
J'avais déjà lu Nog du même auteur, qui était également un western-périple à travers les États-Unis mais bien plus psychédélique et déroutant ; The Drop Edge of Wonder a plus les pieds sur terre. Les deux se ressemblent beaucoup quand même. Je préfère Nog.
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Il paraît que le style du roman était très osé à l'époque et que c'est un des éléments qui ont fait sa renommée, ce que je veux bien croire.
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The Bell Jar de Sylvia Plath (je crois que la première fois que j'ai entendu parler de ce livre, c'est Lisa Simpson qui le lisait) parle de la fin de l'adolescence d'une jeune fille américaine dans les années 50 ou 60. Pendant la première partie du livre, elle découvre la vie dans une grande ville, y fait des rencontres pas toujours agréables (voire même carrément flippantes), et se retrouve devant le début de sa vie adulte, une perspective aussi vertigineuse que désagréable : on lui demande presque de briser ses rêves elle-même, d'abandonner sa vie au profit des apparences et de ses responsabilités. Elle tient bon tant qu'elle a quelque chose à quoi se raccrocher. Mais pendant la seconde partie du roman… c'est la chute, la dépression, les psychiatres, l'asile. L'écriture est claire et directe sans être superficielle. C'est à peu près exactement ce que j'en attendais et ça m'a plu : touchant, inquiétant, très humain.
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Je l'ai lu sachant simplement que Perec était membre de l'Oulipo et qu'il avait écrit La Disparition et Les Revenentes (sic) ; ce n'est qu'après l'avoir fini que j'ai appris qu'il avait été écrit avec des contraintes, tellement même qu'un livre entier existe pour les recenser ! Je n'ai pas lu ce Cahier des Charges, mais le site http://escarbille.free.fr/vme/ (inutile tant qu'on n'a pas lu le roman, peu compréhensible si on n'a pas lu en plus le Cahier des Charges) permet d'avoir un aperçu du chantier…
(P. S. Quelqu'un a dessiné l'immeuble en entier en pixel art !)
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Autant je trouvais prenante l'invention de vies réalistes dans tous leurs détails dans La Vie, Mode d'Emploi, autant quand c'est réel… ça m'intéresse moins. J'aurais dû m'y attendre, moi qui ne lis jamais de biographies — la vie fait rarement de très bonnes histoires, il y a forcément moins de suspense, moins d'événements extraordinaires, et même quand c'est Perec qui écrit, il y a des passages dans W que j'ai trouvés un peu inutiles. L'histoire de l'île est meilleure, où s'y révèle chapitre par chapitre la vraie nature de cette société imaginaire racontée de manière méthodique. Et à la fin, oui, tout ça débouche sur quelque chose. Mais je préfère un très beau chemin qui ne mène nulle part qu'un chemin pas mal qui mène quelque part.
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Je n'en dirai pas plus mais l'intrigue est superbe. Ça parle de violence, d'identité, de pulsions, de l'histoire de certaines communautés, de relations entre créatures. Et le roman a la particularité d'être écrit, non pas simplement à la troisième personne, mais à une multitude de troisièmes personnes — chaque chapitre est vu et raconté par un animal différent qui assiste à chaque scène, de près ou de loin. Parfois on sait tout de suite de quelle espèce il s'agit, parfois il faut chercher un peu. Selon ce que les animaux perçoivent et à quel point ils sont évolués, les chapitres vont de quelques phrases courtes à plusieurs pages. Un artifice qui aurait pu marcher pour un livre pour enfants, le sang en moins.
C'est principalement écrit en français mais il y a aussi des lignes en anglais, et même quelques-unes en arabe à un moment (on peut suivre sans, hein). Excellent roman.
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Post Office de Bukowski, c'est un peu ça en version roman. Henry Chinaski — l'alter ego de l'auteur — y raconte dans des chapitres courts son boulot à la poste, un surintendant borné, les heures qui s'enchaînent jusqu'à n'en plus pouvoir… autant que ses propres débaucheries, parce que le mec est un ivrogne et un coureur de jupons invétéré qui n'a pas grande conscience professionnelle et semble se contrefoutre d'à peu près tout (à part ses couilles et son ego, et encore). Une scène en particulier passe outre les limites que je mets à l'humour et fera grincer plusieurs dents aujourd'hui, mais sinon Post Office est léger, drôle, très agréable à lire.
J'aime aussi les poèmes de Bukowski, en passant.
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Le roman débute à Londres, à la fin de la seconde guerre mondiale. Le lieutenant Tyrone Slothrop est un chaud lapin qui multiplie les conquêtes amoureuses, mais ses supérieurs se rendent compte qu'à chaque endroit où il fait une nouvelle conquête, une roquette V-2 explose. S'ensuite une sorte de course-poursuite et… des bananes ! des bites ! des nazis ! des expériences malsaines ! des chutes dans les chiottes ! des chansons ! du sado-masochisme ! des conspirations dans tous les sens ! les aventures de l'incroyable homme-fusée ! des organisations militaires plus ou moins secrètes avec des sigles qui signifient peut-être quelque chose, peut-être pas, au bout de quelques centaines de pages on s'en fout vu qu'on n'y comprend plus rien de toute façon !
Tout ça pourrait donner un roman-mindfuck génial, sauf que Pynchon a la fâcheuse manie de ne pas dire de qui ou de quoi il parle avant de s'en donner à cœur joie dans les images, les digressions, les longues descriptions plus ou moins gratuites dont on ne peut que tenter de deviner les objets avant de replonger dans le vague au paragraphe suivant (oui, ça décourage). Comme si cela ne suffisait pas, notre joyeux luron balance des MacGuffins et autres débuts d'intrigues dans tous les sens, puis les oublie ou les abandonne en cours de route sans autre forme de procès. Même les fils conducteurs du roman ne mènent à rien. C'est comme s'il écrivait pour lui-même, pour le plaisir, mais pas pour être lu. Ou peut-être pour troller ses lecteurs, allez savoir. En tout cas, le plaisir de lecture en prend un coup : c'est parfois brillant, mais plus souvent pénible et frustrant.
(Pour tout avouer, j'avais commencé à lire Gravity's Rainbow comme d'habitude, en faisant attention à tout et en revenant en arrière quand j'avais des doutes, mais au bout de quelques jours j'ai dû me rendre à l'évidence : c'était impossible de continuer comme ça. Du coup j'ai fini par y aller façon bulldozer, à vitesse constante, comme si j'écoutais un audiolivre.)
Le roman a failli gagner le prix Pulitzer mais le jury n'était pas d'accord parce que bon, quand même, il y a une page de sado-masochisme scatophile nazi là-dedans. D'accord, c'est la page que j'ai lue la plus en diagonale de toute ma vie. Mais s'il n'y avait eu que ça… Enfin bref, je ne regrette pas de l'avoir lu mais je pense que j'ai eu ma dose de Pynchon pour un moment.
(Pour la petite histoire, un professeur d'université qui avait mis Gravity's Rainbow au programme de son cours s'est rendu compte que le résultat allait être catastrophique s'il n'aidait pas ses étudiants à suivre ; il a donc écrit un guide qui peut s'avérer utile.)
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