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lundi 29 juin 2020

Mots (8)



81.

Il peut arriver qu'une abréviation ait un sens différent du mot dont elle est issue ; en français par exemple, « collabo » par rapport à « collaborateur ».


82.
Il est intéressant de se poser la question des différences entre masculinité et virilité — soit (en gros) entre ce qui caractérise les hommes dans la réalité et les qualités qu'on voudrait leur attribuer selon un certain idéal. Pour les femmes, il n'y a longtemps eu que la féminité, mais le mot « matrilité  » (pendant féminin de la virilité) a été inventé récemment… ce qui m'évoque tout de suite la maternité et pas grand chose d'autre. Je préférerai toujours la personnalité et l'individualité.


83.
Les « petits  mots » explétifs (comme le « ne » quand il n'a pas de sens négatif, un « de » phonétique, etc.) ont de quoi rendre fou quelqu'un qui apprendrait la langue, non ? Je crois voir à peu près quand on les utilise, mais je serais incapable d'expliquer pourquoi, quelles sont les règles. Je fais tout par imitation.


84.
Je m'étais déjà étonnée dans un post précédent que l'on n'ait pas d'équivalent au verbe anglais to enjoy. On pourra dire que c'est parce que l'on préfère davantage de précision et un registre plus soutenu avec nos « admirer », « déguster », « apprécier »… restent quand même des lacunes selon les sens et les expériences. (Dans les slogans publicitaires par exemple, “Enjoy X” a pu être traduit par un impératif plutôt péremptoire : « Buvez X », « Lisez X ! »)

Et puis j'ai découvert récemment qu'on a un mot qui ressemble beaucoup, simplement très peu usité en France : « s'enjailler », pour dire s'amuser, passer du bon temps ! Ça vient de Côte d'Ivoire.

… Bon, Wikipédia me dit qu'« enjoyer » est aussi attesté en français maintenant. Soit.


85.
Certains mots français ont été empruntés en anglais avec un sens un peu différent ; les viandes sont un exemple connu, par exemple mutton désigne la viande de mouton (l'animal se dit sheep, ewe pour la brebis), idem pour beef et la viande de bœuf (ox : buffle, bull : bœuf, cow : vache), pork et la viande de porc (pig, swine)… Mais je n'ai appris que récemment que les nombres avaient été empruntés aussi, pour désigner une face de dé ou la valeur d'une carte ! Ainsi sice, cinque, cater, trey, deuce, ace.


86.
Ça faisait longtemps que je n'avais pas mangé de glace à la réglisse. C'est délicieux. Sauf si on n'aime pas la réglisse, auquel cas c'est non-délicieux. C'est drôle que le mot « réglisse » soit féminin dans tous les cas sauf quand on parle du bonbon. Et drôle aussi de voir à quel point la réglisse est populaire en Scandinavie mais souvent détestée aux États-Unis.

D'ailleurs, pourquoi « amour » est-il masculin en général mais féminin dans certains poèmes ou textes littéraires au registre soutenu ?


87.
En principe, l'abréviation l pour le litre ne prend pas de majuscule. Mais le l minuscule peut facilement se confondre avec un I ou un 1, ce qui n'est pas très pratique (j'ai eu un problème avec ça lors de mon bac de SVT). Ainsi, Ken Woolner de l'université de Waterloo a eu l'idée de publier la biographie d'un savant fictif, Claude Émile Jean-Baptiste Litre, en tant que poisson d'avril en espérant que certains tombent dans le panneau et se mettent à mettre une majuscule à litre. Et ça fonctionna ! Aujourd'hui, même si ça contrevient aux règles en théorie, on peut abréger le litre en L en hommage à monsieur Litre qui n'a jamais existé. Merci monsieur Woolner !

Notez que sur ordinateur, on peut utiliser le symbole aussi (ce qui rentrerait plutôt pour ma série de posts sur l'Unicode mais c'est cool).


88.
Un aptonyme est un nom qui correspond bien à la personne qui le porte (monsieur Lalune, astronome, ou madame Farine, boulangère).


89.
Nigelnagelneu“ en allemand signifie « tout neuf ». L'élément chimique n°111, aujourd'hui baptisé rœntgenium, a été précédemment appelé « unununium » en raison de son numéro. Le tic-tac-toe est un petit jeu basique que vous connaissez sans doute, si vous ne l'appelez pas « morpion ». (Je chercherai d'autres mots du genre plus tard !) L'alfalfa est le nom anglais de la luzerne. Je ne sais pas pourquoi j'adore les mots „nigelnagelneu“ et « unununium » mais je déteste « alfalfa ».


90.
À moins de pouvoir la comparer à une forme connue (une lettre de l'alphabet par exemple), une forme géométrique peut être compliquée à décrire. Par exemple :


Comment décririez-vous celles-ci ?


91.
Le mot “funky” en anglais peut être trompeur et difficile à traduire. Oubliez la musique — le sens original est quelque chose de fort en caractère, une odeur ou un goût très marqués, a priori pas du goût de tout le monde… mais qui peuvent être appréciés. Pensez à certains fromages forts ou à des rhums jamaïcains par exemple. Dans certains cas, on pourrait traduire par « rustique », mais je ne crois pas que cela fonctionne partout.


92.
D'ailleurs, en parlant de rhums jamaïcains et de “funk”, il y a un mot pour désigner leur caractère spécifique : « hogo » (déformation de « haut goût »), que l'on décrit parfois comme une saveur de fruit pourri (ou de terre, de noix rances) mais qui serait paradoxalement plaisante.

Autre exemple d'un terme ultraspécifique : pour désigner un goût particulier que l'on retrouve dans les thés de Darjeeling, surtout ceux d'été, on parle de « muscatel ». Ce serait un goût proche du raisin muscat mais aussi du foin. (Perso, le Darjeeling, ce n'est pas trop ma tasse de thé à cause de leurs notes bergamotées !)



93.
Trouvée sur un autre blog (cliquez pour lire l'article et l'explication !) : la phrase « Allez, va, ça ira ! », constituée de trois formes complètement différentes du verbe « aller »… et de peu d'autres choses !


94.
Par pitié, arrêtez de calquer bêtement le “Wait, what?” anglophone en « Attends, quoi ? » ! On a tellement mieux en français, en un seul mot : « Pardon ? », « Comment ? »… et surtout  « Plaît-il ? » qui permet de rajouter une petite note ironique en plus.


95.
J'aime le mot “milquetoast”, parce qu'il est amusant (on dirait “milk toast” avec “milk” écrit à la française — d'ailleurs ça vient de là indirectement, via un personnage)… mais aussi parce qu'il me rend nostalgique de Persona 4, où il apparaît dans un texte de quête annexe. Il y a d'autres mots comme ça, qui me font toujours penser à un livre, une chanson, une personne parce que je ne les ai lus ou entendus nulle part ailleurs — et parfois il y a des auteurs qui ont des mots fétiches que je remarque beaucoup. Par exemple les verbes loll et lurch chez Douglas Adams. D'ailleurs il y a un livre qui analyse le vocabulaire et les tendances stylistiques de divers auteurs en faisant les comptes : Nabokov's Favorite Word is Mauve, de Ben Blatt.

vendredi 23 novembre 2018

Mots (7)



66.
Quelque chose me gêne dans le verbe « punir ». Peut-on l'utiliser sans avoir l'air de cautionner — ne serait-ce qu'un tout petit peu, par connotation — l'acte dont il est question ? Si je dis par exemple que des religieux fanatiques ont « puni » une personne pour homosexualité… je ne sais pas. Le Larousse reste flou à ce sujet. Le Wiktionnaire parle de « sens étendu » quand il s'agit de rendre le mal pour le bien.


67.
Le mot « catharsis » a des sens originaux plus spécifiques que celui utilisé habituellement. Mais comme il n'y a pas de mot au registre soutenu pour désigner le « défouloir », l'extériorisation de sentiments négatifs (ce que l'on recherche par exemple quand on écoute un disque de musique aggressive à fond ou qu'on casse quelque chose pour évacuer son mal-être), tout le monde l'utilise dans un sens plus large. Encore plus en anglais, ou il n'y a même pas à ma connaissance d'équivalent pour « défouloir » !


68.
L'haüyne est une sorte de pierre bleue, nommée en l'honneur du minéralogiste René Just Haüy.


69.
« Troussepinette » est le nom d'un apéritif vendéen, soit un vin aromatisé avec des branches, pousses ou épines de prunellier.


70.
« Jarnicoton ! » est un juron cocasse qui a une histoire amusante — d'après Wikipédia : « Henri IV avait la mauvaise habitude de dire jarnidieu (“je renie Dieu”) ; le père Coton, son confesseur, l’en reprit, lui faisant remarquer que c’était indécent dans la bouche d’un roi chrétien. Comme le roi s’en excusait en disant qu’il n’y avait pas de mot qui lui fut plus familier que le nom de Dieu, excepté peut-être celui du père Coton : “Eh bien ! Sire,” repartit le religieux, “dites : jarnicoton !” »


71.
L'adjectif « macaronique » désigne une écriture garnie de faux latin, soit par exemple des mots français affublés de terminaisons en -um, -us, etc. On parle aussi de « latin de cuisine » (il y a une différence subtile entre les deux mais je l'ai oubliée). À noter que “macaronic language” existe aussi en anglais, mais a un sens différent : il s'agit alors de langues mélangées, volontiers avec des jeux de mots ou autres.


72.
Le mot “kamelåså”, qui n'a aucun sens, fut créé pour un sketch humoristique sur les Danois qui ne se comprennent pas entre eux à cause de leur langue peu intelligible. Depuis, le mot est devenu très célèbre. Comme le “kamoulox” de Kad et Olivier chez nous.


73.
Une recette de cocktail notée de façon minimaliste peut n'appartenir à une langue en particulier. (Exemple : “Godfather : 6 cl whisky, 2 cl amaretto”.) Les nombres et unités sont internationales, les noms des alcools et de la recette même ne sont pas traduits.

Il y a sans doute des textes bien plus longs qui pourraient se lire dans plusieurs langues ? Des écrivains de l'Oulipo ont utilisé cela comme contrainte, soit un même texte qui puisse se lire dans deux langues différentes — mais sans que le sens soit nécessairement le même. Ce qui pourrait être plus impressionnant encore… sauf que les deux exemples que j'ai lus n'avaient aucun sens, ni en français ni en anglais — dommage.

Quant à avoir le même effet à l'oral… c'est peut-être possible approximativement ? Mais ça doit être encore plus difficile !


74.
Il existe un sport (ou un jeu) qui ressemble à du golf, mais avec des frisbees à la place des balles. Ça s'appelle le frolf. (Ou “disc golf”, mais ne pas utiliser le mot “frolf” alors qu'on l'a à sa disposition, c'est un gâchis inexcusable.)


75.
Pour une langue qui a la réputation d'être claire et précise*, il est étonnant — mais en fait très logique — de voir qu'elle a un pronom défini par l'indéfini : « on ». Il y a bien un pronom indéfini en anglais par exemple, “one”, mais il est nettement moins usité. Sauf chez Virginia Woolf. J'aime bien Virginia Woolf. Elle a raison d'utiliser “one”.

* Cf. par exemple “La beauté de la langue française” de Gabriel de Broglie : « L’espagnol est considéré comme une langue noble, l’italien comme une langue harmonieuse, l’allemand comme une langue précise, l’anglais comme une langue naturelle et pour le français on met généralement en avant la qualité de la clarté. » (À vous de voir si vous êtes d'accord, c'est pas moi qui le dis.)


76.
Un bréphophage, c'est quelqu'un qui mange des bébés.


77.
L'eigengrau (soit : le gris qui nous est propre) désigne la couleur gris foncé que les yeux humains voient dans le noir complet. On peut voir plus noir que cela, avec du contraste !


78.
Le mot “biweekly” en anglais britannique est ambigu, car il peut signifier « toutes les deux semaines » ou « deux fois par semaine ». C'est peu pratique. (Et même quand il n'y a pas d'ambiguité en vrai, je confonds souvent « bimensuel » et « bimestriel » ainsi que les autres cas du même genre… il faut toujours que je vérifie.)


79.
« Un de mes élèves avait écrit “libellule” avec quatre “l”. Je lui ai demandé pourquoi. Il m'a simplement répondu “bah, sinon elle peut pas bien voler la libellule ! » Source : https://bande-de-dechets.blogspot.fr/2018/03/mauvaise-en-orthographe-et-alors.html. … (Mais hé, il y a bien quatre “l” dans “libellule” ?)


80.
Et puis, bien plus divertissant et intéressant que ce post, je vous renvoie à la nouvelle série de posts sur l'étymologie en BD de http://boutanox.blogspot.com ! Où l'on apprend entre autres l'étymologie du mot « mot ».

mardi 24 octobre 2017

Mots (6)




51.
« Goropiser » : inventer de toutes pièces des étymologies fantaisistes pour appuyer ses hypothèses. Ça vient de l'auteur Johannes Goropius Becanus, qui avait voulu faire croire que le néérlandais était la première langue du monde. (Source : https://aeon.co/essays/why-is-linguistics-such-a-magnet-for-dilettantes-and-crackpots)


52.
Est-ce symptomatique de la domination des États-Unis que l'on utilise quasi-systématiquement le terme « Américain » pour désigner les habitants de ce pays, comme si les Mexicains, les Chiliens, les Argentins etc. n'existaient pas ? N'a-t-on jamais besoin de parler des habitants de tout le continent, comme on parle des Africains, des Asiatiques ou des Européens ?


53.
« Frileux » ou « frileuse » désigne une personne sensible au froid ou qui n'aime pas le froid. Pourquoi n'a-t-on pas de mot équivalent pour qui n'aime pas la chaleur ? Le plus proche que j'ai pu trouver est « thermophobe », mais il s'agit d'un terme médical avec une définition plus spécifique — « crainte de la chaleur avec sensation permanente d'avoir trop chaud » —, pas un véritable antonyme.

À noter en passant qu'il ne semble pas y avoir de mot courant pour « frileux » en anglais.


54.
Le mot « preuve » en français est relativement flou, voire ambigu ; il peut désigner soit un fait ou raisonnement qui fait pencher la balance d'un côté (sans être nécessairement concluant), soit un fait ou raisonnement qui prouve une hypothèse de manière irréfutable. En anglais, on fait la différence entre “evidence” (quand un doute subsiste) et “proof” (qui retire tout doute possible).

Comment traduirait-on alors cette remarque rationaliste (trouvée sur Less Wrong) : “Absence of proof is not proof of absence, but absence of evidence is evidence of absence?”


55.
Vous connaissez l'expression « moutons de poussière » (les amas de poussière qui s'agglutine) ? En anglais, on les appelle “dust bunnies” (lapins de poussière). En allemand “Staubmäuse” (souris de poussière), en suédois « dammråttor » (rats de poussière), en polonais “koty” et en hongrois “porcica” (chatons de poussière).


56.
« Androphile » : qui est attiré·e par les hommes, la masculinité.
« Gynophile » : qui est attiré·e par les femmes, la féminité.
« Ambiphile » : qui est attiré·e par les deux.
… N'est-ce pas étonnant que ces termes soient si peu usités ?

[edit — D'autres sont plus usités : « sapphique » pour l'attirance des femmes pour les femmes (bi ou lesbiennes), « achilléen » pour l'attirance des hommes pour les hommes (bi ou gay) !]


57.
Un mot français que j'aime beaucoup, c'est « papillonner ». C'est joli, et ça veut bien dire ce que ça veut dire. On ne le trouve pas dans toutes les langues.


58.
Un mot anglais que j'aime beaucoup (et que l'on n'a pas en français), c'est “somehow”. Il contient à lui seul du scepticisme ou de l'humour, il suffit de l'ajouter à une phrase pour qu'elle devienne drôle et/ou à charge.


59.
J'ai honte de l'avouer, mais quand j'ai entendu le mot pour la première fois, avant que l'on parle de personnes transgenres, je ne savais pas si « une transsexuelle » désignait un homme (FtM) ou une femme (MtF). J'ai cru que c'était ambigu. Il m'aurait suffi de me mettre à la place de la personne ; ça aurait dû m'être évident ! Il m'a fallu du temps pour me rendre compte que j'avais un gros angle mort à cet endroit. Je me demande combien d'autres angles morts j'ai encore.


60.
Marelle de Julio Cortázar comprend un très court chapitre érotique (une page uniquement) où tous les mots et les verbes sont inventés. On ne comprend rien précisément, mais on saisit très bien l'impression générale. (Je ne sais plus quel chapitre c'est. Le livre vaut le coup d'être lu en entier de toute façon.)


61.
Énièmes preuves que… tiens, ça aussi, c'est un mot que j'aime bien. Énième. Une définition aux allures techniques, plus difficile à comprendre que son sens d'ailleurs — « sérié, mais de position indéterminée » —, mais un terme qui est le plus souvent utilisé dans un contexte familier. D'après le Wikitionnaire, il a été inventé en 1834 et vient de l'argot de l'École Polytechnique).



62.
Énièmes preuves, donc, qu'on parle très mal anglais en France : les mots « pin's » et « loose ». Ce « 's » n'a aucun sens, il est simplement là pour faire américain. Idem pour le deuxième « o » de « loose » (l'adjectif « loose » existe bien en anglais, mais il signifie « lâche » — mal attaché — ou « vague » — mal défini — et n'a aucun lien avec la déveine)… sans compter le fait que même orthographié correctement, “lose” n'existe pas en tant que nom en anglais. Ces mots sont-ils incorrects pour autant ? Seulement si on les croit anglais. Mais comme ils sont français…


63.
La cénesthésie désigne l'impression que nous avons de notre propre corps, ou de notre être, hors de nos sens.



64.
Si l'on prend en compte toutes les petites variantes et tous les dialectes, il existe plus de cinquante mots pour « trognon de pomme » en allemand.


65.
Une distinction importante que l'on fait beaucoup plus facilement en allemand qu'en français (ou d'autres langues) : „gleiche“ compare deux entités identiques mais distinctes, „selbe“ indique qu'il s'agit une seule et même chose. En français courant, on dira « la même » pour les deux. Ce n'est pourtant pas la même chose !

… C'est un reportage intitulé La Fabrique du Cerveau qui m'y a fait repenser. On y voit des chercheurs imaginer que l'on pourrait devenir immortels en recréant notre cerveau et en le digitalisant. Pourtant, même si ce cerveau virtuel était en tout point identique à l'humain, ce serait „das gleiche Gehirn“ (un cerveau identique)… pas „das selbe Gehirn“ (un seul et même cerveau). (Sauf peut-être, d'après un physicien sur un forum, si l'on utilise la téléportation quantique — terrain sur lequel je n'ai pas les connaissances nécéssaires pour m'aventurer). Je ne sais plus comment s'appelle ce dilemme, mais ça pourrait signifier que toute téléportation est un suicide (et une naissance).

samedi 29 avril 2017

Mots (5)


Comment désigne-t-on une insulte déguisée en compliment en français ? En anglais, on dit “backhanded compliment” (et il existe aussi l'inverse, “backhanded insult”), ce qui a pu être traduit par « faux éloge », « compliment à revers », « compliment équivoque », « compliment à double tranchant » (ces deux derniers ne me paraissent pourtant pas avoir le même sens)… En cherchant un peu plus loin, on peut trouver les mots « diasyrme » (pour l'insulte déguisée en compliment) et « astéisme » (pour son inverse, le compliment déguisé en insulte — c'est courant, ça ?), sauf que les dictionnaires ne s'accordent pas du tout sur ces sens. Et qu'il s'agit de mots tellement rares que personne ne les utilise de toute façon, donc autant les éviter.

Je pense que je dirais « faux compliment », mais je ne me souviens pas d'avoir déjà vu ce mot-là utilisé en français. La pratique même est-elle moins courante en français qu'en anglais ?


XXXIX.
J'ai retrouvé le mot que j'avais perdu la dernière fois ! C'est « paralipomènes » (encore mieux en anglais : “paralipomena”), et ça désigne un addendum ou contenu supplémentaire rajouté à la fin d'un ouvrage. L'inverse, soit une introduction ou des préliminaires, ce sont les « prolégomènes ». Ni les paralipomènes ni les prolégomènes ne semblent s'accomoder du singulier. (C'est pas ça qui m'empêchera de l'utiliser quand même si j'en ai envie : un paralipomène, un prolégomène.)


XXXX.
En finlandais, “hyppytyynytyydytys” signifie “satisfaction due à un coussin qui rebondit”.


XXXXI.
Saviez-vous que le mot « gianduja » se prononce [dʒanˈduːja] en italien, soit à peu près « djanne douilla » (et non « jian duja ») ? … Et maintenant, vous avez le choix : utiliser la prononciation francisée, qui paraît erronnée (mais que tout le monde utilise), ou utiliser la prononciation italienne et faire preuve de snobisme. Le nom vient d'un personnage de la commedia dell'arte, Gioan d'la douja (« Jean de la Chope ») ; et pour être précis, les bonbons de chocolat qu'on appelle souvent « gianduja » sont des gianduiotti — un gianduiotto, des gianduiotti —, confectionnés à partir de gianduja et dont la forme rappelle le chapeau de Jean de la Chope.


XXXXII.
Je trouve que le titre de l'ouvrage de Kierkegaard Enten – Eller se traduit très mal en français. Aussi trouve-t-on en librairie Ou bien… ou bien. En théorie, le sens y est, mais cette répétition exacte — qui paraît pourtant plus logique, plus élégante à première vue — fait perdre de la clarté à l'expression, et sonne plutôt mal. Les points de suspension donnent aussi l'impression de quelqu'un qui hésite, et même pas forcément qui hésiterait entre deux options précises… C'est peut-être pour ça que l'ouvrage a aussi été traduit sous le nom L'Alternative.


XXXXIII.
D'ailleurs, en parlant de connecteurs logiques… N'est-ce pas bizarre et regrettable que la plupart des langues ne distinguent pas l'« ou » exclusif de l'« ou » inclusif* ? Ni ne proposent de manière simple de dire « si et seulement si » (qui peut s'écrire « ssi » mais se prononce toujours avec cinq syllabes) par exemple. Ce sont pourtant des concepts si simples et si utiles ! Les humains manquent de logique, sans doute…

* Quelques-unes le font d'après ce fil de discussion.


XXXXIV.
Il existe un mot savant qui désigne les difficultés à se réveiller le matin : la dysanie. Ça n'aide pas du tout de savoir comment ça s'appelle.


XXXXV.
Également dans la famille « tout le monde sait que ça existe mais peu de gens connaissent le mot » : la cryptomnésie. C'est quand notre cerveau nous ressort un souvenir du fond de ses tiroirs sans nous dire qu'il s'agit d'un souvenir… et que du coup, on prend cette idée pour quelque chose de neuf que l'on aurait inventé soi-même. Particulièrement pénible quand on s'en rend compte trop tard.


XXXXVI.
Le mot « grège » désigne un gris-beige… qui est en fait la couleur de la soie à l'état brut, et l'étymologie n'a rien à voir avec un croisement de « gris » et de « beige ». Ça vient de l'italien greggio, soit « à l'état naturel ».


XXXXVII.
Avez-vous déjà vu, dans des médias anglophones (ou seulement américains ? The Simpsons, par exemple) des personnages devenir tout fous et hyperactifs après avoir mangé du sucre ? Ça s'appelle “sugar high” et… non seulement on n'a pas de terme pour ça en français (ce n'est pas la même chose que l'hyperglycémie), mais l'existence de ce phénomène n'est absolument pas avérée. Nulle part.


XXXXVIII.
Inversement, j'ai appris grâce à la très bonne émission Karambolage sur Arte que les Français connaissent le « sot l'y laisse » mais que cette pièce de viande est inconnue en Allemagne… peut-être parce qu'il n'y a pas de nom pour ? [Edit: marvelmaker vient de me signaler qu'ils se sont trompés, ça existe et ça s'appelle Pfaffenschnittchen“ — soit le morceau des prêtres, qui se réservaient le meilleur ! J'aime toujours Karambolage mais j'aurais dû vérifier, mes excuses.]


XXXXIX.
Quelque chose de très gênant dans la langue française, c'est le masculin assimilé au neutre. Pas seulement pour des raisons d'égalité, mais aussi de clarté : « le premier mathématicien à avoir gravi le Mont Blanc » désigne-t-il la première personne qui étudie les mathématiques et a gravi le Mont Blanc, ou le premier individu masculin* à l'avoir fait ? Quant à « la première mathématicienne à avoir gravi le Mont Blanc », ça désigne forcément la première femme, mais cela ne nous dit pas si un mathématicien a gravi le Mont-Blanc avant elle.

* Le mot « homme » serait ambigu ici, évidemment.

XXXXX.
L’autre jour, à la librairie, j'ai vu une table avec plein de livres sur le « hoʻoponopono ». (Je n'ai pas noté le mot mais je l'ai retrouvé tout de suite en tapant « ho » puis plein de consonnes au pif avec plein de « o ». Si vous voulez savoir, Wikipédia dit qu'il s'agit d'« une tradition sociale et spirituelle de repentir et de réconciliation des anciens Hawaïens ».)

vendredi 29 juillet 2016

Mots (4)



(Cliquez ici pour lire les posts précédents de la série.)


XXVI.

Page 82, il y avait un mot que je connaissais pas et que j’ai essayé de retenir pour le chercher dans le dictionnaire plus tard. Manque de pot, ma mémoire me dit maintenant que ce mot est « prolopoménie ». Ce qui n’existe pas, ou du moins pas en dehors de ma mémoire défectueuse. Maintenant j’ai un faux mot qui ne me sert à rien, et un vrai mot que j’ai oublié et dont je ne connais toujours pas le sens. C’est malin.

(… Même s’il s’agissait sans doute d’un mot prétentieux et peu utile.)


XXVII.
Le mot suédois “tätatät” vient du français. Prononcez-le (le ä se prononce /ɛ/, comme un « è » en français) : oui, c’est bien ça que ça veut dire ! Ce mot est merveilleux.


XXVIII.
Le saviez-vous ? S’étirer quand on baille, ça s’appelle « pandiculer ». C’est un mot assez peu utile, à part éventuellement pour insulter quelqu’un en rimes vulgaires.


XXIX.
Je crois bien que les mots « hurluberlu » et « roploplo » sont les plus sympathiques que je connais en français. Ce dernier ne figure pas dans tous les dictionnaires, mais il existe quand même. Si, je l’ai entendu ! Enfin, si vous ne me croyez pas, remplacez-le par « raplapla ». Mais c’est moins rigolo que « roploplo ».


XXX.
Le fait que le mot « littérature » s’écrit avec un seul T en anglais (“literature”) ne me dérange pas du tout. Je m’en souviens bien et je ne crois pas avoir déjà confondu les deux orthographes. Par contre, le fait que « bandana » s’y écrive avec deux N (“bandanna”) me dérange, ce N me fait toujours l’effet d’une faute de frappe. C’est sans doute dû au fait que la langue évolue naturellement vers le plus court, le plus simple ?

… Sauf qu’il m’arrive aussi très souvent de me tromper et d’écrire « language » en français au lieu de « langage », par analogie avec l’anglais. Peut-être parce que je rencontre le mot anglais plus souvent que le français, peut-être aussi parce qu’un G dur suivi d’un U paraît naturel en français.

Au fait, évitez d’écrire “litterature” en anglais, ça forme un jeu de mots involontaire avec “litter” (les déchets).


XXXI.
Je ne sais plus dans quel livre j’ai retrouvé « bec de gaz » récemment et ça m’a fait un drôle d’effet. C’est une locution nominale que je connaissais depuis mon enfance mais… je l’avais complètement oubliée. Et ça m’a fait bizarre de perdre un mot qui me paraissait aussi courant. Je ne sais plus du tout où je l’avais entendu la première fois (dans une vieille BD, genre Tintin, peut-être ?). Combien d’autres mots ai-je oubliés depuis ?


XXXII.
« Pharmakon » (φάρμακον) est un mot grec étonnant : il signifie à la fois « remède » et « poison ». Soit un contronyme (mot signifiant à la fois une chose et son contraire), ce que je n’aime pas d’habitude… À ceci près que ce sont souvent effectivement les mêmes substances qui soignent et qui font du mal, selon la dose. Est-ce bien un contronyme, du coup ?

« Pharmakon » signifie aussi « bouc émissaire », mais là, je ne vois plus du tout le rapport.


XXXIII.
Le mot « acrasie » est assez peu usité, pourtant il dénote quelque chose de très courant : le fait d’agir à l’encontre de son propre jugement (manger un gâteau alors qu’on fait un régime, procrastiner alors qu’on sait qu’on manquera de temps…). Il est vrai qu’on parle souvent de faiblesse à la place. Mais « faiblesse », c’est un peu vague et un peu… faible, non ?


XXXIV.
Le mot « mirabilis » a quelque chose de captivant — un peu comme ce dessin-illusion où l’on peut aussi bien voir une vieille femme qu’une jeune femme, il me fait autant penser à « admirable » qu’à « misérable » (ou plutôt « misérabilisme »). En latin, c’est bien « admirable » qu’il signifie, et c’est le nom d’une fleur…


XXXV.
« Faire long feu » et « ne pas faire long feu » signifient la même chose. Ou pas. À voir ce qu’en disent les correcteurs du Monde, il vaut sans doute mieux éviter cette expression, elle est parfaitement ambigue.


XXXVI.
Le fait que le mot « alsatique » existe m’agacerait presque. Ça désigne les livres qui parlent de l’Alsace, et il y a dans beaucoup de librairies alsaciennes un rayon « alsatiques » (parfois très étendu)… Mais y a-t-il des mots correspondants pour les autres régions ? Ou cette région est-elle plus attachée à elle-même que les autres ?

(La raison pour laquelle ça m’agace est tout à fait irrationnelle et injustifiée — c’est parce que ça m’agace de trouver tant d’alsatiques qui ne m’intéressent pas et si peu de choix en romans qui m'intéresseraient dans certaines librairies et bibliothèques…)


XXXVII.
En anglais, on peut dire “touché!” quand quelqu’un marque un point dans un argument. Ça vient de l’escrime, il paraît. Je n’ai jamais entendu qui que ce soit le dire en français mais je le fais parfois quand même, ça me paraît plus vivant que de dire « tu marques un point »… Est-ce un anglicisme, du coup ?

jeudi 24 décembre 2015

Mots (3)



XV.

Est-ce qu'on a un mot pour désigner ce qui n'est pas tout à fait humoristique mais presque ? Cette légèreté qui détend un peu l'atmosphère, ces petits jeux de mots et incongruités qui, sans être drôles au point de faire rire, préparent aux vraies blagues qui vont suivre ?


XVI.

Le mot « solitude » est-il connoté négativement, ou est-ce la solitude même qui est presque toujours vue négativement dans notre société ? On a des nuances pourtant : solitaire – seul – esseulé(e)… et encore. Même « solitaire » est plus neutre que positif.

Encore une fois, le láadan a un mot pour ça : « elasholan », seul(e) et content(e) de l'être… Il y a sans doute d'autres langues qui ont cette nuance aussi. Je trouve que ça manque.


XVII.

« La tomate, c'est un fruit, pas un légume. » Cette phrase est d'une bêtise étonnante — et on peut considérer qu'il s'agit d'un jeu de mots involontaire.

La première partie, tout à fait juste, devrait nous rappeler que le sens botanique du mot « fruit » (organe formé à partir de la fleur, qui protège la graine ches les angiospermes, merci Wikipédia) n'est pas le même que son sens culinaire (qui n'obéit à aucune définition stricte mais reflète nos habitudes alimentaires). Ceux qui rajoutent « pas un légume » se plantent doublement : déjà, ils mélangent les deux sens à nouveau, et en plus ils se retrouvent avec une opposition complètement infondée.

En allemand, tout est plus clair : le fruit au sens botanique, c'est die Frucht, le fruit au sens culinaire, c'est das Obst. La phrase ne tient plus !


XVIII.

Un article très intéressant à lire sur la féminisation des noms de métiers : http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/05/31/le-mot-autrice-vous-choque-t-il/ — Où il ressort entre autres que nombre de noms de métiers féminins existaient, mais ont été délibérément supprimés…


XIX.

Un salaud, c'est un homme exécrable. Une salaude, c'est une femme exécrable.
Un salop, c'est un dévergondé. Une salope, c'est une dévergondée.

… Vous connaissiez la différence ? Quasiment plus personne ne la fait, et ça en dit assez long sur les mœurs dominantes de notre société. J'ai appris ça en lisant “La Sémantique, C'est Élastique”, de James, dans La Revue Dessinée. (Allez-y pour chercher un auteur qui s'appelle “James” ensuite… Il est là : http://james-o-rama.tumblr.com)

En tout cas, le mot « salope » est sans doute celui que je déteste le plus de la langue française : en plus d'être devenu sexiste (allez traiter un homme de « salop » dans ce sens-là, personne ne vous comprendra ! on dira plutôt « chaud lapin » ou « Don Juan », ce qui est nettement moins rude), il est faux-cul comme pas possible (on aime se rincer l'œil mais on insulte celle qui nous permet de le faire ?).

D'après le dictionnaire, le mot « marie-salope » (un bateau qui drague (…) le sable et la vase) ne serait pas vulgaire. Difficile à avaler. Ça sonne terriblement vulgaire même si ça ne l'est pas.


XX.

Comment appelle-t-on ces confiseries composées d'une meringue mœlleuse* sur une gaufrette, recouverte de chocolat ? L'appellation classique, « tête de nègre », n'est plus utilisée pour des raisons évidentes, mais on ne s'est pas accordés sur un nouveau nom. Boule de neige, boule de mousse, tête choco… j'ai aussi lu (mais jamais vu) arlequin ou boule de suif… Ce mot-là a éclaté en mille morceaux, aujourd'hui je ne saurais plus quoi dire. Reste le fantôme de l'ancien terme, et plein de termes qui n'arrivent pas à le recouvrir.

Tant qu'on peut encore en manger..!

* et pas d'une guimauve comme le dit Wikipédia ?! Ou alors c'est régional…


XXI.

Les mots sont des guides pour la pensée. Parfois, ces guides peuvent être trompeurs.

Un bel exemple, c'est celui de « perfection »… On peut imaginer un cercle parfait, un blanc parfait, mais cela a-t-il un sens de parler de personne parfaite ou d'œuvre parfaite ? Si le mot « perfection » n'existait pas, y penserait-on seulement ? … Ce mot fait-il plus de mal que de bien ? Parfois, j'ai l'impression que oui.


XXII.

Une chanson de Coil que j'aime beaucoup s'appelle “Batwings (A Limnal Hymn)”. À l'époque, j'avais cherché le mot “limnal” un peu partout sans le trouver — même le grand dictionnaire en une dizaine de volumes de la fac ne l'avait pas ! Sur internet non plus, rien.

Aujourd'hui, on le trouve très facilement ; ça veut dire « qui a rapport aux lacs ».


XXIII.

On m'a dit une fois que la quiche se disait « ouiche », ce qui m'a fait imaginer un Q dont la queue n'aurait pas été visible et qui aurait été pris pour un O (la ouiche étant donc une sorte de quiche au nom castré). La page Wiktionnaire m'apprend que « ouiche » peut être une interjection qui marque l'incrédulité, un énième terme argotique régional pour le zizi, ou un adjectif qui signifierait « swag mais pas hipster » (plaît-il ?). Elle m'a aussi appris que c'était à l'origine une scène d'un film connu que je n'ai pas vu. Je ne sais toujours pas ce qui expliquerait cette incongrue castration du Q de la quiche. Bref, le mot « ouiche » n'est pas très sérieux, laissons-le.


XXIV.

Les gens qui disent « venir » pour « jouir » m'énervent. Non seulement c'est un bête calque de l'anglais, mais en plus c'est plus long, laid, et ça peut même être ambigu. Jouissez correctement, bon dieu !


XXV.

Le mot “xłp̓x̣ʷłtłpłłskʷc̓” est répertorié dans le Wiktionnaire. Il signifie « il possédait un cornouiller du Canada » dans une obscure langue américaine et ne possède aucune voyelle. Si vous l'utilisez un jour, ce sera pour épater la galerie ou lors d'un quiz.

lundi 24 novembre 2014

Mots (2) : Láadan

Le “láadan” est une langue inventée par Suzette Haden Elgin, présentée dans son roman Native Tongue. Il s'agit d'une langue qui représente le monde de manière gynocentrique (contrairement aux langues actuelles qui sont franchement androcentriques)…

Comme ça m'intriguait, j'ai voulu en savoir plus et voir à quoi pouvait ressembler une telle langue.

Au niveau vocabulaire en tout cas, il y a des mots qui sont extrêmement bien trouvés, que j'aimerais adopter et qui seraient bien utiles pour tout le monde (pas seulement les femmes) ! Notamment ceux-là :

ab: amour pour quelqu'un que l'on apprécie mais qu'on ne respecte pas

áazh: amour pour quelqu'un que l'on désirera ou que l'on a désiré à un moment donné, mais pas maintenant

aye: un amour qui est un fardeau dont on ne veut pas

: pervers, bizarre, difficile à comprendre

dama: toucher ou ressentir avec la peau (activement)

doóledosh: douleur ou perte ressentie comme un soulagement, car elle met fin à l'appréhension que l'on ressentait en l'attendant

doroledim: trop manger quand manger est la seule activité où l'on peut ressentir un peu de liberté et de plaisir

dóthadelh: permettre à quelqu'un de continuer à adopter une attitude auto-destructrice (par exemple: se droguer, se saoûler…) en lui donnant des excuses ou en l'aidant à éviter les conséquences de ses actes

elasholan: seul(e) et heureuse (-x) de l'être

héena: sœur ou frère “de cœur”

lol: un sentiment de communauté, de camaraderie, le fait d'être ensemble, à l'aise dans un groupe…; une communauté où règne ce sentiment

lolh: comme “lol” mais avec un sentiment d'oppression en plus: on a l'impression de faire partie du groupe ou de la communauté, mais à notre détriment, par exemple quand on doit accepter des choses que l'on ne veut pas, ou renoncer à des choses auxquelles on tient pour se faire accepter

mathom: objet inutile, babiole (mot emprunté à Tolkien)

hothulewoth: une connaissance passée de mère en fille depuis au moins deux générations

mudahéthe: l'état de quelque chose qui est “propre” selon une personne négligée, mais sale selon une autre…

ohehena: respect malgré des circonstances négatives

ohena: respect justifié par de bonnes raisons

ohina: respect injustifié, sans raison

ohona: respect “justifié” par des “raisons” ridicules, naïves ou bêtes

ohnua: respect “justifié” par de mauvaises raisons

olobeshara: dépression résultant d'un grand traumatisme

radama: se retenir de toucher, éviter le contact, ne pas toucher

radiídin: “non-vacances”: des vacances où l'on a tellement de choses à faire, de préparations, de stress… que ça n'est plus vraiment des vacances

rahobeth: “non-voisin”: quelqu'un qui vit près de chez nous mais qui n'a pas un “vrai” rôle de voisin (pas forcément péjoratif)

ranem: “non-perle”: un mauvais sentiment ou une mauvaise situation qu'on entretient au fur et à mesure, comme une huître façonne une perle couche par couche… (par exemple, une haine qui grandit)

rarulh: “non-synergie”: ce qui, quand on le combine, rend les choses pires, moins efficaces, etc.

rathóo: “non-invité”: quelqu'un qui vient en sachant pertinemment qu'il cause plus de problèmes et d'embarras qu'autre chose

rilerashum: silence qu'on s'impose car aucun mot ne convient et que le silence est la seule défense possible

waálh: désigne quelque chose que le locuteur estime être faux, car la source n'est pas fiable et semble animée de mauvaises intentions

wonewith: être socialement maladroit, ne pas comprendre ce que les autres ressentent ou signalent

yéshile: à la fois bon et mauvais

Il faudra que je lise le livre à l'occasion.

samedi 29 mars 2014

Mots (1)



I.

J’aime beaucoup le mot « zigouigoui ». On dirait qu’il a été inventé par un bébé ! Un mot avec des sonorités toutes mignonnes, et une définition qui laisse beaucoup de liberté : « zigouigoui » peut désigner n’importe quelle petite chose indéfinie, qu’il s’agisse d’un gribouillis, d’une forme entortillée ou d’une babiole… mais aussi — parce que la plupart des humains sont obsédés par le sexe — un sexe masculin, ou bien un sexe féminin selon les dictionnaires. C’est la seule chose que je n’aime pas trop à propos de ce mot, d’ailleurs : je préférerais qu’il s’en tienne au sens de « petit machin indéfini ».

II.
J’aime le mot « acétylène ». Je l’ai déjà dit dans un autre sujet ; indépendamment de ce qu’il désigne, je le trouve très élégant. J’aime bien « améthyste » aussi. Et « psychédélique » n’est pas mal non plus.

III.
J’aime bien tomber sur des mots inusités, notamment quand j’utilise un dictionnaire de synonymes. Par exemple, connaissiez-vous l’adjectif « cornecul » ? Ça veut dire « comique » ou « amusant ». Ça reste « cornecul » au féminin mais devient « corneculs » au pluriel. (Et puis j’aime utiliser de vieilles interjections rigolotes genre « cornegidouille » !)

IV. a)
Le mot « paradigme » m’énerve, parce que la moitié du temps, je ne comprends pas ce qu’il signifie. C’est un mot à la fois assez pointu et très flou ; non seulement il a plusieurs sens (et il n’est pas toujours évident de voir lequel est le bon), mais ces sens sont eux-mêmes souvent vagues et ambigus.

IV. b)
Il y a aussi des mots dont j’ai eu un mal fou à retenir la définition, sans que je sache pourquoi. Par exemple, « taciturne ». Je sais ce qu’il signifie aujourd’hui, mais mon cerveau a longtemps refusé obstinément d’en retenir la définition — j’ai dû m’y reprendre au moins une dizaine de fois pour la retenir, et je ne sais vraiment pas pourquoi ! Un bug, sans doute.

IV. c)
Dans le même genre, j’ai du mal à retenir le mot « lancinant », mais là je sais pourquoi : parce que je trouve que sa sonorité va à l’encontre de son sens. Je crois toujours à tort qu’une douleur lancinante, c’est la même chose qu’une douleur sourde.

V.
Le mot « théodicée » ébranle par sa seule existence tout un pan de la religion. Ou pas, selon vos croyances et votre point de vue. (« Une théodicée est une explication de l’apparente contradiction entre l’existence du mal et deux caractéristiques propres à Dieu : sa toute-puissance et sa bonté. »)

VI.
Les mots « hôte » et « plus » sont singulièrement mal foutus. A-t-on idée d’utiliser un même mot pour désigner une chose et son contraire ?! … Ce phénomène a un nom, d'ailleurs : ça s'appelle un contronyme.

VII.
Le mot « éponyme » est une sorte de faux ami : son sens est plus large en anglais qu’en français. Ainsi, en bon français, on ne peut pas parler de l’« album éponyme » d’un groupe. Mais je le fais quand même, parce que je trouve ça mieux comme ça. Et si assez de gens le font, la définition du mot finira par changer. Tavu kom chui tro 1 rebel dé mo de la société wesh.

VIII.
J’ai toujours trouvé que les mots « bœuf » et « vagin » sonnaient particulièrement mal.

IX.
Les anglicismes et le franglais m’agacent. Je les évite autant que possible. (À force de mélanger les langues, on finit par ne plus savoir en parler une seule correctement… a fortiori quand on utilise des mots d’une langue qu’on ne maîtrise pas.) J’utilise le verbe canadien « téléverser » au lieu d’« uploader ». Un canadianisme est-il préférable à un anglicisme ? J’ai tendance à penser que oui : au moins, le français du Canada, ça reste du français. (Je suis aussi une des rares personnes à aimer le mot « ludiciel » pour « jeu vidéo », même si je n’ai jamais encore osé l’utiliser.)

XI.
Il paraît que le mot « dépaysement » est intraduisible ! J’aime beaucoup les mots intraduisibles en général, parce qu’ils permettent de se rendre compte à quel point la langue façonne notre manière de penser. Ce sont des mots qui évoquent des concepts qu’on peut comprendre, mais qui nous échapp(ai)ent en partie, ou sur lesquels on ne s’était jamais arrêtés — tout simplement parce qu’on n’avait pas de mot pour. On trouve plein de listes de mots intraduisibles sur internet ; en voici une en français, parmi beaucoup d’autres.

XII.
L’expression « l’esprit de l’escalier » est aussi une spécificité de la langue française… mais je l’ai plus souvent rencontrée dans des listes de mots intraduisibles et dans la bouche d’anglophones qu’en français !

XIII.
Quand j’y pense, il y a beaucoup de mots que je rencontre assez souvent, qui ne m’arrêtent pas, mais dont je ne connais pas vraiment le sens. Des mots un peu soutenus mais qui ne servent que rarement à la compréhension, comme « décret » ou « confédération ». J’ai une vague idée de leur sens, mais je serais incapable d’en donner une définition précise. Peut-être même qu’il y a des mots comme ça dont je ne connais pas du tout le sens, et qui passent inaperçus parce qu’ils ne m’ont jamais paru importants… là par contre, je n’ai pas d’exemple à donner. Ce qui est logique, vous me direz.

XIV. a)
J’aime bien inventer des mots aussi, comme « nimoïstique », « anamerise » ou « cirténeuse ». Ces mots n’ont pas de définition, ou du moins pas encore. D’un certain point de vue, les mots qu’on invente sans raison comme ça sont des œuvres d’art par leur inutilité.

XIV. b)
Il y a un mot que j’ai inventé et que j’utilise, c’est « géniul » (géniulle au féminin). « Géniul » = « tellement nul que ça en devient génial ».

XIV. c)
Un jour, un(e) scientifique utilisera le mot « épichiastique ». Ou peut-être pas. Mais je pense que ça pourrait arriver. Et cette personne en connaîtra sans doute le sens, qui m’échappe pour le moment parce que je ne l’ai pas cherché.