jeudi 24 août 2017

♪ 60 : La Brave Conscience des Morts Voyageuses

Des décennies de vie quotidienne rythmées par des émissions de radio et de télévision ; d'événements présentés par la voix amicale et familière du présentateur. Une mémoire sur ondes et bandes magnétiques, substrat de culture pour d'autres histoires… ici une musique électronique rythmée et expérimentale.

Ou quelque chose comme ça. Pour être honnête, je ne saurais vous dire exactement quel est le concept de Dead Air, album par ailleurs assez inclassable. Il y a quelque chose de morbide dans les thèmes abordés, mais le disque n'est pas glauque ni triste, il grouille d'énergie, de formes de vie qui se nourrissent de la décomposition des précédentes. L'album enchaîne les genres comme autant de spots et de reportages ; certains passages rappellent des pistes d'IDM ou de techno et il suffirait alors d'enlever quelques bémols et timbres sales pour avoir un album simplement trippant et entraînant ; d'autres passages sont atmosphériques, étranges… Avec ses vingt pistes, on ne fait pas le tour de Dead Air facilement.

La musique est signée Baron Mordant et Admiral Greyscale, mais c'est une autre présence que l'on entend le long du disque : Philip Elsmore, présentateur britannique, qui annonce certaines pistes et qui raconte parfois son travail en arrière-plan.

Le mot “dead air” se réfère à un temps mort sur les ondes, quand la connexion fonctionne mais qu'aucun son n'est émis, que personne ne parle. Ici pourtant, aucun temps mort, c'est simplement autre chose que l'on transmet. Quelque chose que l'on n'entend pas tous les jours.




Le Baron tient aussi, entre autres disques (et un label), un journal musical : la série Travelogues, des pistes d'une petite dizaine de minutes environ, à base de phonographies éditées, assemblées et rythmées. Les sons environnants, les personnes parfois donnent à voir des scènes plus ou moins identifiables (beaucoup sont en Angleterre mais on voyage parfois à l'autre bout du globe) où tout est transformé ; les sujets sont réels, l'éclairage, le cadrage et les couleurs sont tout à fait artificielles. Ces Travelogues sortent à intervalles irréguliers ; depuis dix ans, la série en comporte dix-huit. Chacun coûte 88 pence, c'est pas grand chose et ça vaut le coup.




Patterns of Consciousness de Caterina Barbieri est un excellent album minimaliste avec de très belles mélodies.

Sauf que comme je ne sais pas comment décrire une mélodie, je vais parler vite fait du concept : les compositions sont basées sur des motifs dont seule une partie est entendue à chaque fois, comme si une caméra se déplaçait progressivement le long de la partition. Les trois premières pistes sont présentées en deux versions — la première intense, claire, rapide et rythmée, la seconde plus minimaliste, plus lente, où les notes s'étirent et se superposent… Enfin le final, lent, clair et crépusculaire, fait la synthèse des deux approches. J'ai balancé le mot « crépusculaire » comme ça mais il conviendrait à tout l'album, je trouve.

Le choix du tout-synthé rappelle certains disques d'électronique progressive, mais l'œuvre dans son ensemble est plus proche du minimalisme qu'on peut entendre chez Steve Reich ou Philip Glass. Mais émouvant d'une différente manière. Je recommande vivement.




J.G. Thirlwell vient encore d'ajouter une corde à son arc ! Ça lui en fait beaucoup.

Neospection, signé Xordox, c'est la bande son d'un film de science-fiction un peu kitsch mais étonnamment prenant, avec des lasers partout, un grand méchant qui a un rire diabolique, et une intrigue à paradoxes. Un disque instrumental avec des synthés partout. Pour être tout à fait honnête, l'excellente “Diamonds” éclipse un peu les autres pistes, mais le niveau est bon tout le long.





The Wicked Is Music est un album de downtempo carrément prenant avec des grooves de house, du piano, des cuivres, une chanteuse, un style années 90 complètement assumé (et déjà bien assimilé, l'album étant sorti en 2002). “You Started Something”, un de mes gros coups de cœur de ce mois-ci, ressemble au début à une chanson pop classique avec un peu plus de groove, mais une fois le truc bien lancé, alors qu'on s'attendrait qu'elle en reste là elle continue de trouver des moyens d'approfondir le groove à chaque mesure… c'est la meilleure, mais tout l'album est sacrément bon.

Ah, et le nom du groupe, c'est Crazy Penis. Un nom qui ne leur va pas du tout, même si c'est aussi la seconde raison qui m'a donné envie de les écouter par pure curiosité. La première raison, c'est que l'album est sorti chez Paper Recordings, soit le label des mecs de Salt City Orchestra a.k.a. Paper Music, qui s'y connaissent en deep house jazzy et que j'ai découvert grâce à leur excellent remix de “Cups” d'Underworld. Si vous voulez découvrir, ils ont sorti un mix anniversaire de deux heures et demie récemment.




Supergroupe obscur composé des deux messieurs de Matmos, du monsieur de Kid606 et du monsieur de Lesser, Disc est un projet glitch qui ne déconne pas. Sur Brave2ep, 71:02 d'expérimentations et destructions créatives de CDs et cassettes, des rythmes effrénés, des mélodies accidentelles, quelques rares plages ambient, des échantillons d'autres musiques en tous genres, le groupe nous fait la totale — de quoi se régaler quand on aime les musiques expérimentales et/ou énerver tout le monde si on joue ce CD en public (« c'est normal, ça ? »). Brave2ep est intense, rythmé et paradoxalement accessible de par la vitesse même à laquelle il enchaîne les pistes (un peu comme le sera l'album éponyme de Sissy Spacek quelques années plus tard). Il ne ressemble en fait qu'assez peu aux artistes glitch connus, qui lorgent nettement plus vers l'IDM et l'ambient.


Glitch jusqu'au bout : un certain Christopher Pratt affirme sur son blog qu'il possède deux exemplaires de l'album avec des titres complètement différents, dans un post où la pochette est désormais une image introuvable. L'album est également catalogué deux fois sur RYM : une fois en tant qu'EP, une fois en tant qu'album avec un nom apparemment erronné. 1/5 de moyenne pour zéro note à l'heure où j'écris ces lignes, la personne l'ayant noté n'est plus sur le site. Clic : 4/5 maintenant. Et la page d'information officielle du label ne contient aucune information, seulement une photo de CD bousillé en forme de labyrinthe.

jeudi 10 août 2017



Étant donné que les vaches remuent la queue pour chasser les mouches mais qu'elles ne peuvent pas chasser les mouches qui les embêtent hors de portée de leur queue, sur leur visage par exemple, je me demande si ces animaux pourraient évoluer pour avoir des queues plus longues. D'un autre côté, si leurs queues devenaient assez longues, elles risqueraient de traîner par terre et on marcherait dessus. Pour que les vaches puissent chasser les mouches de leur visage, pourrait-on envisager de leur mettre un chapeau à bouchons sur la tête, comme on le fait sur les humains en Australie ?

mardi 25 juillet 2017

♪ 59 : Le Septième Sang Blanc Noirci

Si vous avez envie de vous intéresser aux musiques expérimentales actuelles mais que vous n'aimez pas la vulgarité ni l'agressivité, je vous conseille de jeter une oreille à Mono no Aware du label PAN. Seize pistes inédites par dix-huit artistes, des impressions mêlées de paix, de mélancolie, d'anxiété… On peut se laisser bercer, le disque est proche de l'ambient, mais jamais dénué d'une certaine étrangeté. Crépusculaire.

Tout l'album est bon, et étonnamment cohérent d'ailleurs (je me demande s'ils ont donné des consignes spécifiques aux artistes ?), mais s'il y a une piste qui se démarque vraiment dessus à mes oreilles, c'est celle de Malibu, une artiste française (qui n'a pas encore sorti d'album ni d'EP complet mais qui me donne envie d'en écouter plus) ; cette “Held” me fait penser à un pendant intimiste et peut-être accidentel de la sublime “Batwings” de Coil.




Blood Bitch de Jenny Hval me rappelle un peu ces BDs autobiographiques, « romans graphiques » où des tranches de vie sont racontées de manière très personnelle et un peu fantastique, de petits événements du quotidien qui côtoient des traumatismes et des fées qui sortent des arbres.

Ici, ça prend la forme d'un album avec des vampires. C'est de la pop si on veut. Ça l'est souvent, peut-être parce que c'est une manière simple de raconter quelque chose en musique. Parfois, c'est juste une respiration paniquée sans paroles. La plupart du temps, c'est introspectif, souvent un peu étrange parce que nos pensées sont étranges et qu'il n'y a pas de raison de cacher cela. Sur “The Plague”, ça devient très expérimental et inquiétant. Je viens d'apprendre que Lasse Marhaug (de Jazkamer, un groupe de noise expérimental norvégien) a co-produit l'album, je ne m'y attendais pas du tout, c'est plutôt chouette.

Il y a des gens qui trouvent que Blood Bitch est prétentieux ou immature. Je ne trouve pas ces chansons prétentieuses du tout, au contraire même, et je me fiche qu'elles soient immatures ou non. Jenny Hval me semble faire ce qu'elle veut et ça me plaît.




Il y a au moins deux bonnes raisons d'aimer les Melvins : leur sludge, toujours un peu pareil mais aussi lourd et fiable que la grosse masse en fonte achetée par votre grand-père il y a cinquante ans, et leur goût pour l'expérimentation qui ne se prive d'aucune bizarrerie et va volontiers jusqu'à la trollerie*. (La fantastique coupe de cheveux de King Buzzo n'a hélas aucun effet sur la musique même, mais on peut en parler aussi quand même.)

* Le mot officiel est « trollage » mais c'est plutôt moche comme mot, non ?

Si vous n'avez jamais écouté les Melvins, je recommande toujours Stoner Witch en priorité.

Aujourd'hui j'écoute Honky, à mes oreilles un de leurs meilleurs disques expérimentaux. Ça commence par “They Must All Be Slaughtered”, huit minutes d'ambiance sulfureuse anesthétisante avec un chant de sirène lointain, qui enchaîne abruptement sur une grosse piste sludge qui réveille — puis, pour les habitués qui auraient vu venir le coup, sur la carrément dissonante et bruitiste “Lovely Butterfly”. Après cela, on enchaîne sur les mélanges entre ces trois extrêmes, atmosphères et guitares lourdes, le bidule se construit un peu dans tous les sens mais il tient toujours la route. (Avec plus de cohérence à mon avis que sur Stag, l'album précédent, pourtant mieux noté en général mais qui ne m'accroche pas autant.)

Et comme ce sont les Melvins, après la dernière piste il y a vingt minutes de silence suivies par




On m'a vendu Dog Fashion Disco comme un groupe à écouter pour qui aime Mr Bungle et on ne m'a pas menti.

Adultery se présente comme un plaisir coupable, et c'en est bien un — un album à histoire salement immoral, haut en couleur, jouissif, dérangeant, et sans aller jusqu'aux délires de Mr. Bungle où tout est permis, quand même bien déjanté. Les mecs (pour le coup, c'est vraiment un album de mecs — j'ai grimacé à la fin de “Private Eye” avant d'en rigoler tellement c'est excessif) sont sacrément doués pour écrire des pistes accrocheuses ; le chanteur rivalise avec Mike Patton sur le même terrain sans donner l'impression de le copier (rien que ça, pour moi ça vaut l'écoute). Et l'ambiance est fidèle à la pochette, résolument pulp, avec des tubes rageurs et des mélodies jazzy tropicales. Entre un film de Tarantino et cet album, je choisis l'album. (Aussi parce qu'il y a des films de Tarantino que j'ai plutôt aimés et d'autres que j'ai franchement détestés.)

Il paraît que ce genre peut s'appeler “circus metal”, en passant.




Vaudeview Over for Blackened Tea and Hashishans d'At Jennie Richie est un disque qui gravite autour des collages industriels et dark ambient d'artistes comme Nurse with Wound, mais avec une approche nettement plus sobre. Pas de chaos, pas d'attaques, tout est dans la suggestion ; les arrière-plans intriguent, séduisent, inquiètent, et au premier plan il n'y a rien. Ou plutôt rien que des espaces vides. Parfois, même les arrière-plans semblent coupés ou masqués, comme la percussion sur “Avoid Heavy Rains on Yr Body” (un seul beat qui s'arrête net, bloqué par le silence, et des présences étranges qui passent, menaçantes, autour de lui — c'est d'une absurdité mais aussi d'une noirceur impressionnantes).

Du coup, c'est un album presque vaporeux, mais aussi très réussi.

En y repensant, c'est aussi comme ça que Nurse with Wound était à son meilleur : dans les huis clos dépouillés de Homotopy to Marie ou les drones minimalistes d'outre-monde de Soliloquy for Lilith.




Et puis j'ai beaucoup écouté Balance 007 de Chris Fortier, un des rares double mixes que j'ai pu écouter où les deux disques sont aussi bons l'un que l'autre (il y a même un troisième disque bonus qui n'est pas en reste). Des notes trippantes de house progressive au premier plan équilibrées par de la techno qui apporte un peu d'ombre, c'est relativement sobre sans être austère, très prenant, classique au premier abord mais plus je les écoute et meilleurs je les trouve.

vendredi 21 juillet 2017

Rêves (juin + juillet 2017)

6 juin 2017 : Je suis sur mon ordinateur. J'ai envie de dormir, mais il n'est que 0:10 et il fait encore grand jour dehors… Quelque chose flotte en l'air, vole et tombe sur le rebord de ma fenêtre. On dirait un grand mouton de poussière gris et allongé. Plus tard, il ressemble à une chenille monstrueuse avec une grosse tête. La chenille est dans ma chambre maintenant. Et se met à se changer en une espèce de loutre qui court partout. J'aimerais l'attraper pour la remettre dehors, mais je n'ose pas la prendre avec les mains. Je cherche un filet mais je n'en ai pas.






13 juin 2017 : Je visite Paris.

Il y a une grande place rectangulaire pavée en gris clair, avec plein de bâtiments connus, bien rangés les uns contre les autres. Il y a étonnamment peu de monde.

Je décide d'aller voir la cathédrale Notre-Dame en premier. Je ne sais plus pourquoi, j'ai une discussion/dispute avec le gardien (peut-être parce qu'il y a des gens importants qui visitent et ne veulent pas me voir… quelque chose comme ça).

À l'intérieur, l'horloge a été rénovée, avec un cadran en bleu marine qui indique 24 heures divisées en quatre groupes (comme dans certains pays asiatiques), en chiffres romains argentés — mais en Comic Sans MS, ce qui est assez peu fidèle au style du reste de la cathédrale. Le 6 est indiqué par un Λ. Le cadran indique donc I II III IV V Λ I II III IV V Λ I II III IV V Λ I II III IV V Λ.







13 juillet 2017 : Je suis en voyage en Chine.

Il y a un musée sur la culture Mongole avec plein d'antiquités. Un grand trou en forme de ◇ se trouve en plein milieu d'un couloir, si on ne regarde pas par terre on peut très facilement tomber dedans ; je manque de tomber, ou bien je tombe puis je reviens en arrière avant ma chute. (On voit l'étage inférieur éclairé à travers.)

En passant, mes cheveux frôlent un vase rouge. Le Mongol qui garde le musée (peu sympathique) prend une mine renfrognée et frotte énergiquement le vase pour le nettoyer. Mes cheveux ne sont pas si sales que ça pourtant, je les lave tous les deux jours.

Je sors du musée. Dehors (la rue est assez bondée) il y a un café pour lesbiennes avec comptoir et tables en bambou qui sert du mochi à la vanille dans des assiettes gris clair.

Prétextes d’Itayaxa, Livre XIIV, lignes 66 à 66½

[…]

Agis selon tes convictions, mais aussi contre elles — surtout si tu n’en as pas.

(D’ailleurs, sais-tu bien d'où elles viennent ? On a fait des progrès sur la traçabilité des convictions ces derniers temps, mais c’est fou le nombre de gens qui n’y font pas attention ! C’est le genre de produit dont il est difficile de se passer et qui contient très souvent plein de substances louches et de traces de produits toxiques, en tout petit dans la liste d’ingrédients que personne ne veut lire. Surtout dans les traditionnelles.

Garde toujours un peu de doute sur toi au cas où, ça fait plus de bien que de mal.)

[…]