lundi 9 décembre 2013

♪ 14 : l’effet des rotors minimaux en X qui tournent dans le vide en expansion

Feign to Delight Gaiety of Gods de Shalabi Effect est un album sorti chez Annihaya, un label libanais qui se donne pour ambition de « déplacer, déconstruire et recycler » les musiques folkloriques (une sorte de Tzadik arabe ?). Leurs pochettes sont réussies, des jeux graphiques avec de la typographie arabe signées par le Studio Safar, ça m’a donné envie de m'y intéresser.

Mais si le nom de Shalabi Effect vous dit quelque chose, c’est peut-être parce qu’ils sont plus ou moins liés avec Godspeed Your Tra-La-La Céline Dion Efrim’s Anticapitalist Apocalypse Fuck Your Hopes Let There Be Light Youpi Shalom Drama Band… ce que je n’ai appris qu’après. Je ne l’aurais jamais soupçonné rien qu’à l’écoute en tout cas.

Feign to Delight Gaiety of Gods est un disque que l’on pourrait approximativement caser dans le post-rock mais qui va surtout dans tous les sens, avec du rock instrumental, du jazz, des blips-bloups électroniques (sur “Sigmund Droid”, ma piste préférée — j’en aurais aimé un peu plus dans ce genre), des influences de musiques folkloriques orientales, un peu de bruit, un peu d’ambient, un petit côté Acid Mothers Temple… c'est bien varié et traîne étonnamment peu en longueur pour un double album du genre. J’aurais du mal à résumer Feign to Delight Gaiety of Gods, mais j’aime.

Le disque est semble-t-il difficile à trouver en CD. Le label nous informe sur sa page Facebook que tous leurs disques sont disponibles chez quatre disquaires à Beyrouth, ce qui est vachement pratique dites-moi, il me suffira de faire un détour de trois mille kilomètres la prochaine fois que j’irai chercher le pain et je pourrai acheter le disque par la même occasion.



La trilogie Aileron / Map Key Window / Dust de rotor plus, commencée en 2000 et achevée il y a quelques mois à peine, est une vraie perle rare.

C’est de la musique électro-acoustique avec du piano, du glitch, de l’ambient… très éparse, très belle, difficile à classer. Le silence y est considéré comme un instrument à part entière, et c’est peut-être même celui qui est le plus chargé de sens. Les mélodies au piano sont la seule présence constante, qui fait que l’on s’y retrouve. Tout le reste évoque des événements distincts… La musique est là par fragments, évocateurs, énigmatiques et touchants ; on dirait une collection de lettres et photos à moitié effacées, des objets qui racontent une histoire, avec assez d’informations pour imaginer plein de choses, mais pas assez pour pouvoir s’assurer de quoi que ce soit.

Aileron évoque l’exploration, Map Key Window la mémoire, Dust la dégradation et l’oubli. Chaque volume est plus mélancolique et contient plus de silences que le précédent. Je conseille vraiment de commencer par le début… et d’écouter l’ensemble en une seule fois. Oui, ça fait trois heures d’affilée, mais ça vaut le coup. C’est une écoute qui n’est en rien fatigante ou lassante, et qui est loin d’être aussi hermétique qu’on pourrait l’imaginer. L’évolution d’album en album est vraiment marquante et fait plus sens que dans n’importe quelle « trilogie » de disques que j’ai pu écouter, je crois.

Le packaging des trois disques est très beau lui aussi : d’épais livrets noirs avec les noms estampillés en doré, des photos, des griffonages, un timbre ou un morceau de photo collé… Quant à la ou les personnes derrière le nom de rotor plus (et de la Radiophonics Trading Company of New Zealand, label qui n’a sorti que les trois albums de rotor plus), allez savoir de qui il s’agit. Les liner notes indiquent plein de noms de « collaborateurs » et de « directors » (dans quel sens ?), peut-être réels, peut-être fictifs, mais laissent « rotor plus » en tant qu’unique auteur inconnu de la musique. Qui que ce soit, et au final peu importe, cette personne mérite le respect.



L’album éponyme d’Efdemin est vraiment réussi. Mais il m’a fallu un petit moment pour l’apprécier.

C’est le genre de musique électronique minimaliste austère que je ne sais trop où classer, car les beats semblent y avoir autant d’importance que les grooves… En l’occurence, RYM dit que c’est un mélange de techno minimale et de deep house, ce qui me paraît assez juste. Les compositions semblent changer d’influences à chaque piste ou presque, ce qui est toujours appréciable : on n’a pas l’impression d’écouter dix variations sur le même thème.



Becoming X de Sneaker Pimps est un disque qui me manquerait si je ne l’emportais pas sur une île déserte.

C’est un disque que je n’ai découvert qu’il y a quelques années mais qui parle à mon « moi » adolescent, ce moi qui semble ne pas vouloir grandir et s’entête à décrépir sur place, avec ses rêves improbables et ses mal-êtres qu’il vaudrait mieux ignorer, plutôt que de laisser la place à quelque chose de plus raisonnable. J’ai l’impression d’être une sorte de zombie ado qui préférerait crever pour de bon plutôt que de devenir adulte.

Quel rapport avec la musique, dites-moi ? Oh, peut-être pas grand-chose ; c’est du trip-hop des années 90, avec un côté anxieux/dépressif caché par un son très cool, et ce genre a toujours fait partie de mes favoris.

“Walking Zero” est ma piste préférée de l’album…

… et “At the Chime of a City Clock” est ma chanson préférée de Nick Drake pour le moment, parce que la mélodie ressemble en partie à celle de “Walking Zero”. “At the Chime of a City Clock” est une bien meilleure chanson que “Walking Zero”, à tout point de vue. Je n’ai même pas de « mais » à apporter pour tempérer ça : Nick Drake a vraiment tout de son côté.

Sauf si je dis que, quelque part, c’est grâce aux Sneaker Pimps que j’apprécie encore plus Nick Drake.



« EP ». Non mais le mec quoi. Un EP de 45 minutes !

Je sais, Autechre a fait pareil la même année avec leur « EP » de 70 minutes (qui aurait dû être un vrai EP d’ailleurs, s’ils n’avaient gardé que les bonnes pistes, mais passons). Et aujourd’hui, quand on sort un album qu’on n’a pas envie d’assumer en tant qu’album pour des raisons obscures, on appelle ça une « mixtape ». C’est de la fausse modestie ou…?

Bon, remarquez, je préfère ça que l’inverse — le jour où un artiste particulièrement prétentieux nous sortira un « post-album » ou un « hyper-album », je… enfin, si ça se trouve c’est déjà arrivé.

Sinon, ce disque (Xpander EP de Sasha, donc) est de la progressive house, ou de la progressive trance, je ne connais pas encore super bien ce genre et je ne sais pas si c'est censé être un plaisir coupable ou non, mais j’aime beaucoup. C’est planant, c’est dansant, c’est bon tout le long.

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