samedi 25 avril 2020

♪ 92 : Superamour et danses irisées du futur

C'est la key · Superflat · 2017
(Pour rappel : Traumnovelle de Coin Locker Kid, c'était du hip hop expérimental introspectif, plus ou moins torturé, où l'on pouvait entendre entre autres : un instrumental entièrement acoustique avec percussions en bois et chant traditionnel, une histoire récitée par une voix digitale sur un grondement quasi-inexistant, une piste presque rock avec une coda chaotique, un final fragmenté imprévisible… Ça fourmillait d'idées, c'était accrocheur et en même temps il y avait un sentiment de vide vertigineux dans cet album quand on s'y plongeait. Pas de featuring, ça n'aurait pas vraiment été le genre. Ou alors ç'aurait été feat. le fantôme d'un roi fou, feat. un amour perdu, feat. la poussière du grenier.)

… Et en 2017, Devyn Smith se prend une crise existentielle ou une dépression en pleine face, semble-t-il. Abandonne son album en cours et enregistre un « non-album » méta, une sorte de journal intime-pièce radiophonique où il joue son propre rôle et fait jouer à des voix digitales ses voix intérieures (il y en a au moins une qui est un vrai connard), invente d'autres artistes, se peint en artiste qui se paume et s'enfonce de plus en plus loin dans des impasses en voulant en sortir. Ce n'est pas vraiment de la musique, c'est de la narration — même les « vraies » pistes ne sont là que pour servir l'histoire.

Faudrait pas que ce genre de disque devienne une habitude, surtout que ça ne se réécoute pas autant qu'un album classique (et peut-être même pas du tout — quand j'ai eu envie de réécouter Devyn Smith quelques jours après, je n'ai pas relancé Superflat, j'ai téléchargé un autre album de Coin Locker Kid). N'empêche que c'est très réussi !



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The Source Experience
The Source Experience · 1993
Parce que la trance, c'est la vie, je vous recommande l'LP The Source Experience de Robert Leiner. Ça date de 1993, le début tient un bon équilibre entre répétitivité techno et arabesques multicolores, mais c'est surtout sur la fin que ça se déchaîne : “Mental Rider” avec ses mélodies à la limite de l'atonalité entraînées par un beat dément qui frôle le hardcore, et “Elektra”, une danse endiablée où tout n'est qu'électricité. 39 minutes en tout, pas de pochette mais ce n'est peut-être pas une mauvaise chose vu à quoi sa précédente ressemblait lol. (Et puis le logo R&S m'inspire confiance en général.)





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Hardy Fox · Rilla Contemplates Love
2018
Drôle de disque que ce Rilla Contemplates Love, signé Hardy Fox (des Residents) un mois avant sa mort. Sur le papier, ce sont 42 minutes des réflexions sur l'amour et le sexe que pourrait se faire un gorille (ou est-ce vraiment le cas ? Les gorilles n'utilisent pas de voitures ou de préservatifs d'habitude, enfin, pas à ma connaissance) sur un mix instrumental où l'on reconnaît un sample de “Christiansands” de Tricky, des pistes d'IDM ou de new age…

Ça pourrait resssembler à du n'importe quoi improvisé à la va-vite, et pourtant. Sans que je sache exactement quoi, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de véritablement personnel dans cet album. Que l'artiste n'avait pas l'intention de faire de la musique expérimentale ici ou d'impressionner qui que ce soit mais de partager quelque chose à laquelle il tenait. C'est un disque très mineur, pour les fans de l'artiste avant tout (donc même pas pour moi a priori), et qui ne vous apprendra absolument rien sur la vie amoureuse des gorilles. Mais j'y reviens quand même, pour son originalité et pour une impression que je n'arrive pas à expliquer.



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The Residents · Demons Dance
Alone
· 2002
Du coup j'ai voulu redonner une chance aux Residents, qui avaient fini par m'agacer un peu avec leurs voix aiguës de dessin animé et leur bizarrerie dans les années 1970 — même si j'ai toujours bien aimé The Third Reich'n'Roll, pot-pourri de reprises approximatives de tubes de l'époque, une provocation gratuite absurde quand même bien fun.

Donc j'ai écouté Demons Dance Alone, sorti en 2002 et… oui, c'est différent. Le maquillage de cirque reste présent, mais ces chansons sont sincères, bien écrites… et d'une tristesse incroyable (pas forcément dans les mélodies, mais dans les paroles). Le thème est l'après-11 septembre, même si les textes ne s'y réfèrent jamais directement — en fait c'est surtout de désillusion et de tragédie dont il est question. Et si on retrouve un peu de monstruosité voire d'horreur dans ce disque, il est avant tout éminemment humain.

En repensant aux « concentrés d'albums » que j'avais écoutés sur Our Poor, Our Tired, Our Huddled Masses (compile anniversaire un peu spéciale), j'ai l'impression qu'il y a une idée récurrente dans la discographie du groupe : celle que nous vivons dans une sorte de cirque grotesque et tragique. Mais qu'il vaut peut-être mieux montrer l'humanité des monstres que la monstruosité de l'humanité.



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Dua Lipa · Future Nostalgia · 2020
Sinon, si vous avez envie de dance pop, l'album de Dua Lipa (Future Nostalgia) est carrément bon !












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dj tehom · iris mirror-spiraled · 2020
Et si vous avez envie de chaos rose fluorescent, je vous conseille Iris Mirror-Spiraled de DJ Tehom (icône chaotique girly aux noms multiples que vous avez peut-être déjà vue sur RYM) — un vortex noise rythmique composé de samples de dance pop et d'ambient trance, une fête perçue par des yeux d'insecte à travers je ne sais combien de filtres psychédéliques.

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