Fyuti.

Ça, ce sont les deux que je connaissais déjà — depuis j'ai écouté Gnayse, un peu plus sombre et minimaliste, et Shapes, plus techno et dansant (c'est plus une collection de pistes qu'un album classique — chacune désignée par une forme géométrique en guise de titre). Tous ces disques sont bons, l'artiste sait y faire ! Ils sont aussi assez similaires. (J'ai un petit faible pour Soup.)


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Musiques électroniques urbaines et nocturnes : le trip hop dans les années 90, le dubstep dans les années 00… et récemment le deconstructed club. Influences industrielles, pas mal de basses, beaucoup de tension, souvent des sons de bris de glace ou d'armes à feu.

Je découvre encore, mais j'aime déjà beaucoup le son du label chinois Genome 6.66 Mbp ; leur première compile surtout, Vol. 1 avec dix-huit artistes, une palette de noirs rutilants, de noirs de suie et de flashes aveuglants, quelques influences inattendues et une beauté qui transparaît à travers le chaos. Une nouvelle incarnation d'un futurisme à la fois excitant et glaçant, comme a pu l'être le cyberpunk — ou simplement un présent avec davantage de style et d'allure.

Carrément bon aussi : l'EP Slip B de Slikback & Hyph11e, qui accentue encore les influences industrielles, l'agressivité, la vitesse et les textures au point que le disque se ressent plus vite qu'il ne s'entend.


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Mais le genre n'est pas seulement sombre : le mix d'Aïsha Devi pour FACT en est le pendant lumineux, un tour du monde ésotérique de musiques toutes métamorphosées, du taiko à des chants en plein de langues que je n'identifie pas toujours, d'une sorte de rap robotique japonais à des instrumentaux paisibles et mystérieux jusqu'à du jazz ECM. Avec une impression de calme paradoxale : le chaos, la densité, la brutalité caractéristiques du genre sont réduites au minimum pour laisser l'accent sur les atmosphères et les mélodies.



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Ou encore : Vision Quest de Maria & The Mirrors. Comme un trou de ver qui relierait la dance pop genre eurobeat et le power electronics, de la pop prise par une rage primitive complètement incontrôlable où l'on ne distinguerait plus que les grands traits dans un tourbillon de bruit. Par certains côtés ça me fait aussi un peu penser à un double maléfique de M.I.A..

(M.I.A. qui était bien en avance sur son temps d'ailleurs, elle avait quasiment sorti du deconstructed club avant la naissance du genre ! Et je n'ai commencé à l'écouter vraiment que tout récemment.)



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Et puis j'ai pas mal écouté Doppler.Shift de Yann Novak, un petit album agréable pour qui aime l'ambient et les drones : deux pistes assez courtes (vingt minutes chacune) réalisées à l'origine pour une installation et dans lesquelles on se perd agréablement. Ce n'était même pas censé sortir à l'origine, l'artiste a sorti ça à cause du covid-19, mais je ne dis pas non !

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