mardi 23 août 2016

♪ 48 : Quatorze Rencontres sur le Son des Machines Climatiques Transférées à Dallas

邂逅 (Kaikō) de Haruo Okada et Fabio Perletta est un jeu subtil entre ombre et lumière, intérieur et extérieur. On se promène le long d'une jetée, dans une forêt, dans une grotte… et ces paysages sonores se mêlent à des sons moins reconnaissables, peut-être abstraits, qui évoquent des impressions subjectives. L'effet est étonnamment naturel, comme lorsqu'on se promène et que notre attention passe imperceptiblement de l'environnement à nos propres pensées.

La piste fut à l'origine une improvisation en direct lors d'une fête de hanami, peaufinée et réenregistrée par la suite. J'ai dû l'écouter genre cinq ou six fois déjà et à chaque fois j'ai l'impression de l'entendre différemment. À chaque fois je la trouve superbe.




Sur Balance 014, Joris Voorn a « peint avec de la musique ». Façon aquarelle. Plutôt que d'agencer de bons titres avec des transitions et quelques edits, le DJ a effacé tous les contours et mêlé des dizaines de pistes en un flux continu, un groove fluide qui associe des genres complémentaires plutôt que similaires… Regardez-moi cette tracklist ! Ce n'est pas le record du monde de titres mixés en une heure, mais ça reste impressionnant. Et bien fin qui arriverait à démêler les sons sans les connaître !

Sur le Mizuiro Mix (« couleur d'eau » ou bleu clair), Voorn commence par jouer les équilibristes en gardant la tension de son beat pendant un temps fou alors que la musique fait ressentir une sérénité paradoxale, il cherche à la fois à détendre et à faire danser — et il y arrive carrément. Jusqu'à un virage inattendu, avec la voix bizarre d'“R U OK” d'Ambivalent (drôle de piste, plutôt humoristique à l'origine) qui nous fait plonger dans un son plus ambigu, thérapeutique presque, avec des pointes de mélancolie.

Le Midori Mix (vert, couleur de nature) commence de manière plus dansante, très prometteuse, avec plus de groove que le Mizuiro… Là, on se dit que Voorn a décidément des doigts en or — jusqu'à ce qu'il tente vers la fin d'incorporer des chansons entières dans son mix, comme “Nude” de Radiohead, et là, ça marche moins bien : il perd le groove de vue et tourne un peu à vide. Dommage. Tout le reste est excellent.




Autre approche : She's a Dancing Machine de Magda, un mix de techno minimale façon jeu de construction, cent quatre pistes découpées en fragments de tailes variables et assemblées sur le beat. La structure est froide mais dansante, les sons partent dans tous les sens, c'est du pointillisme foufou sur une base austère et ça fonctionne carrément. La seule chose que je reproche à cet album, c'est son absence de dynamique générale : Magda garde la même formule monotone-imprévisible tout le long, sur 78 minutes un petit détour ou un long virage auraient été un plus.

À noter que ce style-là avait déjà été adopté quelques années plus tôt par Richie Hawtin (Plastikman) sur un de ses mixes, DE9: Closer to the Edit, pour un résultat impressionnant aussi mais nettement plus sérieux. Je l'ai peu écouté, plutôt envie de revenir à celui de Magda, j'aime bien quand il y a de la fantaisie.




Un troisième ? OK, mais celui-là attention, faudra pas le mettre entre toutes les oreilles ! Follow the Sound de Bitch Ass Darius est un disque qui donne simultanément envie de s'exclamer « bougre, quelle vulgarité ! » et « foutredieu, quel génie ! ». La seconde plus souvent que la première.

La ghetto house est un genre avec des sons assez bruts et des paroles qui parlent surtout de sexe (vu le “ghetto” dans le nom, vous vous doutez bien qu'on est loin du romantisme subtil) ; la ghettotech mêle à cela des influences techno, electro et UK bass, et des tempos très rapides. (Je viens de lire tout ça sur Wikipedia et RYM, je ne connaissais pas du tout avant d'écouter Bitch Ass Darius.) Bref, Follow the Sound ressemble au cerveau d'un adolescent mâle hyperactif. Le mix n'est pas que vulgaire, il est irrévérencieux — à commencer par le fait qu'aucun des artistes n'est crédité (les limiers d'internet ont identifié 71 titres, restent 9 inconnus) et que leurs pistes originales sont découpées, accélérées et pitch-shiftées sans vergogne. Quand une piste dépasse la minute, ça paraît carrément long. Si vous vous retrouvez à court de café ou de thé un jour, passez-vous ce disque.

Mais il faudrait avoir les oreilles bouchées pour ne pas entendre à quel point Follow the Sound est impressionnant malgré ses airs frustes. Dans sa dynamique déjà, tenir une telle intensité pendant si longtemps sans que ça devienne gonflant, ce n'est pas si facile — et Darius y arrive en partie grâce à une impressionnante variété de styles, qui dépasse les frontières des genres suscités, va de l'acid au chiptune au hip hop et plus loin encore, donnant à la composition dans son ensemble une structure beaucoup plus complexe que ce à quoi on aurait pu s'attendre. Ce n'est ni un flux continu (il le casse exprès par moments, d'ailleurs) ni un marteau-piqueur fatigant, c'est un feu d'artifice qui pète dans tous les sens et dans toutes les couleurs.

Et puis, ce disque est franchement drôle. Dès l'intro, où Darius sample Milli Vanilli fail compris, puis dans des juxtapositions potaches, une ou deux répétitions absurdes, Bodenständig 2000 ou encore la piste 61… jusqu'au moment où on regarde par curiosité “bitch ass darius” dans Google Images pour voir la tête du responsable.

Donc ouais. Un plaisir coupable. Mais un sacré plaisir, et un sacré talent.




Christian Renou est surtout connu pour son projet Brume : musique concrète ou électro-acoustique, parfois rapprochée de l'industriel ou du noise, une soixantaine d'albums sortis depuis les années 1980. (L'artiste cite parmi ses nombreuses influences Pierre Henry, 23 Skidoo, SPK, Philip Glass, Magma… La description officielle en anglais de francophone est assez cocasse !) Anemone Tube, c'est un projet power electronics allemand mené par Stefan Hanser, je n'ai découvert qu'après, j'aime bien aussi.

Sur Transference, Renou remixe Anemone Tube et… en fait une musique étonnamment cérébrale, froide et contemplative. Sans être glauque ni monotone ! C'est une musique électronique à l'esthétique aussi nette qu'étrange. La description officielle est incompréhensible (on dirait le manifeste d'un artiste contemporain qui serait aussi philosophe théoréticien) mais parle de géométrie, d'analyse et de structure concrète. On confine parfois à l'ambient ; des éruptions bruitistes surviennent, des rythmes et sons industriels sont présents aussi, mais on est très loin de la fureur abrasive que j'ai pu écouter chez Anemone Tube, ou des cris étonnants dans des paysages électroniques de chez Brume (encore plus des passages humoristiques de son Accident de Chasse, mais bon, celui-là datait de 1989).

C'est un disque que j'ai pris pour quatre euros je crois, il était en promo chez le vendeur et la couleur fluo plus le nom de Brume m'ont donné envie. Le hasard a bien fait les choses ! (Le packaging est décevant par contre, c'est une sorte d'enveloppe qui se déchire en lambeaux quand on l'ouvre.)

… Et je vous conseille par la même occasion Xerxès de Brume et Golden Temple d'Anemone Tube, pour faire d'une pierre trois coups. Enfin, de trois pierres trois coups. Mais qui se répondent un peu. Bref.




Il y a dix ans, j'écoutais Surfer Rosa des Pixies. Ça remonte déjà pas mal. J'en garde surtout de bons souvenirs, mais je ne l'ai plus écouté depuis des années ; je n'ai jamais donné de vraie chance (deux pauvres écoutes incomplètes) à Trompe le Monde, j'avais essayé plus ou moins récemment de rallumer la flamme avec Doolittle mais… *haussement d'épaules*.

Il y a cinq ans, j'ai écouté Big Black. Qui a confirmé le fait que j'aime le style Steve Albini, plus encore chez eux en fait, mais qui a un peu trop tendance à servir les épluchures avec le plat. Genre sur Atomizer, “Kerosene” et “Cables” sont parfaites, le début est d'un bon niveau mais le reste se délite jusqu'à la médiocrité — le son ne fait pas tout. Je ne me souviens plus trop de Songs About Fucking, pourtant c'était par celui-là que j'avais commencé.

Aujourd'hui, j'écoute mclusky. Déjà, la déflagration d'énergie folle mi-crétine sur le refrain de “Lightsabre Cocksucking Blues” aurait justifié l'existence du rock à elle toute seule (et me donne l'impression que le rock qui n'est pas du noise rock est un équivalent de bière sans alcool, parce que c'est pas possible de penser à Ziggy Stardust ou autre en écoutant ça). Certes, ces sacripants nous font le vieux coup de balancer la toute meilleure piste en premier et la deuxième meilleure en dernier, mais contrairement à Big Black, ils ont un vrai sens de l'écriture tout le long ! Ils ont de meilleures mélodies et toutes les pistes sont bonnes. J'aime bien leur attitude plus punk aussi.

Peut-être que j'aurai « épuisé » mclusky d'ici quelques années. En attendant, j'accroche carrément. Si je déterre un disque comme celui-là tous les cinq ans, ça va, j'ai pas à me plaindre !




James Turrell est un artiste américain connu pour ses travaux sur la lumière et l'espace, des œuvres in situ avec une esthétique minimaliste. Il a notamment conçu le Roden Crater, un cratère volcanique dont l'intérieur est devenu une monumentale œuvre-observatoire. Parmi ses œuvres plus modestes, il y a les Skyspaces, de simples ouvertures rondes ou carrées qui laissent passer l'air à l'intérieur de lieux parfois préexistants, parfois construits pour l'occasion. Sur les photos, on dirait des monochromes, mais des monochromes changeants et actifs, qui colorent l'espace tout entier…

Les Skyspaces sont des œuvres visuelles avant tout, mais comme l'air y passe, l'environnement sonore aussi y est modifié. Pour son projet Climata, Robert Curgenven a enregistré de multiples Skyspaces — à la fois les sons qu'on y entend et les microtons générés par l'espace lui-même à l'aide d'oscillateurs et d'un haut-parleur. (Les oscillateurs sont réglés sur la fréquence de résonance de l'espace, le haut-parleur agit comme un résonateur de Helmholtz, enfin je ne comprends pas tout, l'artiste écrit que chaque espace agit à la fois comme un filtre et comme un instrument.)

Bref, c'est une traduction sonore d'une œuvre architecturale. Qui donne lieu à une installation, un concert, et à ce double album, composition où les quinze enregistrements de Skyspaces sont arrangés en six pistes. Très discrètes, minimalistes, six « presque rien » qui ont chacun leur identité et caractère, une sorte de silence teinté subtil à chaque fois. Chacune a la même durée de 19:20, pour permettre la lecture simultanée, dans n'importe quel ordre (l'artiste recommande d'utiliser deux systèmes audio, ce que je n'ai pas eu l'occasion de tester mais la lecture simultanée de deux pistes sur ordinateur donne déjà des couleurs plus profondes). Si vous aimez ce genre de musique (Eleh, Éliane Radigue…), je vous conseille d'y jeter une oreille ! C'est sorti chez Dragon's Eye Recordings, le label de Yann Novak.

Et l'article d'A Closer Listen sur le projet est excellent.

mercredi 17 août 2016

Ce qu'il y a de bien en été, ce sont les fruits.
Voici un fruit farci au fruit farci au fruit :


Variante : si ce n'est pas la saison des fruits, on peut aussi remplacer le bluet par de la pâte d'amande à la pistache, la framboise par du praliné et l'abricot par du chocolat noir, ça s'appelle alors une “Mozartkugel” (pluriel : Mozartkugeln)!

vendredi 29 juillet 2016

Mots (4)



(Cliquez ici pour lire les posts précédents de la série.)


XXVI.

Page 82, il y avait un mot que je connaissais pas et que j’ai essayé de retenir pour le chercher dans le dictionnaire plus tard. Manque de pot, ma mémoire me dit maintenant que ce mot est « prolopoménie ». Ce qui n’existe pas, ou du moins pas en dehors de ma mémoire défectueuse. Maintenant j’ai un faux mot qui ne me sert à rien, et un vrai mot que j’ai oublié et dont je ne connais toujours pas le sens. C’est malin.

(… Même s’il s’agissait sans doute d’un mot prétentieux et peu utile.)


XXVII.
Le mot suédois “tätatät” vient du français. Prononcez-le (le ä se prononce /ɛ/, comme un « è » en français) : oui, c’est bien ça que ça veut dire ! Ce mot est merveilleux.


XXVIII.
Le saviez-vous ? S’étirer quand on baille, ça s’appelle « pandiculer ». C’est un mot assez peu utile, à part éventuellement pour insulter quelqu’un en rimes vulgaires.


XXIX.
Je crois bien que les mots « hurluberlu » et « roploplo » sont les plus sympathiques que je connais en français. Ce dernier ne figure pas dans tous les dictionnaires, mais il existe quand même. Si, je l’ai entendu ! Enfin, si vous ne me croyez pas, remplacez-le par « raplapla ». Mais c’est moins rigolo que « roploplo ».


XXX.
Le fait que le mot « littérature » s’écrit avec un seul T en anglais (“literature”) ne me dérange pas du tout. Je m’en souviens bien et je ne crois pas avoir déjà confondu les deux orthographes. Par contre, le fait que « bandana » s’y écrive avec deux N (“bandanna”) me dérange, ce N me fait toujours l’effet d’une faute de frappe. C’est sans doute dû au fait que la langue évolue naturellement vers le plus court, le plus simple ?

… Sauf qu’il m’arrive aussi très souvent de me tromper et d’écrire « language » en français au lieu de « langage », par analogie avec l’anglais. Peut-être parce que je rencontre le mot anglais plus souvent que le français, peut-être aussi parce qu’un G dur suivi d’un U paraît naturel en français.

Au fait, évitez d’écrire “litterature” en anglais, ça forme un jeu de mots involontaire avec “litter” (les déchets).


XXXI.
Je ne sais plus dans quel livre j’ai retrouvé « bec de gaz » récemment et ça m’a fait un drôle d’effet. C’est une locution nominale que je connaissais depuis mon enfance mais… je l’avais complètement oubliée. Et ça m’a fait bizarre de perdre un mot qui me paraissait aussi courant. Je ne sais plus du tout où je l’avais entendu la première fois (dans une vieille BD, genre Tintin, peut-être ?). Combien d’autres mots ai-je oubliés depuis ?


XXXII.
« Pharmakon » (φάρμακον) est un mot grec étonnant : il signifie à la fois « remède » et « poison ». Soit un contronyme (mot signifiant à la fois une chose et son contraire), ce que je n’aime pas d’habitude… À ceci près que ce sont souvent effectivement les mêmes substances qui soignent et qui font du mal, selon la dose. Est-ce bien un contronyme, du coup ?

« Pharmakon » signifie aussi « bouc émissaire », mais là, je ne vois plus du tout le rapport.


XXXIII.
Le mot « acrasie » est assez peu usité, pourtant il dénote quelque chose de très courant : le fait d’agir à l’encontre de son propre jugement (manger un gâteau alors qu’on fait un régime, procrastiner alors qu’on sait qu’on manquera de temps…). Il est vrai qu’on parle souvent de faiblesse à la place. Mais « faiblesse », c’est un peu vague et un peu… faible, non ?


XXXIV.
Le mot « mirabilis » a quelque chose de captivant — un peu comme ce dessin-illusion où l’on peut aussi bien voir une vieille femme qu’une jeune femme, il me fait autant penser à « admirable » qu’à « misérable » (ou plutôt « misérabilisme »). En latin, c’est bien « admirable » qu’il signifie, et c’est le nom d’une fleur…


XXXV.
« Faire long feu » et « ne pas faire long feu » signifient la même chose. Ou pas. À voir ce qu’en disent les correcteurs du Monde, il vaut sans doute mieux éviter cette expression, elle est parfaitement ambigue.


XXXVI.
Le fait que le mot « alsatique » existe m’agacerait presque. Ça désigne les livres qui parlent de l’Alsace, et il y a dans beaucoup de librairies alsaciennes un rayon « alsatiques » (parfois très étendu)… Mais y a-t-il des mots correspondants pour les autres régions ? Ou cette région est-elle plus attachée à elle-même que les autres ?

(La raison pour laquelle ça m’agace est tout à fait irrationnelle et injustifiée — c’est parce que ça m’agace de trouver tant d’alsatiques qui ne m’intéressent pas et si peu de choix en romans qui m'intéresseraient dans certaines librairies et bibliothèques…)


XXXVII.
En anglais, on peut dire “touché!” quand quelqu’un marque un point dans un argument. Ça vient de l’escrime, il paraît. Je n’ai jamais entendu qui que ce soit le dire en français mais je le fais parfois quand même, ça me paraît plus vivant que de dire « tu marques un point »… Est-ce un anglicisme, du coup ?

jeudi 28 juillet 2016

♪ 47 : Les Cinq Faunes Réunissent leurs Derniers Désirs Acides

Gather & Release de Sarah Hennies est un album qui utilise vibraphone, phonographies, ondes sinusoïdales et « stimulation bilatérale » (soit des tons qui alternent entre un canal et l’autre, ce qui d’après les notes est utilisé pour soulager les traumatismes et l’anxiété chez certains patients).

C’est une musique expérimentale qui utilise beaucoup de drones et d’atonalité, mais qui est surtout introspective. Du bruit gris, venteux, avec un son timide (le vibraphone) qui parfois disparaît, réapparaît, chante doucement. Une tension grandissante finit par se faire sentir, puis par gronder pour s’arrêter brutalement et faire place à une plage de bruit brut. Vient une deuxième piste beaucoup plus apaisée au début… à ce moment-là, on pourrait penser avoir compris où voulait en venir l’artiste. On se détrompe quand tout prend une direction inattendue, nettement plus complexe, parfois brutale.

Gather & Release raconte une histoire sans paroles. Je ne prétends pas la comprendre, mais elle me touche tout de même. J’aime beaucoup ce disque.




Quelque part entre, disons, Grouper et Bardo Pond, il y a Valet. Naked Acid se situe certes dans cette zone floue entre l’ambient, le rock psychédélique et le folk expérimental, mais la musique même n’est pas vague — elle a des attraits qui m’y font revenir depuis des mois. Ce sont les couleurs, déjà. Des atmosphères réellement évocatrices, des dissonances inattendues. Et puis j’aime les tambours et les drones sur “Drum Movie”, la mélodie à la guitare sur “Kehaar” qui me paraît familière sans que je sache où je l’aurais déjà entendue, les beats électroniques complètement inattendus sur “Streets” (enfin du coup vous allez les attendre maintenant)… Et il y a de l’intensité dans ce disque, ce qui manque souvent dans les albums de la même famille. Donc oui, j’aime.




Sur Fauna, Jneiro Jarel (un producteur de hip hop qui a plein d’alias) prend des éléments de musiques tropicales et latines et les fragmente, les déplace, les électrise, les psychédélise, en fait des ingrédients d’un cocktail coloré, foisonnant et très agité. Certains regrettent que l’« esprit brésilien » y soit dénaturé ; c’est justement ce qui rend le disque intéressant à mes oreilles ! Je me demande si Jarel a pris de l’inspiration chez Flying Lotus et Amon Tobin…

En tout cas, au niveau style et concept, l’album se démarque bien. Par contre, il est inégal — vers le milieu, l’artiste joue de juxtapositions osées mais pas très maîtrisées, qui tombent parfois dans un fouillis fatigant. C’est au début et à la fin, quand les mélodies et les rythmes savent où ils vont, que l’album tient vraiment ses promesses. Je trouve que l’originalité compense ces faux pas, après c’est à vous de voir. Jetez-y une oreille dans tous les cas si ça vous intéresse ; Fauna ne dure que trente-six minutes, assez denses.



Vous saviez que Basic Channel, les Allemands qui font de la dub techno, avaient un projet deep house ? Cinq singles, sortis sous les alias Round One, Round Two etc. dans les années 90.

Honnêtement, je ne m’attendais pas à ce que des artistes connus pour un genre plutôt gris sortent quelque chose d’aussi dansant. Alors “I’m Your Brother”, ça fait un choc. C’est un tube, avec un groove impeccable, un chant soul, et cette note qu’on peut entendre comme un bonheur parfait ou teinté de tristesse selon son humeur.

Mais ce n’est que le premier round, et les suivants se mettent à ressembler de plus en plus à de la dub techno, plus vaporeux, plus lents… Andy Caine, qui assure le chant sur “I’m Your Brother” et “New Day” (très bonne aussi), laisse la place à un Paul St Hilaire qui a un accent jamaïcain (n’allez pas plus loin vers la Jamaïque s’il vous plaît, sinon je sors). Quant aux mixes, à part l’étrange “Chicago Twisted Mix”, il s’agit pour la plupart d’instrumentaux qui ressemblent à s’y méprendre à du Basic Channel. Ce qui est étonnant, du coup, c’est que ce projet ne me déçoive pas. Sans doute parce que Basic Channel est une référence dans leur genre habituel, et que même s’il se raréfie, il reste toujours un peu de groove là-dedans.




Je reviens sur un classique, du moins classique à mes oreilles : Is This Desire? de PJ Harvey. Sacrée artiste. Un album très incisif et très introspectif, du rock relevé de sons électroniques voire trip hop qui ne détonnent que quand elle le fait exprès (le bruitisme de “My Beautiful Leah” ou “Joy”, pistes qui font assez mal, ou la pénombre d’“Electric Light”, piste qui pourrait presque passer inaperçue à côté mais qui hante), des chansons comme une collection de nouvelles, avec un personnage féminin différent à chaque fois. (Je n’ai appris qu’aujourd’hui que “Joy” était inspirée par une histoire de Flannery O’Connor, il faudra que je lise cette autrice un jour.)

Honnêtement, il y a peu d’artistes qui savent faire une musique aussi intense émotionnellement sans me rebuter. Et encore… c’est peut-être cette intensité qui fait aussi que je n’écoute pas PJ Harvey si souvent que ça, malgré le fait que je la citerais parmi mes artistes rock préférés. Je n’ai toujours pas écouté Dry ni White Chalk par exemple.

Le défaut principal d’Is This Desire?, je dirais que c’est son livret particulièrement pénible ; il me faut toujours bien une dizaine d’essais avant de le replier correctement. La prochaine fois je prendrai des notes en le dépliant, ou j’arrêterai de le déplier pour regarder les scans sur Discogs.




Le deuxième album d’Andrés peut s’écouter comme un pendant house du fameux Donuts de J Dilla. Mi-house, mi-hip hop instrumental, avec des accents soul prononcés. Super cool. (Si j’aimais l’été à part les fruits, j’aurais peut-être dit « estival ».) Trente pistes, soixante-dix minutes, soit un rythme assez soutenu mais moins intense que sur Donuts, où on pouvait avoir l’impression que l’artiste allait aussi vite qu’il le pouvait pour échapper à sa maladie… L’album a des allures de mix : plutôt qu’une sélection de singles remarquables, chaque piste apporte une nouvelle touche, une nouvelle étape d’un long voyage dont on ne peut tout retenir en une seule écoute. (J’aurais préféré me passer de la speakerine radio qui fait des bisous au micro par contre, heureusement qu’elle n’est pas là souvent.) C’est sorti chez Mahogani Music, le label de Moodymann — pas forcément une bonne chose, vu leurs tirages toujours épuisés et les prix abusés des versions digitales ! Et c’est la version CD dont je parle, le vinyle est raccourci de moitié. Donc ouais, le piratage c’est cool.




Now Wait for Last Year de Caroline K : soupirs post-industriels, grain et pénombre, synthétiseurs atmosphériques, introspection, amertume, mélancolie et beauté. Le titre vient d’un roman de Philip K. Dick. Le disque date de 1987 et fut le seul album solo de l’artiste, mais elle fut aussi membre fondatrice de Nocturnal Emissions* à leurs débuts.

Face A, “The Happening World”, une piste ambient de 21 minutes qui effleure plusieurs sentiments sans les dévoiler tout à fait. La face B présente une palette émotionnelle similaire avec des synthés et boîtes à rythmes, des sons parfois crus et assez datés mais toujours une très belle sensibilité. C’est une musique sombre très émotive, avec un voile d’austérité parfaitement translucide.

L’album original, que j’aime beaucoup, me laisse un sentiment d’incomplétude ; avec les trois premières pistes bonus de la réédition CD, c’est parfait. (La quatrième semble ne rien avoir à faire là par contre.)

* J’avais parlé d’un album de Nocturnal Emissions ici mais il est plus tardif. J’écouterai Fruiting Body ensuite, Caroline K joue dessus.

mardi 26 juillet 2016


Une version alternative d'un dessin que je viens de poster sur mon site (la version du site est en couleur, page 111 (accessible depuis la page 1)).

samedi 16 juillet 2016

Lako itʋule ta tukoe sokiata jusakuako ka no jurěa nako a ata ke lako itʋule ta luthulu ta slaskoʋltou.

Onome lipuko et nusalave, kaɸikia et plakʋiia, paroʋlto et sokos, maturu ta jurata et sonokanoʋlto, a hul mot aluprnusaaʋros et aluprimas, a alupokitoʋko soʋltotʋate, oʋltot maa ulu guokore intokoronopu, tatototo uvokote, tatototo ɹskonoulae, ulu guokore kui kiniskoput tujurěa toto karia ulu ɸatʋuormatoʋko ravolutuoʋkoʋltopure ta la sokiata tuko aɹkěre, toto karia la dnuɸutʋoʋko dnu tok slaskoʋltou a lutu.

Tes linu praikěrnu apokhulu itʋulikhulu, nusa soʋltotʋatoʋltos prnuke kariatuko ulu orgaisatoʋko sonoplkěte ta la sokiata a slaskoʋltou ɹtʋintʋnu, ulu asele grataae ta soʋltoɹtoʋkos sokialinu. Tes la ronoe aɹke, nusa ɸuvoʋltos dnu kaɸikias, dnu sevaliokos, dnu plakʋiias, dnu nusalavnu; o moya arʋaƽ, dnu seinaʋros, dnu vaskook, dnu maɸnu ta sorporatoʋko, dnu sonokanoʋltos, dnu sokotʋu et, ta plusa, tes sasulu ta snu slaskoʋltou, ulu iararěaie kariaɹsulikěre.

La sokiata purƽose motokokoʋltoe, alevae sur linu ruinnu ta la sokiata saotele, nako a kas apoli linu atagoʋltoitumnu ta slaskoʋltou. Ele nako a sput ke suptʋitooko ta nuvelinu slaskoʋltou, ta nuvelinu soʋltoɹtoʋkos teko aluprnukioʋlto, ta nuvelinu sormnu ta lutu ka selinu teko oturusaos. […]